I HAD – CHAPITRE 2
Chapitre 2
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Traduction : Gatotsu
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Si je devais donner une couleur à mon humeur en enfilant mes chaussons devant les casiers de l’école primaire, ce serait le gris. Principalement à cause de toutes les personnes désagréables que j’avais croisées ce matin-là. Dans ces moments-là, on dit plutôt qu’on a le blues, mais moi, j’aimais bien le bleu.
— Oh là là, la bizarre est là ! lança une voix que je ne reconnus pas depuis l’intérieur.
Je poussai un soupir théâtral.
— Vous devez être vraiment stupides si vous n’arrivez pas à battre une bizarre comme moi aux examens. C’est fascinant.
Satisfaite des expressions irritées qui apparurent sur les visages de plusieurs de mes idiots de camarades, je décidai de ne pas poursuivre la conversation.
— Pourquoi tu fais le bébé ?
J’avais envie de les féliciter d’être capables de s’exprimer à peu près correctement, mais ils s’éloignèrent, alors j’enfilai mes chaussons et entrai dans le bâtiment.
À ce moment-là…
— Bonjour, Koyanagi-san.
Une simple voix suffit à interrompre ma marche grise. Je me retournai pour voir l’un de mes camarades, et mon expression s’assombrit.
— Oh ! Bonjour, Ogiwara-kun.
— J’ai fini de lire Tom Sawyer hier, dit-il. C’était vraiment bien.
— Ah bon ? C’est super. Quelles scènes tu as préférées ?
— Celle de la peinture, je pense. Et puis, j’ai trouvé Tom vraiment cool.
— Tom est vraiment attachant. Et il est malin aussi.
— J’aime bien Huck aussi.
— Huck le vagabond ? Oh, d’ailleurs, je…
Je m’arrêtai. Non pas parce que je voulais garder pour moi ma conversation avec Mamie, mais parce qu’un garçon déboula derrière Ogiwara-kun et le percuta de plein fouet.
Je tournai le dos à Ogiwara, encore surpris, mais je doute qu’il s’en soit aperçu. Le garçon qui l’avait percuté était un ami proche, et il l’avait sans doute fait simplement pour chahuter comme le font les garçons, pas pour lui faire de mal. Personne ne s’en prendrait à Ogiwara-kun, et lui non plus ne s’en prendrait à qui que ce soit. Il avait beaucoup d’amis.
Moi, en revanche, je n’en avais aucun dans notre classe et j’avais décidé de m’en accommoder. Mis à part Ogiwara, tous les autres me trouvaient bizarre ou me détestaient. Malgré ça, je n’avais jamais été harcelée, pas une seule fois. Alors, en remarquant l’ami d’Ogiwara, je décidai de m’éclipser la première. Une amitié entre garçons, ce n’est pas quelque chose dans lequel une fille devrait s’immiscer.
Je devais passer à la bibliothèque avant d’aller en classe. Elle ouvrait dès le matin, ce qui m’arrangeait vraiment. Je préférais de loin passer le moment agité avant l’arrivée de Hitomi-sensei dans le calme de la bibliothèque.
Quand j’entrai, l’odeur si particulière des livres m’accueillit, ainsi que la bibliothécaire, toujours aimable. Je lui demandai si elle avait Les Aventures de Huckleberry Finn, dont Mamie m’avait parlé la veille. Elle me conduisit vers une étagère et me laissa chercher le livre moi-même.
— Si tu aimes les livres, tu devrais savourer ce frisson-là, celui de les chercher toi-même, dit-elle.
Je ressentais exactement la même chose.
Je trouvai rapidement le livre en question et le pris entre mes mains, le bout des doigts frémissant d’excitation. Je posai mon sac et m’installai à une place toute proche.
J’étais certaine qu’Ogiwara-kun et moi étions les seuls de la classe à comprendre ce sentiment incomparable qu’on éprouve en ouvrant la première page d’un livre. Pour les autres, ce serait du gâchis.
Toute seule, je fis ce premier petit pas dans l’histoire de Huck le vagabond.
