sentenced t3 - CHAPITRE 4 PARTIE 2

Châtiment : Sceller le ravin de Tujin (2)

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Traduction : Calumi
Correction : Raitei

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Je pouvais voir de la lumière dans le ciel à l’ouest.

Des flammes, des éclairs de sceaux sacrés et des lueurs d’obus d’artillerie déchiraient l’obscurité.

Ça doit être Rhyno.

Tsav pouvait le deviner rien qu’à la lumière. De plus, quatre tirs avaient été effectués en succession rapide, et la seule personne qu’il connaissait capable de tirer ainsi était Rhyno. Cet homme pouvait réfléchir à une vitesse si anormale que même Tsav n’arrivait pas à le suivre. Par moments, il avait du mal à croire que son coéquipier soit humain.

Le chaos avait soudainement éclaté partout autour de lui. Xylo et les autres à l’arrière avaient probablement déjà commencé à combattre. Leur objectif était d’empêcher l’ennemi de partir vers le nord en les distrayant aussi longtemps que possible, et comme Teoritta ne pouvait toujours pas utiliser pleinement ses pouvoirs, cela allait devenir une épreuve de force.

Mais bon, je suis sûr que Frérot s’en sortira.

Xylo trouverait une solution. Il avait des instincts de bête sauvage quand il s’agissait de bataille.

Malgré son attachement aux pratiques militaires classiques sur le champ de bataille, il lui arrivait parfois de les ignorer avec panache et de finir quand même victorieux.

Le vrai problème, c’est Jayce. Il peut être effrayant pour des raisons totalement différentes de celles de Frérot.

La cavalerie avait commencé à combattre sérieusement, et l’infanterie s’élança, bâtons de foudre en main. Pendant ce temps, du point de vue de Tsav, Jayce ne semblait pas paniquer le moins du monde. En réalité, il paraissait parfaitement calme.

Les autres chevaliers-dragons n’étaient pas différents. Ceux présents ici avaient tout juste réussi à sortir leurs dragons des écuries quand les troupes avaient été forcées de battre en retraite. Ils étaient dix-sept. Dix-huit en comptant Jayce.

Le spectacle était assez impressionnant. Ils s’arrêtèrent calmement, examinèrent les harnais et l’équipement de leurs dragons, puis commencèrent à préparer les armes qu’ils transporteraient. Ils parlaient peu, échangeant seulement quelques murmures avec leurs dragons. Tsav avait l’impression d’assister à la nuit suivant des funérailles. En comparaison, Jayce était carrément bavard.

— Tout va bien, Neely.

Sa voix était maintenant bien plus douce que celle qu’il utilisait avec les autres humains.

— Je ne le regrette pas du tout. Je sais que j’en serai capable. Tu le sais aussi, pas vrai ?

Neely était probablement encore plus importante pour Jayce que sa propre famille. Un mot aussi simple que ça ne pouvait pas espérer englober la force de leur lien. Cela laissait Tsav perplexe. Pourquoi, alors, emmenait-il toujours Neely au combat avec lui ? Elle n’était pas une héroïne condamnée comme eux. Elle pouvait très bien finir morte.

— Pourquoi ? marmonna Tsav sans réfléchir.

Ah merde. J’ai encore fait ça.

Il savait parfaitement que sa tendance à trop parler était l’un de ses rares défauts. Malgré tout, il ne pouvait pas réprimer sa curiosité.

— Euh, hé, Jayce. Je me demandais : pourquoi tu emmènes toujours Neely au combat avec toi ? Genre, c’est pas un peu dangereux ?

— …Tsk.

Jayce plissa les yeux vers Tsav.

— On t’a déjà dit que tu parlais trop et que tu posais un peu trop de questions ?

Tsav ne s’inquiéta pourtant pas. Il savait que Jayce ne deviendrait pas violent sous les yeux de Neely.

— Ouais, tu me connais. J’ai grandi dans l’ordre des assassins, et ils étaient vraiment stricts avec les règles et le silence, tu vois ?

— Non, justement.

— T’es pas obligé d’être aussi froid ! Je te jure que c’était vrai ! Du coup, être aussi bavard, c’est un peu… une réaction à ça. Je suis encore hanté par mon passé tragique. Genre, j’ai beau agir tout joyeux la plupart du temps, en vrai, je suis rempli de ténèbres !

