Free! NOVELIZE - CHAPITRE 4

L’orque piégée

À l’école primaire, j’utilisais boku[1] pour dire « je ». Ce n’est qu’en entrant au collège que je me suis mis à employer ore.

Même à l’école primaire, lorsque nous étions arrivés dans les dernières années, les garçons de ma classe qui utilisaient jusque-là boku avaient peu à peu commencé à passer à ore. Moi, je ne sais trop pourquoi, j’étais resté bloqué au stade du boku sans jamais réussir à franchir le pas. Il faut dire que lorsqu’une personne qui disait encore boku la veille se met soudain à employer ore le lendemain, c’est assez gênant. Avec le recul, je me préoccupais simplement beaucoup trop du regard des autres, mais c’était ainsi que je voyais les choses à l’époque.

Je ne pouvais pourtant pas continuer à utiliser boku éternellement. Alors, à mon entrée au collège, je pris mon courage à deux mains et essayai enfin ore.

— Haru, tu vas rejoindre un club ? Je (ore)… je ne sais pas encore…

— …Ore ?

Haru m’avait dévisagé d’un air dubitatif.

Et je m’étais immédiatement senti terriblement gêné.

Même aujourd’hui, il m’arrive encore de me demander si ore me correspond vraiment.

— Makoto, avec un corps aussi grand, tu devrais te tenir plus droit et marcher avec davantage d’assurance.

Tout le monde me disait ce genre de choses. Mais mon côté timoré et facilement effrayé faisait probablement partie de moi depuis ma naissance.

Malgré cela, Haruka avait toujours été là.

Haru et moi avions le même âge, nos maisons se faisaient face et nos familles étaient proches. Il avait donc toujours paru naturel que nous soyons ensemble, presque comme des frères. Aussi loin que remontaient mes souvenirs, Haru avait toujours été à mes côtés.

Sa simple présence suffisait à me rassurer. Le tourbillon d’angoisse et de peur qui se formait dans ma poitrine disparaissait rapidement dès que Haru était là. Mais…

 

Haru n’était pas là, maintenant. Évidemment qu’il n’était pas là.

J’étais enfermé dans une minuscule cabine d’essayage d’un magasin de sport. En sous-vêtements. Sans mes vêtements, sans mes chaussures, sans mon téléphone. Sans rien. Le magasin était bondé en ce dimanche et j’étais beaucoup trop gêné pour sortir comme ça.

Comment est-ce que j’en étais arrivé là ?

Tout avait commencé lorsque Rei avait affirmé qu’il réussirait peut-être à nager s’il possédait un nouveau maillot. Nous avions donc décidé d’aller tous ensemble lui en acheter un dans le grand magasin de sport de la ville.

Haru, Nagisa, Rei, Gô-chan et moi nous étions retrouvés le dimanche matin avant de prendre le train. Une fois arrivés au rayon natation, nous avions commencé à regarder les maillots exposés. À l’origine, à part celui de Rei, nous n’avions aucune intention d’en acheter. Seulement, il s’agissait de modèles de compétition habituellement beaucoup trop chers pour de simples lycéens et, à force de les observer, nous nous étions un peu emballés…

Finalement, Rei ne fut pas le seul à essayer des maillots. Haru, Nagisa et moi entrâmes nous aussi dans les cabines avec plusieurs modèles, avant de ressortir à tour de rôle pour nous les montrer comme si nous participions à un défilé de mode.

Comme j’étais grand et plutôt massif, presque tous les maillots que j’avais choisis étaient des modèles longs. Je n’arrivais pas à me défaire de l’idée qu’un modèle court ne conviendrait pas à ma morphologie.

Et pourtant, à cet instant, comme s’il exerçait une étrange attraction sur moi, un maillot court orné de lignes vertes attira mon regard.

En temps normal, j’aurais immédiatement pensé qu’un modèle pareil ne m’irait jamais. Mais cela faisait longtemps que je n’étais pas venu dans un magasin de sport avec Haru et les autres. J’étais probablement plus enthousiaste que d’habitude. Et puis…

Peut-être qu’il m’irait étonnamment bien. Ce fut une erreur.

Dans la cabine, je retirai mes vêtements et enfilai le maillot court par-dessus mon sous-vêtement. Mon reflet apparut dans le miroir : torse nu, avec ce nouveau modèle très court sur le bas du corps.

