Free! t2 chapitre 13
Hope
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Traduction : Lustella
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Adossé à la porte du train, Haruka contemplait vaguement le paysage qui défilait derrière la vitre, sans vraiment le regarder. Le littoral s’étendait à perte de vue, bordé par l’immensité de la mer. Celle-ci reflétait les rayons du soleil qui commençait à décliner vers l’ouest, et sa surface scintillait comme si elle dispersait elle-même la lumière.
Le train ne comptait que deux voitures et transportait peu de passagers. Celle de derrière avait été réservée au collège d’Iwatobi. Prenant cela comme une excellente excuse, les membres du club y faisaient résonner leurs voix dans un vacarme assourdissant. Asahi, Ikuya et les autres, parfaitement insouciants, chantaient avec enthousiasme le chant d’encouragement qu’ils venaient d’apprendre.
À Iwatobi, où nous sommes réunis,
Ô jeunesse au cœur vaillant…
Avec Asahi et Ikuya en son centre, le chœur s’élargit peu à peu.
La puissance redoutable de l’eau
Fait gronder votre jeunesse à grands fracas…
Ils passèrent leurs bras autour des épaules de leurs voisins et commencèrent à se balancer de droite à gauche.
La prière que nous élevons, le vœu exaucé,
Que cette voix ardente atteigne votre cœur…
Haruka poussa un soupir, incapable de se mettre au diapason. Kisumi vint alors le rejoindre.
— Haru, tu ne chantes pas ?
— On est dans un train.
Kisumi gloussa devant sa réponse.
— Asahi a de la chance, tu ne trouves pas ?
Pensant avoir mal entendu, Haruka tourna les yeux vers lui.
Kisumi repoussa légèrement ses cheveux soyeux en arrière, le regard posé sur Asahi.
— Il est libre, franc, et toujours joyeux. Il possède vraiment beaucoup de choses qui me manquent. Moi, je cherche toujours à donner une bonne image de moi. Alors, tu vois… j’admire un peu le naturel d’Asahi.
Haruka reporta son regard sur Asahi, qui continuait de chanter. Il se demanda s’il possédait réellement ce genre de qualités.
— Kisumi-kun, viens par ici.
Les filles de leur classe l’appelaient. Elles ne semblaient avoir aucun intérêt particulier pour les encouragements du club de natation. Kisumi les avait peut-être invitées. La preuve : il se laissa docilement prendre par la main et entraîner avec elles. Tout en s’éloignant, il se retourna vers Haruka.
— À plus tard.
Puis il lui adressa un large sourire.
Kisumi n’avait peut-être pas encore compris à quel point il était difficile de se regarder soi-même en face. Haruka réfléchissait à cela en se tournant de nouveau vers la vitre.
— Tu as très bien nagé, Haruka.
Lorsqu’il se retourna, Nao se tenait derrière lui. Comme toujours, ses pas étaient silencieux, presque félins.
— Merci.
Pris au dépourvu, Haruka lui répondit plus sèchement qu’il ne l’aurait voulu.
— Pendant le relais quatre nages… Ce n’était pas la nage dans l’oubli de soi ?
Nao l’affirma presque comme une certitude. Sur quoi se fondait-il pour dire cela ? Haruka se moquait qu’il ait ou non une raison, mais il n’aimait pas qu’on lui impose ainsi une image étrange de lui-même.
— Je ne sais pas. Mais je crois que c’était différent. J’ai ressenti et pensé beaucoup de choses. Seulement…
— Seulement ?
Il avait failli répondre que les tout derniers instants s’en rapprochaient peut-être, mais il se ravisa. Même si c’était réellement le cas, lui seul pouvait comprendre ce qu’il avait éprouvé. Et si Nao lui demandait de l’expliquer, il ne se sentait pas capable de trouver les mots justes.
— Nao-senpai…
Haruka se tourna pour lui faire face.
— Qu’y a-t-il ?
— Tu peux me tendre la main ?
Haruka leva l’index de sa main droite. Nao acquiesça, comme s’il avait immédiatement compris ce qu’il voulait faire, puis lui présenta sa main droite.
— Vas-y.
Haruka appuya son index contre la paume de Nao et chercha à le relier directement au centre de gravité de son corps. Puis, tout en maintenant sa concentration, il abaissa fermement ce centre de gravité.
Son poids se transforma en force et se transmit jusqu’à son index…
Du moins, c’était ce qui aurait dû se produire.
La main de Nao ne bougea pas d’un millimètre. Il arrêta tranquillement toute sa poussée.
— Tu as réussi. C’est impressionnant, Haruka.
Nao parlait doucement, avec une joie presque imperceptible.
