Free! t2 chapitre 5
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Traduction : JLPTea
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Le premier jour suivant la Golden Week, Haruka était de permanence en tant que responsable de la bibliothèque. Comme les activités de leur club avaient été prises en considération, Satomi et lui avaient été affectés au service de la pause déjeuner. Ils terminèrent donc leur repas en dix minutes, puis se rendirent à la bibliothèque.
— Votre travail consiste à remettre les livres rendus sur les étagères. Tu te souviens comment lire les cotes de classement ?
Nao, le président du comité de bibliothèque, lui posa la question avec un doux sourire.
Haruka trouvait que la bibliothèque convenait mieux à son teint pâle que le bord de la piscine.
— Oui.
Satomi regardait Haruka avec une expression dépourvue de toute confiance en elle.
— Dans ce cas, vous pouvez utiliser le chariot qui se trouve là-bas.
Après leur avoir seulement donné cette consigne, Nao retourna au comptoir.
Le bac en plastique transparent contenait une trentaine de livres dont le retour avait déjà été enregistré. C’était une quantité considérable, alors même que les jours fériés venaient à peine de prendre fin.
En consultant leurs cotes, Haruka constata que la majorité appartenait à la littérature japonaise. Il posa donc tout le bac sur le chariot et se dirigea d’abord vers les étagères correspondantes.
— Nanase-kun, qu’est-ce que tu as lu ? demanda Satomi en remettant un livre à sa place.
Elle parlait de la fiche de lecture. Une fois par mois, les responsables de la bibliothèque devaient en rédiger une, afin qu’elle puisse éventuellement être publiée dans Les Nouvelles de la bibliothèque.
— Le Vieil Homme et la Mer.
— Waouh, Hemingway[1] ? C’est impressionnant.
Haruka ignorait si cela avait quoi que ce soit d’impressionnant. Il ne savait même pas vraiment qui était Hemingway. Il avait simplement choisi au hasard un livre dans la bibliothèque de son père.
— Qu’est-ce que tu as écrit dans ta fiche de lecture ?
— Que tous ses efforts n’avaient servi à rien.
— À rien ?
— Il a passé plusieurs jours à capturer un poisson immense, mais celui-ci s’est finalement fait dévorer. Tous ses efforts n’ont donc servi à rien.
— Ah… Et qu’est-ce que tu lis d’autre, Nanase-kun ?
— Des livres comme Moby Dick[2] ou Le Bateau-usine[3].
— C-c’est impressionnant. Qu’est-ce que tu en as pensé ?
— Dans Moby Dick, il se fait dévorer la jambe. Et le harpon avait l’air douloureux. Quant au Bateau-usine, cela devait sentir mauvais.
— Ah… M-moi, j’aime beaucoup les livres. J’en lis énormément, comme Anne… la maison aux pignons verts[4] ou Fifi Brindacier[5]. Mais maintenant que je suis au collège, j’ai voulu m’attaquer à Quatre Sœurs, de Tanizaki Jun’ichirô. C’était difficile au début et je ne comprenais pas grand-chose, mais quand je me suis dit que cela ressemblait un peu aux Quatre Filles du docteur March[6]…
— J’ai également lu du Tanizaki.
Comme Satomi semblait prête à parler indéfiniment, Haruka préféra l’interrompre. Elle ne disait presque rien en classe, mais devenait particulièrement bavarde à la bibliothèque.
Elle devait vraiment aimer les livres.
Il fallait toutefois rester silencieux dans cet endroit.
— Oh ! Qu’est-ce que tu as lu de lui ?
— Shunkin, esquisse d’un portrait[7].
— Waouh, l’amour pur par excellence. Je pensais le lire, moi aussi.
— Mais ça a l’air douloureux.
— …
Après cela, Haruka et Satomi poursuivirent leur travail en silence. Grâce au calme retrouvé de Satomi, ils progressèrent rapidement. Lorsqu’ils eurent terminé de ranger la littérature japonaise, le contenu du bac avait diminué de moitié.
Haruka commença à pousser le chariot vers les étagères suivantes, mais quelqu’un lui barra le passage. Il leva les yeux pour découvrir de qui il s’agissait et ravala brusquement son souffle.
Kirishima Ikuya.
Après avoir lancé un regard noir à Haruka sous ses longs cils, Ikuya reporta les yeux sur Satomi.
— Ikuya-kun…
Pourquoi es-tu ici ? Pourquoi me regardes-tu comme ça ?
La confusion de Satomi transparaissait dans sa voix.
— Satomi… Pourquoi as-tu rejoint le club de natation ?
— I…Ikuya-kun, pas ici…
— Pourquoi ?
La voix puissante d’Ikuya résonna dans toute la bibliothèque. Nao passa aussitôt la tête au-dessus du comptoir.
— Hé, moins fort… Hum ? Tu es Kirishima, pas vrai ? Le petit frère de Natsuya.
Après avoir regardé Nao, Ikuya se tourna de nouveau vers Satomi et s’apprêta à reprendre la parole. Makoto et Aki entrèrent alors dans la bibliothèque.
— Il est là ! Tachibana-kun, là-bas !