La sensation était vraiment étrange.

Elle me rappela le jour où, au collège, j’étais passé pour la première fois de boku à ore. La même gêne. Le même sentiment de ne pas être tout à fait à ma place. C’était vraiment bizarre.

Mais cela ne dura qu’un moment. Une fois habitué à ore, cela avait cessé de me poser problème. Ce serait sûrement pareil avec ce maillot. En revanche, j’étais incapable de déterminer tout seul s’il m’allait réellement ou non.

Un peu embarrassé, je décidai donc de demander l’avis de Haru, Nagisa et Rei. J’ouvris le rideau et fis un pas hors de la cabine.

— Haru ? Nagisa ? Rei ?

J’aperçus Nagisa et Rei quelques rayons plus loin, près des lunettes de natation. Ils étaient suffisamment éloignés pour ne probablement pas m’entendre à moins que je crie.

Haru, lui, était introuvable.

Le rayon natation était vaste et plusieurs groupes de cabines d’essayage étaient répartis à différents endroits. Il essayait sans doute un maillot ailleurs.

Je parcourus du regard le magasin bruyant et bondé à sa recherche. C’est alors qu’une voix incroyablement forte retentit. Et, l’instant suivant, quelqu’un se tenait devant moi.

— Oh ! Ce maillot !

— O-oui ?

Un homme aux cheveux roux coupés court m’observa avec une expression perplexe. Puis il sembla brusquement se souvenir de moi et éclata d’un grand rire sonore.

— Ah ! Mais tu es le capitaine du club de natation d’Iwatobi !

C’était le capitaine Mikoshiba que j’avais rencontré la semaine précédente pendant l’entraînement commun avec le club de natation de Samezuka.

Qu’est-ce que le capitaine du club de Samezuka fait ici ?!

Je restai sans voix, mais le capitaine Mikoshiba, lui, continua avec enthousiasme.

— Hmm. Ce maillot te va plutôt bien… Cela dit, je connais quelqu’un à qui il irait encore mieux. Oui ! Moi !

— Ah… oui…

Je ne savais absolument pas comment réagir.

— En fait, ce maillot m’avait déjà tapé dans l’œil la dernière fois que je suis venu ici. Tu as bon goût ! Comme on pouvait s’y attendre du capitaine du club de natation d’Iwatobi !

— Oui… Merci…

Complètement dépassé par l’énergie que dégageait le capitaine Mikoshiba devant la cabine, je me contentai de le remercier.

Il approcha alors brusquement son visage du mien.

— Alors ? Tu comptes acheter ce maillot ?

— N-non…

— Tant mieux ! Ouf ! Dans ce cas, tu veux bien me le laisser ? Je l’ai déjà essayé la dernière fois que je suis venu. Aujourd’hui, je suis venu avec tous les membres de notre club pour regarder de nouveaux maillots, mais moi, j’avais déjà décidé que je voulais celui-là !

Le capitaine n’était donc pas venu seul.

S’il était accompagné de tous les membres du club de natation de Samezuka…

Rin devait être là lui aussi.

Où est-ce qu’il était ?

Je tentai de regarder autour de moi, mais le capitaine Mikoshiba se rapprocha encore, comme s’il cherchait à bloquer mon champ de vision.

Mais d’où lui venait toute cette énergie ?

— Qu’est-ce qu’il y a ? Puisque tu ne vas pas l’acheter, laisse-le-moi. S’il te plaît, je t’en supplie !

Il joignit les mains devant mon visage et baissa la tête.

— D-d’accord…

Intimidé, je reculai instinctivement et entrai dans l’une des deux cabines placées côte à côte, avant d’en refermer le rideau.

— Désolé ! Te presse pas. Prends ton temps pour te changer !

La voix du capitaine me parvint de l’extérieur.

Le voir aussi enthousiaste à propos d’un simple maillot avait quelque chose d’assez attendrissant.

Je me dépêchai donc de le retirer pour le lui donner. Alors que j’essayais rapidement d’ôter le modèle court que j’avais enfilé par-dessus mon sous-vêtement, sa voix impatiente retentit de l’autre côté du rideau.

— Alors ? Tu as fini ?