La bibliothèque était un endroit merveilleux, avec son silence, son agréable odeur et la gentillesse de la bibliothécaire. Cependant, même ici, il y avait une limite à ne pas franchir : se perdre trop profondément dans le monde des livres.
Jusqu’à ce que la bibliothécaire m’appelle, j’avais complètement oublié que j’étais encore à l’école. Juste avant que la cloche du matin ne sonne, elle prononça mon nom et, après ce qui me sembla être une éternité, je revins à moi. J’empruntai le livre, le fourrai dans mon sac, et pris congé pour le moment.
Je traversai les couloirs, plus bruyants qu’à mon arrivée, et montai les escaliers, marche après marche, jusqu’à ma salle de classe au deuxième étage. Ignorant les garçons qui couraient dans tous les sens, j’entrai. Personne ne sembla remarquer ma présence. Comme toujours, je me dirigeai tout droit vers ma place, au fond de la classe. Je posai mon cartable et m’assis.
Kiriyuu-kun, assis à côté de moi, me remarqua et referma précipitamment le cahier posé sur ses genoux.
— Bonjour, Kiriyuu-kun.
— B-bon…bonjour, Koyanagi-san.
Il parlait vite, comme à chaque fois qu’il était mal à l’aise à l’idée qu’on se moque de lui. Il glissa son cahier dans son bureau.
— Qu’est-ce que tu dessinais ?
— R-rien !
Il mentait. Je savais toujours quand Kiriyuu-kun mentait. Il était en train de dessiner. Il passait son temps à griffonner dans son cahier. Il pensait peut-être réussir à le cacher, mais j’étais sa voisine, je voyais tout.
Il dessinait vraiment bien. À mon avis, il devrait s’en vanter un peu auprès des autres, mais il ne le faisait jamais, et les idiots de la classe continuaient de se moquer de lui encore et encore pour ça.
— Kiriyuu-kun, la vie, c’est comme une carie.
— Qu-qu’est-ce que tu veux dire ?
— Si ça ne te plaît pas, tu devrais vite t’en occuper. Si les autres se moquent de toi parce que tu dessines, alors renvoie-leur ça en pleine figure, dis-je en posant mon cartable sur l’étagère derrière moi avant de me rasseoir.
— J-je ne peux pas faire ça, dit Kiriyuu à voix basse, sans me regarder.
— Pas avec une attitude pareille, en effet, répondis-je, juste au moment où la cloche retentit.
Hitomi-sensei entra dans la classe. Tout le monde l’aimait. L’atmosphère ne devenait vraiment claire et lumineuse que lorsqu’elle était là.
— Bonjour !
— Boonjouur !
Au signal d’Ogiwara, le délégué de classe, nous commençâmes une nouvelle journée d’école ennuyeuse.
Nous eûmes d’abord mathématiques, puis histoire-géo et éducation civique. En troisième heure vint le cours sur le bonheur dont Hitomi-sensei m’avait parlé. J’aurais bien aimé annoncer fièrement que j’étais déjà au courant depuis la veille, mais j’avais juré de garder le secret. Je ne dis donc rien au sujet du cours, ni du chocolat.
Les cinquante minutes passèrent rapidement, entre la lecture de l’histoire dans le manuel et les réflexions sur les sentiments du personnage principal. Il n’y eut pas vraiment le temps de penser au bonheur. Puis Hitomi-sensei annonça que la quatrième heure prolongerait la troisième. J’approuvai vivement cette idée, et pensai que cinquante minutes étaient loin d’être suffisantes.
Pendant la quatrième heure, nous devions réfléchir à différentes formes de bonheur. Nous fûmes répartis en binômes, et devions échanger sur ce que chacun considérait comme son propre bonheur.
Je me retrouvai avec mon voisin, Kiriyuu-kun. Comme il parlait rarement de lui-même, je dus prendre les devants.
— Hier, j’ai mangé un biscuit avec une boule de glace par-dessus. J’étais heureuse à ce moment-là.
— Ah.
— Et toi, tu as vécu quelque chose comme ça ?
— Eh bien… euh, les ohagi que ma grand-mère a faits étaient vraiment bons.
— Les douceurs des grand-mères sont toujours super délicieuses !
