Free! NOVELIZE - CHAPITRE 5
Samezuka dans la tourmente
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Traduction : Lustella
Harmonisation : Raitei
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Ça sent le maquereau.
Debout au bord de la piscine pendant notre stage d’entraînement, j’en étais certain.
Le capitaine Mikoshiba avait prétendu que l’odeur venait probablement du curry au maquereau prévu pour le déjeuner. Mais en y réfléchissant sérieusement, il était impossible que les effluves de la cuisine parviennent jusqu’à l’espace clos de la piscine couverte.
Ce que je ressentais était complètement différent.
Non…
Ce n’était même pas vraiment une odeur. Plutôt une présence.
Sa présence. Celle de Haru…
Ah, ça m’énerve.
Chaque fois que je pense à Haru, mon cœur accélère et je n’arrive plus à rester calme. Mais Haru ne pouvait évidemment pas se trouver dans les environs. Nous n’étions ni à Iwatobi ni au complexe scolaire Samezuka. Notre stage avait lieu sur une île située à plusieurs kilomètres d’Iwatobi.
Et pourtant, je sentais sa présence. Son odeur.
Est-ce que je me fais des idées ?
Est-ce que je suis à ce point obsédé par Haru ?
Je te retrouverai à la compétition préfectorale.
C’est ce que je lui avais dit lorsque nous nous étions croisés par hasard au magasin de sport.
« Tu nageras pour moi. »
Tu prétends ne nager qu’en nage libre ? Peu importe.
Je ne te laisserai pas être libre. Tu nageras pour moi.
Pour que je devienne plus fort. Pour que j’atteigne le niveau mondial. Voilà pourquoi, jusqu’à la compétition préfectorale, je devais penser exclusivement à mon entraînement. Alors pourquoi cette fichue odeur de maquereau suffisait-elle à me mettre dans cet état ?
Je n’y comprenais rien. Et ça m’énervait encore davantage.
Alors que mes nerfs étaient déjà à vif au bord du bassin, ce type, Nitori, eut la mauvaise idée de m’adresser la parole.
— Matsuoka-senpai, tu aimes le maquereau ?
— La ferme.
Je lui crachai ces mots avant de plonger dans la piscine.
L’eau tiède du bassin couvert enveloppa mon corps.
Trop tiède.
Ce n’était pas ça. Ce que je cherchais était autre chose.
Quelque chose de plus…
De beaucoup plus brûlant.
Il me fallait le rugissement d’une âme si ardente qu’elle pourrait faire bouillir l’eau de cette piscine. Et avec cette chaleur, j’assécherais Haru. Je ne laisserais plus une seule goutte d’eau en lui. Je le réduirais à l’état d’ossements de dinosaure enfouis dans le désert.
Je ne perdrai jamais contre Haru.
Les dauphins mangent les maquereaux. Et les requins mangent les dauphins. C’était mon destin de le mettre en pièces et de le dévorer.
Après la fin de l’entraînement de l’après-midi, nous eûmes un peu de temps libre. J’avais soudain très envie d’une glace au cola, alors je décidai d’aller jusqu’à une boutique près de la plage.
À peine avais-je quitté le centre d’entraînement que Nitori se mit à me suivre.
— Où est-ce que tu vas, Matsuoka-senpai ?
— Ça ne te regarde pas.
— Le capitaine Mikoshiba m’a demandé d’aller acheter quelques trucs, alors je vais au magasin…
Je claquai la langue et finis malgré moi par marcher à côté de lui.
— Tu viens avec moi ?!
— Non. J’allais simplement au même endroit.
— Sérieux ? Quelle coïncidence !
Nitori parlait joyeusement, les yeux brillants. On aurait dit un chiot qui sautillait autour de mes jambes sans jamais vouloir me lâcher.
— Matsuoka-senpai, aujourd’hui encore, tu as battu ton record personnel, non ? C’est vraiment incroyable ! Ça me donne envie de travailler encore plus dur !
Apparemment, Nitori nageait lui aussi depuis l’école primaire. Mais quand on voyait ses temps, on avait plutôt envie de lui demander : « Tu nages depuis tout ce temps et tu en es encore là ? »
S’il n’avait jamais abandonné malgré cela, c’était probablement simplement parce qu’il aimait nager. En regardant ce Nitori aux airs de chiot, une pensée me traversa soudain.
Et moi, alors ?
Est-ce que j’aime nager ?