On aurait dit un enfant incapable d’attendre d’être rentré chez lui pour ouvrir la boîte de son nouveau jouet. Je ne pus m’empêcher de rire. J’enlevai rapidement le maillot et le passai par une ouverture du rideau.

— Désolé de t’avoir fait attendre. Tiens.

Le capitaine Mikoshiba, qui patientait en remuant d’impatience comme un enfant, s’en empara immédiatement.

— Merci ! Désolé d’avoir autant insisté. Je te revaudrai ça un jour, c’est promis ! À plus !

Puis il s’éloigna à toute vitesse. Le calme retomba brusquement autour de moi. Comme après le passage d’un typhon. Je poussai un soupir et m’apprêtai à remettre mes vêtements. C’est là que je compris.

Ils n’étaient pas là.

Je regardai autour de moi. Puis la situation devint évidente.

Deux cabines se trouvaient côte à côte. Lorsque le capitaine Mikoshiba m’avait fait reculer, j’étais entré dans celle qui se trouvait à côté de celle où j’avais laissé mes affaires. Mon reflet apparut dans le miroir.

Voir mon grand corps vêtu uniquement d’un sous-vêtement encore plus court que le maillot que je venais d’essayer me procura immédiatement un mélange de malaise et de gêne.

Impossible de sortir comme ça pour aller récupérer mes affaires dans la cabine voisine. En y réfléchissant, c’était assez étrange. Au bord d’une piscine, je pouvais me tenir devant une foule entière vêtu d’un simple maillot sans ressentir la moindre gêne. Mais là…

Il suffisait pourtant que je demande à un employé de récupérer mes vêtements dans la cabine d’à côté. J’écartai légèrement le rideau et regardai autour de moi. Aucun employé à proximité. Le capitaine Mikoshiba se trouvait désormais très loin, à une caisse.

Nagisa et Rei, qui étaient encore au rayon des lunettes quelques instants auparavant, avaient disparu.

Et j’étais beaucoup trop gêné pour crier afin d’attirer quelqu’un jusqu’ici.

Mais qu’est-ce que je suis censé faire… ?!

Voilà donc comment je m’étais retrouvé enfermé dans une minuscule cabine d’essayage, en sous-vêtements, complètement incapable de savoir quoi faire.

 

Enfin…

Il n’y avait aucune raison de paniquer.

Quelqu’un finirait bien par utiliser la cabine voisine. Cette personne remarquerait les vêtements abandonnés à l’intérieur et, à ce moment-là, il me suffirait de l’appeler.

Je décidai donc d’attendre calmement.

Peu après, j’entendis des pas et des voix se rapprocher.

— Ah, celle-là a l’air libre ! …Hein ? Pourquoi il y a des vêtements à l’intérieur… ?

Je ressentis un immense soulagement.

Dire que je m’étais autant inquiété alors qu’en fin de compte, le problème se réglait tout seul.

Ce sont les miens. Désolé, mais tu pourrais me les passer ?

C’était tout ce que j’avais à dire.

J’étais sur le point d’ouvrir la bouche lorsque j’entendis une voix familière.

— Qu’est-ce qu’il y a, Nitori ?

Cette voix…

— Je crois que quelqu’un a oublié ses affaires…

— C’est bizarre, non ? Où est passé leur propriétaire ?

Le propriétaire, c’est moi.

Je suis juste là !

Pourtant, les mots restèrent coincés dans ma gorge.

Oui.

Il n’y avait aucun doute.

Cette voix…

— Il n’y a personne dans les environs… Qu’est-ce qu’on fait, Matsuoka-senpai… ?

C’était bien Rin.

— Ah ! Maintenant que j’y pense… !

 

 

[1] Boku (僕) et ore (俺) sont deux pronoms personnels masculins signifiant « je » en japonais. Boku est perçu comme plus doux et poli, tandis que ore est plus familier et viril. Le passage de l’un à l’autre marque souvent une étape symbolique vers l’âge adulte chez les garçons japonais.

Le garçon nommé Nitori, un élève de première année et probablement celui qui avait prêté son slip de bain à Rei pendant l’entraînement commun, venait de s’exclamer d’une voix inquiète.

— Quoi ?

— Je viens de me rappeler une légende urbaine qu’on m’avait racontée à l’école primaire.

Le kôhai[1] de Rin commença à parler d’un ton effrayé.