Aki pointa Ikuya du doigt et tous deux accoururent dans leur direction.
— Hé ! On ne court pas dans la bibliothèque !
Réprimandé par Nao, Makoto remarqua enfin sa présence.
— Ah, Nao-senpai. Haru est là lui aussi…
Haruka ne comprenait pas vraiment la situation, mais Makoto et Aki semblaient avoir poursuivi Ikuya jusque-là. Celui-ci tourna brusquement les talons. Après leur avoir lancé un dernier regard sombre, il repoussa Makoto et sortit de la bibliothèque en courant.
Alors que Haruka et les autres suivaient son départ des yeux, Satomi baissa soudain la tête.
— Je suis désolée.
Haruka se demanda pourquoi elle s’excusait. Aki l’imita aussitôt.
— Désolée. C’est moi qui lui ai dit. Désolée.
Haruka ne parvenait absolument pas à suivre la conversation. Nao observait lui aussi les deux filles avec perplexité. Haruka adressa donc un regard à Makoto, lui demandant silencieusement une explication.
— Kirishima-kun avait l’air seul à sa place, alors je lui ai parlé. Je lui ai demandé s’il comptait rejoindre un club. Il m’a répondu que ce n’était pas nécessaire, puisqu’il fréquentait déjà un club de natation privé…
Aki prit le relais.
— J’étais juste à côté, alors j’ai entendu la conversation. Je lui ai dit que, puisqu’il fréquentait déjà un club privé, il pourrait aussi rejoindre le club de natation du collège. Je lui ai également expliqué que son amie Nii-san en faisait partie.
Makoto poursuivit :
— Kirishima-kun s’est alors levé brusquement en demandant : « C’est vrai ? » Quand je lui ai répondu que oui, il est parti en courant. On s’est donc dépêchés de le suivre…
Haruka comprenait plus ou moins la situation.
S’il s’y impliquait davantage, cela ne pourrait lui attirer que des problèmes.
Il recommença donc à pousser le chariot afin de reprendre son travail.
À ce rythme, ils ne termineraient jamais avant la fin de la pause déjeuner.
Mais alors qu’il essayait de passer rapidement devant Makoto, celui-ci l’attrapa par le bras.
— Nii-san, est-ce que tu accepterais de nous expliquer ?
Satomi acquiesça en gardant les yeux baissés. Elle aurait dû refuser. Le bras de Haruka commençait à s’engourdir sous la poigne de Makoto.
Il abusait peut-être un peu trop de la musculation.
Comptait-il devenir culturiste ?
Comme si elle venait enfin de prendre sa décision, Satomi releva la tête. Elle inspira profondément, puis commença son récit.
— Ikuya-kun et moi sommes amis d’enfance, parce que nos maisons sont voisines. Le capitaine du club de natation, Natsuya-kun, est son frère aîné. Nous l’appelons Natsu-nii. Nous avons beaucoup joué tous les trois lorsque nous étions petits. Nous mangions souvent les uns chez les autres et il nous arrivait même d’y passer la nuit. Peu après notre entrée à l’école primaire, Natsu-nii nous a proposé de fréquenter un club de natation. C’est comme ça que nous avons commencé tous les trois au club de Bandô. Le rêve de Natsu-nii et d’Ikuya-kun était de participer ensemble à un relais aux Jeux olympiques…
Satomi sourit légèrement en se remémorant ce passé lointain. Mais elle revint presque aussitôt au présent et son sourire disparut.
— Ils continuaient de s’entraîner avec ce rêve en tête. Pourtant, il y a un an, Natsu-nii a quitté le club privé. Ce n’était pas à cause des activités du collège. Il disait qu’il le faisait pour Ikuya-kun… Ikuya-kun n’a aucun ami. Il a beaucoup de mal à s’entendre avec les autres…
Satomi baissa une nouvelle fois les yeux. Nao lui adressa un doux sourire pour l’encourager.
— Si Ikuya n’arrive pas à se faire des amis, pourquoi Natsuya a-t-il quitté le club privé ?
Satomi serra les dents, puis releva de nouveau la tête.
— Ikuya-kun se met facilement en colère pour des choses insignifiantes. Il ne supporte pas qu’on se moque de lui ou qu’il risque de perdre une compétition… Mais après s’être emporté, Il se sent ensuite terriblement mal. Il se demande pourquoi il s’est mis en colère et finit par se détester. C’est pour cela qu’il n’arrive pas à se faire des amis et qu’il n’essaie même plus. Il dit que, même s’il se rapprochait de quelqu’un, cette personne finirait de toute façon par le détester…
Sa voix trembla sur les derniers mots.
Ces souvenirs étaient peut-être douloureux pour Satomi elle aussi, et pas seulement pour Ikuya.
Elle inspira, puis expira en même temps que les sentiments qu’elle avait gardés enfermés en elle.
