LOVE UNSEEN T1 – CHAPITRE 8

Vacances d’été

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Traduction : Raitei
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Lorsque j’allai voir Fuyutsuki, elle portait un bonnet jaune en laine et avait bonne mine.

Elle m’expliqua que son corps s’était habitué au médicament et que les effets secondaires s’étaient donc atténués. Je lui racontai ce que les enfants avaient fait pendant l’Heure des enfants, mais elle ferma les yeux et commença à somnoler.

Je cessai de parler et retins mon souffle.

Un bouquet de fleurs inconnues décorait le rebord de la fenêtre.

De nombreuses fleurs blanches poussaient au sommet de leurs tiges épaisses et, lorsque je m’en approchai, leur puissant parfum me parvint.

— Sorano ?

— Hmm ?

— Je croyais que tu étais parti quelque part.

— Je suis juste là.

— Chaque fois que tu te tais, j’ai peur que tu sois en train de me préparer une mauvaise blague.

— Pour qui est-ce que tu me prends ?

— Pour quelqu’un de très tenace, incapable de lâcher prise.

— Euh…

Mes épaules s’affaissèrent, tandis qu’un sourire joyeux se dessinait sur le visage de Fuyutsuki.

— Le médicament… murmura-t-elle. Il semble fonctionner. Apparemment, la tumeur a un peu rétréci.

Pendant un instant, j’eus l’impression que la pièce tout entière avait été engloutie par le silence. Cette nouvelle me surprit, mais, pour une fois, de la meilleure manière possible. Je fixai Fuyutsuki, incapable de trouver mes mots.

— V-vraiment ?! m’écriai-je malgré moi. C’est une excellente nouvelle !

Je savais que je me réjouissais autant pour Fuyutsuki que pour moi-même.

Pourtant, je ne pouvais pas dissimuler ma joie.

— Oui.

— Tu as vraiment fait de ton mieux.

Des larmes coulèrent du coin de ses yeux. Elle me demanda un mouchoir en papier, et je lui en tendis un. Peu importait la force qu’elle affichait, elle avait dû être terrifiée. Je voulais éviter de parler davantage de sa maladie. Je changeai donc de sujet en évoquant les fleurs du vase.

— Ces fleurs blanches sentent bon.

— Ce sont des lycoris. Maman a dû les mettre ici. Ce sont mes fleurs préférées.

— Waouh.

— Tu recommences.

— Hein ?

— À dire « waouh ». Tu le dis tout le temps.

— Vraiment ?

— Oui, très souvent.

Je répondis par un nouveau :

— Waouh.

Fuyutsuki se mit à rire.

Elle avait raison. Je le disais souvent.

— Maintenant que tu le dis, cette fleur était autrefois ton icône sur LINE.

Fuyutsuki ne répondit rien.

Elle se contenta de plisser légèrement les yeux, une certaine mélancolie traversant son visage.

 

Lorsque je rendis visite à Fuyutsuki le lendemain, sa chambre était vide. Une couverture soigneusement pliée reposait sur le lit blanc, tandis que la lumière du soleil traversait les rideaux de dentelle.

La pièce semblait terriblement solitaire. Un mauvais pressentiment me noua l’estomac. Je quittai la chambre presque en courant et partis à la recherche de Fuyutsuki.

Fuyutsuki. Fuyutsuki. Fuyutsuki. Où est-elle passée ?

Je tournai au coin du couloir. Elle se trouvait là. Une rambarde longeait le mur un peu en dessous de la hauteur de sa taille. Fuyutsuki s’y appuyait de tout son poids pour avancer.

— Fuyutsuki ! Qu’est-ce que tu fais ?

— Oh, Sorano. C’est toi ?

— Ne me réponds pas « Oh, Sorano ». Où est-ce que tu vas ?

— Tout va bien. Je suis restée allongée si longtemps que mes muscles ont commencé à s’atrophier. Si je ne marche pas de temps en temps, la maladie finira par avoir raison de moi.