— Un couple japonais était parti faire du tourisme à l’étranger. La femme est entrée dans une boutique de vêtements du centre-ville pour acheter des cadeaux, puis elle est allée dans une cabine d’essayage. Mais son petit ami a eu beau attendre, elle n’est jamais ressortie. Inquiet, il a ouvert le rideau… et la cabine était vide. En réalité, il y avait un passage derrière le miroir et quelque chose avait emmené la femme par là. Elle a disparu. Quelques années plus tard, l’homme est retourné dans ce pays pour son travail. Sur une petite île, il l’a aperçue dans une petite salle d’exposition… mais son apparence avait complètement changé…

— Elle avait été transformée en quoi ?

— C-c’est beaucoup trop effrayant pour que je puisse le dire… !

— C’est quoi cette histoire… ? Alors ne la raconte pas pour commencer.

— Tu veux connaître la chute ?

— Ce n’était pas déjà ça ?

Après cette réponse lancée d’un ton parfaitement neutre, j’entendis un léger souffle.

Un rire.

Rin souriait.

Je ne pouvais pas voir son visage à travers le rideau, mais j’étais certain qu’il souriait.

Est-ce qu’il avait le même sourire qu’à l’école primaire ?

Le Rin que nous avions retrouvé dans l’ancien club de natation délabré.

Le Rin que j’avais vu à la piscine de Samezuka.

J’avais du mal à imaginer ce Rin-là sourire.

Et pourtant, entendre son rire me rassura légèrement.

Même s’il n’arrivait plus à sourire devant Haru et devant nous, il était capable de le faire avec ses nouveaux camarades.

Il avait réussi à créer ce genre de relation avec eux.

Depuis qu’il avait battu Haru lors de leur course, Rin avait manifestement franchi un nouveau pas à Samezuka.

Je suis content…

Je le pensai du fond du cœur, tandis que mes joues se détendaient naturellement.

Dans le miroir de la cabine, je vis mon propre visage souriant.

C’est alors qu’une nouvelle voix retentit.

Cette fois, celle d’un employé.

— Il y a un problème ?

— Ah, ces vêtements… Je crois que quelqu’un les a oubliés…

— Dans ce cas, donnez-les-moi.

Le kôhai de Rin remit apparemment mes affaires à l’employé.

Et voilà comment mes vêtements furent emportés par un membre du personnel.

Je restai immobile dans ma cabine.

Silencieux.

Pourquoi est-ce que je n’ai rien dit ?

Tout aurait été réglé si j’avais simplement prononcé :

« Ce sont mes vêtements. »

Si j’étais resté silencieux, c’était probablement à cause de la conversation entre Rin et son kôhai.

À cause du rire de Rin.

Si je parlais et qu’il remarquait ma présence, je savais que Rin n’en serait pas content.

Cela risquait encore de l’énerver.

Il me demanderait probablement d’un ton pressant :

— Où est Haru ?

Alors qu’il venait enfin de se construire une nouvelle place auprès de nouveaux camarades.

Alors qu’il arrivait enfin à sourire et à plaisanter avec eux.

J’avais l’impression que ma présence risquait de tout gâcher.

Je continuai donc à me taire, retenant même ma respiration.

Peu après, Rin sembla entrer dans la cabine voisine, et la voix inquiète de son kôhai retentit.

— Ça va aller, Matsuoka-senpai… ?

— Pourquoi ça n’irait pas ?

— À cause de la légende urbaine que je viens de raconter… Ne disparais pas toi aussi, Matsuoka-senpai. Je n’ai vraiment pas envie de te retrouver un jour sur une petite île, dans je ne sais quel pays, complètement transformé…

Que ce soit une plaisanterie ou non, le kôhai de Rin semblait être un véritable étourdi.

— Ça n’arrivera jamais.

Rin referma le rideau et commença à se changer.

Je retins mon souffle pour éviter qu’il remarque ma présence.

À travers la mince cloison séparant les deux cabines, j’entendis le petit claquement de sa ceinture, puis le froissement de ses vêtements lorsqu’il les retira.

C’est vrai.

Lorsque nous avions retrouvé Rin dans l’ancien club de natation, il s’était débarrassé de ses vêtements en un éclair. Impossible d’effectuer un changement aussi spectaculaire à l’intérieur d’une cabine aussi étroite.