Ou bien…
Le soleil couchant teintait toute l’île d’orange. La petite boutique près du rivage semblait elle aussi se dissoudre dans cette lumière. Et soudain…
Je sentis de nouveau le maquereau.
Une brise réchauffée par le soleil d’été couchant soufflait depuis l’océan, accompagnée du bruit des vagues. Mêlée à l’odeur salée de la mer…
L’odeur du maquereau. Enfin, cette fois, nous étions au bord de l’océan. Rien d’étonnant. Je chassai donc cette pensée et entrai dans la boutique.
Et là…
Des boîtes de maquereau étaient alignées sur une étagère.
— Tu aimes vraiment le maquereau, hein, Matsuoka-senpai ?
Nitori venait encore de parler, toujours avec les yeux brillants.
Mais à quel point est-ce qu’il tient à me faire aimer le maquereau, celui-là ?
Je l’ignorai et me dirigeai vers le congélateur placé près de la caisse. Il ne restait qu’une seule glace au cola. J’étais justement en train de soulever le couvercle pour la prendre lorsqu’un petit garçon, probablement encore à l’école primaire, accourut et attrapa la dernière.
— Ah… !
Le son m’échappa malgré moi. Le garçon sursauta, retira sa main et leva vers moi un regard effrayé.
— Ce n’est rien. Prends-la…
Je m’empressai de lui sourire.
— Merci beaucoup !
Il prit la glace et se dirigea vers la caisse. Cette scène m’évoqua un étrange sentiment de déjà-vu. Quelqu’un d’autre que Haru me revint alors à l’esprit.
Sôsuke. L’autre gars avec qui j’avais nagé autrefois.
— Tu es vraiment gentil, Matsuoka-senpai.
Nitori, qui avait tout observé à côté de moi, me regardait encore avec ses yeux étincelants.
— Évidemment. Je vais pas voler une glace à un gamin.
Une fois dehors, le garçon rejoignit son ami avec sa glace au cola.
— Il n’en restait qu’une !
Il la cassa en deux et lui en tendit la moitié. Chacun prit sa part. Depuis l’intérieur de la boutique, je regardai leurs silhouettes s’éloigner lentement dans le soleil couchant.
Cela me rendit vaguement sentimental. Mais c’était sûrement à cause du coucher de soleil. Comme je n’avais finalement pas pu acheter ma glace, je me contentai d’accompagner Nitori pendant ses courses. Et lorsque nous quittâmes la boutique…
Nous tombâmes sur ma petite sœur, Gô. Mon odorat ne m’avait donc pas trompé. Même si cette découverte ne me faisait absolument pas plaisir. Puisque j’étais tombé sur elle, je renvoyai Nitori au centre avant moi. Gô et moi nous installâmes ensuite sur un banc pour discuter seuls, entre frère et sœur, pour la première fois depuis très longtemps.
Maintenant que j’y pensais, en japonais, l’expression mizu irazu signifie « entre soi », littéralement « sans eau ». Et dans cette expression, l’« eau » représente les autres personnes.
Être sans eau, c’était donc être sans les autres.
L’eau représente les autres, hein… ?
Je me demande ce que Haru penserait s’il entendait ça.
D’après Gô, le club de natation d’Iwatobi était lui aussi venu sur cette île pour un stage. Ils avaient apparemment voulu utiliser le même centre d’entraînement que nous, mais Samezuka le réservait chaque année à cette période. On n’y pouvait rien.
Quand on se décidait au dernier moment à vouloir utiliser un établissement déjà réservé, c’était impossible. Ils s’étaient donc rabattus sur un entraînement de nage longue distance en mer.
— Makoto va bien avec ça ?
La question m’échappa sans que j’y pense vraiment. Gô afficha immédiatement un grand sourire.
— Tu t’inquiètes vraiment pour eux, Onii-chan !
Non. Ce n’était pas ça.
Pendant que je raccompagnais Gô jusqu’à l’hôtel où elle logeait avec leur conseillère, elle me bombarda de questions.
— Le garçon qui était avec toi tout à l’heure, c’était un kôhai de ton club de natation, non ?
— Ouais.
— Des muscles tout frais !
— Sérieusement ? Tu sais qu’il a le même âge que toi.
Gô sourit, comme rassurée.
— Onii-chan, tu vas former une nouvelle équipe à Samezuka, pas vrai ?
— Non. Je ne nagerai pas de relais.