— Même si nous avions toujours été tous les trois, Natsu-nii disait que, tant qu’il resterait auprès d’Ikuya-kun, il continuerait éternellement à le couver. Il a donc quitté le club privé afin de l’obliger à voler de ses propres ailes. Mais Ikuya-kun n’a vu cela que comme une trahison de leur rêve. Depuis, ils ne se parlent pratiquement plus… Même au club de Bandô, on refuse de le faire participer aux compétitions parce qu’il devient incontrôlable lorsqu’il perd. Cela ne fait que renforcer sa frustration… Et malgré tout ça, j’ai rejoint le club du collège où se trouve Natsu-nii. Je pense qu’il n’a pas pu me le pardonner. Je suis vraiment désolée de vous avoir autant inquiétés.
Satomi s’inclina profondément. Makoto et Aki se contentèrent de l’observer. Ils ne pouvaient rien faire d’autre. Nao se pencha légèrement vers elle.
— Ce n’est pas ta faute, Nii-san. C’est Natsuya qui prend la fuite. Il a peur d’affronter son petit frère. Il n’en a pas l’air, mais il est assez lâche. Je vais lui parler. Je lui dirai qu’il doit regarder son frère en face.
Encouragée par son doux sourire, Satomi releva la tête. Une larme unique glissa le long de sa joue.
Pendant ce temps, Haruka constatait intérieurement avec désespoir que la pause déjeuner était presque terminée.
Son bras gauche, dont Makoto bloquait toujours la circulation, était maintenant complètement engourdi.
Après les cours, Haruka et Makoto marchaient dans le couloir pour se rendre à l’entraînement lorsqu’ils entendirent la voix de Satomi.
— J’ai déjà quitté le club de Bandô !
Comme elle avait parlé inhabituellement fort, Haruka décida aussitôt de faire demi-tour.
Mais avant qu’il puisse se retourner, Makoto lui saisit une nouvelle fois le bras.
Haruka resta stupéfait.
Pourquoi fallait-il que ce type se mêle constamment de tout ?
Il finit néanmoins par renoncer à résister et se laissa entraîner. La voix d’Ikuya leur parvint alors.
— Pourquoi ?
— J’ai décidé de faire de mon mieux au club de natation du collège. Je veux nager avec Aki-chan et les autres !
C’était donc cela, une querelle d’amoureux.
Mieux valait ne pas intervenir.
Aki se tenait elle aussi auprès de Satomi.
Ikuya baissa ses longs cils. Il paraissait sur le point de pleurer.
— …Pourquoi ? Pourquoi est-ce que les choses finissent comme ça ? Jusqu’à maintenant, nous avons toujours été ensemble, pas vrai ? Pourquoi est-ce que tu m’abandonnes aussi soudainement ?
— Désolée, Ikuya-kun. Ce n’est pas que je me suis mise à te détester. Vraiment. Mais moi aussi, j’ai des choses que je veux accomplir… J’aimerais que tu le comprennes.
— Je ne comprends pas. Pourquoi est-ce que Satomi…
— À force de te laisser couver, tu n’avanceras jamais.
Ce n’était certainement pas à Haruka de prononcer une phrase pareille alors que Makoto le retenait encore par le bras.
Pourtant, les mots lui avaient échappé.
Ikuya et Satomi tournèrent les yeux vers lui.
« Ça ne te regarde pas. » Ikuya aurait parfaitement pu lui répondre ainsi.
Haruka lui-même en avait conscience. Makoto et Aki l’observaient comme s’ils ne s’étaient pas attendus à le voir intervenir. Mais celui que cette réaction surprenait le plus était Haruka lui-même.
— Qu’est-ce qu’un type comme toi peut bien en savoir ?
C’était une remarque parfaitement raisonnable. Haruka ne savait rien.
— Ikuya-kun, le réprimanda Satomi.
Mais Ikuya ne détacha pas son regard de Haruka. Ikuya baissa les yeux sous ses longs cils. Ses yeux sombres et perçants transpercèrent le garçon.
C’est ça. C’est ce regard.
Il n’y avait aucun doute possible. C’était exactement ce que Haruka avait pressenti. Ikuya possédait les mêmes yeux que lui à cette époque. Haruka soutint son regard de face et lui répondit de la même manière.
Il le voyait. Il pouvait voir jusqu’au plus profond de ses yeux. Enveloppé par des ténèbres lugubres, Ikuya se débattait. Il hurlait intérieurement comme s’il allait fondre en larmes à tout instant, le visage déformé par la douleur.
C’est pareil. Il est exactement comme moi à cette époque… Ikuya est celui que j’étais alors.
— Qu’est-ce tu peux bien savoir, Nanase ? Tu peux pas comprendre !
Ikuya se mit à courir pour échapper au regard de Haruka.
— Ikuya-kun !
Il ignora la voix de Satomi, lancée derrière lui. Elle partit à sa poursuite. Makoto et Aki la suivirent aussitôt. Si Ikuya courait de toutes ses forces, ils ne parviendraient probablement pas à le rattraper. Haruka se souvint du jour où Rin avait annoncé, sous le cerisier, qu’il partirait en Australie.
Cette annonce lui avait déplu. Il s’était dit que Rin pouvait bien partir où il le souhaitait. Puis il s’était mis en colère de manière démesurée. Il avait voulu plonger au plus vite dans l’eau. Être libéré de cette irritation. Laisser l’eau l’apaiser.