— Oui. J’aime bien aussi celles que fait ma mère. Elles sont différentes de celles de Mamie.
— Ta mère fait aussi des desserts ? C’est une bonne chose. Ma mère ne rentre pas avant le soir.
Nous continuâmes à discuter ainsi tous les deux, notant les idées dans nos cahiers. Nous restions bien cohérents par rapport au sujet, et quand Hitomi-sensei passa entre les rangs pour vérifier, elle nous félicita. Mais quelque chose continuait de me déranger. Peu importe combien nous parlions du sujet, même lorsque j’évoquais les livres, Kiriyuu-kun ne mentionnait jamais le dessin. Je trouvai cela étrange, alors je décidai de lui poser la question.
— Tu n’es pas heureux quand tu dessines ?
— Euh… p-peut-être ? J’… j’aime bien, oui.
— Alors, c’est quelque chose qui te rend heureux.
— M-mais quand je d-dessine… les autres se moquent de moi…
— Ça n’a aucune importance !
Ma voix avait été plus forte que je ne l’avais voulu. Kiriyuu-kun sembla surpris, mais les autres aussi. Moi-même je ne m’y attendais pas.
— Désolée, je me suis un peu emportée ! dis-je à Hitomi-sensei, qui me regardait.
— Essaie de ne pas effrayer tout le monde, répondit-elle doucement.
Même si quelques murmures persistaient, le calme finit par revenir.
Je me retournai de nouveau vers Kiriyuu.
— Ce genre de choses n’a aucune importance.
J’écrivis « dessiner de beaux dessins » sur ma feuille. Kiriyuu-kun baissa la tête, silencieux.
La quatrième heure prit fin, puis vint le déjeuner. Je passai le reste de ma pause de midi à la bibliothèque. C’était plus bruyant que le matin, mais cela restait plus calme que la salle de classe, et je pus me plonger dans les aventures de Huck le vagabond.
Après la pause venait le ménage, alors quand la cloche sonna, je retournai en classe pour prendre un balai. Kiriyuu-kun, étant dans le même groupe que moi, était lui aussi revenu en avance pour commencer le nettoyage.
Pendant que nous balayions consciencieusement la salle, l’idiot de tout à l’heure revint du gymnase en débitant encore des absurdités.
— Vous êtes vraiment flippants tous les deux, toujours à dessiner vos trucs et à lire vos bouquins.
— La seule chose flippante ici, c’est ta tête, répondis-je. Tu le savais ?
Je jetai un coup d’œil à Kiriyuu pour voir s’il répondrait lui aussi, mais, comme je m’y attendais, il ne dit rien.
Les cinquième et sixième heures se terminèrent. Lorsque vint le moment de la réunion de fin de journée, je laissai échapper un soupir de soulagement, relâchant toute la tension que j’avais retenue jusque-là.
Nous saluâmes Hitomi-sensei, et ce fut enfin terminé… du moins, c’est ce que je croyais. Mais il restait encore une annonce importante.
— Dans deux semaines, nous aurons une journée de visite des parents en classe. Ils ont déjà été informés, mais ce sera une bonne occasion pour eux de vous voir tels que vous êtes habituellement à l’école. Alors assurez-vous bien de leur remettre le papier que je vais faire passer, d’accord ? Promettez-le-moi, tout le monde.
— Oui, madame, nous répondîmes en chœur, tandis que les feuilles circulaient depuis le premier rang.
Je parcourus le document des yeux avant de le glisser avec satisfaction dans mon sac. J’adorais les journées de visite en classe. C’était l’occasion pour mon père et ma mère de voir à quel point j’étais intelligente.
Comme on ne m’avait pas demandé de rester après les cours aujourd’hui, je rentrai seule, comme d’habitude. Je posai mon cartable dans ma chambre comme toujours, puis m’apprêtai à ressortir quand je me souvins de quelque chose d’important. Je retournai dans ma chambre, ressortis le document et le déposai sur la table du salon avant de repartir.
Dehors, devant l’immeuble, mon amie à queue courte m’attendait déjà, comme toujours.
— Miaou ! lança-t-elle pour me saluer.