Fuyutsuki progressait péniblement dans le couloir.

Elle se guidait à l’aide de la rambarde, mais celle-ci s’interrompait entre les différentes chambres. Dans ces portions, elle n’avait donc pas d’autre choix que de faire glisser sa main directement sur le mur.

Elle y mettait toutes ses forces.

— Ton médecin t’a autorisée à faire ça ? Tu ne devrais pas trop te forcer.

— Mais…

Toujours appuyée contre la rambarde, elle se tourna vers moi.

De la sueur perlait sur son front, mais son sourire n’avait pas disparu.

Elle se mit même à rire.

— Ce serait terrible si je ne pouvais pas marcher toute seule le jour du feu d’artifice, pas vrai ? J’ai décidé de continuer à faire de mon mieux jusqu’à ce jour-là.

Elle gonfla les joues d’un air faussement boudeur.

— Alors, s’il te plaît, soutiens-moi.

— Je te prêterai mon bras pour le chemin du retour.

— Ça ne te dérange pas si je m’accroche à ton bras gauche ?

Fuyutsuki tâtonna dans le vide devant elle, puis saisit mon bras gauche.

Elle se remit à marcher lentement, un pas après l’autre.

Après avoir fait le tour des couloirs, elle reprit le chemin de sa chambre.

— Je ne laisserai pas cette maladie me vaincre, déclara Fuyutsuki, le regard fixé droit devant elle.

Pourtant, dès le lendemain, son état se dégrada.

Je ne pus pas la voir pendant une semaine.

 

 

Pour un étudiant, les vacances d’été pouvaient devenir terriblement ennuyeuses si l’on ne remplissait pas son emploi du temps avec des visites à sa famille ou un travail à temps partiel.

J’avais l’habitude de vivre avec Narumi. Son absence soudaine rendait l’atmosphère de notre chambre étrange.

Son silence me rendait inexplicablement nerveux.

Comme nous n’avions pas de climatisation, j’étais constamment couvert de sueur et mes tee-shirts me collaient à la peau. La chaleur me rendait irritable, ce qui ne faisait qu’accroître mon agitation.

Et mon inquiétude pour la santé de Fuyutsuki n’arrangeait rien.

Je m’ennuyais, mais je n’avais aucune envie de travailler. Les visites à Fuyutsuki étaient interdites, alors je ne pouvais même pas aller la voir.

Je n’avais littéralement rien à faire. Je n’avais aucune envie de rentrer chez moi, aucun ami avec qui sortir et pas un sou. Lorsque je contactai Hayase, elle m’apprit qu’elle devait se rendre chez le fabricant de feux d’artifice. Je décidai donc de l’accompagner.

Nous dûmes emprunter plusieurs trains pour atteindre l’endroit où les feux d’artifice étaient fabriqués. Une fois sur place, je découvris que Kotomugi y travaillait à temps partiel.

— Allez, Sorano, viens nous aider ! m’appela-t-il.

Comme c’était lui qui avait retrouvé le marque-page de Fuyutsuki, je me sentis obligé de lui donner un coup de main. Kotomugi transportait dans ses bras plusieurs bombes d’artifice de la taille de petites pastèques.

— On les déplace là-bas, m’expliqua-t-il joyeusement.

Les bombes étaient conservées dans un endroit frais et sombre. Nous devions les transporter jusqu’à une zone ensoleillée pour les faire sécher.

— Courage ! lança Hayase depuis l’ombre pour m’encourager.

Lorsque je proposai de faire une pause, Kotomugi désigna une petite fenêtre de l’atelier. Il semblait m’inviter à regarder à l’intérieur avec lui.

— On dirait qu’ils sont en train d’encoller les bombes, expliqua-t-il.

À travers la fenêtre, j’aperçus des employés en combinaison qui collaient d’épaisses bandes de papier sur des sphères de la taille d’une balle de softball.

Ils portaient des serviettes en coton autour du cou et s’en servaient régulièrement pour essuyer la sueur sur leur front.