Cela faisait longtemps que je n’avais pas parlé avec Gô.
Alors pourquoi étais-je aussi irrité ?
Je ne pouvais toutefois pas la laisser s’en apercevoir. Je forçai donc un sourire. Dans ma tête, j’entendis quelque chose grincer affreusement.
Après le dîner, un autre membre du club, lui aussi en deuxième année, m’interpella.
— Matsuoka. On va tous dans la salle commune pour traîner un peu. Tu devrais venir.
— Non merci. Ça ne m’intéresse pas.
Je n’en avais aucune envie. Pourquoi est-ce qu’on irait traîner ensemble ?
Nous n’étions pas venus ici pour nous entraîner en vue de la prochaine compétition ?
Ils voulaient simplement tous rester en groupe. Je les insultai intérieurement et repris le chemin de ma chambre.
C’est alors qu’en passant dans le couloir, je remarquai que la lumière de la piscine couverte était encore allumée.
Quelqu’un s’entraîne tout seul ?
Je m’approchai et regardai par la fenêtre.
Nitori nageait seul avec acharnement. Il enchaînait les longueurs en brasse. Pas très vite certes, mais son visage était sérieux. C’était le visage de quelqu’un qui luttait contre quelque chose et tentait désespérément de le rattraper.
Seulement, sa technique était très loin d’être à la hauteur de cette détermination. Sa forme était horrible. Et pourtant…
À cet instant, je ressentis un tout petit peu de respect pour ce Nitori. Vraiment à peine. Son retard sur les autres membres du club était évident. Et il n’existait qu’une manière de le combler : le travail.
Ceux qui n’étaient pas naturellement doués ne pouvaient progresser qu’en travaillant. Et à force d’efforts, il était même possible de dépasser quelqu’un de naturellement talentueux. Je n’avais aucune envie de le respecter. Mais voir Nitori lutter avec autant d’acharnement me rappelait probablement celui que j’avais été autrefois. Bien sûr, il existait une différence évidente entre sa vitesse et sa technique et les miennes. Mais ce sentiment qu’il portait au fond de lui…
C’était probablement le même que le mien. Je restai immobile devant la piscine couverte à le regarder nager.
Je retournai ensuite seul dans ma chambre. Nitori n’était toujours pas revenu de son entraînement. Les autres chambres étaient complètement silencieuses. Tout le monde devait être réuni dans la salle commune.
Je m’allongeai sur mon lit, les yeux fermés, sans même éteindre la lumière. Mais impossible de m’endormir. Et pourtant, j’aurais dû être épuisé après m’être entraîné depuis tôt le matin. Ce n’était pas parce que je dormais sur un oreiller différent. Tout était de sa faute.
Haru.
Alors que je restais allongé, incapable de trouver le sommeil, j’entendis le vent se lever. La fenêtre se mit à trembler. Elle vibrait exactement comme l’agitation qui secouait ma poitrine. Peu après, de grosses gouttes de pluie commencèrent à frapper la vitre. Puis…
Un grondement de tonnerre, au loin.
Soudain, la lumière de ma chambre s’éteignit.
La foudre a provoqué une coupure de courant ?
Dans ce cas…
La piscine couverte devait elle aussi être plongée dans le noir.
Une inquiétude me saisit.
Nitori n’est quand même pas en train de paniquer dans la piscine à cause de l’obscurité et de se noyer ?
Je bondis hors du lit, attrapai la lampe torche de secours et me mis à courir. Je traversais le couloir plongé dans l’obscurité en direction de la piscine, le faisceau de ma lampe vacillant devant moi, lorsqu’une voix retentit.
— Matsuoka-senpai, c’est terrible ! Viens vite ! Par ici !
C’était Uozumi, un élève de première année.
— Qu’est-ce qu’il y a ?!
— C’est le capitaine Mikoshiba… Le capitaine Mikoshiba a… !
— Qu’est-ce qui lui est arrivé ?
— V-viens vite ! À la piscine couverte !
Qu’est-ce qui avait bien pu arriver au capitaine Mikoshiba dans la piscine ?
J’étais pourtant presque certain que Nitori était seul là-bas tout à l’heure.
Est-ce que le capitaine était ensuite allé voir Nitori s’entraîner et avait eu un problème ?
Je courus à toute vitesse derrière Uozumi dans l’obscurité.
Peu importait combien de fois je lui demandais ce qui s’était passé, il se contentait de répéter :
— Dépêche-toi !
