THE INSIPID PRINCE T2 – CHAPITRE 2 PARTIE 4
Voyage vers un pays étranger (4)
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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
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— TOUT LE MONDE… TENEZ BON ! ON VA S’EN SORTIR !
Julio criait tout en s’agrippant au petit canot de sauvetage. Sa gorge commençait à lui faire mal à force de répéter sans cesse la même chose. Mais il continuait, estimant que c’était son devoir.
Des dizaines de membres de son équipage flottaient autour de lui. Les blessés étaient hissés en priorité dans le canot, tandis que les autres s’accrochaient à la coque ou aux débris de ce qui avait été leur navire.
— Votre Altesse… vous devez monter dans le bateau…
— Je vais bien… Je vais encore bien…
Julio disait cela, mais en réalité, il n’avait plus beaucoup d’énergie lui non plus. Cela faisait déjà plus de dix heures que leurs navires avaient coulé et qu’ils avaient été jetés à la mer. Ils avaient survécu à une nuit d’enfer, tremblant de peur et de froid, sans aucun signe de secours.
Personne n’aurait pu imaginer une telle situation.
Ils avaient été informés que le dragon des mers avait peut-être ressuscité. Eva et Julio avaient donc décidé d’enquêter, emmenant trois navires de guerre par précaution — non pour combattre le dragon des mers, mais par simple prudence.
Confirmer si le dragon des mers avait ressuscité ou non : c’était la mission que leur père leur avait confiée. Il les avait choisis parce qu’ils pouvaient tous deux utiliser une magie innée leur permettant de manipuler le son. Explorer la mer n’était pour eux qu’une formalité.
Si le plan comportait une faille, c’était que le dragon des mers suivait le son qu’ils émettaient, attaquant leurs navires.
Ils avaient fini par toucher son point sensible.
Le dragon des mers invoqua une tempête, finissant par détruire tous leurs navires, mais heureusement, il battit en retraite une fois leur flotte détruite. Cela dit, la situation ne s’améliora pas pour autant.
— Uwaaaa !! ?? Un monstre !? Un monstre vient de toucher mes pieds !?
— Calme-toi ! Ce n’est qu’un poisson !
Les membres d’équipage survivants étaient en proie à la peur. La peur de mourir. La peur que les secours n’arrivent jamais. La peur de mourir de froid. Et la peur que des monstres marins viennent les dévorer. Combinant toutes ces peurs, les survivants étaient épuisés et appauvris.
Pourtant, Julio continuait à crier.
— Les secours vont arriver ! Pensez à votre famille ! Nous survivrons !
Julio continuait à encourager les survivants de ces mots. Des mots qu’il se répétait à lui-même autant qu’aux autres. Ce n’était pourtant pas dans sa nature. Il n’était pas quelqu’un qui s’imposait. Prince ou non, il était incapable de se comporter en personnage important.
C’était toujours Eva qui l’avait tiré vers l’avant. Mais Eva dormait sur le canot.
Quand ils avaient été jetés à la mer, elle avait perdu connaissance en le protégeant, heurtant violemment la surface de l’eau. Depuis lors, Julio agissait comme elle l’aurait fait à cause de la sœur étendue devant lui, et pour survivre. L’urgence avait fait de lui un prince.
Mais peu importait à quel point il les encourageait, cela ne suffisait pas.
— De l’aide ? Les secours n’arriveront jamais… Il faut plus d’une journée pour arriver ici, même s’ils partent cette nuit, vous savez ?
L’un des membres de l’équipage laissa échapper un faible gémissement.
C’était ce que tout le monde pensait ici.
Le bateau de sauvetage d’Albatro n’arriverait probablement pas à temps. Malgré tout, Julio gardait espoir.
— Vu l’ampleur de la tempête, il ne serait pas étonnant que le navire de l’Empire ait également été pris dans la tempête… Le prince Leonard viendra certainement nous aider…
— L’Empire nous sauver ? Nous avons prêté main-forte à leur nation ennemie… Nous avons fait fortune sur leur sang… Ils ne risqueront pas leur vie pour nous rechercher dans des eaux aussi dangereuses…
— Le prince Leonard a la réputation d’être une personne gentille qui n’abandonne pas ceux qui sont en difficulté… Tout ira bien ! Je suis sûr qu’il viendra nous aider !
