THE TOO-PERFECT SAINT T5 - PROLOGUE
Prologue
—————————————-
Traduction : JLPTea
———————————————–
« — Froide !
— Peu aimable !
— Bien trop sérieuse. Elle est juste… ennuyeuse ! »
Voilà ce que l’on disait de moi depuis toujours. Et pourtant, malgré tous mes défauts, j’ai eu la chance d’épouser l’homme que j’aime. D’ailleurs, nous sommes récemment revenus de notre voyage de noces.
Je ne suis plus seulement une Sainte. Je suis aussi l’épouse d’Osvalt.
Nous avons connu notre lot de péripéties, mais la vie que je mène avec lui est heureuse.
Un jour, alors que je lisais dans ma chambre un ouvrage consacré aux ruines antiques, un jeune homme se présenta au manoir. Je conduisis notre visiteur, qui portait un grand sac à dos, jusqu’au salon de réception.
Nous l’avions rencontré pendant notre voyage de noces.
— Qu’est-ce qui t’amène aujourd’hui, Haruya ? Osvalt est parti au palais royal pour s’acquitter de ses fonctions princières, mais il ne devrait plus tarder à rentrer.
— Vous êtes toujours aussi agréable à regarder, Philia.
Haruya inclina poliment la tête.
— Pas d’inquiétude. Je savais que le prince Osvalt était encore au palais. C’est ma sœur que je suis venu voir.
Haruya était le frère aîné de ma garde du corps, Himari, ce que j’avais découvert avec une immense surprise.
— Tu voulais voir Himari ?
— Oui. J’aimerais bien qu’elle arrête de se cacher et qu’elle se montre.
Haruya leva les yeux vers le plafond. Himari descendit silencieusement.
Je ne comprenais pas pourquoi elle avait voulu rester cachée jusqu’au départ de son frère, mais, en tant que Sainte, je comprenais tout à fait l’intérêt de séparer vie privée et vie professionnelle. Difficile de lui en tenir rigueur.
— Haruya, dit Himari d’un ton détaché. Je suis heureuse de te voir en bonne santé.
— Oui, tout va bien, répondit Haruya avec un sourire embarrassé. Toi aussi, tu as l’air en pleine forme.
— Que me veux-tu ? Ne me dis pas qu’il y a quelqu’un dont tu souhaites que je me débarrasse.
— Ha ha. Si jamais je me fais un ennemi pareil, tu seras la première personne vers qui je me tournerai. Mais non, ce n’est pas ça. Je suis venu avec des cadeaux.
— Des cadeaux ?
— Tu as bien entendu. Tiens, regarde.
Sur ces mots, il commença à sortir de son sac une montagne de présents.
Il y avait des robes luxueuses, des bijoux, des objets du quotidien et même des friandises. Son sac en était rempli à ras bord.
— Joyeux anniversaire, Himari.
— Mon anniversaire ? Je sais qu’il vient de passer, mais ce n’est pas un peu excessif ?
Lena m’avait parlé de l’anniversaire de Himari, et nous l’avions fêté quelques jours plus tôt. Haruya avait dû être absent ce jour-là pour accompagner le prince Osvalt dans le cadre de ses fonctions officielles liées à la Fleur des Larmes de Lune.
Maintenant que les explosions dans la Zone des Miasmes Volcaniques, autrefois trop dangereuse pour qu’on puisse y pénétrer, s’étaient calmées, il était possible de récolter la plante en grande quantité.
En tant que deuxième prince, Osvalt cherchait à s’investir davantage dans les affaires du royaume, notamment dans les négociations avec Girtonia.
Haruya, devenu son homme de confiance, avait donc lui aussi son lot de réunions auxquelles assister. C’était d’ailleurs ainsi qu’Osvalt avait qualifié le rôle qu’il lui proposait à la fin de notre voyage.
Son emploi du temps chargé l’avait empêché d’assister à l’anniversaire de Himari. Qu’il cherche ou non à rattraper le temps perdu, elle avait raison : il avait clairement exagéré sur les cadeaux.
— Pendant des années, je ne savais même pas que tu étais en vie. Je n’aurais jamais imaginé pouvoir fêter ton anniversaire un jour. Alors je rattrape tous les cadeaux que je n’ai pas pu t’offrir jusque-là.
— Haruya…
En entendant l’explication de son frère, Himari eut les larmes aux yeux.
Lors de leurs retrouvailles, elle avait déploré à quel point Haruya semblait avoir changé. Pourtant, au fond de lui, une part de celui qu’il était autrefois avait dû subsister.
Haruya sourit.
— Oui. Je trouvais important de m’occuper de ça en premier, alors c’est pour ça que je suis venu.
Puis il tourna les yeux vers moi.
— Qu’est-ce que tu entends par « en premier » ?
— Votre intuition était bonne. J’ai bel et bien quelque chose à demander au prince Osvalt. Ça ne vous dérange pas si j’attends ici jusqu’à son retour ?
Osvalt ne devrait probablement plus tarder. Connaissant Haruya, il avait sans doute calculé son arrivée pour venir un peu en avance et donner d’abord ses cadeaux à Himari.
— Non, bien sûr que non. Ça ne me dérange absolument pas. Lena, tu pourrais nous apporter encore un peu de thé, s’il te plaît ?
— Comptez sur moi ! Je reviens en un éclair !
Une fois Lena partie en trombe, je passai le temps à discuter avec Haruya en attendant le retour d’Osvalt.
— Peu importe comment on regarde ça, c’est une montagne de cadeaux complètement folle ! s’exclama Lena. Je suis trop jalouse, Himari ! Tu as vraiment un frère super généreux !
