I WISH – ÉPILOGUE

Épilogue de fin d’été

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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
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Je savais que la fin était proche, qu’elle se rapprochait à chaque seconde.

Je n’avais pas peur de mourir. J’avais laissé ces sentiments derrière moi depuis longtemps.

Je savais que c’était la seule issue qui m’était réservée.

J’avais beaucoup réfléchi à la mort ces derniers mois.

À la manière de m’y préparer mentalement.

Ce n’était pas comme si je n’avais pas le choix. Mais je savais que si j’abandonnais ma mission, mes parents et mes frères et sœurs devraient subir le mépris et la honte d’être apparentés à un lâche égoïste. Un homme qui accordait plus d’importance à sa propre vie qu’au bien commun. C’était quelque chose que je ne pouvais tout simplement pas leur faire.

Et pourtant, il y eut un moment où je vacillai.

Un moment où, l’espace d’un instant, j’envisageai vraiment de m’enfuir. Pas pour moi, mais pour quelqu’un d’autre : une fille que j’avais rencontrée par hasard, celle qui me faisait souhaiter rien de plus que de passer ma vie à ses côtés, à la protéger et à subvenir à ses besoins.

Si seulement nous étions nés à une autre époque.

Si seulement il n’y avait pas eu de guerre.

Si seulement je n’avais pas été un soldat enrôlé.

Ces pensées me rongeaient l’esprit encore et encore.

Mais j’avais choisi cette voie moi-même. Je m’étais porté volontaire pour devenir pilote kamikaze. Et au final, même si je ne l’avais pas fait, quelqu’un d’autre aurait dû y aller à ma place.

Je ne m’étais pas autorisé à éprouver quoi que ce soit pour elle, du moins pas de la manière dont j’aurais souhaité le pouvoir. Et quelques heures plus tôt, je l’avais quittée, elle et le sol sur lequel elle se tenait, pour de bon.

En contrebas, flottant sur les eaux grisâtres et troubles du Pacifique, je pouvais voir une flotte de navires de guerre ennemis apparaître lentement. C’étaient des porte-avions américains, et leurs ponts étaient bordés de dizaines et de dizaines d’avions de chasse.

— Cible en vue !

La voix de Kato résonna dans la radio. Il semblait impatient, voire exalté.

Il ne me restait plus qu’à précipiter mon appareil contre l’un de ces navires.

Alors, enfin, ma dernière mission dans la vie serait accomplie.

Je pris une profonde inspiration et agrippai le manche.

Je sentais mes mains trembler.

, me dis-je. On dirait que je suis encore un peu nerveux, après tout.

Ce qui m’effrayait le plus, ce n’était pas l’idée de mourir, mais la possibilité d’échouer. C’était quelque chose auquel je n’avais pas prêté attention auparavant, et pourtant, je sentais maintenant cette anxiété monter lentement du plus profond de ma poitrine.

À ce moment-là, un parfum doux et délicat vint chatouiller mes narines.

Je baissai les yeux, surpris, vers le lys d’un blanc immaculé qui dépassait de la poche de ma poitrine. Je l’avais placé là en m’habillant ce matin, après en avoir cueilli deux la veille sur la colline où ils fleurissaient. Son compagnon n’était plus avec moi. Je l’avais offert quelques instants avant que mon avion ne décolle.

Alors que le parfum de la fleur emplissait mes poumons, il remplit mon cœur d’un étrange sentiment de satisfaction, et mes mains cessèrent soudain de trembler.

Yuri… murmurai-je dans ma tête.

Quand je pense que j’étais tombé amoureux d’une fille qui portait le nom de ces mêmes fleurs.

Une fille au grand cœur, à l’âme pure et honnête.

Chaque fois qu’elle me regardait de ses yeux innocents, je voyais dans son regard une sincérité qui me faisait me demander si elle n’éprouvait pas elle aussi des sentiments pour moi, même si c’était peut-être un vœu pieux de ma part.