— Tu te demandes pourquoi je le fais ? …T’es stupide ou quoi ? Ma raison n’a aucune importance. Ce qui compte, c’est pourquoi Neely le fait.

— Hmm ? Oh, euh… Hein ?

Quelques secondes passèrent avant que Tsav réalise que Jayce venait de répondre à sa question. Après tout, Jayce était un homme qui ne craquait jamais sous la pression et ne se laissait jamais influencer par les autres.

— Neely est ma priorité absolue, avec les dragons dans leur ensemble, les descendants des gardiens du monde, qui ont fait sécession de Tír na nÓg.

— Ouais, ouais, répondit vaguement Tsav.

Il n’avait plus la moindre idée de ce dont ils parlaient. Jayce, cependant, continua de divaguer avec son irritation habituelle.

— La plupart des humains sont ingrats, donc je me fiche de ce qui peut leur arriver, mais Neely et les autres ne pensent pas comme ça. Et ils comptent tous sur moi, un humain indigne.

Pendant que Jayce se frottait la nuque, Neely poussa un faible rugissement, comme si elle essayait de compatir avec lui ou de le réconforter.

— Ils disent que je peux protéger non seulement mon propre petit monde, mais quelque chose de bien plus grand. Difficile à croire, pas vrai ? Moi non plus, je n’y crois toujours pas. Mais si c’est ce que veulent Neely et les siens, alors…

Jayce enfourcha Neely, et elle déploya largement ses ailes. Tsav se pencha instinctivement en arrière.

— …Je dois le faire. Je ne veux pas qu’ils abandonnent tout espoir en moi, tu sais ? …Maintenant, allons-y, Tsav !

Jayce tendit une main et invita Tsav à monter sur le dos de Neely. Sans même qu’il s’en rende compte, tous les autres chevaliers-dragons avaient déjà enfourché leurs dragons et étaient prêts au combat. Au loin, une lune violette éclatante illuminait le ciel nocturne, révélant les silhouettes d’innombrables féeries.

— On doit se dépêcher. Il est temps de venger les dragons qu’ils ont tués.

Des flammes sombres brûlaient dans les yeux de Jayce.

— Notre cible est le Roi-Démon Furiae. Je vais te donner une seule chance. Si tu te foires, je vais te pousser et te laisser t’écraser jusqu’à la mort.

— Sérieusement ? Tu sais vraiment comment mettre un type sous pression !

L’ancien assassin sentait un sourire se dessiner sur son visage. Tsav s’amusait, et il le savait. C’étaient des moments comme celui-ci qui lui donnaient vraiment l’impression d’être vivant. Alors qu’il glissait ses jambes dans les étriers, il se tourna vers le ciel occidental.

Là, il vit un rayon de lumière écarlate étincelant traverser les airs avant de pulvériser leur campement.

 

***

— C’était quoi, ça ?

Lentoby se retourna instinctivement vers l’origine de l’attaque. Il venait de voir un rayon de lumière rouge frapper le camp ennemi plus loin devant. Il avait fait fondre la neige et creusé le sol. Plusieurs féeries avaient également été prises dans l’explosion, mais les dégâts infligés aux forces du Royaume Fédéré étaient énormes.

— Ça doit être l’œuvre de Furiae, marmonna Trishil d’un ton plat, les mains tenant les rênes de son cheval.

Sur le champ de bataille, elle semblait être une autre personne, avec son calme impérial. Il n’y avait plus aucune trace des émotions exacerbées qu’elle avait montrées un peu plus tôt. Elle ne se retourna même pas.

— Vous n’aviez jamais vu ça avant, Lentoby ?

— Oh, euh… Je l’ai déjà vu quelques fois… de loin.

— On dit que c’est une sorte de rayon thermique, donc la seule manière de le bloquer est de se concentrer uniquement sur la défense à l’aide de la technologie des sceaux sacrés. Autrement dit, ils n’iront nulle part.

Même Lentoby pouvait comprendre ce qu’elle voulait dire. Celui qui s’arrêterait serait l’unité qui avait quelque chose à protéger à tout prix, l’unité avec le prince et la princesse. Même s’ils voulaient continuer d’avancer, ils devraient utiliser des leurres et des mouvements irréguliers pour tenter de semer l’ennemi.

