HOLE IN MY HEART T2 – CHAPITRE 2 PARTIE 5

Melmina (5)

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Traduction : Calumi
Correction : Raitei

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Et ainsi, la journée de travail prit fin.

Konoe raccompagna les personnes capturées jusqu’au village frontalier. Les disques de Melmina formèrent une plateforme pour les transporter jusqu’à l’infirmerie… où leurs familles s’inclinèrent devant lui encore et encore.

— Bon retour, Konoe. Tout s’est bien passé aujourd’hui !

— …Euh, ah, oui.

Après cela, il se rendit à la taverne où Melmina l’attendait. Dès qu’il arriva, elle l’accueillit avec un « tope-là ».

— On l’a fait !

Un peu surpris, Konoe répondit un instant plus tard. Elle était petite, avec son sang nain, alors leurs mains se rencontrèrent à hauteur du bas de son épaule.

Ah, c’est là qu’il se souvint. Melmina était du genre à faire « ça » après une mission. Cela lui rappela leurs jours d’entraînement, dix ans plus tôt, lorsqu’ils étaient souvent en duo.

— Tiens, assieds-toi.

— …Oui.

Melmina désigna la chaise en face d’elle. Après une brève hésitation, Konoe s’assit et jeta un regard autour de la salle à manger. La jeune fille aux cheveux dorés n’était pas là.

Telnerica ne l’avait pas accompagné jusqu’au village frontalier. La raison était simple : ce village se trouvait à la limite des Terres contaminées. C’était une zone de guerre.

Au-delà de la barrière entourant le village s’étendait une terre où les ennemis de l’humanité erraient librement. Ceux qui se rassemblaient dans un tel endroit, à commencer par les aventuriers, avaient un caractère plus rude.

Il avait hésité à y amener Telnerica. Ainsi, lorsque Konoe lui avait demandé de rester à l’auberge de la Capitale,

Telnerica l’avait raccompagné en disant :

— Oui. Dans ce cas, je vous attendrai ici.

— Malgré tout, tu as été d’une grande aide aujourd’hui. Je n’aurais pas pu venir à bout de cette forteresse démoniaque aussi facilement seul.

— …Hm ?

Il tourna la tête en entendant son petit rire. Melmina manipulait un artefact magique semblable à une calculatrice. Il supposa qu’elle calculait déjà leurs gains de la journée.

— …Ce sont des démons. C’est pénible.

— Les anéantir aurait été simple. Mais quand il faut aussi secourir les otages…

Konoe comprenait parfaitement ce qu’elle voulait dire. Si son disque avait pu s’infiltrer à l’intérieur aussi facilement, c’était parce qu’ils avaient réparti les rôles. Parce que Konoe avait attiré l’attention des démons, ils avaient modifié leur barrière, passant de la détection à l’interception. C’était pour cela que le disque optique de Melmina avait pu se glisser à l’intérieur aussi aisément.
Normalement, une forteresse démoniaque n’était pas un endroit dans lequel un Adepte pouvait s’infiltrer facilement.

Les démons. L’avant-garde du Mal, maniant toutes sortes de magies. À en juger par les sorts de transfert et d’attaque qu’ils avaient utilisés, leur polyvalence était sans égale parmi les monstres.

Cette polyvalence rendait les démons particulièrement pénibles… Konoe les détestait davantage que certains monstres de rang Désastre. Sans compter qu’on pouvait percevoir des émotions dans leurs actions.

— Bon, tout s’est bien passé, alors ça va. Plus important, allons boire un coup ! Cette région est réputée pour sa bière. Tu prends quoi ?

— …Non, je ne bois pas pendant le travail.

Konoe refusa l’offre de Melmina et commanda un thé au personnel de la taverne. Melmina le regarda, exaspérée.

— « Pendant le travail » ? La journée est déjà finie.

— …Mais c’est une zone de guerre.

— …Tu es toujours aussi rigide.

Melmina lui lança un regard mécontent, comme pour dire : qui ne boit pas après une mission ?

Puis elle fit la moue.

— Aaah, et moi qui comptais même te servir à boire, de mes jolies petites mains.

— …

À ces mots, Konoe se souvint vaguement de quelque chose.

