LOVE UNSEEN T2 – CHAPITRE 8
Koharu Sorano
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Traduction : Raitei
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C’est étrange. Pour une raison quelconque, chaque fois que mon état de santé se dégradait, j’éprouvais l’envie d’écouter la lecture du Journal d’Anne Frank enregistrée par Kakeru.
Je tâtonnais à la recherche de mon dictaphone, mettais mes écouteurs et appuyais sur LECTURE.
La voix encore juvénile de Kakeru, telle qu’elle était lorsque nous nous étions rencontrés, se déversait dans mes oreilles.
En me concentrant de toutes mes forces sur ses paroles, je retrouvais le calme.
Mais cette fois, cela ne semblait pas fonctionner.
Après notre mariage, Kakeru et moi avions eu une petite fille prénommée Sakura. Tout s’était bien passé jusqu’à l’année précédente, lorsque l’on m’avait diagnostiqué un cancer du sein. J’avais suivi avec détermination tous les traitements nécessaires, mais les médecins avaient fini par épuiser leurs possibilités, et j’avais été transférée en soins palliatifs.
J’avais choisi d’être prise en charge à domicile.
Étrangement, je ne ressentais ni douleur ni souffrance. Les choses avaient été bien plus difficiles lorsque je luttais encore sérieusement pour guérir.
À présent, je pouvais profiter d’une existence lente et paisible avec Kakeru et, parfois, avec Sakura. Il ne nous restait plus beaucoup de temps ensemble, mais je voulais que nos derniers moments en famille soient remplis de rires.
Pendant que Kakeru était sorti acheter de quoi préparer le dîner, je m’adossai au lit et profitai des rayons du soleil. Enveloppée par leur douce chaleur, j’écoutais sa voix tout en me remémorant le passé.
C’est alors qu’une idée me vint.
Kakeru m’avait tellement donné que je voulais laisser quelque chose derrière moi pour lui.
Après réflexion, je trouvai l’idée parfaite.
J’attendis que sa lecture du Journal d’Anne Frank prenne fin, puis appuyai sur ENREGISTRER.
— Cher Kakeru, tout d’abord, pardonne-moi de partir avant toi.
En essayant de conserver une voix aussi posée que possible, je souhaitai à Kakeru de continuer à mener une vie heureuse.
— Je suis désolée. Cette fois, les choses ont été trop difficiles pour moi.
Même si j’éprouvais sincèrement des regrets, je n’étais étonnamment pas complètement submergée par la tristesse.
Bien sûr, devoir laisser Kakeru et Sakura derrière moi était douloureux. Mais ils m’avaient déjà offert tant de choses merveilleuses.
Lorsque j’y pensais, je ne ressentais plus que de la joie.
Après la demande en mariage de Kakeru, nous nous étions fiancés et avions commencé à vivre séparément, bien que dans le même quartier. Comme n’importe quel couple possédant encore deux logements, nous avions pris l’habitude de passer la nuit l’un chez l’autre et, à ma grande surprise, je tombai enceinte.
Je dus interrompre une nouvelle fois mes études, ce qui mit papa en colère et provoqua son lot de complications. Mais je ne regrettais rien.
J’allais devenir mère !
Cela dépassait tout ce que j’avais pu imaginer.
Kakeru et moi commençâmes à vivre ensemble, puis nous nous mariâmes. Nous organisâmes la cérémonie avant que mon ventre ne devienne trop rond.
Lors de l’échange des alliances, je choisis d’utiliser la bague si particulière qu’il m’avait offerte.
Kakeru m’expliqua qu’il avait voulu me donner un diamant assez gros pour que je puisse le sentir. Sa mère me raconta quant à elle qu’elle avait souhaité me le transmettre, après l’avoir elle-même reçu de sa belle-mère.
Découvrir ce qu’ils avaient tous les deux ressenti me rendit tellement heureuse.
Lors de la réception, Kakeru plissa les yeux sous la lumière éclatante des projecteurs pendant son discours. De nombreuses personnes étaient venues célébrer cette journée avec nous, dont Yuuko et Narumi.
Je lus également une lettre destinée à maman, mais, au bout du compte, ce fut papa qui pleura le plus.
Peu après, je donnai naissance à notre fille.
L’idée de ne jamais pouvoir voir son visage m’avait rendue anxieuse et profondément déçue. Pourtant, à ma grande surprise, dès que je serrai mon nouveau-né contre ma poitrine, toutes ces inquiétudes s’évanouirent.