— …Merci beaucoup.
Haruka inclina légèrement la tête, partagé entre plusieurs sentiments. Cet exercice était censé prouver qu’il s’était rapproché de Nao, mais il venait au contraire de révéler tout ce qui les séparait encore. Une fois de plus, il était incapable d’estimer la distance qui existait entre eux.
Soudain, quelqu’un lui agrippa l’épaule par-derrière. Haruka se retourna et fut profondément déconcerté en découvrant Shôta.
— Nanase ! À la prochaine compétition, je nage en nage libre. Et cette fois, je ne te la laisserai pas !
Sous le regard furieux de Shôta, Haruka sentit pourtant son cœur s’alléger. Cet esprit combatif lui semblait maintenant plus agréable que tout le reste. Répondant à la passion de Shôta, il acquiesça avec force.
Même après avoir relâché son épaule, Shôta continua de le fixer sans cligner des yeux.
— Quand j’ai nagé contre toi, j’ai abandonné dès le départ… C’est pathétique, mais ta nage m’a complètement écrasé.
Était-ce pour cette raison que Haruka n’avait pas ressenti sa présence pendant leur course ? Une chose pareille était-elle réellement possible ? Pouvait-on être tellement submergé par la nage de quelqu’un qu’on en abandonnait ?
Il regarda Nao. Celui-ci se contentait de leur adresser un sourire doux.
— Mais je n’abandonnerai plus. Plus jamais !
Des flammes brûlaient dans les yeux de Shôta. Il continuait de fixer Haruka avec une intensité capable de le consumer. Sous cet esprit combatif qui semblait s’accrocher à lui et le brûler peu à peu, une goutte de sueur glissa le long de la joue de Haruka.
Comme pour écarter Shôta devenu gênant, deux sourires radieux apparurent devant lui. C’étaient Aki et Satomi.
— Nanase-kun, tu vois, je suis frustrée de ne pas avoir gagné. Mais malgré ça, je me suis vraiment amusée.
Aki haussa les épaules en souriant, comme pour dire : C’est bizarre, pas vrai ?
— J’ai fait tout ce que je pouvais et je me suis donnée à fond. Ce serait dommage de tout gâcher en le regrettant.
— Je pense pareil. La natation, c’est plutôt amusant !
Aki et Satomi parlèrent presque en même temps.
En effet, cela ne servait à rien de regretter. Regretter revenait à rejeter tous les efforts accumulés jusque-là. Et leurs entraînements n’avaient certainement pas été assez faciles pour qu’ils puissent les renier aussi simplement.
— Mais tu sais…
Aki poursuivit :
— Je n’ai peut-être aucun regret, mais j’ai encore énormément de choses à travailler.
Elle et Satomi se regardèrent, haussèrent de nouveau les épaules, puis éclatèrent de rire.
Deux fleurs venaient d’éclore.
Un peu plus loin, Maki et Yuki les appelèrent.
— Zaki ! Nii-chan !
— Ouiii !
Après avoir répondu, Aki adressa un signe de la main à Haruka.
— Bon, à plus tard.
— Ouais.
Après l’avoir regardée partir, Satomi se tourna vers Haruka avec une expression un peu plus sérieuse.
— Les photos qu’avait Ikuya-kun… tu les as vues aussi, Nanase-kun ?
Elle devait parler des souvenirs qu’Ikuya avait placés dans la boîte avant de l’enterrer.
— Ouais.
— Même… même celle du bain ?
— Du bain ?
Haruka réfléchit un instant. Il se demanda s’il y avait réellement eu une photo pareille, puis s’en souvint.
— Celle où vous étiez tous les trois ?
— Hein ? Tu l’as vue ?
— Ouais.
— Oh non… C’est tellement embarrassant.
Satomi se couvrit le visage avec les deux mains.
Pourtant, il n’y avait même pas de quoi avoir honte : ils devaient être âgés de cinq ou six ans.
— Il n’y a rien d’embarrassant là-dedans. C’est ridicule.
— Ridicule… ?
Satomi dégagea son visage, les joues devenues écarlates.
— Après avoir vu une fille nue, comment peux-tu dire que…
Elle parlait trop fort.
Les regards des membres du club convergèrent vers eux, et l’agitation qui régnait dans le train s’éteignit brusquement. Satomi s’en aperçut, et ses joues devinrent plus rouges encore.
— Allons, allons.
Natsuya s’avança pour tenter de détendre l’atmosphère.
— Dans un club de natation, ça arrive souvent d’apercevoir accidentellement l’intérieur des vestiaires, non ? Ha ha ha…
Son rire sec sonna creux.
Des voix s’élevèrent immédiatement de tous côtés :
— Non, pas vraiment.