— Les autres comptent sur nous pour les soutenir. Nous ne pouvons pas les décevoir cette fois.

— Oui, je sais.

Lentoby ne pouvait pas se permettre d’être en désaccord ici. Il commençait réellement à sentir le poids du fait d’avoir laissé s’échapper deux membres de la famille royale.

— Heureusement, j’ai déjà trouvé le prince et la princesse. Charon s’occupe d’eux.

Trishil devait les avoir trouvés avec son stigmate. Elle ferma un œil, recherchant leur position. Ils avaient donc déjà deux coups d’avance sur l’ennemi. Il semblait que la chance soit de leur côté cette fois.

— Notre mission est d’arrêter l’unité du Renard pendu, poursuivit-elle. — Mais nous devons faire attention à ne tomber dans aucun de ses pièges. Compris ? Qui sait quelles sales combines cet homme peut encore avoir dans sa manche.

Il semblait que Trishil ait encore du mal à digérer leur précédente défaite, mais Lentoby pensait qu’elle avait raison. Leurs ennemis actuels ressemblaient à des magiciens. Ils pouvaient accomplir l’impossible et gagner d’une manière que personne n’aurait imaginée. Leur fortification, par exemple, n’avait rien à voir avec tout ce que Lentoby avait déjà vu auparavant, et elle leur avait pourtant permis d’écraser les forces du Fléau démoniaque et de tuer d’innombrables féeries avec moins de cinq cents hommes, probablement. Ils semblaient constamment dicter le rythme de la bataille.

Lentoby mentirait s’il disait qu’il n’avait pas peur.

— …On dirait que Charon se prépare à attaquer, dit Trishil. — En route. Tu as bien ton masque contre le poison, pas vrai ?

— Oui.

Lentoby frissonna une fois, puis suivit Trishil.

Ils savaient comment opérait le Neuvième Ordre, et chaque membre de leur unité avait reçu un masque grossier à usage général gravé de sceaux sacrés afin de se protéger du poison. Ils n’étaient pas certains de l’efficacité de ces masques, mais c’était toujours mieux que rien.

Je dois survivre, quoi qu’il arrive. C’est ma priorité absolue. J’ai été trop loin pour mourir maintenant, et je ferai tout ce qu’il faut pour m’en sortir vivant. Après tout ce qui s’est passé, mourir ici serait une fin bien trop misérable.

 

***

Le rayon rouge avait percé leur formation défensive, réduisant plusieurs soldats et leurs boucliers en cendres et projetant six autres dans les airs, avant de finalement se dissiper.

Je l’avais vu de mes propres yeux, à bout portant. Notre force était composée de l’Unité de Héros Condamnés combinée aux soldats de la maison Kurdel — certains des meilleurs combattants de l’Alliance nobiliaire. Nous étions environ mille quatre cents hommes au total, et l’explosion avait ouvert un trou dans la ligne de bataille de notre arrière-garde.

— Ils ont même sacrifié leurs propres féeries pour nous frapper ! cria Patausche avec dégoût depuis le dos de son cheval.

Elle continua de hurler avec colère tout en brandissant sa lance, embrochant un bogie proche avant de le projeter au loin.

— Quelle attaque agressive ! Et quelle portée ! Comment sommes-nous censés nous défendre contre ça ?!

— …Je pense que nous pouvons bloquer cette attaque si nous alignons de puissantes barrières de sceaux sacrés et adoptons une position défensive, répondit Rhyno avec un calme suspect. —Une dizaine de soldats avec leurs boucliers empilés devraient suffire.

Même si son ton était chaleureux, il ne faisait que communiquer le résultat de ses calculs. C’était du moins l’impression que j’en avais.

— Bien sûr, si nous faisons ça, nous ne pourrons plus bouger. De plus, l’ennemi nous surpasse clairement en nombre, donc il ne leur faudrait pas longtemps pour nous épuiser puis nous écraser.

— …Je sais. Et nous échouerions à remplir notre mission d’arrière-garde, puisqu’ils pourraient simplement nous contourner.

Patausche grimaça. Elle n’aimait probablement pas recevoir des instructions de Rhyno. Je comprenais parfaitement ce qu’elle ressentait.

— Qu’en penses-tu, Xylo ? Nous ne pouvons pas simplement rester en défense tout le temps et laisser l’ennemi nous attaquer.