J’aurais aimé pouvoir rester avec elle. Mais je savais que ce n’était tout simplement pas écrit.

Alors, à la place, j’avais simplement couché ces sentiments sur le papier et je lui avais écrit une lettre hier soir. Je savais que cela n’avait guère de sens de lui dire ce que je ressentais à ce stade, mais je devais simplement écrire quelque chose. Je devais laisser derrière moi une preuve que mes émotions étaient réelles.

Dans mon premier brouillon, j’avais en fait inclus une phrase plutôt mièvre, disant que si nous devions nous réincarner un jour, j’espérais que nous pourrions peut-être être ensemble dans cette vie-là. Mais j’y avais ensuite réfléchi et j’avais tout recommencé à zéro sur une nouvelle feuille de papier à lettres.

Après tout, je n’avais pas le droit de dire quelque chose d’aussi présomptueux, étant donné que c’était moi qui lâchais prise, moi qui la mettais de côté pour quitter ce monde.

Mais alors que j’étais assis là, seul dans mon cockpit, je n’avais aucune raison de le cacher.

Je pouvais être honnête avec mes propres émotions, et avec mon dernier souhait égoïste.

J’espère que nous nous reverrons, Yuri.

Dans un autre temps, une autre vie.

Un monde meilleur, un avenir plus radieux.

Si seulement nous pouvions renaître, je ferais tout ce qu’il faudrait pour te retrouver.

Peu importe où ou quand, je trouverais le moyen de te rejoindre d’une manière ou d’une autre.

Et si le destin nous était favorable, et nous réunissait sur cette colline aux lys…

Je te regarderais droit dans les yeux et te dirais ce que je ressentais vraiment.

Cette fois, je n’hésiterais pas. Je te dirais que je t’aime de tout mon cœur.

Tout ce que j’ai toujours voulu, c’est une vie partagée avec toi.

Exister ensemble dans un monde sans douleur, sans souffrance.

Sans jamais causer de mal ni de problèmes à qui que ce soit ou quoi que ce soit.

Je te promets que cette fois, je vivrais ma vie pour toi, et pour toi seule.

Tout ce que je te demande, c’est de m’attendre là-bas, sur cette colline où fleurissent les lys.

Je fermai les yeux un instant et pris une profonde inspiration. Puis, réajustant ma prise sur le manche, je l’inclinai vers l’avant pour entamer ma descente finale.

Alors que je piquais vers le navire ennemi, je vis les soldats américains sur le pont interrompre soudainement ce qu’ils faisaient et lever les yeux dans ma direction, leurs visages se tordant d’horreur tandis qu’ils se précipitaient pour se mettre à l’abri.

Ce n’étaient que des jeunes hommes, comme moi.

Chacun avec sa propre famille et ses proches.

Cette pensée alluma un feu dans ma poitrine.

Quelque chose de désespéré. Quelque chose… d’humain.

Et à la toute dernière seconde, je tirai violemment vers la gauche.

Serrant le manche aussi fort que possible, je serrai les dents tandis que le cockpit tremblait violemment sous l’effet des immenses forces g. L’avion pouvait à peine supporter ce changement soudain de direction à une telle vitesse. Mais cela fonctionna : je vis le nez de mon appareil s’éloigner du porte-avions et plonger droit vers la surface de l’océan.

Je ressentis un choc violent, mais seulement l’espace d’un instant.

…Et puis, d’un seul coup, mon champ de vision se blanchit.

Un blanc pur, immaculé, la couleur des lys.

Je ne voyais, n’entendais ni ne sentais plus rien. Mais à cet instant…

Je sentis le doux parfum de la fleur dans ma poche.

Je t’aime, Yuri. Et je reviendrai vers toi, je te le promets.

Peu importe le temps que cela prendra, je te retrouverai dans une autre vie.

Alors attends-moi, Yuri, jusqu’à ce que nous nous revoyions sur la colline où fleurissent les lys.

La pensée de cette fille me réconforta alors que le monde s’évanouissait dans le néant.

FIN

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