Chez ceux qui avaient du sang nain, le fait de servir à boire avait une signification particulière. C’était un geste qu’ils ne faisaient que pour leur famille, leurs compagnons d’armes… ou la personne qu’ils aimaient. Il avait entendu dire que cela pouvait même tenir lieu de déclaration.

Konoe était heureux qu’elle le considère comme un compagnon d’armes, mais…

— …

Mettant cela de côté, il n’avait aucune intention de boire dans une zone de guerre, quelle qu’en soit la raison. Il détourna donc les yeux de son visage boudeur.

Son regard tomba sur la rue principale devant l’auberge, animée par la foule. Un homme âgé qui ressemblait à un aventurier marchait dans la rue, un marchand interpellait les passants, un garçon tirait une charrette, et une fille l’encourageait.

…Comme on pouvait s’y attendre d’un poste de première ligne, il y avait beaucoup d’aventuriers, pensa Konoe.

Même maintenant, des aventuriers s’élançaient hors de la porte de la ville, tous souriants, faisant la course entre eux. L’endroit semblait plein de vie.

— Bon, peu importe. Ensuite, parlons des résultats d’aujourd’hui.

— …Oui.

— En mettant de côté l’argent de l’État, si on vend les matériaux des monstres qu’on a tués aujourd’hui et qu’on soustrait les dépenses, ça donne à peu près ça.

Quand il releva les yeux, Melmina tenait son artefact magique d’une main et une bière de l’autre.

La somme affichée était faible comparée à la récompense d’un Adepte. Mais en comparaison de ses souvenirs du Japon, c’était un montant exceptionnel pour une seule journée de travail.

— Les tréants se vendront probablement le mieux. Tu les as coupés si proprement qu’ils devraient rapporter un assez bon prix. Merci. En récompense… que dirais-tu d’un petit bisou sur la joue ?

— …Non.

— …Hé, pourquoi ce refus immédiat ? Réfléchis-y au moins une seconde.

Lorsqu’il secoua la tête face à sa plaisanterie, elle gonfla les joues. …En y repensant, ce genre de blague de sa part lui rappelait aussi le bon vieux temps, se souvint Konoe.

— …

— Hmpf, très bien. Revenons aux comptes… Les dépenses concernent le transport, la conservation et le traitement des monstres que nous avons laissés dans la forêt. Nous payons les villageois pour ça. …Ça te va, n’est-ce pas ?

— …Hm, oui, aucun problème.

Je vois, pensa Konoe en hochant la tête.

Il ne connaissait pas vraiment les flux financiers ni les détails du travail, mais puisqu’ils faisaient appel aux villageois, cela impliquait naturellement un coût.

En fait, il avait complètement oublié le transport des monstres vaincus.

Le combat qui avait suivi contre les démons lui avait totalement fait sortir cela de l’esprit. Il y en avait eu pas mal, donc il était logique que cela coûte une certaine somme.

— …? Melmina ?

— Hm ? Oui ?

Il remarqua soudainement que Melmina le fixait avec un large sourire. Il se demanda pourquoi elle le regardait ainsi. Peut-être avait-il quelque chose sur le visage ? Il toucha sa joue, mais ne sentit rien d’inhabituel.

— …Il y a quelque chose qui ne va pas chez moi ?

— Non ! Pas du tout.

…Et pourtant, elle avait l’air étrangement heureuse. Konoe trouva cela déroutant.

— Oh, et comme la collecte et le traitement vont prendre du temps, on est en congé demain et après-demain. Tu peux retourner à la Capitale ou dormir toute la journée si tu veux.

— …Ah bon ?

Un repos, juste après être arrivé. Konoe avait l’impression qu’il préférerait terminer la mission au plus vite, mais… bon, il supposait que se précipiter et ne pas pouvoir exploiter correctement les matériaux poserait aussi problème. C’était sans doute ainsi que les choses fonctionnaient.

Dans ce cas, il s’inquiétait pour Telnerica, alors il pensa qu’il pourrait retourner un moment à la Capitale.

— …

Un bref silence s’installa, et Konoe se retrouva à regarder de nouveau vers la porte de la ville.

Les personnes dont Melmina avait parlé, celles qui s’occupaient de la collecte et du traitement des matériaux, se trouvaient là.