Il avait voulu fuir dans l’eau.
Et lorsqu’il avait compris qu’il l’utilisait comme un refuge, il avait eu l’impression qu’il allait s’effondrer. Il avait essayé de nier cette part faible de lui-même. Puis il avait rejeté l’eau.
Il avait continué à nier cette faiblesse jusqu’à ce que ce rejet le conduise dans de profondes ténèbres. Il s’était alors retrouvé à avancer en titubant au fond de cet abîme. Il errait, torturé par une haine désespérée envers lui-même. Il hésitait, tremblait et se débattait.
Le regard qu’il avait eu à cette époque se superposait à celui d’Ikuya. C’était pour cette raison que Haruka n’avait pas pu garder le silence. Ces quelques mots ne changeraient peut-être rien. Mais il était incapable d’abandonner celui qu’il avait lui-même été à cette époque.
Ikuya était sans aucun doute le Haruka d’alors.
☆
Ikuya courait. Il courait désespérément.
La voix de Satomi ne lui parvenait déjà plus. Pourtant, il continuait. S’il cessait de courir, ses émotions n’auraient plus aucun endroit où s’échapper. Courir ne lui permettait pas de se libérer de quoi que ce soit. Mais il avait l’impression que sa poitrine allait exploser s’il s’arrêtait.
Pourquoi Satomi ne le comprenait-elle pas ?
Pourquoi essayait-elle de l’abandonner ?
Cette colère qui ne trouvait aucun endroit où se déverser tourbillonnait de nouveau au plus profond de sa poitrine.
À force de te laisser couver, tu n’avanceras jamais.
Les paroles de Haruka résonnèrent de nouveau dans ses oreilles. Il n’avait pas parlé avec colère ni avec mépris. Il avait seulement observé Ikuya sans la moindre expression, avec un regard qui semblait dirigé vers un endroit très lointain.
Lorsque ces yeux s’étaient posés sur lui, Ikuya avait senti ses émotions brûlantes se refroidir rapidement.
Il avait compris que Haruka regardait jusqu’au plus profond de lui, mais il n’était pas parvenu à détourner les yeux. Il ne lui avait même pas déplu d’être ainsi observé.
Peut-être souhaitait-il, en réalité, que quelqu’un le regarde vraiment.
Peut-être voulait-il que quelqu’un le comprenne.
Quelque chose dans les yeux de Haruka lui avait donné cette impression. À mesure que ses émotions retombaient, Ikuya commença soudain à se détester. Cela se passait toujours ainsi. Il rejetait la personne qu’il était lorsqu’il perdait son sang-froid et se couvrait de honte en repensant à son comportement.
Il savait pourtant qu’il finirait par sombrer de cette manière. Mais il restait incapable de retenir les sentiments brûlants qui jaillissaient en lui. Brusquement ramené à la raison par le regard de Haruka, Ikuya n’avait plus supporté de rester sur place et s’était enfui.
À force de te laisser couver, tu n’avanceras jamais.
Était-il réellement couvé ? Natsuya et Satomi le protégeaient-ils constamment en prenant pour excuse son incapacité à contrôler ses émotions ? Ou était-ce lui-même qu’Ikuya traitait avec trop d’indulgence ?
Il n’y avait encore jamais réfléchi. S’il ne parvenait pas à retenir ses émotions, c’était à cause de sa propre faiblesse. Il pouvait l’admettre. Il n’avait pas d’autre choix que de l’admettre.
Mais s’il utilisait cette faiblesse comme excuse pour se montrer agressif et renoncer à changer, cela signifiait-il qu’il se couvait lui-même ? Dans ce cas, s’il devenait plus fort et cessait de se laisser protéger, vers quoi pourrait-il avancer ?
Tu n’avanceras jamais.
C’était ce que Haruka lui avait dit. Haruka était-il lui aussi protégé par quelque chose ? Essayait-il de dépasser cette faiblesse pour continuer à avancer ? Que signifiait « avancer » pour Ikuya ? Nager ? Vivre de ses propres forces ?
Il n’en savait rien. Il lui était impossible de le savoir.
Merde !
Ne rien comprendre l’irritait profondément. Vers quoi Haruka essayait-il donc d’avancer ? Peut-être que le chemin qu’Ikuya devait emprunter se trouvait lui aussi dans cette direction.
Il voulait le découvrir. Cela valait au moins la peine d’essayer. Même s’il devait pour cela rejoindre le club de natation où se trouvait le frère qui l’avait trahi. Tout en se débattant dans les ténèbres, Ikuya essaya de tendre la main vers une faible lumière.
— Natsu-nii…
Ikuya appela son frère au milieu du dîner.
Il n’avait pas prononcé ce nom depuis plusieurs mois. Au minimum, il ne l’avait plus utilisé depuis son entrée au collège. Natsuya, qui avait rempli sa cuillère de riz au curry mais oublié de la porter à sa bouche, ouvrit de grands yeux.
Même lorsqu’il avala bruyamment ce qu’il avait déjà dans la bouche, il ne quitta pas Ikuya du regard. Il en était incapable.
— Natsu-nii. J’ai décidé de rejoindre le club de natation.