— Ça consiste en quoi, l’encollage des bombes ? demandai-je.

— C’est la dernière étape de fabrication. Ils assemblent deux demi-sphères remplies de poudre pour former une bombe entière, puis les fixent ensemble. Ensuite, ils collent dessus des bandes de papier kraft en les croisant selon un motif bien précis.

— Ça a l’air laborieux.

— Ça l’est. Une fois le papier collé, ils font rouler les bombes sur une planche pour éliminer les bulles d’air. Puis ils les laissent sécher au soleil avant d’ajouter de nouvelles couches de papier kraft. Ils répètent tout ça encore et encore pour que la pression soit parfaitement répartie à l’intérieur au moment de l’explosion. C’est ce qui permet au feu d’artifice de former un cercle parfait.

En regardant les ouvriers poursuivre méthodiquement leur travail, je ne trouvai rien d’autre à répondre que :

— Ça a vraiment l’air difficile.

— Ce sont toutes ces couches de papier qui créent l’énergie libérée lors de l’explosion. Je pense que c’est pour ça que tout le monde aime autant les feux d’artifice.

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

Kotomugi m’expliqua avec un sourire :

— Tout le monde garde des choses enfermées au fond de soi, pas vrai ? Les feux d’artifice explosent avec un grand boum et libèrent toute cette énergie. C’est ça qui les rend si beaux. Je pense que les gens ressentent la même chose lorsqu’ils les regardent.

 

 

Ce soir-là, alors que je lisais dans mon lit, ma mère m’appela pour la première fois depuis longtemps.

Dès que j’entendis sa voix, j’eus l’impression que nous nous étions parlé la veille. Je lui donnai rapidement des nouvelles de mes études et de ma vie à la résidence.

Elle sembla soulagée de m’entendre.

— Tu ne rentres pas nous voir ?

— Non. Je n’avais pas prévu de le faire.

— J’imagine que tu as une petite amie, alors.

— Comment est-ce que tu en arrives à cette conclusion ?

— Cela fait trois mois. Tu as sûrement déjà eu une petite amie ou deux. Contrairement à chez nous, il y a beaucoup de jeunes filles à Tokyo, répondit-elle au téléphone.

Elle parlait comme si Tokyo était devenu mon harem personnel.

— Et toi, ça se passe bien avec ton compagnon ?

— Oui.

Elle vivait avec un homme qu’elle avait rencontré pendant ma dernière année de lycée. Il semblait être quelqu’un de doux et de calme. Je ne voulais pas les déranger, alors l’idée de rentrer chez moi me mettait mal à l’aise.

— Je peux te poser une question un peu difficile ?

— Bien sûr.

— Si ton compagnon tombait malade et devait être hospitalisé, qu’est-ce que tu ferais ?

— J’irais probablement le voir tous les jours.

— Et si son pronostic était mauvais ?

— Je lui tiendrais la main jusqu’à son dernier souffle.

Elle répondit comme si cela allait de soi, sans même me demander davantage de contexte.

— Tu es vraiment forte.

— Élever son propre enfant rend forcément plus fort.

— Il n’existe donc aucun moyen facile de devenir plus solide mentalement ?

— Il n’y a rien de mal à être faible. Et je ne suis peut-être pas la personne la plus objective pour le dire, mais tu es devenu quelqu’un de très gentil.

— Arrête.

J’étais embarrassé et sentais mes oreilles chauffer.

— Le fait que tu gardes tes distances avec les autres… C’est simplement parce que tu es jeune, Kakeru.

— Je t’ai dit d’arrêter.

— Si tu restes aux côtés de quelqu’un, peu importe que tu sois fort ou faible. Contente-toi d’être présent. C’est tout ce que tu as besoin de faire.

— Merci, murmurai-je.

Ma mère m’annonça qu’elle allait virer un peu d’argent sur mon compte, puis raccrocha. Elle avait apparemment deviné que je n’avais plus d’argent et que j’étais trop embarrassé pour l’admettre.

