THE INSIPID PRINCE T2 – CHAPITRE 3 PARTIE 8

Troubles dans le Sud (8)

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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
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Leo avait pu prendre la mer quand l’incident s’était produit, mais c’était en réalité un accident. Au moment où les monstres étaient apparus, il se trouvait à bord pour vérifier les provisions, et avait joué le jeu en faisant semblant de rechigner. Mais dès que les monstres avaient commencé à surgir, il avait immédiatement compris que la situation était anormale et avait ordonné l’appareillage. Il avait réussi à les intercepter en mer et à empêcher les dégâts de s’étendre, mais son navire était désormais leur seule cible.

— Kuh ! Il y a un monstre sur notre gauche aussi !

— Laissez-le ! Concentrez-vous d’abord sur les monstres devant nous !

Les marins tournèrent leur regard vers l’avant. Un dragon des mers de dix mètres les attendait. Ce « serpent des mers » était surnommé « dragon » en raison de sa taille et de sa puissance. Il était classé entre AA et AAA selon les dégâts qu’il pouvait infliger et l’endroit où il apparaissait.

On lui attribuait la moitié des accidents maritimes, et comparé au dragon des mers qui se montrait rarement, c’était le monstre le plus redouté des marins. Mais les dragons des mers étaient des créatures marines, incapables de quitter l’eau ou de se déplacer sur terre. Pourtant, celui-ci cherchait à s’approcher du port.

— Capitaine ! Ne le combattez pas imprudemment ! Nous devons simplement attirer son attention !

— Ne soyez pas déraisonnable, Votre Altesse ! Si vous avez peur, restez dans votre chambre !

Leo donnait ses instructions en tant qu’Arn, mais personne ne l’écoutait. C’était le seul navire à avoir pris la mer, et s’il coulait, rien n’empêcherait les monstres d’atteindre le port. Même si le dragon des mers ne pouvait pas quitter l’eau, détruire les navires à quai causerait d’énormes dégâts à Rondine.

Leo avait donc ordonné d’attirer son attention le temps d’éliminer les monstres capables d’atteindre la terre ferme, une décision prise après une analyse calme de la situation. Le capitaine l’ignora et engagea le combat.

Leo fronça les sourcils.

— Comment mon frère fait-il pour que les gens obéissent ?

Les gens n’écoutaient pas quelqu’un en qui ils n’avaient pas confiance, surtout en pleine bataille. Déconcerté par le niveau de méfiance que les gens nourrissaient envers Arnold, Leo décida d’agir.

Mais à cet instant, la silhouette d’un navire apparut sur sa droite. Dès qu’il l’aperçut, Leo sourit et lança un ordre autoritaire.

— Capitaine ! Virez à gauche, vers le dragon des mers !

— Votre Altesse, je vous ai dit de ne pas être déraisonnable ! Nous ne sommes pas…

— Faites-le ! Leo arrive ! Nous allons faire demi-tour et prendre le dragon des mers en tenaille !

Tout en disant cela, Leo regardait avec confiance le navire qui s’approchait d’eux.

 

***

— Capitaine. Tournez à gauche.

— Compris ! Préparez le canon tribord ! Que ce dragon des mers se fasse un festin de nos canons magiques !

Devinant le plan de Leo, Arn tourna son navire vers la gauche.

Alors que leurs navires se croisaient et que le dragon des mers se retrouvait pris entre eux, ils donnèrent leur ordre au même moment.

Il n’y eut pas un seul moment de décalage dans leur attaque.

— OUVREZ LE FEU !

À l’ordre d’Arn et Leo, les obus furent tirés simultanément depuis leurs deux navires.

Un canon magique était une arme dans laquelle un artilleur insérait son pouvoir magique et tirait une salve de puissance magique. Le canon magique de pointe du Grand-Duché d’Albatro avait une portée plus longue et consommait moins de puissance magique par tir.

— Bien ! Comme prévu, le nouveau modèle est très puissant ! Tirez encore !

Le capitaine s’amusait comme un enfant.

Bien sûr, pensa Arn. Pouvoir attaquer à un contre plusieurs le dragon des mers, la créature redoutée par tous les marins. Pour un marin, c’est probablement un moment de joie.

Après le bombardement, le dragon des mers coula dans les profondeurs de la mer. Des cris de joie s’élevèrent des deux navires. Cependant, ce n’était pas encore fini.

— D’autres monstres prennent pour cible le navire de mon frère. Capitaine ! Pouvez-vous nous rapprocher d’eux ?

— Pas de problème !

— Chevaliers, préparez-vous à l’abordage ! Nous allons combattre les monstres qui montent à bord du navire de mon frère !

Tout en donnant cet ordre, je cherchai Mark des yeux. Si j’échangeais ma place avec Leo en pleine bataille, c’est lui qui se retrouverait dans une situation difficile, sans même comprendre ce qui se passait. Il y avait beaucoup à gérer. Je devais prévenir Mark, sans quoi cela risquait de poser problème plus tard.

— Mark !

— Oui, Votre Altesse ! Que désirez-vous ?