Les yeux toujours écarquillés, Natsuya ouvrit également la bouche. Mais aucun son n’en sortit.
— Cela ne signifie pas que je t’ai pardonné. Je n’ai pas non plus pardonné à Satomi d’avoir décidé toute seule de quitter le club privé… Mais pour avancer, je dois absolument rejoindre le club du collège.
— A-avancer…
Ce furent les seuls mots que Natsuya parvint enfin à prononcer.
— Je vais avancer. Je veux prouver que je ne suis plus celui que tout le monde a toujours couvé…
— Ikuya…
Natsuya posa sa cuillère, se leva brusquement et tourna le dos à son frère.
— Tu ne disais pas que le club de natation du collège n’était qu’un jeu pratiqué sans sérieux ?
— Mais ce n’est pas vrai, hein ?
— Non. Pas du tout. Les entraînements sont difficiles. Prépare-toi.
— D’accord, Natsu-nii.
— Et au collège, appelle-moi « capitaine ».
— D’accord.
— Nao est chargé de votre entraînement. Demande-lui conseil dès que tu en as besoin.
— D’accord.
— Et demain, sois le premier arrivé.
— D’accord.
— Et puis… Et puis…
Les épaules de Natsuya commencèrent à trembler.
— Fais de ton mieux !
— …Oui.
Sous ses longs cils, Ikuya observait le dos tremblant de Natsuya avec le même regard qu’autrefois.
Le regard qu’il avait lorsque tous trois rêvaient encore de participer aux Jeux olympiques.
☆
Lorsque Haruka et Makoto arrivèrent au bord de la piscine après s’être inclinés, Ikuya se trouvait déjà là. Il effectuait ses exercices d’échauffement dans un coin.
Haruka regarda Makoto. Celui-ci secoua la tête. Apparemment, personne ne l’avait prévenu. Haruka chercha alors Satomi du regard. Elle se trouvait dans le groupe d’Aki.
Même si elle participait à une conversation animée, elle paraissait préoccupée par la présence d’Ikuya et lui lançait régulièrement des regards inquiets.
Haruka essaya de croiser ses yeux, mais elle secoua elle aussi la tête.
— Pourquoi est-il là ?
Asahi, qui venait d’arriver, posa la question à Haruka. À bien y réfléchir, Asahi fréquentait lui aussi le club de Bandô, comme Ikuya. Il était impossible qu’ils ne se connaissent pas. Pourtant, Haruka ne les avait jamais vus se parler.
Ils ne semblaient pas particulièrement proches. La présence d’Ikuya avait peut-être un rapport avec les événements de la veille. Puisqu’il venait dès le lendemain, c’était même presque certain.
Haruka ignorait toutefois complètement ce qui avait pu le pousser à prendre une telle décision. L’explication la plus simple aurait été qu’il avait suivi Satomi. Mais Ikuya détestait le club du collège depuis que son frère avait trahi leur rêve.
Comment avait-il donc pu accepter de participer à ce qu’il qualifiait lui-même de « jeu sans sérieux » ? Haruka n’avait aucun moyen de le savoir. Une seule chose lui paraissait certaine : l’arrivée d’Ikuya allait encore l’entraîner dans toutes sortes de problèmes.
Makoto, qui ne semblait jamais avoir peur de rien, s’approcha du garçon. Haruka et Asahi n’eurent d’autre choix que de le suivre.
— Kirishima-kun, tu as rejoint le club de natation, toi aussi. Faisons de notre mieux ensemble.
Ikuya fixa intensément la main que Makoto lui tendait.
Sa main droite bougea légèrement. Makoto ne manqua pas ce mouvement et lui saisit presque de force la main.
— Faisons de notre mieux. Ensemble.
— …Je nage pour moi-même.
Toujours retenu par Makoto, Ikuya détourna le regard et baissa ses longs cils.
— Et appelle-moi Ikuya. Sinon, ce sera difficile de me distinguer de Natsu… du capitaine.
— D’accord. Dans ce cas, appelle-moi Makoto.
Makoto sourit et releva ses sourcils légèrement inclinés.
— Ikuya, qu’est-ce que tu vas faire pour le club privé ?
Asahi posa la question en se dissimulant derrière Haruka.
Ikuya libéra sa main de celle de Makoto et adressa un regard sévère à Asahi.
— Je pourrais te poser la même question. Tu n’es pratiquement plus venu ces derniers temps.
— Les activités du collège viennent seulement de commencer. Je faisais une petite pause. Toi, c’est parce que le club de Bandô refuse de te laisser participer aux compétitions que tu as rejoint celui du collège, pas vrai ?
— Qu’est-ce que tu racontes ? C’est plutôt amusant de t’entendre dire ça, toi qui t’es pissé dessus !
— J-je ne me suis pas pissé dessus !
— Tu as tellement honte de t’être pissé dessus pendant le relais quatre nages que tu n’oses plus remettre les pieds au club privé, pas vrai ?
— Et toi, tu as sûrement encore frappé quelqu’un et tu t’es fait renvoyer !
— Quoi ?
— Quoi ?