Je restai allongé sur mon lit à fixer le plafond. Soudain, une envie irrépressible de voir Fuyutsuki s’empara de moi.

Le chant des cigales et une brise chaude entraient par la fenêtre ouverte.

 

 

Dès qu’elle fut de nouveau autorisée à recevoir des visites, je commençai à aller voir Fuyutsuki chaque jour.

Le mois d’août était arrivé, et la chaleur s’intensifiait de jour en jour. Le soleil brillait d’une lumière blanche, comme s’il cherchait à brûler la terre. Les routes étaient si chaudes que la chaleur remontait du trottoir.

J’étais cuit à la fois par le haut et par le bas.

Après seulement cinq minutes de marche, mon tee-shirt était déjà collé à mon corps. Les quelque deux kilomètres séparant la résidence de l’hôpital me donnaient l’impression que j’allais fondre.

Apparemment, la tumeur de Fuyutsuki avait rétréci, et elle s’efforçait activement de reprendre des forces. Lorsque je quittais la fournaise extérieure pour entrer dans l’hôpital climatisé, mon corps refroidissait instantanément.

C’était paradisiaque.

Ce soulagement calmait même légèrement mon besoin désespéré de voir Fuyutsuki. Après avoir essuyé la cascade de sueur qui coulait sur moi avec une lingette déodorante, je me dirigeai vers sa chambre.

— C’est moi, Sorano, annonçai-je en arrivant.

— Merci de toujours venir me voir.

— Tu veux refaire une promenade aujourd’hui ?

Fuyutsuki fit pivoter ses jambes hors du lit, et je lui indiquai où se trouvaient ses chaussons. Puis je lui proposai mon bras gauche pour la soutenir. Sa main fraîche toucha doucement la mienne, et elle me laissa porter une partie de son poids. Très lentement, nous quittâmes la chambre.

Fuyutsuki avançait dans le couloir en agrippant mon bras gauche. Elle concentrait toutes ses forces sur chacun de ses pas, si bien que nous ne pouvions pas discuter. Pourtant, son bras me transmettait certaines choses.

Lorsqu’elle peinait à garder l’équilibre, son étreinte se resserrait. Lorsqu’elle pensait pouvoir marcher seule, elle se relâchait. Fuyutsuki gardait le visage tourné droit devant elle, avec une expression grave et concentrée.

Nous nous rendîmes jusqu’au jardin sur le toit, devenu notre endroit habituel. Nous y faisions une pause avant de retourner dans sa chambre. Selon son état, nous accomplissions ce trajet presque chaque jour. Normalement, il ne prenait que trois minutes, mais il nous en fallait environ dix.

— Voilà. Nous sommes arrivés.

Un distributeur automatique se trouvait à l’ombre du jardin. Une table et des chaises en plastique étaient disposées devant lui. L’endroit ressemblait beaucoup à la terrasse de l’université.

— Tu veux boire quelque chose ? demandai-je.

— Je vais l’acheter moi-même.

— J’imagine que c’est ton distributeur.

— Tu peux arrêter avec ça ?

Je guidai Fuyutsuki jusqu’à la machine.

Elle se mit à rire en comptant les pièces dans sa main.

Le distributeur du jardin était lui aussi un modèle servant les boissons dans des gobelets en papier. Cependant, la disposition des boutons différait légèrement de celle de la terrasse.

J’indiquai à Fuyutsuki l’emplacement du thé au lait ainsi que la commande permettant de régler la quantité de sucre. Sans surprise, elle choisit un thé au lait très sucré. Même si elle avait perdu la mémoire, ses goûts en matière de boissons n’avaient absolument pas changé.

J’aidai Fuyutsuki à s’asseoir, puis déposai son gobelet devant elle.

Elle l’entoura délicatement de ses deux mains et but son thé au lait.

— C’est bon ?

— Le thé au lait très sucré, c’est ce qu’il y a de meilleur.

— Tu vas avoir des caries.

— Je n’en ai jamais eu de toute ma vie.