La bataille avait déjà commencé, et qui savait quand un autre rayon écarlate de lumière bien brûlante foncerait vers nous ? Nous allions être forcés de continuer à combattre dans un état de peur permanente.

— Il y a une chose qui me dérange, finis-je par dire. — Leur offensive est faible — trop faible.

Les féeries nous attaquaient depuis un moment déjà, et pourtant, quelque chose manquait.

— Où sont les Rois-Démons ? Furiae vient évidemment de nous tirer dessus avec ce rayon, mais où est Charon ?

Normalement, on s’attendrait à voir une forteresse mobile comme celle-là en première ligne, prête à nous écraser, mais elle était toujours introuvable. Pourquoi ? Les forces de féeries devant nous semblaient elles aussi étrangement peu motivées. Tout au plus, il y avait environ deux mille petites féeries rapides qui nous attaquaient, mais même en supposant que Furiae se trouvait à l’arrière avec la force principale, quelque chose manquait encore.

C’était comme s’ils ne nous prenaient pas au sérieux. Il devait se passer autre chose. J’envisageai alors le pire scénario possible.

— …Ils nous ont contournés.

Ils avaient compris ce que nous préparions. Peut-être que nous avions simplement manqué de chance et qu’un de leurs éclaireurs nous avait vus, ou peut-être que quelqu’un avait divulgué des informations à l’ennemi. Peu importait. Ce qui comptait, c’était que la force contre laquelle nous combattions servait très probablement de diversion, et que la véritable cible de l’ennemi se trouvait ailleurs.

Il semblait que la prédiction de Hord Clivios ait déjà été prouvée fausse. J’essayai de conserver une façade stoïque.

— Ne vous inquiétez pas pour Furiae. Jayce a dit qu’il s’en chargerait. C’est Charon qui doit nous inquiéter.

— Je commençais moi aussi à avoir l’impression que c’était un peu trop facile.

Patausche et ses cavaliers avaient traversé les lignes ennemies puis étaient revenus presque sans effort. Elle savait de quoi elle parlait.

— Mais es-tu sûr de ne pas tirer des conclusions hâtives ? Charon ne s’est même pas encore montré.

— …Non, il est déjà en mouvement, dit soudainement Teoritta.

Ses yeux étaient encore ternes, comme les restes rougeoyants d’un bois consumé, mais tandis qu’elle regardait le ciel au nord, les flammes commencèrent à y revenir.

— Un roi-démon… se dirige vers le nord. Pas ici… mais vers le nord.

— Vers le nord ? Teoritta, tu en es sûre ?

— P…probablement…!

Teoritta fronça les sourcils, montrant clairement qu’elle ne s’était toujours pas complètement remise. D’habitude, elle aurait dit quelque chose d’absurde comme : « sans aucun doute ! ».

Mais cette fois, elle n’avait même pas la force de faire ça.

— …Le Neuvième Ordre va avoir besoin de renforts, dis-je. — J’ai envoyé Venetim et Tatsuya au nord pour les protéger, donc ils devraient pouvoir nous faire gagner un peu de temps.

— Alors, devrais-je y aller ? proposa immédiatement Rhyno en abattant son poing sur une féerie qui se jetait sur lui, lui fracassant le crâne. — J’aimerais essayer la méthode dont nous avons parlé pour tuer Charon.

— Attends. Tu comptes faire comment pour les rattraper dans cette armure lourde ?

C’était peut-être la plus grande faiblesse d’un artilleur. Ils devenaient un poids mort dans les batailles où il fallait rester constamment en mouvement, et même si leurs Sceaux sacrés leur permettaient de courir plus vite qu’une personne normale, il n’y avait aucun moyen qu’ils puissent rattraper une cavalerie qui avait déjà pris de l’avance.

— …Comme c’est décevant. Je ne peux qu’espérer que dame Teoritta se soit trompée et que Charon se dirige vers nous.

Il était facile de mal comprendre Rhyno à cause de sa manière de parler et de son comportement, mais il était toujours extrêmement impatient d’affronter le Fléau démoniaque. Il avait peut-être une rancune personnelle contre lui. Peut-être que ses parents ou ses frères et sœurs avaient été tués par un roi-démon. Il ne serait pas le seul dans ce cas.