Makoto s’apprêta à s’interposer, mais un coup de sifflet retentit, annonçant la fin de leur dispute stérile.
— Vous, les première année ! Arrêtez de vous disputer !
Nao s’avança vers eux en les réprimandant.
— Franchement, qu’est-ce que vous fabriquez ? Alignez-vous là-bas.
Ils n’étaient que quatre, mais ils formèrent malgré tout une ligne. Haruka et Makoto se placèrent entre Ikuya et Asahi.
— Même si vous semblez ne plus avoir besoin de présentations, Ikuya a rejoint le club aujourd’hui. Cela représente une étape très importante. Lors de la première rencontre officielle de la saison, organisée par niveaux, le groupe des garçons de première année pourra désormais aligner une équipe de relais. Vous êtes contents, pas vrai ?
Nao adressa un sourire lumineux aux quatre garçons.
Personne ne répondit. Pourquoi auraient-ils dû se réjouir simplement parce qu’ils pouvaient participer à un relais ?
— Ah, oui. Nous sommes contents, répondit finalement Makoto, suffisamment raisonnable pour réagir.
— Malgré tout, ne vous précipitez pas. Ne pensez pas que nous allons immédiatement commencer l’entraînement du relais.
Personne ne semblait avoir imaginé une telle chose.
— Nous avancerons étape par étape, en commençant par les bases. Pendant les jours fériés, nous avons principalement travaillé votre vitesse de réaction. Aujourd’hui, nous allons poursuivre avec la poussée au mur. Une fois votre échauffement terminé, vous essaierez chacun votre tour.
Après leur échauffement et quelques tâches d’entretien, ils entrèrent dans l’eau et s’exercèrent tour à tour à se propulser depuis le mur. Ils effectuaient souvent ce genre d’exercice dans les clubs privés, mais Haruka y avait rarement participé. Comme il estimait que seule la nage importait, il avait généralement négligé les entraînements fondamentaux.
Ils n’en firent toutefois pas beaucoup avant que Nao donne un coup de sifflet et leur ordonne de sortir de l’eau. Ils se retrouvèrent de nouveau alignés devant lui.
— Ce n’est pas bon du tout. Vous êtes tous complètement inutiles. Vous devez parcourir au minimum dix mètres. Pour commencer, votre poussée contre le mur est entièrement mauvaise. Je vous ai expliqué que vous deviez concentrer votre attention sous le nombril pendant le départ. Vous avez déjà oublié ?
Nao passa devant eux et donna un léger coup de poing sous le nombril de chacun.
— Ici, ici, ici et ici. C’est le centre de votre corps, votre centre de gravité. Vous devez d’abord concentrer votre esprit à cet endroit. Ensuite, que devez-vous faire ? Makoto.
— Hum… Abaisser notre centre de gravité et sentir notre poids sur toute la plante de nos pieds.
— Exact. Et que signifie le fait de sentir votre poids ? Asahi.
— Oui-ssu. Oui… Oui…
Quoi, il se prend pour un Français avec ses « Oui » ?
— Qu’est-ce que cela signifie ? Ikuya.
— On ne me l’a pas encore appris, mais… cela permet de pousser plus fort ?
— Oui, c’est le résultat. Mais pourquoi pouvez-vous pousser plus fort ? Haruka.
— Grâce à la force de réaction.
— Exact. Parce que vous recevez pleinement la force de réaction exercée par la surface. Est-ce que vous l’avez utilisée pendant vos poussées contre le mur ? Évidemment que non. Pour information, lors d’un virage, la propulsion dépend entièrement de la puissance de votre poussée. Considérez cet exercice comme un entraînement destiné à la développer. Après vous être propulsés depuis le mur, que devez-vous faire ? Makoto.
— Hum… Aligner le corps et prendre une position de coulée.
— Aucun de vous ne l’a fait.
— Hein ?
— Ou alors, ce que vous avez montré était censé être une position de coulée ? Dans ce cas, mttez-vous tous immédiatement en position de coulée !
Toujours en rang, les quatre garçons levèrent les bras et adoptèrent la position demandée.
— Makoto, tu bombes trop la poitrine. Tu te concentres tellement sur l’idée d’étirer ta colonne que tu forces la posture. Asahi, ne relève pas la tête. Sinon, tu recevras toute la résistance de l’eau en plein visage. Imagine que tu pousses le sommet de ton crâne dans la direction où tu veux avancer. Ikuya, serre les bras contre tes oreilles et superpose tes mains. Rapproche tes omoplates. Pour les jambes aussi : serre les genoux et superpose les orteils. Tu dois chercher à ne former qu’une seule barre. Verrouille également les hanches. Haruka…
Nao observa ses jambes.
— Ah, tu as une hyperextension des genoux. Je vois. Cela convient bien à la nage libre.
Haruka fut le seul à recevoir son approbation.
— Très bien. Maintenez tous cette position et effectuez cent sauts sur place !
Alors que les quatre garçons restaient interdits, Nao commença à donner le rythme.
— C’est parti. Un, deux, trois. Gardez les orteils alignés et étirez-vous. Quatre, cinq, six. Sentez votre poids sur la plante des pieds. Sept, huit, neuf. Plus haut. Dix, onze, douze. Saute droit, Asahi. Treize, quatorze, quinze…
Effectuer cent sauts de cette manière était particulièrement éprouvant.