— Certaines personnes ne possèdent pas dans leur bouche les bactéries responsables des caries. Elles peuvent donc ne jamais en avoir. Mais ces bactéries peuvent être transmises, par exemple en embrassant quelqu’un.

— Vraiment ? répondit-elle avec un sourire. Il faudrait donc être particulièrement déterminé pour en attraper une.

En regardant Fuyutsuki boire lentement son thé, je repensai au jour de notre premier baiser.

Avait-elle été « particulièrement déterminée » à m’embrasser ?

Je voulais le lui demander, mais cela ne servirait à rien. Elle ne s’en souvenait pas. Mon cœur se remplit de frustration, d’amertume et d’embarras. L’image de Fuyutsuki approchant soudain son visage du mien traversa mon esprit. Mon visage devint brûlant.

Je vidai mon jus d’un trait, puis croquai les petits glaçons entre mes dents. Je poussai un soupir et levai la tête. Le ciel était bleu à perte de vue. Observer cette lumière éclatante depuis mon coin d’ombre devait perturber mes yeux, car la couleur du ciel me sembla encore plus vive que d’ordinaire.

Pas un seul nuage n’était visible. Le vent qui contournait le bâtiment caressait doucement mes joues. Fuyutsuki tenait son thé froid à deux mains comme s’il s’agissait d’une boisson chaude.

Elle restait tournée droit devant elle, le regard vide.

La voir ainsi fit déborder l’affection que je ressentais pour elle.

— Sorano ?

— Oui ?

— Je croyais que tu avais disparu.

— Je me suis juste replié dans ma coquille.

— Tu es vraiment méchant.

En regardant Fuyutsuki rire, je souhaitai que cet instant dure éternellement.

 

— Est-ce que tout cela ne t’agace pas ? demanda un jour Fuyutsuki d’une voix lasse.

Elle semblait aller mal et reposait de tout son poids contre son lit.

— Je suis aveugle et malade. Tu ferais mieux de consacrer ton temps à une personne en bonne santé et capable de voir.

— Il s’est passé quelque chose ?

Ses émotions semblaient partir dans tous les sens.

Après une courte pause, elle finit par répondre :

— La tumeur a rétréci, mais ils pensent que le cancer s’est peut-être propagé ailleurs.

Elle le déclara avec un tel détachement qu’on aurait dit qu’elle parlait de quelqu’un d’autre. Une perfusion était reliée à son bras. Son élocution était légèrement ralentie, et elle semblait souffrir.

— Est-ce que…

Elle m’interrompit avant même que je puisse lui demander si elle allait bien.

— Je mens.

— Hein ?

— Je mens, je mens, je mens, je mens, je mens.

Fuyutsuki regarda vers le plafond et força un sourire qui ne se dessinait qu’aux commissures de ses lèvres.

— Je me suis laissé envahir par mes idées noires, alors que j’ai décidé de tenir jusqu’au feu d’artifice. Oublie tout ce que je viens de dire.

— Tu n’as pas besoin de te forcer à être heureuse.

— Mon médecin m’a dit quelque chose.

Les larmes lui montèrent aux yeux, et elle plaqua de nouveau un sourire sur son visage.

— Il a dit que les sourires faisaient fuir le cancer. Alors je dois continuer à sourire. Une fois que j’irai mieux, nous pourrons recommencer à nous entraîner à marcher.

En voyant Fuyutsuki sourire ainsi, le visage visiblement amaigri, ma poitrine se serra.

Je posai une main sur mon cœur, reconnaissant qu’elle ne puisse pas me voir. J’aurais dû lui dire quelque chose d’encourageant, comme : « Tu vas guérir » ou « Tout ira bien ». Mais je n’y parvenais pas.

— Je serai transférée dans un hôpital de Hokkaidô en octobre.

La nouvelle tomba si brusquement que je ne pus répondre que :

— Hein ?

