THE INSIPID PRINCE T1 – CHAPITRE 3 PARTIE 8
La bataille pour défendre Kiel (8)
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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
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Trois jours après l’incident.
J’étais le dernier des enfants de l’Empereur à arriver à Kiel.
Même si les autres n’étaient pas parvenus à temps pour la bataille, ils s’étaient empressés de faire route vers la ville avec leurs chevaliers, et presque tous étaient revenus à Kiel dans la soirée.
— On dirait que vous allez encore vous faire taquiner.
— Laisse tomber.
Tandis que j’échangeais quelques mots avec Sebas, je descendis de la calèche devant le manoir.
Là, un groupe pour le moins inhabituel m’attendait pour m’accueillir.
— Mon frère…!
— Oh, Krista. Comment vas-tu ?
— J’ai eu peur…
Tenant comme toujours sa peluche en forme de lapin, elle s’approcha à petits pas et se blottit contre moi. Je lui caressai doucement la tête à plusieurs reprises, puis, lui prenant la main, j’entrai dans la demeure.
Les personnes venues m’accueillir étaient Finne, Leo et…
— Bon retour parmi nous, Arn.
— Bon retour parmi nous, Votre Altesse Arnold.
— Oui, je suis de retour.
Elna et ses chevaliers avaient formé une haie d’honneur pour m’accueillir.
À première vue, personne ne semblait blessé. Je poussai un soupir de soulagement avant de me tourner vers Leo.
— Elna, c’est normal, mais tu as réussi à arriver à temps, n’est-ce pas ?
— Oui, Silver m’a aidée.
— Comme on pouvait s’y attendre d’un aventurier de rang SS. C’est un homme plutôt compétent, tu ne trouves pas ?
— Al, qu’est-ce qui t’a paru humain chez cet homme ? répliqua Elna, visiblement mécontente.
Je haussai les épaules en guise de réponse.
— N’a-t-il pas sauvé l’Empereur ?
— C’était juste un caprice. Je peux le dire rien qu’en le regardant.
— Peu importe si c’en était un. Il l’a tout de même sauvé. N’est-ce pas, Krista ?
— Hum.
— Tu vois ?
— Tss, c’est injuste de mettre Son Altesse Krista de ton côté !
Sur ces mots, nous franchîmes le seuil du manoir.
En chemin, je croisai le regard de Finne. Elle me répondit d’un doux sourire.
Me disant qu’elle voulait sans doute remettre notre conversation à plus tard, j’en profitai pour interpréter ce sourire à ma convenance et poursuivis mon avancée dans la demeure, toujours avec Krista qui refusait de lâcher ma main.
C’est que mon père m’avait informé qu’il entamerait la réunion dès mon arrivée. Pourtant…
— Tu es en retard, Arnold. Qu’est-ce que tu faisais ?
— Tiens, si ce n’est pas Erik. J’attendais une escorte, puisqu’aucun chevalier n’était disponible pour me raccompagner. Je m’excuse de mon retard.
— Je n’ai que faire de tes excuses. Je parie que tu ne l’étais même pas, désolé, pas vrai ?
L’homme aux cheveux bleus et aux lunettes. Le deuxième prince, Erik, se tenait devant nous.
Malgré ses lunettes, son regard était perçant. Comme s’il évaluait en permanence la valeur de tout ce qui l’entourait.
Peut-être trouvait-elle ce regard inquiétant, car Krista se cacha aussitôt derrière moi.
— Je suis désolé. Plus ou moins.
— Peut-être n’ai-je pas été assez clair. Tu n’es pas désolé pour nous, pas vrai ? Tu as toujours été comme ça.
— Eh bien, dit comme ça, je dois admettre que c’est vrai. Je n’ai dérangé personne, après tout.
Les seules personnes pour lesquelles j’éprouvais de la compassion étaient celles qui m’étaient proches. Je ne ressentais absolument rien pour Erik, mes autres frères et sœurs, ni même pour mon père. En entendant ma réponse, Erik esquissa un sourire.