— Dans une situation comme celle-ci, même un allié pourrait nous abandonner, je me demande s’il viendra vraiment…
— Si je survivais à la tempête, je dirais immédiatement adieu à cet endroit… Qui voudrait rester dans une mer où sévit un dragon des mers…
Tout le monde… Le cœur de tout le monde était brisé.
C’était pareil pour Julio. En regardant Eva, il réussissait à paraître fort, mais ses forces physiques et mentales avaient atteint leurs limites. Au départ, ses capacités physiques étaient bien inférieures à celles des autres membres de l’équipage. En temps normal, il était le premier à abandonner.
Malgré tout, il continuait de s’accrocher au canot par la seule force de sa volonté. Mais cette volonté s’épuisait peu à peu, rongée par le moral défait de ceux qui l’entouraient.
Cela ne servait peut-être plus à rien. Alors que cette pensée lui traversait l’esprit, il aperçut quelque chose au loin.
Un navire.
— C’est, c’est un bateau… ! IL Y A UN BATEAU LÀ-BAS… !!
— Ah !! Nous sommes sauvés ! H-É ! H—É !!
Son esprit épuisé se réveilla.
Tout le monde criait et agitait les bras pour attirer l’attention du bateau. Ils continuèrent ainsi pendant un moment, mais quelqu’un murmura.
— C’est, c’est un bateau impérial…
Cela suffit pour qu’ils cessent d’agiter les drapeaux. Le drapeau qui flottait était celui de l’Empire.
D’après son apparence, c’était l’un des deux navires impériaux qu’ils avaient croisés la veille. Leur présence ici signifiait qu’eux aussi avaient été pris dans la tempête et considérablement déviés de leur route. Tout le monde savait que leur destination était Rondine.
Prendraient-ils le temps de les secourir alors qu’ils étaient déjà en retard ? Et le dragon des mers rôdait dans les parages. Ils ne savaient pas quand il frapperait à nouveau.
Les raisons de ne pas les aider ne manquaient pas. Puis le navire impérial tourna sa proue. Le désespoir envahit Julio.
Mais une voix lui parvint, amplifiée par un outil magique.
— Je suis le huitième prince de l’Empire, Leonard Lakes Adler. Mon navire est actuellement en train de secourir les survivants du Grand-Duché d’Albatro. Nous vous sauverons un par un, mais ceux qui ont encore des forces doivent nager jusqu’à notre navire. Si vous ne pouvez pas, veuillez tenir bon encore un peu. Nous vous sauverons, c’est promis.
En entendant cette voix, des larmes coulèrent naturellement des yeux de Julio. Cependant, il les essuya immédiatement.
— ALLONS-Y, TOUT LE MONDE ! SURVEILLEZ LES BLESSÉS !
— O-Oui, monsieur !
— Allons-y ! Nous y sommes presque !
Julio et les autres survivants se précipitèrent vers le navire impérial situé à une certaine distance.
***
Arn, qui jouait le rôle de Leo, raccrocha l’amplificateur de voix magique et expira.
— Ce serait génial si le sauvetage devenait plus facile grâce à ça.
— Difficile ou non, la plupart des survivants que vous avez aidés jusqu’à présent n’ont pas pu se relever seuls. Ils ont dérivé pendant longtemps, je pense que c’était inévitable, Votre Altesse.
— Je le sais… Capitaine ! Ne laissez que le personnel minimum pour la surveillance et concentrez les efforts de l’équipage sur les opérations de sauvetage !
— Encore !? Que feriez-vous si le dragon des mers apparaissait ?
— Tout serait fini s’il nous repérait. Plutôt que de monter la garde, il vaudrait mieux concentrer nos efforts et terminer le sauvetage le plus rapidement possible.
— Et les autres monstres ?
— Il n’y a pas de monstres à proximité. Après tout, aucun monstre ne s’aventurerait dans une zone où un dragon des mers vient de passer.
Sur ces mots, Arn partit aider au sauvetage.
C’est ce que Leo aurait fait selon lui. Arn aurait préféré rester en retrait pour observer et donner des ordres, mais il se rappela qu’il était Leo et rejoignit l’opération.
À ce moment-là, les marins venaient de hisser un groupe de quatre ou cinq personnes blotties les unes contre les autres. Elles tremblaient de froid alors Arn leur distribua les couvertures prévues pour les survivants.
