Hole in my heart t1 - CHAPITRE 5 PARTIE 2
Doré (2)
—————————————-
Traduction : Calumi
Correction : Raitei
———————————————–
— …Le seigneur, son épouse, le jeune maître ?
— Oui.
Konoe répéta les paroles du capitaine, abasourdi. Il regarda les cercueils alignés. En effet, ils étaient trois.
Mais.
— …Qu’est-ce que cela signifie ?
Cela voulait dire que la famille de Telnerica était ici. Tous les trois étaient morts, ramenés aujourd’hui ?
Mais cela ne correspondait pas à ce qu’il avait entendu.
— Le seigneur ne maintenait-il pas la barrière de scellement ?
C’est ce qu’on lui avait dit. Le seigneur de Sylmenia était chargé avant tout de sceller l’entrée du donjon. C’était pour cela que seule Telnerica se trouvait en ville, d’après ce qu’il avait entendu.
— Oui, nos seigneurs maintenaient bien la barrière de scellement. C’est précisément pour cela que le miasme de la ville s’est atténué.
— Alors ils n’auraient pas dû mourir.
Maintenir une barrière de scellement devait s’accompagner d’un soutien total de la part des grands nobles. Évidemment. Une barrière de scellement était un sort de haut niveau, que tout le monde ne pouvait pas lancer. Les lanceurs étaient rares et devaient être les derniers à mourir.
— …Non, il n’y a eu aucun soutien de la part des grands nobles.
— …?
— Parce que notre seigneur a défié leurs ordres et a scellé l’entrée près de cette ville.
…Comment ? …Qu’est-ce que cela signifie ?
— Ce jour-là, lorsque l’emballement a commencé, toute communication a été coupée avec notre cité.
Le capitaine des chevaliers commença à raconter.
Ce jour-là, il y a quarante-cinq jours. Le jour où un ordre vint des grands nobles. Cet ordre était…
— L’ordre donné à Sylmenia était un abandon total.
— …
— Une nouvelle entrée de donjon s’est ouverte à cinquante kilomètres au sud de la ville. L’emballement a commencé là-bas, avec du miasme et des monstres qui en jaillissaient.
Un emballement si proche, presque à leur porte. Le mal s’était rapidement étendu, encerclant Sylmenia, expliqua le capitaine des chevaliers.
Le seigneur contacta alors immédiatement les grands nobles, demandant du soutien pour la barrière de scellement ainsi que l’envoi d’un Adepte. Mais…
— Leur réponse fut un seul mot : impossible. L’emballement était trop massif. Il n’y avait pas assez d’Adeptes, de lanceurs de barrière de scellement ni de personnel de soutien. Ils ordonnèrent d’abandonner l’entrée près de Sylmenia, en donnant la priorité aux zones plus peuplées.
Ainsi, il fut ordonné à la famille de Sylmenia de se relocaliser.
Et seuls ceux pouvant passer par le portail en une seule activation étaient autorisés à les accompagner.
Cela signifiait…
— Mais pour nous, c’était une condamnation à mort. À ce moment-là, nos chances de survie étaient nulles. Peu importait ce que nous faisions. Parce qu’une entrée de donjon s’était ouverte juste à côté de la ville. Le miasme s’en déversait sans fin. Peu importait combien nous résistions, la densité miasmatique ne diminuerait pas. Même si un Adepte arrivait, les soins seraient inutiles, la maladie reviendrait sans cesse.
Konoe réfléchit. Si les ordres des grands nobles avaient été suivis, que serait-il advenu de cette ville ?
Sans Adepte ni barrière de scellement, la densité miasmatique autour de la ville aurait continué d’augmenter sans fin, atteignant un niveau extrêmement élevé en quelques jours. La maladie mortelle s’accélère avec une forte densité de miasme.
Lorsque Konoe arriva, de nombreux habitants étaient encore en vie parce que le miasme était maintenu en dessous d’un certain seuil. S’il avait augmenté sans contrôle, peut-être que personne n’aurait survécu. Dans le pire des cas, tout le monde aurait pu mourir en quelques jours après le début de l’emballement.
Même si Konoe était arrivé immédiatement, il n’aurait rien pu faire. Sans réduire la densité de miasme, les soins n’avaient aucun sens. La maladie reviendrait sans cesse, et finalement, Konoe s’épuiserait, menant à une annihilation totale.
Un emballement de donjon ne pouvait être contré qu’avec à la fois une barrière de scellement et un Adepte.
— C’est pourquoi, ce jour-là, nos seigneurs ont défié les ordres et sont partis sceller le donjon. Pour s’accrocher à un mince espoir, presque inexistant. Ils savaient qu’appeler un Adepte n’était pas chose facile. Mais sans sceller le donjon en premier, il n’y avait aucun espoir.
— …
— Ils ont confié la ville à la princesse et sont partis seuls, tous les trois. Nous, les chevaliers, voulions les accompagner, mais… « Protégez la ville », ont-ils dit en souriant. « Ne nous suivez pas tant que l’emballement n’est pas terminé. » Alors, nous…
Konoe se rappela le jour où il était arrivé pour aider la ville. L’homme devant lui, affrontant un troll, n’avait pas reculé d’un seul pas. Même après avoir perdu bras et jambes, le corps rongé, il n’avait jamais abaissé son épée.
Konoe se souvenait de ce combat désespéré.
— Et après cela, nous n’avions aucun moyen de savoir ce qui leur était arrivé. Mais aujourd’hui, en apprenant que le noyau de miasme avait été détruit, nous nous sommes rendus à l’entrée du donjon.
— …Je vois.