— Tu es intéressant, Arnold. Tu as bien fait d’envoyer Elna en première ligne. Continue à prendre de bonnes décisions à l’avenir. Si tu as de la valeur à mes yeux, alors, comme Leonard, je ne te ferai aucun mal.
— Tu parles comme si tu étais déjà empereur.
— Je suis le prochain empereur. Peu importe les efforts que fourniront Gordon, Zandra ou même toi, cela ne changera rien. Souviens-t’en bien.
Sur ces mots, Erik balaya lentement l’assemblée du regard, jusqu’à s’arrêter sur Leo. Ce dernier soutint son regard sans vaciller. Oui, même face à Erik, il ne baissait pas les yeux.
— Ne prends pas la grosse tête.
Je m’en souviendrai. Erik.
Nous restâmes silencieux alors qu’Erik tournait les talons et s’enfonçait dans le manoir. Ce qui venait de se produire était une déclaration de guerre.
Cette fois, nous avions tous deux gagné en crédibilité : moi, en envoyant Elna en avant, et Leo, en conduisant les chevaliers au combat.
Même si nous avions reçu l’aide de Silver, ces actes avaient renforcé notre position. Ce qu’Erik venait de déclarer, c’était que si nous prenions trop d’assurance, il nous écraserait.
Nous ne pouvions plus ignorer le candidat au trône le plus influent.
Mais même ainsi, ce n’était qu’un avertissement. Il ne possédait sans doute pas encore la carte qui lui permettrait de nous abattre à sa guise.
En revanche, si nous devenions trop puissants, il n’hésiterait pas à s’allier à Gordon et Zandra pour nous écraser. C’est exactement ce que je ferais à sa place.
— Mon frère…
— Qu’y a-t-il ? Tu as peur ?
— Tout va bien. Il ne te fera rien, Krista. Et nous non plus, nous n’avons rien à craindre.
En voyant Krista acquiescer avec un sourire, nous reprîmes notre avancée.
— Ah, Leo. Si père te pose des questions, contente-toi de lui répondre ceci…
En marchant, je me penchai légèrement pour murmurer à Leo.
Leo écarquilla les yeux, mais je poursuivis, afin de m’assurer qu’il m’avait bien entendu.
— Tu as compris ?
— C’est vraiment ce que je dois dire ?
— Oui. Tu es le seul à pouvoir le faire. Et ce sera aussi mieux pour lui.
***
Après l’incident, mon père était resté à Kiel pour superviser la reconstruction.
Mais ce n’était là qu’une fonction officielle. Les dégâts causés par le tsunami n’étaient pas si importants.
En réalité, mon père menait une enquête pour découvrir qui d’autre était impliqué dans cette agitation. Et peut-être parce qu’elle avançait, il avait attendu mon arrivée pour convoquer ses enfants ainsi que les chevaliers impériaux à une réunion.
— Bon travail à tous, déclara mon père, le visage visiblement fatigué.
C’était compréhensible. Il s’était rendu lui-même sur le champ de bataille, malgré son âge, et avait continué à travailler sans relâche par la suite.
Et par-dessus tout, il venait d’apprendre que son propre fils, le plus stupide, était lui aussi profondément impliqué dans l’affaire.
— Cette fois, je n’ai convoqué que ceux qui ont besoin d’être mis au courant. Ce que je vais vous révéler est confidentiel. La nuit dernière, Karlos, qui était grièvement blessé, a repris connaissance. Après avoir examiné les preuves recueillies ces derniers jours, j’ai conclu qu’il avait collaboré avec ces deux vampires. Karlos s’était servi de la flûte appartenant aux deux vampires pour chasser des monstres et prendre la première place au festival. Il a ensuite coopéré avec eux pour attaquer Kiel, à condition qu’ils battent en retraite à son arrivée, et qu’en échange, il retire leur prime. C’est d’une stupidité absolue !
— En d’autres termes… c’était Karlos qui, dès le départ, avait l’intention d’attirer ces monstres ?
— Exactement. Il a certes été manipulé par ces vampires, mais il l’a aussi fait dans son propre intérêt, mettant en danger ma personne… et bien sûr, l’Empire. Je ne peux absolument pas lui pardonner cela !