— Pour être honnête, je ne sais pas encore si je vais accepter. Un hôpital de Hokkaidô possède un équipement de protonthérapie[1], et on m’a demandé si je souhaitais y être transférée.

Fuyutsuki commença à tousser légèrement en poursuivant ses explications.

— Mais… ce ne sera possible que si… ce médicament fait suffisamment rétrécir… le cancer avant mon départ.

— Je t’encouragerai.

— Tu n’as pas intérêt à me suivre jusqu’à Hokkaidô, répondit-elle avec un sourire.

Une larme glissa sur sa joue avant de tomber sur son oreiller.

— Nous avons fixé la date du feu d’artifice, lui annonçai-je.

— Quand aura-t-il lieu ?

— Le quatrième samedi de septembre. Continue à te battre jusque-là. Faisons fuir ce cancer.

— Je vais faire de mon mieux, répondit lentement Fuyutsuki. Mais j’aimerais te demander quelque chose.

— Bien sûr.

— Hein ?

— Hmm ?

— Tu ne vas pas d’abord me demander ce que je veux ?

— Je suis certain que je pourrai le faire.

J’étais prêt à faire n’importe quoi pour elle.

— Merci, murmura Fuyutsuki.

Elle me tendit lentement un livre posé à côté de son lit.

— Tu pourrais me lire ce livre ?

C’était le même livre blanc qu’elle lisait toujours à l’université.

— Je ne sais pas lire le braille.

— Alors apprends.

— Ne sois pas ridicule.

Fuyutsuki gloussa, ce qui déclencha une nouvelle toux.

— C’est Le Journal d’Anne Frank, pas vrai ? Je chercherai un exemplaire dès que j’en aurai l’occasion.

— Merci, répondit-elle d’une voix pâteuse avant de s’endormir.

À partir de ce jour-là, je commençai à lire des livres à Fuyutsuki pendant mes visites. Cela devint une habitude quotidienne, et je continuai à venir régulièrement, peu importe son état.

Un jour, alors que je lui lisais Le Journal d’Anne Frank, Fuyutsuki me posa une question.

Nous avions alors dépassé la moitié du livre.

— Sorano, ta voix est enrouée. Tu as attrapé un rhume d’été ?

— Si tu devais lire autant chaque jour, ta voix le serait aussi.

Fuyutsuki rit doucement.

Mais soudain, son rire se transforma en une violente quinte de toux.

Un sifflement provenait du fond de sa gorge.

J’appuyai rapidement sur le bouton d’appel des infirmières, tout en lui répétant que tout irait bien.

La sonnerie d’alarme résonna dans mes oreilles.

[1] Technique de radiothérapie ultraprécise qui utilise des faisceaux de protons pour détruire les cellules cancéreuses, ciblant la tumeur tout en épargnant au maximum les tissus sains.

 

 

Fuyutsuki passa environ deux semaines en soins intensifs. Lorsqu’elle en sortit, le mois de septembre était arrivé et les vacances d’été étaient terminées.

— Je ne peux pas mourir avant d’avoir vu le feu d’artifice.

Trois guirlandes de mille grues en papier avaient été disposées près de l’oreiller de Fuyutsuki. Apparemment, Narumi les avait pliées pendant tout son séjour sur le navire. Grâce à l’aide des autres étudiants de sa filière, il avait réussi à en fabriquer trois mille.

La nouvelle de l’hospitalisation de Fuyutsuki s’était répandue dans toute l’université, et toutes les personnes qui la connaissaient l’encourageaient. Elle semblait même être devenue célèbre sur le campus. Certains la surnommaient « la magnifique étudiante qui gambade sur le campus » ou « l’ange de la terrasse ».

Les examens du premier semestre eurent lieu, et je réussis tant bien que mal à les traverser. Je finis cependant par échouer à plusieurs matières optionnelles. Ce n’était pas grave. Je pourrais récupérer ces crédits plus tard.

Pour le moment, Fuyutsuki était bien plus importante à mes yeux.

Et la semaine suivante aurait lieu l’événement des Feux d’artifice des enfants.

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