— Vous avez bien fait. Tout va bien maintenant.
— Merci, merci…
En regardant les survivants pleurer tout en exprimant leur gratitude, Arn prit conscience de l’horreur qu’ils avaient vécue. Sur ces entrefaites, un nouveau rapport arriva.
— Plusieurs survivants ont été repérés à bâbord ! Ils sont cinquante !
— Cinquante ! Nous n’avons pas assez de place pour autant de monde ! Nous avons déjà secouru des dizaines de survivants. Cinquante de plus, et nous n’aurons plus de place. Notre équipage compte moins d’une centaine de personnes à l’origine. C’est impossible.
Arn fut contraint de prendre une décision. Il devait choisir ce qu’il allait sacrifier.
— Que comptez-vous faire, Votre Altesse ? Il y a beaucoup plus de survivants que prévu.
— Eh bien, je m’y attendais un peu… Ils ont trois navires, alors que nous n’en avons qu’un. S’il y avait beaucoup de chanceux, ce résultat était prévisible.
— Alors, avez-vous déjà réfléchi à une contre-mesure ? demanda le chevalier d’âge moyen avec impatience.
En réponse, Arn prit un air dégoûté, comme s’il venait de croquer un ver. Pour Arn, c’était la pire décision qu’il pouvait prendre. Mais il devait le faire.
— On jette tout ce qui se trouve dans la cale, à l’exception de nos réserves de nourriture.
— …Y compris nos cadeaux pour Rondine ?
— Oui, tout.
Comme prévu, même le chevalier d’âge moyen resta sans voix.
Ce navire appartenait à l’origine à Leo et ce qu’il transportait avait donc plus de valeur que le chargement du navire d’Arn. À l’intérieur se trouvaient les dernières armes et des trésors en or et en argent destinés à Rondine.
Arn décida de tout jeter à la mer. Des trésors dont la valeur aurait suffi à faire vivre un homme toute sa vie.
— Est-ce vraiment une bonne idée ? Faire une chose pareille ?
— Il n’y a pas d’autre solution. Avec autant de survivants, nous ne pouvons pas nous rendre à Rondine avec le peu de provisions qui nous reste. Nous n’avons pas assez de nourriture ni d’eau. Autrement dit, nous devons aller à Albatro pour nous réapprovisionner. À ce stade, cela causerait un retard considérable à notre mission. De plus, un dragon des mers rôde dans les parages. Je ne sais pas quand nous pourrons arriver à Rondine. Malgré tout, j’ai décidé de les sauver. La seule chose qui me reste à protéger, c’est la réputation de Leo. C’est pourquoi, quoi qu’il m’en coûte, je dois sauver les survivants. C’est absolu. Ne nous lamentons pas sur les trésors, il faut sauver leur vie. Je ne laisserai personne mourir maintenant. C’est compris ?
— C…Compris…
En voyant la détermination dans les yeux d’Arn, le chevalier d’âge moyen hésita un instant. Il était impressionné. Surpris, il se souvint de ce jour-là. Le jour où Arn avait brisé le bracelet d’Elna.
Elna participait au Festival de Chasse des Chevaliers pour lui. Faire quelque chose qui aurait pu le disqualifier lui était inacceptable. C’est pourquoi Arn l’avait fait lui-même, pour qu’elle puisse agir librement.
Un geste magnifique. Ce n’était pas le comportement que l’on aurait attendu du Prince Insipide. Et maintenant, son rôle de Leo était plus que parfait. Ses instructions étaient précises.
— Vous êtes donc un faucon compétent après tout…
— Quoi ? Vous avez dit quelque chose ?
— Ce n’est rien. Laissez les chevaliers impériaux s’occuper de décharger les marchandises.
— Oui, je vous laisse faire. Tout le monde, reprenez le sauvetage ! Sauvez tous ceux qui peuvent l’être ! J’en prends la responsabilité !
Tout en donnant ses instructions, Arn aperçut le groupe de survivants qui approchait. Il y avait un petit bateau avec des blessés à bord, et Arn put apercevoir Eva parmi eux. Il pouvait également voir la silhouette de Julio à proximité.
— Le prince et la princesse sont donc sains et saufs… Nous avons désormais plus de monde pour négocier avec le roi.