Les yeux de mon père étaient injectés de sang. Il ne parvenait visiblement pas à contenir sa colère.
Pourtant, Erik s’agenouilla devant lui.
— Votre Majesté. Je vous en prie, faites preuve d’indulgence dans votre jugement. Aussi stupide qu’il ait été, cela reste mon frère.
Un mensonge éhonté.
Gordon et Zandra le suivirent aussitôt. Évidemment, ils ne défendaient pas Karlos par sympathie. Et tout le monde en avait parfaitement conscience.
Car tous savaient que c’était ce qu’attendait l’empereur. S’il avait vraiment eu l’intention d’exécuter Karlos, il l’aurait déjà fait. Il n’avait pas besoin de nous réunir et de jouer la colère de cette façon.
Non. L’empereur ne pouvait se résoudre à pardonner de son propre chef. Il avait besoin qu’Erik et les autres s’y opposent pour que ce pardon prenne forme.
Autrement, il ne pourrait pas préserver sa dignité d’empereur.
De toute façon, il n’était plus nécessaire de tuer Karlos.
Après avoir été attaqué par Sam, il avait perdu sa main droite et le contrôle de la moitié inférieure de son corps. Il passerait le reste de sa vie alité. Même un père, face à un tel état, ne pouvait sans doute pas porter le coup de grâce à son propre fils.
Cependant, continuer ainsi serait néfaste. Si tout le monde plaidait en faveur de Karlos, cela reviendrait à dire que l’empereur avait cédé à une supplique. Et cela porterait atteinte à sa réputation.
— Leonard. Tu as été notre plus grand atout dans cette crise. Quel est ton avis ?
— Si je puis exprimer mon avis, je ne pense pas que Karlos doive être épargné. Il devrait être condamné à la décapitation.
À ces mots, tous les visages se figèrent.
Car ils venaient de la dernière personne qu’on aurait attendue.
Même mon père semblait quelque peu décontenancé.
— …Pourquoi dis-tu cela ? Ce n’est pas ton frère ?
— Avant d’être mon frère, c’est un rebelle qui s’est soulevé contre l’Empire. Si Votre Majesté lui accorde son pardon, cela créera un précédent fâcheux. Comment pourrais-je l’expliquer aux chevaliers qui ont risqué leur vie pour nous protéger ?
— Cela ne sera pas rendu public. Ni auprès du peuple, ni auprès des chevaliers. Cela restera entre nous. Tu n’as pas à t’en préoccuper.
— Même ainsi, c’est inacceptable. Votre Majesté devrait être honnête et présenter la tête du rebelle au peuple, pour leur prouver que vous êtes juste et équitable. Même s’il s’agit de votre fils, vous devez le juger pour ses crimes. Cela apaisera les esprits.
Leo avait parlé d’un ton ferme.
Désormais, les avis étaient partagés. Quel que soit son choix, l’Empereur aurait une justification. Autrement dit, il pouvait à présent s’en servir comme prétexte. S’il décidait d’épargner Karlos, cela ne signifierait pas qu’il méprisait Leo.
C’est pourquoi, même si Leo ne dépassait pas encore Gordon, les circonstances avaient été arrangées pour que Leo devienne ambassadeur plénipotentiaire.
Tout se déroulait selon les plans de mon père.
Satisfait, ce dernier me jeta un coup d’œil. En voyant mon expression détendue, il afficha une légère moue.
— C’était ton idée ?
— Que voulez-vous dire ?
— Haa… bon, très bien. Je respecterai l’opinion d’Erik et des autres, et j’épargnerai Karlos. Cependant, Leonard. Ta réussite ne peut plus être ignorée.
Sur ces mots, mon père appela Leo à s’avancer. Ce dernier s’exécuta avec grâce et s’agenouilla devant lui.
Mon père dégaina son épée et la tendit à Leo, qui la reçut avec solennité.
— Fais-en bon usage. Je ne l’avais pas prévu ainsi, mais… Leonard, je te déclare vainqueur de ce festival. Karlos ayant été disqualifié, et Arnold, arrivé deuxième, également, tu te retrouves à égalité avec Gordon pour la troisième place. Cependant, tu as conduit les chevaliers au secours de Kiel, et tu jouis désormais d’une immense popularité dans l’est. Te déclarer vainqueur est nécessaire pour apaiser le mécontentement du peuple. Tu comprends, Gordon ?