Nous prîmes toutes les deux la direction du grand fleuve. Tandis que nous gravissions la berge, une brise agréable traversa mes cheveux et fit frémir sa queue. De bonne humeur, nous nous mîmes toutes les deux à chanter. Peu après, alors que nos voix résonnaient encore, nous arrivâmes devant l’immeuble couleur crème. Nous nous arrêtâmes devant la porte habituelle et sonnâmes. La première fois, nous n’entendîmes rien. La deuxième non plus, la porte ne s’ouvrit pas. À mes pieds, Mademoiselle Bobtail poussa un miaulement pendant que je sonnais une troisième fois, mais personne ne répondit.
— Elle doit être sortie aujourd’hui.
— Miaou.
Traînée-san était une femme occupée, alors il lui arrivait souvent d’être absente. Laissant le vent emporter notre déception, nous abandonnâmes l’idée d’attendre et décidâmes de repartir par un autre chemin. Évidemment, nous ne rentrions pas encore à la maison. Après être passées chez Traînée-san, nous avions toujours une autre destination.
Nous avancions en chantonnant, passant entre des maisons de toutes tailles. Nous passâmes bientôt devant l’immeuble où j’habitais, puis empruntâmes le chemin habituel menant aux collines derrière celui-ci. Je saluai les habitants que nous croisions en chemin, mais mon amie distante se contentait d’agiter sa queue d’un côté à l’autre tout en détournant froidement le regard.
— Ce n’est pas seulement auprès des humains, dis-je. À ce rythme-là, même les chats finiront par te détester.
Comme si elle ne m’avait pas entendue, elle continua de marcher devant moi, atteignit le pied de la colline, puis commença tranquillement à grimper le sentier qui traversait les arbres. Finalement, nous arrivâmes à la clairière où se trouvait une maison en bois, puis nous nous précipitâmes vers la porte pour frapper.
La première fois, il n’y eut aucune réponse.
Nous frappâmes plusieurs fois encore, essayâmes la poignée, et fîmes le tour de la maison, mais il semblait bien que Mamie ne soit pas là. Je m’assis dans l’herbe de la clairière et croisai mes petits bras.
— C’est bizarre que Traînée-san et Mamie soient toutes les deux absentes.
— Miaou miaou, répondit Mademoiselle Bobtail, abattue de ne toujours rien avoir à manger.
— Tu ne peux pas juste bouder comme ça. La vie, c’est comme un repas à la cantine.
— Miaou.
— Même quand il n’y a rien que tu aimes, tu dois quand même essayer d’en profiter autant que possible. Tu comprends ?
Elle ne semblait pas comprendre, mais nous redescendîmes tout de même la colline ensemble.
Peut-être qu’on croisera Mamie sur le chemin du retour, pensai-je, mais nous arrivâmes au parc au pied de la colline sans la moindre trace d’elle.
Dans le parc, des enfants plus jeunes que moi couraient partout pendant que leurs mères les surveillaient.
Mais enfin… qu’est-ce qui pouvait bien se passer ? me demandai-je.
Mademoiselle Bobtail se roulait à mes pieds, peut-être bouleversée de voir tous ses espoirs réduits à néant.
Je mis les rouages de ma petite tête brillante en marche.
Puis je me souvins de quelque chose.
— Il y a un embranchement sur le chemin qui mène chez Mamie.
— Miaou.
— Maintenant que j’y pense, il reste encore un chemin qu’on n’a jamais pris. Essayons de passer par là.
Mademoiselle Bobtail était toujours étalée sur le flanc par terre. Je la poussai doucement du bout du pied. Elle se releva avec réticence, poussa un grand bâillement, puis nous recommençâmes à gravir la colline.
Je la suivais, la sueur coulant de mon front. Finalement, nous arrivâmes à l’embranchement. D’habitude, nous prenions toujours à droite, mais aujourd’hui, pour la première fois, je décidai d’essayer le chemin de gauche. Le sentier montait en pente. Peut-être revigorée à l’idée de faire un peu d’exercice, Mademoiselle Bobtail bondissait joyeusement devant moi. Les chats sont des créatures si insouciantes.