Avec cette pensée en tête, Arn lança une échelle de corde vers Julio qui s’approchait. Cependant, Julio n’essaya pas de l’attraper.
— Prince Julio ! Accrochez-vous !
— Occupez-vous d’abord des blessés !
Tout en disant cela, Julio désigna les blessés sur le bateau.
Il faudrait du temps pour secourir les blessés qui ne pouvaient pas grimper tout seuls. Cela retarderait le sauvetage de Julio et de son équipage, mais ils voulaient quand même que nous donnions la priorité aux blessés.
— Compris ! Attendez-nous un peu !
Ils commencèrent à secourir les blessés à vive allure. Les membres de l’équipage descendirent sur le canot et transportèrent les blessés un par un jusqu’au navire. Pendant ce temps, d’autres survivants dispersés furent ramenés.
Une fois tous les blessés hissés à bord, Eva comprise, Arn lança une corde à Julio. Peut-être à cause du soulagement — dès qu’il attrapa la corde, Julio perdit toutes ses forces. Son esprit avait atteint ses limites.
— Prince Julio !?
Voyant Julio sombrer tout en perdant connaissance, Arn réagit aussitôt. Il plongea comme il l’avait fait pour sauver Finne.
Ce n’était pas un geste calculé. Il l’avait fait par instinct.
Il sauta dans la mer où le dragon des mers pouvait rôder et souleva Julio qui coulait.
Cette fois, ce furent les membres de l’Empire qui paniquèrent.
— Votre Altesse !?
— Le prince a sauté !
Les membres d’équipage descendaient bien dans le canot pour secourir les blessés, mais personne ne sautait à la mer. Même rassurés sur l’absence de monstre dans les environs, ils avaient toujours peur.
Dans ces conditions, le prince qu’ils étaient censés protéger avait sauté.
En voyant cela, les membres de l’équipage impérial se décidèrent et plongèrent à leur tour.
— Donnez-moi une corde !
— Tenez !
C’était le chevalier d’âge moyen qui la lui avait lancée. Arn enroula la corde autour du corps inconscient de Julio et demanda qu’on le tire. Puis il grimpa à l’échelle de corde. Une main lui fut tendue. Il la saisit et vit le chevalier d’âge moyen, l’expression stupéfaite.Je la saisis et vis le chevalier d’âge moyen, l’expression stupéfaite.
— Merci.
— Ce n’est pas grave, j’ai l’habitude de vous sortir de l’eau.
— Quoi ? Comment ça ?!
— Ce n’est pas étonnant que vous ne vous souveniez pas de moi, vous étiez inconscient à ce moment-là.
— Mais de quoi parlez-vous ?
— C’est moi qui vous ai sorti de l’eau quand vous vous êtes presque noyé au manoir Brave. J’étais à l’origine un chevalier au service de la maison Brave.
— …Sérieusement ?
— Oui, dès que notre capitaine est devenu chevalier impérial, j’ai moi aussi rejoint l’ordre. Je n’aurais jamais pensé que je ressortirais Votre Altesse de l’eau après être devenu chevalier impérial moi-même.
— Vous ne pouvez pas dire que j’ai fait ça exprès ? La première fois, j’ai été frappé, et la deuxième fois, je l’ai fait pour sauver quelqu’un, d’accord ? Je ne pense pas déranger qui que ce soit.
— Bien sûr, c’est exactement comme vous le dites.
Voyant le sourire sur son visage, Arn soupira. La raison pour laquelle Arn n’avait pas exprimé honnêtement sa gratitude est parce qu’il était un membre de la maison Brave. Au bout d’un moment, Arn remarqua quelque chose.
— À propos, je ne connais pas encore votre nom. Comment vous vous appelez ?
— Je suis le commandant adjoint du troisième corps de chevaliers, Mark Tyber, à votre service.
— Je vois… J’espère que notre relation restera aussi brève que possible, Mark.
— En effet. Ce serait formidable.
Ils exprimèrent tous deux ce vœu pieux.
Après tout, il serait impossible de mettre fin à leur relation dans cette situation.
Par la suite, sans laisser aucun survivant derrière lui, Arn arrêta son navire de temps en temps pour secourir les naufragés qui se trouvaient encore en mer.
Après avoir secouru plus de quatre-vingts survivants au total, leur navire mit le cap sur Albatro, la plus grande ville portuaire du pays.