Lorsque nous débouchâmes sur le passage extérieur, une véritable tempête faisait rage. Le vent soufflait violemment et la pluie tombait à torrents. De grosses gouttes me frappaient le visage. Le toit qui recouvrait le passage ne servait pratiquement à rien. En quelques instants, j’étais trempé.
Uozumi et moi nous précipitâmes dans le bâtiment de la piscine couverte. À l’intérieur, il faisait noir comme dans un four. Seul le faisceau de ma lampe de secours éclairait les alentours. Uozumi, qui courait encore devant moi quelques secondes auparavant, avait soudain disparu. Je me retrouvai seul devant la porte des vestiaires.
— Uozumi ! Hé ! Où est-ce que tu es passé ?!
Je criai. Aucune réponse. Je traversai les vestiaires et débouchai au bord du bassin. Sur le mur opposé, la pluie ruisselait le long des grandes vitres comme une cascade.
Un éclair déchira le ciel. Pendant une fraction de seconde, la piscine entière fut illuminée.
Mais il n’y avait personne. Ni au bord du bassin. Ni dans l’eau. Quelques instants plus tard, le tonnerre éclata.
— Il y a quelqu’un ?! Uozumi ! Capitaine ! Nitori !
Je hurlai. Toujours aucune réponse. La petite lampe de secours était incapable d’éclairer l’ensemble de la pièce.
Merde ! Qu’est-ce qui se passe ?!
Je marmonnai ces mots tout en avançant vers les plots de départ. Et soudain…
Ma lampe s’éteignit. Elle avait probablement pris l’eau lorsque j’avais traversé le passage extérieur. J’eus beau la frapper et la secouer, impossible de la rallumer. Un nouvel éclair illumina alors la pièce.
Dans cette lumière fugace…
J’aperçus les silhouettes de plusieurs personnes en mouvement.
Il y a quelqu’un ?
Des intrus ?
Dans ce cas…
Qu’ils viennent. Je les mettrais au tapis. Pour pouvoir bouger plus facilement, j’arrachai rapidement mon tee-shirt trempé. Et à cet instant précis…
Les lumières de la piscine se rallumèrent. L’éclairage fut si brutal que, pendant une seconde, je ne vis plus que du blanc. Au même moment, plusieurs explosions éclatèrent.
Bang ! Bang ! Bang !
Les détonations se superposèrent et résonnèrent dans toute la pièce. Une légère odeur de poudre me parvint. Par réflexe, je me jetai au sol. Puis je compris.
Tous les membres du club de natation étaient alignés devant moi. Et chacun tenait un pétard de fête à la main.
Derrière eux, une banderole proclamait :
Bienvenue au club de natation de Samezuka !
Hein ?!
Après avoir arraché mon tee-shirt, je me relevai torse nu, avec l’air d’un parfait idiot. Un silence étrange tomba dans la piscine.
Puis le rire du capitaine Mikoshiba le brisa.
— On dirait qu’on t’a un peu trop surpris, hein ?!
— C’est quoi, tout ça ?!
— Ta fête de bienvenue, Matsuoka !
— Ma fête de bienvenue ?
— Exactement ! Tu as rejoint le club un peu après les autres, alors on n’a jamais vraiment eu l’occasion de t’en organiser une. Ça me travaillait depuis un moment. Du coup, je me suis dit qu’on pourrait te faire une surprise pendant le stage !
— Une… surprise ?
Pour le coup, ils m’avaient surpris.
— Si on ne faisait pas quelque chose comme ça, tu ne réussirais jamais à t’ouvrir à nous et à devenir notre ami ! Mais maintenant, ça ira ! Tu peux arrêter de te retenir et t’ouvrir à nous autant que tu veux !
Je ne compris pas vraiment ce qu’il cherchait à raconter.
Le capitaine Mikoshiba éclata néanmoins de son grand rire habituel.
— Allez, tout le monde ! Souhaitez la bienvenue à Matsuoka !
— OUAIS !
Ils répondirent tous en chœur. Puis l’ensemble du club se jeta sur moi. Et avant même que je comprenne ce qui se passait…
Ils me balancèrent dans la piscine. La même eau tiède que cet après-midi enveloppa mon corps. Mais cette fois…
Elle ne me parut pas si désagréable. Dehors, la tempête continuait à faire rage. Le tonnerre grondait toujours. Alors, je décidai de profiter un peu de cette fête de bienvenue complètement bricolée.