— Alors j’imagine que c’est à toi de jouer, camarade Xylo.

— Ouais, répondis-je. — Je vais m’en occuper.

Je fis faire demi-tour à mon cheval et commençai à partir vers le nord. Les combats là-bas avaient probablement déjà commencé. Si Charon les avait trouvés, alors ils seraient dans une situation bien désavantageuse. Leur défaite était pratiquement inévitable. Charon était un puissant roi-démon capable de briser et d’écraser facilement des formations défensives, et il avait probablement avec lui des dizaines de milliers de féeries ainsi que des mercenaires humains lourdement armés. Sans compter que l’attaque au rayon lumineux dévastateur de Furiae possédait elle aussi une portée extrêmement longue.

Il suffisait qu’une seule de nos unités échoue pour que n’importe lequel de ces facteurs anéantisse toute notre armée. Rien ne garantissait que je serais capable de tuer Charon ou même de traverser sa légion de féeries, et rien ne garantissait non plus que Jayce et Tsav parviendraient à tuer Furiae. Si nous tenions vraiment à nos vies, nous devrions être en train de fuir.

Mais si jamais…?

Et si Jayce et Tsav réussissaient vraiment ? Dans quelle position ça me laisserait-il ? Ils ne me laisseraient jamais oublier ça.

« C’était le mieux que tu pouvais faire ? Pathétique. Nous, on a éliminé notre roi-démon sans problème. »

C’est exactement ce qu’ils diraient. En plus, les soldats travaillant pour la maison Dasmitur nous avaient confié leurs armes et leurs provisions, et nous les avions acceptées, donc peu importait à quel point je trouvais absurde leur confiance en nous. Il était déjà trop tard maintenant.

Merde.

Je savais ce que je voulais faire. Je voulais écraser ce foutu roi-démon Charon avec son air suffisant et afficher un sourire comme si ce n’était rien. Je voulais rire par le nez et dire aux autres :

— C’était facile.

Mais pour faire ça, j’allais devoir agir sans aucune prudence.

— Patausche, j’ai besoin que tu gères la situation ici. T’es la seule sur qui je peux compter.

— Qu’est-ce que tu racontes ? Qu’est-ce que tu comptes faire ?!

— Je dois abattre un roi-démon pour égaliser le score.

— Tu crois vraiment pouvoir gagner ? Tu comprends à quel point tes chances sont minces, pas vrai ?

Patausche avait l’air complètement exaspérée par moi. Je commençais à bien connaître cette expression.

— Tu es toujours comme ça ?

— Oui, mon chevalier est toujours comme ça, répondit Teoritta à ma place en passant ses bras autour de moi. — …Bien sûr, tu comptes m’emmener avec toi, n’est-ce pas ? Je peux trouver Charon… Je peux être utile !

— T’en fais pas, répondis-je. — Je comptais t’emmener avec moi, que tu aides ou non.

Je ne savais pas vraiment si je mentais.

Je me retournai et donnai mon dernier ordre.

— Patausche, t’as intérêt à tenir bon. Charon n’est peut-être pas ici, mais les ennemis ne manquent pas.

— Je sais. Toi non plus, ne va pas te ridiculiser.

— Tu crois parler à qui ?

— …Et ne meurs pas. Je remplirai ma part du marché. Je ne laisserai pas passer une seule féerie.

— Comme si j’allais mourir ici. Bref, je compte sur toi.

Après avoir expiré un souffle blanc dans l’air glacé, je lançai mon cheval au galop vers le nord.

— Allons-y, Teoritta. Hors de question que Jayce et Neely nous éclipsent. On va tuer Charon, quoi qu’il arrive.

— Oui, cela me convient, mais…

Teoritta baissa presque la voix jusqu’au murmure.

— J’espère que Jayce et toi ne pariez pas sur ce genre de chose.

— Je préfère ne pas répondre à ça. Je voudrais éviter de te mentir, plaisantai-je.

— Xylo !

Je dégainai un couteau et le lançai droit sur une féerie qui chargeait afin d’ouvrir un passage.

Le vent hurlant transportait une cacophonie de sons à travers le champ de bataille.

Cris, hurlements, explosions, grincements métalliques et écho des sabots…

Et, au milieu de cette harmonie chaotique, nous fonçâmes droit vers le point culminant de la bataille des collines de Tujin Tuga.

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