Ah… Merci infiniment d’être née.
Elle était si douce et potelée.
Le bonheur me submergeait.
Nous appelâmes notre fille Sakura, avec l’espoir qu’elle puisse « s’épanouir avec beauté ».
Je voulais qu’elle devienne une personne capable de rester aux côtés des autres et de les aider à faire fleurir leur bonheur.
Avec l’aide de Kakeru, je consacrai toute mon énergie à l’élever.
J’étais si occupée que le temps semblait filer à toute vitesse, mais chaque seconde était remplie de joie.
Je me demandais si mes parents avaient ressenti la même chose.
Devenir mère renforça encore ma gratitude pour tout ce qu’ils avaient fait en m’élevant.
Lorsque je repris mes études, maman s’occupait de Sakura pendant mes cours.
Entre son éducation et les exigences de l’université, chaque journée ressemblait à un véritable tourbillon. Pourtant, je me sentais incroyablement épanouie.
Après tout, chaque soir, j’avais le bonheur de rentrer auprès de Kakeru et de Sakura.
Au cours de vacances d’été, Kakeru et moi retournâmes à Shimonoseki. Sakura allait avoir trois ans, et j’avais enfin réussi à m’adapter à cette vie mouvementée.
Ma belle-mère nous avait rendu visite plusieurs fois à Tokyo, mais c’était la première fois que nous emmenions Sakura à Shimonoseki.
Je voulais également assister au festival pyrotechnique du détroit de Kanmon, même si Kakeru insistait sur le fait qu’il y aurait énormément de monde.
— Ça va commencer.
Nous attendions le début du feu d’artifice dans le quartier de Dannoura, près du pont de Kanmon. Kakeru m’avait recommandé cet endroit.
— Maman, Maman, entendis-je Sakura répéter.
— Désolé, Koharu. Elle réclame sa maman.


Cette pensée était merveilleuse.
À cet instant, j’entendis un son aigu contre ma poitrine.
— Sakura est en train de rire ?
— Oui. C’est drôle, elle avait l’air terrifiée il y a encore une minute.
Sakura continua de pousser de petits cris de rire tandis que les feux d’artifice éclataient en arrière-plan. Dans mon esprit, j’imaginai leurs couleurs éclatantes peindre le ciel nocturne.
Je priai pour que la vie de Sakura soit aussi colorée que les feux qui brillaient au-dessus de nous. Et lorsque cette pensée me traversa l’esprit, je réalisai à quel point j’avais de la chance de pouvoir formuler un tel souhait.
Pour une raison quelconque, ce souvenir me revint tandis que j’enregistrais mon message.
— Dis, Kakeru… Tu ne t’imagines tout de même pas que j’ai des regrets, pas vrai ? Quand j’y pense, devoir vous laisser, Sakura et toi, est évidemment triste. Mais durant cet été de mes dix-neuf ans, j’avais déjà accepté l’idée de mourir. Alors, en considérant les choses sous cet angle, ai-je réellement quoi que ce soit à regretter ? Tout a commencé lorsque j’ai cédé face à ton obstination, le jour où j’ai renoncé à renoncer à toi. Depuis que j’ai choisi de ne pas abandonner la vie, chacune de mes journées a été remplie de bonheur. Chaque instant s’est gravé dans mon cœur, exactement comme un feu d’artifice.
C’était vrai.
J’avais rencontré Kakeru, et il avait choisi de rester à mes côtés. Tous les jours qu’il avait partagés avec moi scintillaient dans mes souvenirs.
— Oh, j’ai été tellement heureuse. J’ai eu une vie si merveilleuse ! Merci, Kakeru. Merci de m’avoir rencontrée. Merci de m’avoir choisie.
Ces mots jaillirent du plus profond de mon cœur.
Il m’arrivait de me demander ce qu’était réellement le bonheur. À mes yeux, il consistait simplement à trouver une personne qui resterait à vos côtés, quoi qu’il arrive.
Parmi une infinité de possibilités, un miracle nous avait réunis, Kakeru et moi. Au milieu de tant de personnes, il m’avait choisie.
S’il existait une chose que l’on pouvait appeler le bonheur, alors c’était cela.
Lorsque je fermai les yeux, la vie colorée que Kakeru et moi avions partagée apparut dans mon esprit.
Je suis tellement heureuse de l’avoir rencontré.