Après être sorti de la piscine où ils m’avaient jeté, je les vis apporter une table au bord du bassin. Ils y disposèrent quelques boissons et des choses simples à grignoter.
Le capitaine Mikoshiba me lança une serviette. Tout en me séchant, je jetai un coup d’œil dans la glacière posée sur la table. Elle était remplie à ras bord de glaces au cola.
— J’ai entendu dire que tu aimais ça, Matsuoka.
Le capitaine Mikoshiba affichait un immense sourire. Je regardai Nitori. Au milieu des autres membres du club, il baissait la tête avec un sourire gêné.
— Nitori. Tu étais au courant depuis le début… ?
— N-non ! Je savais rien ! Quand je suis allé faire les courses avec toi tout à l’heure, c’était juste pour racheter la poudre pour boisson sportive qu’on avait épuisée…
C’était vrai. La glace que j’avais voulu acheter était la dernière de cette boutique. Le capitaine Mikoshiba intervint immédiatement pour défendre Nitori.
— C’est après ça que Nitori m’a parlé de ta glace ! Alors j’ai envoyé des gars en acheter à Iwashimizu !
— Ouais. On a dû aller dans un magasin à l’autre bout de l’île.
Lorsqu’on confirma qu’ils étaient effectivement allés jusqu’à Iwashimizu, Nitori baissa de nouveau légèrement la tête.
— Au fait, Nitori. Tout à l’heure, tu t’entraînais tout seul, non… ?
— Comment tu sais ça ?!
Son visage s’illumina brusquement.
Ça lui fait vraiment plaisir à ce point ?
— Je t’ai vu en retournant vers ma chambre.
— Sérieux ? Tu aurais dû venir me parler ! Après ça, le capitaine Mikoshiba est venu me dire qu’on allait organiser une fête surprise pour toi… Ah !
Il me fixa soudain.
— Attends… Matsuoka-senpai, tu t’inquiétais pour moi ?!
— Pas du tout.
Tout en répondant, j’attrapai une glace au cola.
— Enfin… merci.
— Ouais ! Mange autant que tu veux ! Tu peux même toutes les finir si ça te chante !
— Si je mange tout ça, je vais avoir mal au ventre.
Je mordis dans la glace.
Cette saveur nostalgique se répandit dans ma bouche.
Et avec elle me revint un sourire d’été datant de l’époque où j’étais encore à l’école primaire de Sano, avant de partir pour Iwatobi.
Autour de moi, plusieurs autres membres du club tenaient eux aussi une glace.
— Ça me rappelle trop de souvenirs.
— Ça faisait une éternité que j’en avais pas mangé.
Ils discutaient tout en les dégustant.
— Hé, Matsuoka. Parle-nous de l’Australie !
— On fait quoi exactement quand on part étudier à l’étranger pour la natation ?
— Il y avait des filles mignonnes ? Elles étaient toutes blondes ?
— T’as traversé le Golden Gate Bridge ?
— Il est en Australie, ce pont ?
— C’est pas plutôt le Rainbow Bridge ?
— Mais non, c’est pas un pont ! C’est le truc là… l’opéra machin…
Je laissai échapper un sourire crispé. La bonne réponse était le Harbour Bridge et l’Opéra de Sydney. Mais répondre à toutes leurs questions aurait été beaucoup trop fatigant. Pourtant…
En observant leurs visages souriants tandis qu’ils mangeaient leurs glaces, je ressentis un étrange picotement dans la poitrine.
Je pensai à mon équipe de l’école primaire. À celle du club de natation. À Haru, Makoto et Nagisa, à cette époque-là. Je chassai aussitôt ces pensées.
Non.
Ce n’est plus pareil.
Je n’ai pas le temps de me préoccuper de ce genre de choses.
La seule chose importante était de gagner. Contre Haru. Et contre moi-même.
Je ne devais penser qu’à ça. Gagner. Rien d’autre.
Gagner.
Gagner.
Je répétai ce mot encore et encore dans ma tête tout en regardant les sourires innocents de mes nouveaux camarades…
Ou plutôt…
De ces gens dont je ne savais même pas encore si j’avais le droit de les appeler mes camarades.
Et soudain, j’eus envie de pleurer.
« Ne pleure pas, Rin. »
J’entendis sa voix dans ma tête.
— Je pleure pas !
Je lui répondis.