— Hum. Ce n’est pas que je ne lui en sois pas reconnaissante, mais… Des cadeaux pour chaque année depuis notre séparation jusqu’à mes dix-neuf ans ?
Lena contemplait Himari avec envie, tandis que cette dernière semblait plutôt partagée. Elle venait de recevoir plusieurs années de cadeaux d’anniversaire en une seule fois. Manifestement, elle avait du mal à savoir quoi en penser.
— Non, je comprends, dit Haruya. Je ne cherche pas à effacer les années où nous avons été séparés avec des cadeaux. Mais quand même… dix-neuf ans ? Le temps passe vite.
— Oui. C’est vrai.
— À ce propos, Himari… Tu as dix-neuf ans, maintenant. Tu n’as reçu aucune demande en mariage ?
— Hein ? Une demande en mariage ?
Fait rare, la voix de Himari dérailla. La question de Haruya avait dû la prendre complètement au dépourvu. Pourtant, elle ne me paraissait pas particulièrement étrange.
— Je n’ai jamais songé au mariage.
— Jamais ?
— Je suis ici pour servir Dame Philia et le prince Osvalt. Je ne me permets pas de m’attarder sur des pensées aussi frivoles.
Je n’avais jamais imaginé qu’elle pousserait sa loyauté jusque-là. Je décidai donc d’intervenir pour mettre les choses au clair.
— Himari, il n’y a absolument aucun mal à penser au mariage. Personne ne te trouverait « frivole » parce que tu réfléchis à ton avenir.
— Vous êtes d’une bonté extraordinaire, Dame Philia. Servir une maîtresse telle que vous est une véritable bénédiction.
— Attends un peu. Je n’ai pourtant rien dit d’exceptionnel.
La réaction émue de Himari me laissa sans voix. Tout ce que je voulais, c’était qu’elle puisse mener sa vie librement, sans s’imposer de telles restrictions.
— E-enfin, tu peux envisager le mariage quand tu le souhaites, lui assurai-je. Oh, et ça vaut aussi pour toi, Lena.
Désireuse d’alléger l’atmosphère, je me tournai vers Lena. J’étais certaine qu’elle saurait détendre l’ambiance, comme toujours.
— Je sais ! Pas la peine de vous inquiéter ! Vous voyez, j’ai déjà un fiancé !
Cette révélation lancée avec entrain nous laissa tous sans voix. Himari et moi échangeâmes un regard. Lena était fiancée depuis tout ce temps ? Je n’en avais aucune idée. Elle travaillait peut-être comme servante, mais Lena restait la fille d’une famille noble, sans compter qu’elle était une charmante jeune femme.
Qu’elle ait trouvé un prétendant n’avait donc rien de surprenant. Malgré tout, je n’arrivais pas à croire qu’elle ne m’en ait jamais parlé.
— Tu es fiancée, Lena ? demandai-je. Depuis quand ?
— Depuis quand ? Bonne question…
Lena fit traîner ses mots.
— Mes fiançailles ont été arrangées peu après ma naissance, alors… ça commence à faire un sacré bout de temps.

Dans ce cas, il s’agissait certainement d’un mariage arrangé. Malgré tout, je devais lui poser la question.
— Lena, quand tu dis que tes fiançailles ont été décidées peu après ta naissance, est-ce que tu…
À cet instant, Osvalt rentra au manoir.
— Merci d’avoir attendu, Haruya !
Manifestement, il savait déjà que notre visiteur devait venir. Haruya se leva et s’inclina.
— Ne vous en faites pas. Nous avons passé le temps à discuter agréablement. C’est plutôt à moi de m’excuser de vous avoir fait presser le pas.
— Aucun problème. Alors, dis-nous ce qu’a donné ton enquête.
— Est-ce qu’on devrait vous laisser tous les deux discuter en privé ? demandai-je.
— Non, Philia. Vous devez toutes entendre ça. C’est important.
— Très bien.
Osvalt acquiesça et vint s’asseoir à côté de moi. J’étais curieuse de savoir sur quoi Haruya avait enquêté pour son compte.
— Bon, je vais aller droit au but, commença Haruya. Une délégation de la famille royale d’Alectron va bientôt effectuer un pèlerinage aux ruines de Sivaltz, à Parnacorta. Je rassemble des renseignements en prévision de leur venue.
Nous avions justement visité les ruines de Sivaltz pendant notre voyage de noces. Ce lieu était considéré comme sacré par les habitants d’Alectron, qui le tenaient pour le berceau de leur déesse la plus vénérée.
Tous les quatre ans, des membres de la famille royale du royaume venaient en pèlerinage sur ce lieu saint, et l’heure de leur prochaine visite approchait.
Pourquoi Osvalt avait-il demandé cette enquête ? Qu’est-ce qui pouvait bien l’inquiéter ?
— Alors ? Qu’est-ce que ton enquête a donné ?
— Je vais aller droit au but.
La voix de Haruya devint soudain froide et dépourvue d’émotion.
— D’après une rumeur, quelqu’un préparerait une attaque contre la Sainte de Parnacorta le jour de la visite de la famille royale. Ils doivent partir du principe que toute la sécurité sera concentrée sur la famille royale d’Alectron.
Un silence pesant s’abattit sur la pièce.
Par le passé, Haruya avait conseillé au prince Reichardt d’acheter des armes afin de me protéger, moi, la Sainte du royaume. D’après Osvalt, je m’étais attiré l’hostilité de certaines personnes influentes.
À présent, il semblait que quelqu’un avait choisi le jour du pèlerinage de la famille royale d’Alectron pour laisser libre cours à sa malveillance à mon égard.
Je craignais que nos jours paisibles ne prennent fin bien plus tôt que nous ne l’espérions.