THE INSIPID PRINCE T2 – CHAPITRE 2 PARTIE 5

Voyage vers un pays étranger (5)

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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
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Alors qu’Arn jouait le rôle de Leo.

Leo essayait désespérément de se faire passer pour Arn.

— Prince Arnold. Le capitaine demande s’il est vraiment possible de ne pas rechercher le navire du prince Leonard ?

— Encore ça. C’est Leo, il s’en occupera lui-même. Maintenez le cap. Je me sens mal. Ne m’embêtez pas avec des questions inutiles. C’est pénible.

— Oui, Votre Altesse… tout ce que vous voudrez.

Leo poussa un énorme soupir alors que le chevalier s’éloignait de sa chambre. Il y avait tout de même une personne qui donnait l’impression que son imitation était mauvaise.

— Je donne 50/100. Arn ne ferait jamais ça de cette manière.

— C’est tellement difficile… murmura Leo en tournant les yeux vers Elna.

Contrairement au navire d’Arn, le leur avait réussi à s’échapper avant d’être entraîné dans la tempête. Elna était néanmoins en pleine panique à cause des secousses. Elle n’avait même pas remarqué que Leo avait pris la place d’Arn — du moins, jusqu’à ce que les secousses se calment. Après quoi, elle avait joué le rôle de conseillère auprès de lui. La barrière érigée par Arn était toujours en place, ce qui la protégeait des petites secousses habituelles du navire.

— Pour l’instant, essayons de traverser ça sans nous faire repérer. Si les gens apprennent que vous avez échangé vos places, ça va faire un scandale.

— Oui… Je dois rester calme… Je me demande si mon frère va bien ?

— Arn ira bien. Mark est avec lui et il est très fiable dans ce genre de situation. Le problème, c’est toi.

— C’est vrai… Je ne sais pas du tout imiter mon frère…

— Heureusement, peu de gens connaissent Arn personnellement. Tout ira bien tant que tu feras quelque chose qu’il ferait.

— Quelque chose que mon frère ferait, c’est quoi ? Et Elna, même si tu portes des cuissardes, je ne pense pas que ce soit une bonne idée de faire ça devant moi, tu sais.

Leo mit en garde Elna qui posait sa jambe sur le lit.

De là où il était assis, l’angle lui permettait de voir sous sa jupe. Elna ne s’en souciait guère car ses sous-vêtements étaient cachés sous ses cuissardes.

— C’est là que vous n’êtes pas pareils. Si c’était Arn, il ne dirait jamais une chose pareille.

— Mais tu avais l’air trop vulnérable. Tu ferais mieux de ne pas faire ça.

— Oui, oui, je ferai attention. Mais vraiment, Arn ne dirait jamais ça, d’accord ? Tu te ferais repérer immédiatement si tu baissais ta garde juste parce que tu parles avec moi, tu sais ?

— Même si tu dis ça… alors si c’était mon frère, qu’est-ce qu’il dirait ?

— C’est vrai… Quelque chose comme « tu as oublié de mettre tes cuissardes » ou « alors c’est blanc aujourd’hui, hein », je pense. En tout cas, il dirait quelque chose pour me faire réagir, puis il en rirait, j’imagine.

— Quelque chose comme ça, je ne peux pas le dire…

Il s’imaginait probablement en train de le dire. Leo rougit et détourna les yeux.

Ça va être un sérieux problème, pensa Elna.

Arn, qui avait l’habitude d’agir comme Leo, et Leo, qui n’y était pas habitué. La grande différence entre eux résidait dans leur sens de la distance et leur façon de réagir face aux femmes. Arn savait s’adapter à son interlocuteur, tandis que Leo restait toujours poli tout en gardant une certaine distance.

C’était un véritable obstacle pour Leo lorsqu’il devait se comporter comme Arn.

— Même si c’est facile pour Arn de devenir Leo, c’est difficile pour Leo de devenir Arn, hein… Vous êtes tous les deux des princes, mais comment avez-vous pu grandir de manière si différente…

— Mon frère aime sa liberté et, au fond, il s’amuse autant qu’il veut. Il passait toute la journée hors du château, mais il revenait toujours en pleurant pour une raison ou une autre.

— C’est juste que je l’aidais parce qu’il se faisait toujours tabasser !

— Je sais. Elna, tu as toujours pris soin de mon frère, n’est-ce pas ?

— …Mais il trouve ça pénible.  Aah.

Elna soupira. Ces derniers temps, elle avait le sentiment de ne pas pouvoir rester les bras croisés.

Elle s’était inscrite au Festival de Chasse des Chevaliers pour améliorer la réputation d’Arn après une longue absence. Mais il avait fini par être disqualifié et c’est lui-même qui s’en était chargé, par inadvertance, au moment où elle cherchait encore quoi faire. Tout s’était retourné contre elle.

Cette fois, elle était venue dans l’espoir d’aider un peu. Elle n’avait rien pu faire. Enfermée dans sa chambre pendant l’urgence. Même s’il lui disait qu’elle le ralentissait, elle ne pouvait pas le nier.

Elle pensait que c’était une bonne chose qu’Arn travaille pour faire de Leo un empereur. Mais elle voulait qu’Arn soit reconnu au même titre. Elle savait que c’était contraire à ce que voulait Arn, que cela risquait de faire échouer son plan. Malgré tout, elle ne supportait pas qu’il ait une réputation aussi injuste.