— … Je me plie à la volonté de Votre Majesté.
Gordon s’inclina, le visage crispé. Sa voix tremblante trahissait sa frustration. Mais il ne pouvait contester le jugement de l’Empereur. Il n’avait aucun argument valable pour le faire.
À cet instant, Elna s’avança à son tour et s’agenouilla devant lui.
— Votre Majesté. Permettez-moi de vous adresser une requête.
— De quoi s’agit-il ?
— Je vous en prie, annulez la disqualification de Son Altesse Arnold. S’il a agi ainsi, c’était pour envoyer ses chevaliers à Kiel. C’est un geste louable.
Il ne mérite pas la stigmatisation que représente cette disqualification.
— Nous vous en supplions, Votre Majesté !
À la suite d’Elna, ses hommes s’agenouillèrent d’un seul mouvement.
Mon père ferma les yeux. Et Puis :
— Arnold… tu as brisé ton bracelet par erreur, n’est-ce pas ?
— Oui. Je l’ai cassé accidentellement.
— Alors la disqualification ne peut être annulée. Ce serait différent si tu l’avais cassé intentionnellement, et si tu avais expressément envoyé Elna ici. Mais les règles sont les règles. La victoire revient à Leonard.
Elna me regarda, comme si elle n’arrivait pas à croire ce que j’avais fait. Je l’ignorai. Même si je prétendais avoir envoyé Elna exprès, cela ne changerait rien. Je ne serais pas nommé ambassadeur plénipotentiaire.
Au mieux, je recevrais quelques éloges. Mais comme l’a dit mon père plus tôt, Leonard devait être désigné vainqueur, en raison de sa popularité dans l’Est.
Personne n’accepterait que je l’emporte. C’est pourquoi il valait mieux passer pour un prince stupide ayant brisé son bracelet par mégarde. C’est ce que je pensais… mais.
— Cela dit, il est également vrai qu’Elna m’a sauvé. Autrement dit, j’ai été sauvé grâce à l’erreur d’Arnold. Et je compte le récompenser pour cette erreur.
— Hein ?
— Je nommerai Arnold ambassadeur adjoint. Tu accompagneras Leonard et tu le seconderas.
— … Père ?
— C’est Votre Majesté, Arnold.
— Euh… Je… Je doute d’avoir les compétences requises…
— Tu peux laisser tout le reste à Leonard. Trouve au moins une tâche à ta portée, et prouve-moi que tu en es capable. La discussion est close. J’en ferai l’annonce officielle demain. Tout le monde, reposez-vous.
Sur ces mots, mon père se leva de son siège.
Puis, en s’éloignant, il se tourna vers moi avec un sourire malicieux.
Ce fichu père… Il l’a fait exprès ! Bon sang ! Il a ruiné tous mes plans ! Si Leo et moi quittons l’Empire, qui restera-t-il pour diriger notre faction ?
Sérieusement ?
J’étais totalement abasourdi par ce retournement inattendu. En revanche, mes rivaux affichaient un sourire satisfait.
C’est mauvais… Si nous restons sans rien faire, notre faction sera démantelée en notre absence.
— C’est génial, non ? Arn ?
— …
— Qu’est-ce qu’il y a ? Arn ?
— Comme prévu, ne t’implique plus avec moi…
— POURQUOI ?!
Je me tins le front et repoussai Elna, toute joyeuse. Mais je comprenais. Ce n’était pas sa faute.
Je m’attendais à ce qu’elle plaide pour que ma disqualification soit annulée.
Ce qui m’avait pris de court, c’était la réaction de mon père.
S’il avait agi ainsi, c’était sans doute parce que j’avais eu l’air trop détaché.
Il devait être agacé d’avoir le sentiment que je me jouais de lui.
C’était entièrement de ma faute…
La réunion se conclut donc sur cette vision de moi, la tête entre les mains, accablé par l’absurdité de la situation.