Cinq minutes plus tard, tandis que l’odeur des arbres se faisait peu à peu plus forte, un portail en fer rouillé apparut. Il semblait surgir de nulle part comme par magie, entrouvert de quelques centimètres.
Quand je tendis la main pour le toucher, le portail s’ouvrit lentement dans un grincement rauque. J’hésitai un instant, puis croisai le regard de Mademoiselle Bobtail. En pensant au chemin que nous avions déjà parcouru, je décidai d’avancer. Et puis, au cas où quelqu’un se mettrait en colère contre nous, j’avais déjà pris l’habitude de lever les yeux et de tirer la langue pour me faire pardonner.
Au-delà du portail, des marches en pierre soigneusement taillées remplaçaient le sentier que nous venions de gravir. Nous montâmes avec précaution jusqu’à ce que l’escalier débouche sur ce qui ressemblait à une clairière recouverte de gravier.
Je fus surprise en la découvrant et inspirai profondément cet air différent. Impossible de dire si la petite à mes pieds était, elle aussi, surprise.
— Miaou, fit-elle, comme toujours.
— Je ne pensais pas qu’il y avait un tel endroit ici.
Au bout du chemin, à l’opposé de la maison de Mamie, se dressait quelque chose de totalement différent : un bâtiment qui ressemblait à une boîte en pierre parfaitement carrée. En observant les ouvertures semblables à des fenêtres le long des murs, je supposai qu’il devait avoir un rez-de-chaussée et un étage, sans pour autant comprendre de quoi il s’agissait. Il n’y avait ni motifs ni inscriptions. On aurait dit, tout simplement, une boîte de pierre. Elle n’avait rien de semblable à la chaleur de la grande maison en bois de Mamie.
En m’approchant, je constatai qu’il n’y avait même pas de porte à l’endroit où l’entrée aurait dû se trouver. Après avoir réfléchi un moment, je m’approchai timidement de l’une des ouvertures. Mademoiselle Bobtail entra la première, puis je la suivis. N’allez surtout pas le répéter, mais j’avais un peu peur.
Nous commençâmes par jeter un coup d’œil au rez-de-chaussée, mais rien ne ressemblait à une pièce. Le sol s’étendait d’un seul tenant, parfaitement plat et complètement vide. Rien ne laissait penser que quelqu’un puisse se trouver là. La seule chose qui faisait encore ressembler cette grande boîte à un bâtiment était l’escalier, planté en plein milieu.
Comme nous n’avions nulle part ailleurs où aller, nous prîmes notre courage à deux mains et gravîmes lentement les marches.
Le premier étage était tout aussi vide. On aurait dit que les ouvertures carrées avaient autrefois été des fenêtres, car des éclats de verre y restaient encore accrochés. Évidemment, je n’y touchai pas, car c’était dangereux.
Ah, il n’y a vraiment rien dans ce bâtiment, pensai-je en balayant du regard le premier étage.
N’allez surtout pas le répéter, mais c’était vraiment effrayant. Je n’avais qu’une envie, ressortir au plus vite. Mais c’est alors que nous découvrîmes un autre escalier qui montait encore. En levant les yeux, je compris qu’il menait au toit. On pouvait apercevoir le ciel ouvert au-dessus. J’échangeai un regard avec la petite à mes pieds, et nous décidâmes de continuer.
Marche après marche, nous gravîmes l’escalier, laissant des empreintes dans la poussière. Quand nous passâmes la tête sur le toit, ce furent d’abord les rayons du soleil qui m’accueillirent, puis le vent qui vint me frôler le visage. Et puis je croisai le regard d’une jeune femme recroquevillée sur le sol, un cutter pressé contre son poignet.
Ce jour-là, bouleversée jusqu’au plus profond de moi-même, je compris pour la première fois ce que l’on ressent lorsque le temps semble s’arrêter. Puis, l’instant d’après, il se mit à filer à toute vitesse.
— Waaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah ! !
— Aaaaaaaaaaaaaaaaaaah ! !
— Miaou !
Et c’est ainsi que je fis la rencontre de Minami-san.