— Je pars aider mon frère. Je vous laisse vous occuper du reste.

— Je vois. Compris. Je m’en charge.

Après cette brève conversation, Mark devina mon intention et s’inclina. C’était vraiment utile d’avoir quelqu’un qui comprenait sans qu’on ait besoin de tout expliquer. Je poussai un soupir de soulagement. De toute façon, je devais maintenant manier une épée, chose avec laquelle je n’étais guère familier, tout en me dirigeant vers Leo. Il n’y avait pas de place pour des explications supplémentaires.

Le navire de Leo était bien plus menacé que le nôtre, envahi de petits monstres. Tandis que les deux navires s’alignaient côte à côte, je conduisis les chevaliers à son bord.

— ALLONS-Y !!

Malgré son poids, Arn avait brandi son épée et avait ordonné aux chevaliers d’aborder le navire de Leo.

Arn grimaça, son bras encore endolori.

Sérieusement, il avait vraiment utilisé une épée lourde.

Avec cette pensée en tête, Arn se mit à courir droit vers Leo.

Arn voulait au moins changer de place à l’intérieur d’une pièce, mais les choses n’étaient pas si simples.

— GYAAAA !

Le dragon des mers qui venait de s’enfoncer dans l’eau se redressa dans un rugissement assourdissant. Une pluie d’eau de mer s’abattit sur Arn.

Tout le monde tourna son attention vers le dragon des mers. Cependant, Arn et Leo ne le firent pas.

Un Arn trempé glissa sur le pont et lança l’épée et son fourreau vers Leo.

Ce dernier les attrapa sans difficulté, sauta sur le dragon des mers qui venait attaquer le navire avec sa gueule grande ouverte et lui asséna un coup violent.

Leo coupa précisément l’œil du monstre marin. Celui-ci hurla de douleur et battit en retraite.

Lorsque Leo atterrit sur le navire, il se plaça dos à dos avec Arn. Leo se redressa tandis qu’Arn restait courbé. L’eau de mer dégoulinait, leurs coiffures et leurs vêtements étaient en désordre.

C’était leur seule différence visible.

Leurs places étaient échangées.

 

— Tu es en retard !

— C’est ma faute. J’ai eu des problèmes.

— Je pense que c’est déjà assez embêtant comme ça, non ?

— Tu vas avoir plein de surprises. Ça va être encore plus embêtant que ça.

— Ouais, quelle bonne nouvelle…

Un monstre en forme de grenouille se dirigea vers Arn. Ce dernier pivota dans le sens inverse des aiguilles d’une montre et, sans un mot, Leo se plaça devant lui et le coupa d’un seul coup.

— Tu sais vraiment manier une épée aussi lourde, hein ? Je suis déjà prêt à avoir des courbatures demain, tu sais.

— Tu exagères. Tu ne faisais que la porter, non ?

— Non, je m’en suis bien servi, tu sais.

— Tu ne l’as maniée qu’une seule fois, non ? Tu ne veux pas profiter de l’occasion pour recommencer à t’entraîner à l’épée ? Si tu fais ça, ce sera plus facile pour moi aussi…

— Je ne veux pas. Et je ne changerai plus jamais de place avec toi. Épargne-moi ça.

— Il s’est passé quelque chose ? Tu n’as pas fait quelque chose de bizarre en te faisant passer pour moi, n’est-ce pas ?

— Non. J’ai parfaitement imité ton style, c’est pour ça que je suis si fatigué.

— Moi aussi. J’ai aussi fait de mon mieux pour faire semblant d’être mon frère, tu sais.

— C’est justement le fait que tu aies dit que tu as fait de ton mieux pour faire semblant d’être moi qui ne va pas.

Pendant qu’ils discutaient, les chevaliers se débarrassaient des monstres. Arn s’étira, reprenant son allure languissante habituelle.

— Leo… Je te laisse le reste. Je vais empêcher d’autres monstres d’entrer dans le port.

— Oui, oui. Je n’ai qu’à nettoyer ça, c’est ça ?

— Tu sais ce que tu as à faire. Elna s’occupera des monstres qui sont déjà entrés dans le port, je te laisse la mer.

— Comme d’habitude, hein. Bon, peu importe. Allons-y.

Leo retourna sur son navire tandis qu’Arn restait sur celui de Leo. Ils avaient enfin repris leurs positions initiales.

— Votre Altesse. Jusqu’où devons-nous étendre la ligne de défense ?

— Demandez au capitaine. Moi, je vais dormir dans ma cabine. Faites comme vous voulez, Leo gérera tout de toute façon.

— Euh, oui ?

— Faites comme bon vous semble. Leo s’occupera bien du reste.

— …Sérieusement… Je pensais qu’il était devenu un peu plus sérieux pendant l’absence de Son Altesse Leonard…

Entendant le murmure du capitaine, Arn sourit, satisfait du travail acharné de Leo, et retourna se coucher.

Son navire ne fut impliqué dans aucune bataille après cela, et Arn put enfin profiter de son temps libre pour la première fois depuis longtemps

 

 

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