— Les trois ont été retrouvés effondrés à l’entrée, se protégeant mutuellement. Leurs corps et leurs vêtements portaient d’innombrables blessures, à en juger par leur état, ils étaient morts depuis plus de trente jours. Ils ont sans doute épuisé leurs forces à maintenir la barrière de scellement.
C’est imp…
Konoe fronça les sourcils. Cela devrait être impossible. Une barrière ne pouvait pas persister après la mort. Une barrière était de la magie, nécessitant du mana et la volonté d’un lanceur pour être maintenue. Qu’une personne morte maintienne une barrière était impensable.
Une magie qui persistait après la mort n’était pas une magie ordinaire.
— Serait-ce… de la magie unique ?
Un pouvoir qui imposait son ego au monde. Une Magie Unique pouvait effectivement perdurer après la mort. Mais déployer une Magie Unique exigeait une volonté capable de plier le monde. Un désir. Un amour.
Une volonté capable de rire de toute souffrance. Un désir prêt à tout sacrifier. Un amour qui se dévoue entièrement, sans se soucier de soi.
Konoe fixa les cercueils, abasourdi.
Ils avaient sauvé la ville avec un amour d’une telle intensité ?
— …
Konoe jeta un regard autour de lui. Les habitants de la ville s’étaient rassemblés.
On aurait dit que les trois mille étaient présents. Certains pleuraient devant les cercueils des seigneurs. Certains affichaient des expressions résolues. D’autres serraient les dents et les poings, refusant de baisser les yeux.
Et il comprit. La force toujours présente dans le regard des habitants.
La raison pour laquelle ils s’étaient battus avec tant d’acharnement pour vivre. La raison pour laquelle ils souriaient. Peut-être…
— …
Ah. C’était donc ça.
Quelque chose s’emboîta, comme une pièce trouvant sa place. Konoe regarda les cercueils, leurs silhouettes éclatantes.
Il ne pouvait pas les comprendre. Il ne possédait pas de telles émotions. Il lui manquait cet amour, ce désir, lui-même capable de se dévouer ainsi.
Et pourtant.
Même pour quelqu’un comme Konoe, qui ne comprenait rien, quelque chose le toucha.
— …!
Parce que cela l’avait atteint, Konoe put enfin faire un pas en avant.
Il chercha l’ombre dorée. Il chercha Telnerica parmi la foule rassemblée.
À cette fille, Konoe…
— …Encore une fois.
Il devait revoir Telnerica une fois de plus, pensa Konoe. Les mauvais pressentiments, les paroles de rejet, son passé, il les repoussa. Il voulait simplement la revoir. Regarder encore une fois son visage.
Il ne voulait pas que cela se termine sans la voir.
Les émotions qui tourbillonnaient en lui étaient incompréhensibles, mais elles représentaient tout pour lui à cet instant.
— …
Mais, à perte de vue, elle n’était nulle part.
Ici, Konoe en fut certain. Telnerica n’était pas en ville. Cette fille ne manquerait jamais le retour de ses parents et de son frère, peu importe son état de santé.
Donc, Telnerica avait bien quitté la ville par le portail ce matin.
— Capitaine.
— Oui ?
— Où est Telnerica ?
— Euh… la princesse ? Maintenant que vous le dites, où est-elle…
À sa réponse, Konoe comprit que le capitaine ne savait pas. Alors, qui saurait ?
— …Cette servante.
Konoe chercha la servante du matin et la trouva rapidement. À plusieurs centaines de mètres, en bordure de la foule, elle se tenait là.
Konoe bondit, se déplaçant de toit en toit pour l’atteindre.
— Oh, Grand Adepte. Que se passe-t-il ?
— …
La servante ne fut pas surprise. Au contraire, elle soutint le regard de Konoe avec un sourire, lui posant la question.
Konoe hésita un instant.
— …Je…
— Oui ?
— …Je veux voir Telnerica.
Après un bref silence, il énonça simplement la chose. Une seule phrase. Mais des mots que Konoe n’avait jamais prononcés auparavant.
Chercher quelqu’un. L’exprimer à voix haute. Il n’avait jamais fait quelque chose d’aussi simple. Il n’en était pas capable. C’était le Konoe d’avant. Mais maintenant…
Les yeux de la servante s’écarquillèrent à ses mots. Elle sourit avec joie, puis…
— Grand Adepte, je suis désolée, mais je ne peux rien vous dire.
Sa réponse fut un refus.
…Konoe vacilla, ses yeux s’agitant.
— C’est une promesse entre la princesse et moi. Je ne la briserai pas. Si vous pensez que c’est impardonnable, alors prenez ma tête. Emmenez mon corps chez un nécromancien, et vous obtiendrez peut-être des réponses.
— …
— JE ne parlerai pas, quoi qu’il arrive.
« JE » ? L’insistance qu’elle mettait sur ce mot était frappante, comme si elle suggérait que quelqu’un d’autre pourrait parler. Mais si ce n’était pas elle, alors qui ?
— Grand Adepte, vous devriez retourner à la capitale, à l’Académie de Magie de la Vie.
— …Comment ?
— Cet endroit rassemble des informations de tout le royaume. Si vous voulez savoir quelque chose, c’est le meilleur endroit où demander.
Retourner à l’académie ?
— C’est l’endroit le plus pertinent compte tenu de la direction et de la distance.
— …Compris. Merci.
Konoe se retourna et se mit à courir vers le château. En se concentrant sur celui-ci, il sentit que le portail était prêt.
— Je vous en prie… vous avez jusqu’au coucher du soleil pour aider la princesse.
Ces mots dans son dos, Konoe se dirigea vers le château, vers le portail de téléportation.
◆
Konoe retourna à la capitale, à l’académie.
Après avoir passé les gardes, il sortit de la salle du portail.
【…………!】
— …Hein ?
Devant la salle, dans le couloir. Se tenait une divinité.