En prenant conscience de cette évidence, je me représentai Rin essayant malgré tout de reproduire sa manière dynamique de se déshabiller dans ce minuscule espace. Je faillis éclater de rire.

Je dus faire un effort désespéré pour me retenir.

— Ça te va trop bien, Matsuoka-senpai ! C’est incroyable !

— Sérieusement… Tu sais dire autre chose que « incroyable » et « ça te va trop bien » ?

— Désolé. Mais je trouve vraiment que ça te va bien…

— Ce n’est pas ça qui compte. L’important, c’est la façon dont le maillot épouse ton corps.

Rin avait raison. Je ressentis une pointe de honte en pensant que, moi, je m’étais uniquement demandé si un modèle long ou court me mettait davantage en valeur.

— Alors, comment tu le sens ? Tu crois que tu pourrais améliorer ton temps avec ?

— Hmm… Pas vraiment. Celui-là, ça ne va pas.

J’entendis de nouveau le rideau se fermer, puis Rin remettre ses vêtements. Peu après, lui et son kôhai s’éloignèrent.

— On regarde celui-là ensuite ! Celui-là ! Je suis sûr qu’il t’irait super bien, Matsuoka-senpai.

— Je viens de te dire que je m’en fiche qu’il m’aille bien ou non. Arrête de t’occuper de moi et cherche plutôt un maillot pour toi. Tu veux améliorer ton temps, non ?

Leurs voix s’éloignèrent peu à peu.

Rin est vraiment Rin.

Il était exactement comme à l’école primaire.

Il n’avait pas changé.

Cette pensée me rendit heureux, et je souris seul dans ma cabine.

À cet instant précis, le rideau s’ouvrit brusquement.

Je relevai la tête avec surprise.

Nagisa et Rei se tenaient devant moi.

— Ah ! Mako-chan, tu étais là !

— Attends, Nagisa ! Pourquoi tu ouvres le rideau aussi brusquement ? Et si quelqu’un d’autre avait été à l’intérieur ?

— Aucun risque. Je ne ferais pas une erreur pareille.

Rei remonta ses lunettes d’un doigt.

— On pouvait reconnaître tes pieds sous le rideau, Makoto-senpai.

— Quand même… Et si j’avais été en train de me changer ?

— Il n’y a aucune raison d’avoir honte de ça, si ? On se change tout le temps les uns devant les autres dans les vestiaires.

Puis Rei fronça légèrement les sourcils.

— Mais surtout, Makoto-senpai, pourquoi tu es juste en sous-vêtements ? Où sont tes habits ?

— Et au fait, Mako-chan, tu souriais quand on a ouvert le rideau, non ?

— Hein ? Moi ?

— Si. Il s’est passé quelque chose ?

— Non, pas vraiment…

Je me repris soudain.

— Ah ! En fait, Nagisa, mes vêtements ! Il s’est passé pas mal de choses et un employé a emporté ceux que j’avais laissés dans la cabine d’à côté. Il a cru que quelqu’un les avait oubliés. Tu pourrais aller les récupérer pour moi ?

— Hein ? C’est quoi cette histoire ? Qu’est-ce qui s’est passé ?

Rei semblait tout aussi perplexe.

— Je ne comprends pas vraiment comment tu as réussi à te retrouver dans cette situation, mais j’ai compris que ça devait être assez embêtant. Je vais les chercher tout de suite !

— Ouais ! Attends-nous là, Mako-chan !

— Merci. Je compte sur vous.

En entendant leurs pas s’éloigner, je sentis de nouveau un sourire se former sur mon visage.

Quelque temps auparavant, j’avais envoyé un message à Rin.

« Un de ces jours, nageons ensemble en compétition. »

Il ne m’avait jamais répondu.

Mais j’étais certain que Rin allait bien.

Ses nouveaux camarades de Samezuka.

Et nous.

Si, un jour, nous pouvions tous nager ensemble lors d’une compétition…

Même en appartenant à des équipes différentes.

Si nous pouvions nager comme nous l’avions fait autrefois.

Si nous pouvions revoir le sourire de Rin.

Si nous pouvions de nouveau sourire tous ensemble…

Je ne pourrais rien demander de mieux.

 

[1] Contraire de senpai : personne moins ancienne dans une école, un club ou une organisation.

 

 

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