Elle avait récemment commencé à penser que ce n’était que de l’égoïsme. Arn se moquait de sa réputation. Pire, il faisait tout pour la détériorer tout en améliorant celle de Leo. Les efforts d’Elna n’étaient pour lui rien d’autre qu’une nuisance. C’était sans doute pour cela que Leo se moquait d’elle.

— Eh bien, c’est probablement ce qu’il pense.

— Huu…

— Mais je pense qu’il ne te considère pas comme une nuisance, tu sais. Depuis que tu es arrivée Elna, mon frère semble heureux et je pense que tu lui as donné de l’espace pour respirer. Au fond, je pense qu’il compte sur toi, tu sais.

— Vraiment  ?

— Je te le garantis.

— Mais…

— Mais ?

— …il a quand même embauché cette aventurière alors que j’étais là.

Elna marmonna d’un air amer, comme pour se plaindre. Elle hésitait à le dire, mais l’occasion se présentait alors autant en profiter. Leo comprit aussitôt qu’elle parlait de Lynfia et sourit.

— Elle travaille avec nous pour sauver son village. Mon frère ne l’a pas engagée parce qu’il pensait que tu avais mal fait ton travail ou quoi que ce soit d’autre, tu sais.

— Je sais bien… mais il ne peut pas me dire quoi que ce soit pour faire suite à ça ? Je pensais que je ferais de mon mieux pour lui là-bas.

En tant que membre de la maison Brave, Elna ne pouvait pas s’impliquer directement dans les conflits politiques.

Ces restrictions l’irritaient. Protéger Finne était pour elle une occasion rare d’aider Arn et Leo. Si Finne était prise pour cible, on pourrait prétexter que l’Empereur serait bouleversé s’il lui arrivait quelque chose et même utiliser cela pour porter un coup à l’adversaire.

Malgré tout, c’est Arn qui avait fini par être pris pour cible, et c’est une aventurière qui l’avait sauvé. Cette même aventurière jouait désormais le rôle de garde du corps de Finne, ce qui était censé être son travail à elle.

Franchement, Elna ne trouvait pas ça drôle. Et même en envisageant qu’elle aurait de toute façon dû quitter Finne pour sa mission, elle ne le trouvait toujours pas drôle.

— Tu boudes ?

— JE NE BOUDE PAS ! JE SUIS EN COLÈRE !

— Je vois. Mais tu sais, n’est-ce pas parce que mon frère voulait que tu viennes avec lui qu’il a engagé Lynfia ? Ce serait dangereux de laisser Finne seule, non ? On a laissé Sebas avec elle au cas où.

— Pourquoi es-tu si positif, Leo… Je comprends ce que pense Arn. Il pense que plutôt qu’une escorte qui a du mal à se déplacer comme moi, il vaudrait mieux engager une aventurière intelligente qui peut se déplacer librement comme escorte, tu comprends. Oui, je l’ai félicitée. Elle est intelligente.

Leo faillit dire « Tu es intelligente toi-même, non ? », mais ravala ses mots.

Certes, Elna avait toujours été meilleure que lui depuis leur enfance — douée pour apprendre, c’était indéniable. Mais le mot « intelligente » qu’elle venait d’employer n’avait pas ce sens. Elle parlait de la capacité à tromper, à lire dans les pensées, de l’intelligence nécessaire aux luttes politiques. Elle savait elle-même qu’elle ne la possédait pas. Ce n’était tout simplement pas dans sa nature, et elle ne voulait pas l’acquérir.

Si quelqu’un de la maison Brave apprenait ce genre de chose, cela menacerait les nobles et les membres influents de la royauté. La maison Brave ne devait être qu’une épée. C’était sa position fondamentale.

C’est pourquoi elle n’avait pas le pouvoir de survivre dans une capitale rongée par des querelles secrètes. Son rôle était à l’extérieur, pas à l’intérieur.

— Elna a ses propres qualités. Je pense que tu peux aider mon frère dans ce domaine où tu excelles, non ? Est-ce que ça te convainc ?

— Je comprends, mais je ne peux toujours pas l’accepter… Protéger Finne était censé être mon travail…

— Comme toujours, tu détestes vraiment perdre, n’est-ce pas ? Mais Lynfia ne veut probablement pas rivaliser avec toi. De plus, ton rôle ne chevauche pas le sien. Notre faction est inférieure aux autres. Nos alliés sont peu nombreux. Et beaucoup de gens nous prennent pour cible. Je peux me défendre, mais Finne et mon frère ne le peuvent pas. Ils doivent s’assurer le soutien d’alliés capables de les protéger. Je pense qu’il a pris cette décision en se basant là-dessus, et si toi Elna, as les mains libres, je pense que mon frère comptera sur toi, tu sais.

— C’est vraiment le cas ? Arn semble pourtant déterminé à continuer de me traiter comme une nuisance…

— Non, il ne le fera pas. Tu es vraiment têtue, hein ? Exemple : en ce moment, la seule personne sur qui je peux compter, c’est toi Elna, n’est-ce pas ? S’il te plaît, ne boude plus et donne-moi quelques conseils. Que dois-je faire quand je rencontrerai le roi de Rondine ?

— Sérieusement, Leo, tu es vraiment… Bon, puisqu’Arn connaît aussi les règles élémentaires de la politesse, tu peux le saluer normalement. Mais ne dis rien de superflu, d’accord ? Pas de flatterie, tu dois vraiment limiter tes salutations au strict minimum, d’accord ?

— Hum, je comprends.

Ainsi, leur navire faisait route vers Rondine.

 

Ils ignoraient qu’Arn s’était mis dans une situation désastreuse en se faisant passer pour Leo.

 

 

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