Si quelqu’un d’extérieur au club les avait observés, leur entraînement lui aurait sûrement paru extrêmement étrange. Ils ne s’en préoccupèrent toutefois qu’au début. À partir de la moitié, ils n’avaient même plus suffisamment d’énergie pour éprouver de la honte.
Malgré tout, ils réussirent tous à aller jusqu’au bout. Lorsque les quatre garçons s’effondrèrent d’épuisement, Nao leur porta le coup final.
— Au club de natation, on ne s’écroule pas sur la terre ferme. Tous à l’eau ! Cent poussées depuis le mur !
— …Oui.
Ils répondirent d’une voix dépourvue de toute énergie.
Haruka retira les mains qu’il avait posées sur ses genoux et se redressa. Nao l’interpella alors.
— Ah, Haruka, tu suivras un autre entraînement. Viens avec moi.
— Oui.
Sous le regard envieux d’Asahi, Haruka suivit Nao jusqu’à l’autre extrémité de la ligne d’eau.
— Tu sais ce qu’est le crawl à deux axes ? demanda Nao.
Haruka connaissait l’existence de cette technique, mais personne ne la lui avait jamais enseignée.
Il avait simplement aperçu une explication théorique dans un magazine laissé au club de natation.
— Seulement de nom.
— Tu peux le faire ?
Si Haruka se souvenait bien, il fallait imaginer deux axes reliant respectivement l’épaule gauche et l’épaule droite à la taille, puis nager en accrochant davantage l’eau.
— Je n’ai jamais essayé, mais peut-être.
— Très bien. Fais une longueur pour voir.
Nao ne lui donna aucune autre explication ni consigne.
À contrecœur, Haruka entra dans l’eau et se propulsa depuis le mur.
Son corps s’étira aussitôt. La coulée lui parut plus légère et plus facile que d’habitude. Il n’avait pas consciemment cherché à modifier son mouvement, mais il sentit plus nettement que jamais la force de réaction du mur sous la plante de ses pieds.
Il éprouva également beaucoup moins de résistance dans l’eau. Était-ce parce qu’il adoptait enfin correctement la position de coulée ? Les sauts qu’ils venaient d’effectuer avaient peut-être réellement eu un effet. Dans ce cas, Nao avait raison : Haruka n’avait jamais exécuté ce mouvement correctement jusqu’à présent. Et cela signifiait qu’il venait soudainement d’en devenir capable.
C’était difficile à croire. Pourtant, à moins qu’il ne s’agisse d’une illusion, la précision de sa poussée s’était clairement améliorée. C’était en tout cas ce qu’il ressentait. Haruka commença à battre des jambes, mais sans effectuer de roulis.
Il créa un axe reliant son épaule gauche à sa taille et tira l’eau avec son bras droit. Puis, entre le retour aérien et l’entrée de ce bras dans l’eau, il effectua la traction avec le bras gauche. La nage lui parut quelque peu maladroite. Il continua malgré tout jusqu’au milieu du bassin, puis revint.
— Bien. Tu en saisis au moins la sensation. On dirait que tu peux nager de cette manière.
Haruka releva la tête hors de l’eau.
— Je ne comprends pas vraiment.
— Haruka, tu veux essayer le crawl à deux axes pendant quelque temps ?
— Cela m’est égal.
— Je pense que cette technique te conviendra probablement mieux.
— Peut-être.
Haruka n’en avait aucune certitude.
Il ignorait sur quoi Nao fondait cette opinion. Mais puisque celui-ci lui demandait d’essayer, il acceptait de le faire. Il avait le sentiment que quelque chose de positif pouvait l’attendre dans la direction que Nao lui indiquait.
Il ne disposait d’aucune preuve concrète. Ce n’était qu’une impression vague.
— Autre chose : cela fait déjà un moment que je l’ai remarqué, mais tu oublies d’utiliser un langage respectueux.
Nao lui adressa cette remarque glaciale avec un sourire lumineux.
Un frisson parcourut le dos de Haruka, pourtant immergé dans l’eau.
Dans le crawl traditionnel, on imaginait un axe unique placé au centre du corps, autour duquel celui-ci effectuait une rotation.
Comme les épaules montaient et descendaient alternativement, le corps s’inclinait légèrement : le haut du corps ressortait de l’eau tandis que la partie inférieure s’enfonçait.
À l’inverse, le crawl à deux axes permettait de maintenir le corps à l’horizontale. Haruka avait l’impression que l’ensemble de son corps flottait juste à la surface de l’eau, en l’effleurant.
Les deux axes, situés à gauche et à droite du corps, rendaient la nage plus plate. Cette technique semblait permettre de conserver constamment une position profilée.
— Tends les bras droit devant toi. Le plus loin possible. Dès que tes doigts entrent dans l’eau, plie immédiatement le poignet. Ensuite, garde le coude haut et tire l’eau sans interrompre ton geste, comme si tu creusais la terre.
Comme une taupe.