— Jamais.
Profitant du fait que Natsuya se faisait désormais accuser d’avoir déjà espionné les vestiaires, Satomi rejoignit Aki et les autres en essayant de calmer ses rougeurs.
Tomo arriva en courant à petits pas, croisant Satomi sur le chemin. Haruka l’observa en pensant qu’à chaque secousse du train, elle semblait sur le point de perdre l’équilibre. Elle tenait fermement un petit paquet entre ses mains.
— Nanase-kun, ton pied va bien ?
Haruka commençait à se lasser de la voir encore s’en préoccuper.
— Ce n’était vraiment rien.
— Tant mieux. Tu vois, j’ai préparé ça pour m’excuser. Ce n’est pas grand-chose, mais tu peux les manger si tu veux.
Le paquet qu’elle lui tendait contenait probablement des biscuits.
— Merci. Tu nous as encouragés pendant toute la compétition, pas vrai ? Je t’ai bien entendue.
Lorsqu’il accepta le paquet, Tomo acquiesça avec un sourire heureux.
— Oui.
— Hé, Haru. Qu’est-ce qu’elle t’a donné ?
Asahi, qui avait enfin terminé de chanter, vint les rejoindre. Makoto et Ikuya se trouvaient juste derrière lui.
— Des biscuits.
Haruka regarda Tomo après avoir répondu. Celle-ci poussa un petit soupir qui semblait signifier : Je suppose que je n’ai pas le choix, puis acquiesça avec le sourire.
Elle l’autorisait à les partager.
— Oh, des biscuits !
— Mangeons-les.
Haruka tendit le paquet à Asahi, qui l’ouvrit sans la moindre retenue et enfourna aussitôt un biscuit dans sa bouche.
— Ch’est bon. Prenez-en auchi. Ils chont délicieux !
Makoto et Ikuya prirent eux aussi un biscuit dans le paquet qu’il leur tendait. Haruka en choisit un à son tour et le goûta.
C’était bon.
Il regretta légèrement de ne pas avoir mangé les biscuits qu’elle lui avait proposés l’autre fois.
Ikuya s’approcha de lui et murmura assez bas pour que personne d’autre ne l’entende :
— Haru, merci.
— Pourquoi ?
— J’ai l’impression d’avoir réussi à changer grâce à toi.
Ne comprenant pas de quoi il parlait, Haruka plongea son regard dans le sien.
— Ce sont tes yeux, Haru. C’est grâce à ce regard qui ne se détourne jamais que j’ai pu changer.
Ikuya lui avait dit cela avec un tel sérieux que Haruka dut se retenir de rire.
— Je vois. Eh bien, merci.
Ikuya s’apprêtait à répondre à cette réplique évasive lorsqu’Asahi s’interposa.
— Un jour, je vais t’écraser, Haru ! Et après, je te forcerai à te mettre à genoux devant moi !
Il pointa son index vers Haruka. S’il comptait lui déclarer la guerre, il aurait pu attendre d’avoir fini son biscuit. Des miettes jaillissaient de sa bouche. Et puis, pourquoi Haruka devrait-il s’agenouiller après avoir perdu ? Il n’avait jamais vu personne faire une chose pareille.
— Haru…
Makoto se plaça devant lui avec son habituel sourire, ses sourcils relevés.
— Tu vois, c’était exactement comme je l’avais dit, pas vrai ?
Il parlait de l’idée qu’ils ressemblaient à l’eau.
— Nous pouvons prendre la forme que nous voulons.
— Ouais.
Après avoir acquiescé, Haruka adressa à Makoto un léger sourire.
Soudain, un rayon de lumière traversa la vitre du train et l’obligea à plisser les yeux. Lorsqu’il regarda dehors, le soleil couchant s’apprêtait à disparaître derrière l’horizon. Oscillant entre les vagues, il teignait la mer en rouge.
Où allaient-ils désormais ?
Quel but poursuivraient-ils ?
Que deviendraient-ils ?
Il pouvait y réfléchir autant qu’il le voulait, il n’existait aucune réponse. Rien ne leur était promis. Tout comme ce soleil couchant, rien ne prouvait qu’ils seraient encore capables de briller le lendemain.
Pour commencer, Haruka essaya simplement de penser à demain.
Je vais encore devoir me lever tôt pour courir avec Makkô.
C’était une pensée insignifiante. Pourtant, le simple fait de tourner les yeux vers l’avenir suffit à éclaircir son cœur.
Pour l’instant, cela lui convenait.
Tant qu’il conservait la volonté d’avancer, c’était suffisant.
Parce que ce sentiment-là…
C’était précisément cela, l’espoir.