À cet instant, un aventurier entra dans le village, sa charrette chargée de monstres, et la tira jusqu’à un atelier d’alchimie près de l’entrée. Quelques minutes plus tard, il ressortit de l’atelier avec une charrette vide.

…Dans ce monde, il était courant d’apporter les matériaux de monstres dans un atelier d’alchimie.

On lui avait appris que c’était parce que les corps des monstres contenaient des toxines et ne pouvaient pas être utilisés sans passer par un traitement alchimique. Ils étaient traités dans des ateliers, puis utilisés pour fabriquer des armes, des armures et des catalyseurs.

— …

Konoe observa d’un air absent les aventuriers et le village.

Un village de frontière. L’atmosphère y était différente de celle de la Capitale ou de Sylmenia.

À l’entrée de la rue principale, près de la porte, des installations destinées au traitement des matériaux, dont l’atelier d’alchimie mentionné plus tôt, s’alignaient.

Un peu plus loin dans le village se trouvaient des boutiques d’armes, d’armures, ainsi que des magasins vendant des potions et des artefacts magiques.

En regardant le long des routes, des étals étaient coincés entre les boutiques, proposant des médicaments et des outils à l’aspect quelque peu douteux. Lorsqu’il avait traversé la ville plus tôt, certains endroits dégageaient de fortes odeurs, tandis que d’autres avaient des objets indéfinissables suspendus devant leurs devantures.

De nombreux aventuriers allaient et venaient dans ces rues. Pas seulement des humains, mais aussi des hommes-bêtes, des elfes et des nains se déplaçaient comme si c’était parfaitement normal.

On aurait dit un décor sorti d’un jeu de fantasy, comme ces autres mondes qu’il imaginait autrefois lorsqu’il était au Japon.

— …Ce village…

— Hm ? Qu’est-ce qu’il y a ?

— …Ce village est-il toujours comme ça ?

La rue animée. Les voix joyeuses. Cette scène, pleine d’un charme non seulement étranger, mais véritablement d’un autre monde, émut légèrement Konoe, c’est pourquoi il posa la question à Melmina.

— Hein ? Bien sûr que non.

— …Hein ?

— Impossible que ce soit toujours aussi animé. C’est seulement comme ça aujourd’hui parce qu’il y a une fête.

— …?

Konoe pencha la tête. Il réfléchit un instant.

— …Aujourd’hui était un jour de fête ?

— Non, ce n’est pas ça.

— …?

— …Tu es sérieux, espèce d’idiot ?

Melmina le regarda, complètement exaspérée, une bière à la main.

— C’est à cause de notre travail, évidemment.

— …??

— Parce que toi et moi avons détruit la forteresse démoniaque. C’est pour ça que tout le monde est si heureux.

…Moi, Melmina, la forteresse démoniaque ?

Konoe cligna plusieurs fois des yeux.

— C’est la deuxième fois que je viens dans ce village, mais la première fois, c’était horrible. C’était tellement silencieux. Personne ne parlait, on aurait dit un enterrement.

— …Un enterrement.

— Oui, enfin, c’est normal. Des aventuriers ordinaires ne peuvent rien faire contre un démon. Des dizaines de personnes ont été enlevées, et ils ne pouvaient rien faire pour les récupérer. Ils ne pouvaient même pas quitter le village, de peur de faire encore plus de victimes. Ainsi, dit Melmina, — tout le monde gardait les yeux baissés.

C’est pour ça que le village était encore là la veille. Mais la raison pour laquelle ils souriaient tous maintenant…

— Tu devrais être fier. Cette énergie, cette vie… c’est pour ça que nous nous sommes battus.

— …

— Tu vois ?

Melmina bomba la poitrine, fière de ce qu’elle avait accompli.

Konoe tourna de nouveau son regard vers la rue du village. Il observa les gens souriants.

— …

Il pensait comprendre la valeur de ses actions.

Ce village, et Sylmenia aussi. Il avait sauvé de nombreuses vies. Trois mille personnes. Des gens qui seraient morts s’il n’avait pas été là.

On l’avait remercié encore et encore. Il le savait. Mais…

— …Je vois.

— Oui. Alors voilà !

…Mais en regardant Melmina, qui souriait si fièrement devant lui, il ressentit une étrange sensation dans sa poitrine.

 

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