Après l’entrée de la main, l’accroche ressemblait effectivement davantage à de la terre qu’à de l’eau.
Durant la première moitié de la traction, Haruka ressentait une forte résistance. Pas seulement dans la paume : son bras tout entier subissait une lourde pression. Cela signifiait peut-être qu’il obtenait une force de propulsion équivalente à cette résistance.
Jusqu’à présent, pendant la seconde moitié du mouvement, Haruka imaginait qu’il rejetait l’eau derrière lui.
Dans le crawl à deux axes, au contraire, il n’exerçait presque plus de force durant cette partie. Son autre bras entrait déjà dans l’eau avant même que le premier ait terminé son mouvement, ce qui donnait l’impression d’une rotation continue.
Il ne fendait plus l’eau.
Il la creusait.
— Bien, Haruka. Creuse, creuse. Ne laisse pas tes bras s’arrêter. Transfère rapidement ton axe.
Haruka n’avait pas vraiment l’impression de nager.
C’était peut-être simplement parce qu’il n’était pas encore habitué à cette technique.
Il ne sentait plus l’eau.
Comme il devait réfléchir à chacun de ses mouvements avant même de pouvoir reconnaître et accepter sa présence, il ne lui restait aucune disponibilité pour ressentir quoi que ce soit.
Tant qu’il ne pourrait pas nager naturellement, il ne pourrait ni sentir l’eau ni se laisser emporter par la vitesse.
Pourtant, cette nage lui semblait facile.
Il avançait sans difficulté.
Il pouvait prendre pleinement conscience du fait qu’il progressait vers l’avant.
C’était une sensation qu’il n’avait encore jamais éprouvée.
Quelque chose d’inconnu se trouvait peut-être au-delà.
Il s’agissait d’une possibilité tellement vague qu’il ne parvenait même pas encore à en pressentir la forme.
Mais il sentait qu’elle existait.
Cela valait peut-être la peine de la poursuivre.
— Très bien, ce sera tout pour aujourd’hui. Le groupe des poussées continuera de travailler les poussées demain. Le groupe des deux axes poursuivra le crawl à deux axes. Après les exercices de récupération, rangez le matériel et rentrez directement chez vous. Rompez.
— Oui.
Parmi les quatre voix qui répondirent en même temps, celle d’Asahi paraissait particulièrement épuisée.
Même son habituel « oui-ssu » était devenu presque inaudible.
— Ah… J’ai une crampe au pied.
— Tu ne confonds pas avec l’impression d’être sur le point de te pisser dessus ?
— Tais-toi…
Asahi n’avait même plus assez de force pour se disputer avec Ikuya.
Pendant que Haruka ramassait les planches, Nao vint l’aider.
— Tu as vraiment un bon sens du rythme, Haruka. Tu disposes encore d’une grande marge de progression.
Puisqu’il se trouvait là, Haruka décida de l’interroger sur sa remarque précédente.
— Quand nous étions en position de coulée, qu’est-ce que tu as dit au sujet de mes jambes ?
— Hum ? Ah, tu parles de l’hyperextension ?
— Qu’est-ce que c’est ?
— Tes genoux peuvent se plier vers l’arrière, au-delà de cent quatre-vingts degrés. Regarde.
Nao les lui désigna.
Haruka les observa. Il ne s’en était jamais préoccupé jusque-là, mais ses genoux se courbaient effectivement légèrement vers l’arrière.
— Lorsque l’hyperextension est importante, les jambes peuvent se plier comme des fouets. Cela convient donc bien à des nages comme le crawl. Mais les risques de blessure sont également plus élevés, alors fais attention.
Ridicule.
S’il suffisait de posséder cette particularité pour devenir plus rapide, personne n’aurait besoin de fournir autant d’efforts.
Il leur suffirait de pratiquer sérieusement des étirements destinés à plier leurs genoux vers l’arrière.
— Au fait, Haruka, est-ce qu’il s’est passé quelque chose avec Ikuya ?
— Pas vraiment.
— Il n’a pas arrêté de regarder dans ta direction.
Haruka le savait.
Il avait senti son regard.
Il avait volontairement évité de croiser ses yeux.
Ikuya ne possédait plus le regard chargé de cette sombre lumière. Pourtant, il avait bel et bien observé Haruka pendant tout l’entraînement.
Tout cela était la faute de Makoto.
Comme Makoto se mêlait constamment de ce qui ne le regardait pas, Haruka finissait toujours entraîné dans des situations pénibles.
Il souleva les planches qu’il venait de ramasser, puis leva les yeux vers le ciel en priant pour qu’aucun autre problème ne survienne.
[1] Ernest Hemingway (1899-1961) est un écrivain, journaliste et correspondant de guerre américain.
[2] Du romancier, essayiste et poète américain Herman Melville, paru en 1851.
[3] De Takiji Kobayashi, paru en 1929.
[4] De Lucy Maud Montgomery, autrice canadienne, publié en 1908.
[5] De Astrid Lindgren, autrice suédoise, paru en 1945.
[6] De Louisa May Alcott, autrice américaine, paru en 1868.
[7] De Tanizaki Jun’ichirô (1886-1965), paru en 1933.