I WISH – CHAPITRE 3 PARTIE 3
Fin d’été (3)
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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
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Un nouveau monde
C’était comme si nous vivions dans un monde totalement différent.
C’est ce que je me dis en levant les yeux vers le ciel, après avoir bu une gorgée de la bouteille d’eau minérale que les professeurs m’avaient achetée une fois que j’eus enfin fini de pleurer toutes les larmes de mon corps sur le banc devant le musée.
J’avais vraiment l’impression d’être dans un monde complètement différent à présent.
Un monde plus récent, plus lumineux. Et, dans l’ensemble, un monde meilleur.
Le ciel d’un bleu limpide. Les nuages dérivant lentement au-dessus de ma tête. La douce brise caressant ma peau. Le bruissement des feuilles dans les arbres. Le soleil chaud qui brillait.
C’était le monde pour lequel ils s’étaient battus si durement.
C’était la paix pour laquelle ils avaient sacrifié leur vie.
Juste au-dessus de moi, je regardai un avion passer, traçant des traînées de condensation blanches dans le vaste ciel bleu. Je fermai les yeux et pris une grande inspiration, m’accordant un moment pour simplement profiter de la sensation de la lumière du soleil sur l’intérieur de mes paupières.
À cette époque, les gens ne pouvaient même pas contempler le ciel avec nonchalance comme ça sans avoir, au fond d’eux-mêmes, la crainte de voir un escadron de bombardiers foncer sur eux. Mais aujourd’hui, les choses avaient changé. Dans ce Japon, les avions qui volaient au-dessus de nos têtes n’étaient plus une source d’inquiétude.
Quelques heures plus tard, nous remontâmes dans le bus pour retourner à l’école.
Après être descendus, nous eûmes une brève réunion de débriefing sur le terrain avant d’être tous libérés pour la journée. Je retournai toutefois dans le bâtiment de l’école, car j’avais besoin d’aller aux toilettes.
Comme je m’y attendais, mes yeux étaient aussi gonflés et rouges que prévu. Hashiguchi m’avait prêté une bouteille d’eau congelée que j’avais utilisée pendant le trajet en bus pour les rafraîchir, mais vu tout ce que j’avais pleuré, je n’étais pas surprise de constater que cela n’avait pas fait une grande différence.
Je poussai un soupir, puis retournai dans ma salle de classe.
Tout le monde était déjà rentré chez soi, elle était donc complètement vide.
Par la fenêtre, j’entendais les équipes de foot et de baseball crier sur les terrains de sport. Et si j’écoutais attentivement, je pouvais entendre l’ensemble à vent répéter dans la salle de musique, ainsi que le bruit des ballons de basket qui rebondissaient dans le gymnase. Je m’assis à mon bureau, écoutant tous ces sons ponctués par le chant incessant des cigales, en attendant que le gonflement de mes yeux diminue un peu plus.
Alors que le soleil commençait à se coucher, baignant lentement les murs de la salle de classe d’une teinte orange intense, je me levai enfin de ma chaise pour partir. Après avoir récupéré mes baskets dans mon casier à l’entrée, je me dirigeai vers l’extérieur, où je fus accueillie par l’odeur de l’été.
Je pris une longue et profonde inspiration. C’est vraiment un tout nouveau monde, me dis-je une fois de plus en franchissant le portail principal, me sentant étrangement revigorée.
Mais après avoir fait quelques pas sur le trottoir, je m’arrêtai brusquement.
Il y avait un garçon qui jetait un œil à travers les interstices de la haie d’arbres donnant sur le campus. Il portait l’uniforme d’une autre école, que je ne reconnaissais pas, et observait l’équipe de foot qui s’entraînait sur le terrain. Trouvant cela un peu bizarre, je gardai un œil sur lui tandis que je passais lentement devant, essayant de déterminer s’il mijotait quelque chose de louche. Il avait dû m’entendre derrière lui, car il se retourna brusquement.
— Ah…
Je m’arrêtai net.
Dès que je vis son visage, je sus.
Ce garçon… C’était… C’était Akira.
Il pencha la tête et m’adressa un regard perplexe avant que son expression ne s’adoucisse finalement en un sourire amical. Et, une fois de plus, c’était exactement le même sourire qu’Akira. Doux et sincère. Je ne m’y tromperais jamais. Il y avait quelque chose de presque… apaisant là-dedans.
— Excuse-moi…, dit-il. Tu vas à l’école ici, par hasard ?
Je le regardai simplement d’un air absent et hochai la tête.
— Sympa… Tu es en quelle classe ?
— En… deuxième année…, marmonnai-je.
Son sourire s’élargit à ces mots.
— Hé, pareil que moi, alors ! dit-il. C’est génial. Tu vois, en fait, je vais être transféré ici à partir de la semaine prochaine. On sera peut-être même camarades de classe ! Bref, ravi de te rencontrer !
Il me tendit la main, et je tendis instinctivement la mienne pour la serrer.
Au moment où ses doigts se refermèrent sur ma paume, tout mon corps se raidit.
Je connaissais ce contact, cette paume large et douce, ces doigts fins et osseux.
Dans ma tête, je criai son nom : Akira. Même si ce n’était pas le nom qu’il m’avait donné.
— Enchantée moi aussi…, dis-je, puis je levai les yeux vers lui.
Ses pupilles étaient pures et claires, et elles scintillaient comme la lumière des étoiles.
Un nouveau monde.
C’est vrai… j’allais continuer à vivre dans ce magnifique nouveau monde.
Un monde qui s’était construit sur la souffrance et la tristesse de tant d’innocents, un monde dont la réalisation avait coûté d’innombrables vies. Je n’oublierais jamais ces âmes courageuses, non seulement pour les sacrifices qu’elles avaient consentis, mais aussi pour les vies qu’elles avaient menées et l’amour qu’elles avaient gardé dans leur cœur malgré tout.
Chers amis qui vous êtes dispersés au gré du vent ce jour-là, entendez-vous ma voix ?
Je suis toujours là, bien vivante, dans l’avenir que vous vous êtes battus si durement pour protéger.
Nous vivons tous ensemble dans l’avenir radieux dont vous rêviez tous.
Merci de nous avoir offert ce magnifique cadeau qu’est un monde à chérir et à explorer.
Je ne vous oublierai jamais. Je n’oublierai jamais ce que vous avez sacrifié pour que nous puissions vivre.
Je vivrai ma vie pleinement, dans ce monde paisible que vous avez aidé à créer.
Reposez-vous maintenant, chers amis. Puissiez-vous reposer vos têtes fatiguées en paix.
Es-tu là, Akira ?
M’entends-tu, où que tu sois ?
Es-tu dans un endroit sûr et calme ?
À l’abri de la douleur, de la souffrance et de la tristesse ?
Je ne peux qu’espérer que tu aies enfin trouvé la paix.
Car ta vie fut aussi éphémère qu’un pétale emporté par le vent.
J’espère que tu reposes en paix maintenant, dans un rêve doux et apaisant.