I WISH – CHAPITRE 3 PARTIE 1
Fin d’été (1)
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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
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Un rêve d’une nuit d’été
— Ugh… C’est trop lumineux…
Je me réveillai en sentant la chaleur du soleil caresser mes paupières.
Lentement, je me redressai et balayai du regard mon environnement, encore à moitié endormie.
Attends… Qu’est-ce qui m’est arrivé, déjà ?
Je me souvenais m’être évanouie à l’aérodrome, alors je supposai que quelqu’un avait dû me ramener chez moi… jusqu’à ce que je sente la texture de la terre humide sous mes paumes. Ce n’était pas la maison de Tsuru. Mais si je n’étais pas chez Tsuru, où étais-je ?
En me frottant les yeux pour chasser le sommeil, j’essayai de regarder à nouveau autour de moi, mais je dus instinctivement plisser les yeux et baisser le regard, car la lumière du soleil m’aveuglait. Alors que mes yeux commençaient à s’y habituer, je poussai un cri de surprise en voyant enfin ce que je portais.
J’avais de nouveau enfilé mon survêtement d’école. Mais comment ? Depuis quand ?
Puis je jetai un coup d’œil sur le côté et vis que j’avais utilisé mon sac d’école comme oreiller. C’était encore plus étrange : ne l’avais-je pas rangé dans le placard, chez Tsuru ?
Me redressant tant bien que mal, je rampai vers la lumière… et c’est là que je le vis.
— …Pas possible, murmurai-je, incrédule.
De grandes maisons en béton et des immeubles d’habitation.
Une large route pavée d’asphalte s’étendait devant moi.
C’étaient les rues où j’avais grandi.
Étais-je revenue à mon époque… ?
— Pas possible… Ça ne peut pas être… Mais comment ? Pourquoi ? Que s’est-il passé…?
On pourrait penser que j’étais ravie, n’est-ce pas ? Mais non. J’étais surtout désorientée et déconcertée.
Je m’étais déjà résignée à ne plus jamais rentrer chez moi. Je n’étais donc pas préparée mentalement à cette possibilité, qui s’était présentée si soudainement et sans avertissement.
Hébétée et désorientée, je sortis en titubant de l’abri et m’engageai dans les rues familières de ma ville natale. Mais je ne pouvais penser qu’à la version d’il y a soixante-dix ans, au monde que je venais de quitter.
Je n’avais même pas eu l’occasion de remercier Tsuru comme il se doit. Ni de dire au revoir à Chiyo. Ni même de lire la lettre qu’Akira m’avait adressée, d’ailleurs. Je l’avais laissée chez Tsuru. Contre toute attente, je fouillai mon sac et les poches de mon manteau, mais, bien sûr, il n’y avait aucune lettre.
Alors que je déambulais en ville, aux prises avec mon choc et mes regrets, je me retrouvai, sans m’en rendre compte, juste devant mon ancien immeuble.
Quelle heure était-il ? me demandai-je. Je sortis mon smartphone, qui, d’une manière ou d’une autre, avait encore un peu de batterie. Il indiquait 5 h 30 du matin, même si je ne lui faisais pas vraiment confiance, étant donné qu’il prétendait également que c’était le lendemain de ma fuite. Peut-être qu’il est juste cassé, me dis-je en marchant jusqu’au seuil de la porte, avant de déverrouiller l’entrée et de pénétrer à l’intérieur.
Et l’instant d’après…
— …Yuri ?!
Ma mère se précipita hors du salon. Ses cheveux étaient en bataille et son maquillage de soirée commençait à s’effriter.
— …Espèce de folle ! cria-t-elle en me giflant.
Une douleur fulgurante me transperça le crâne. Mais alors que je me frottais la joue rougie et que je lançais un regard noir à ma mère, je remarquai quelque chose. Du coin de ses yeux d’un noir de jais, tachés de fard à paupières et de mascara, des larmes coulaient sur ses joues.
C’était peut-être la première fois que je voyais ma mère pleurer.
J’étais tellement abasourdie par ce spectacle que je ne savais ni quoi faire ni même quoi dire.
— …Mais où diable t’es-tu enfuie ?! me demanda-t-elle.
Évidemment, je ne pouvais pas lui dire que je m’étais enfuie en 1945, alors je me contentai de la fixer en silence.
— …Tu me donnes vraiment des maux de tête, tu sais ça ? dit-elle. Je t’ai cherchée partout, alors je n’ai pas fermé l’œil de la nuit… Comment suis-je censée avoir l’énergie pour aller travailler aujourd’hui ? Qu’est-ce que tu vas faire pour te racheter ?!
Je penchai la tête, perplexe.
Elle n’avait pas fermé l’œil… hier soir ?
— Attends… Une seconde, dis-je. Je ne suis partie qu’une nuit ?
— Pardon ? dit ma mère, l’air méfiant. Tu t’es cogné la tête ou quelque chose comme ça en rentrant ?
Elle tendit la main et me caressa la tête, à la recherche de bosses ou d’ecchymoses. Cela me prit également un peu au dépourvu. Je ne me souvenais même pas de la dernière fois où ma mère m’avait touchée aussi doucement.
Me sentant mal à l’aise et gênée, je baissai la tête. C’est alors que je vis que les chevilles de ma mère étaient couvertes de saleté et de boue.
En y regardant de plus près, je pus voir d’innombrables empreintes sombres partout dans le petit couloir menant au salon, dans les deux sens. Presque comme si elle avait fait les cent pas sans arrêt.
— Euh, maman… ? dis-je. Tes pieds sont crasseux.
— Oh, tais-toi ! dit-elle en me bousculant. À qui crois-tu que c’est la faute ?!
— Hein…?
— Comme tu ne rentrais pas à la maison, j’ai dû courir partout en ville dans le noir pour te chercher. Je suis tombée dans un énorme fossé boueux pendant que je te cherchais, alors tu ferais mieux d’avoir une sacrée excuse toute prête pour moi, jeune fille !
Ce n’est qu’à ce moment-là qu’elle se retourna, entra dans la salle de bain et commença à se frotter les pieds pour les nettoyer.
— Attends… Tu étais dehors en train de me chercher ? Toute la nuit ? demandai-je.
— …Bien sûr, répondit ma mère. Tu es peut-être une idiote, mais tu restes ma fille, bon sang…
Je pouvais entendre sa voix trembler très légèrement.
Et avant même de m’en rendre compte, je me mis à pleurer.
Je ne savais pas que tu étais une telle pleurnicheuse, Yuri.
J’entendais encore la voix d’Akira dans mon oreille, ricanant légèrement.
Il était parti depuis longtemps maintenant. Après tout, cela faisait soixante-dix ans que je l’avais vu disparaître dans le ciel du sud. Je ne le reverrais plus jamais.
Je ne pouvais pas m’arrêter de pleurer. Les larmes coulaient à flots.
Finalement, je tombai à genoux et me mis à sangloter convulsivement.
Je m’accrochai au dos de ma mère, et elle se retourna pour me regarder, la surprise dans les yeux.
Quand je pense qu’elle m’avait cherchée toute la nuit, cherchant si désespérément que ses jambes étaient couvertes de boue, sans fermer l’œil une seule seconde. Cette femme, qui m’avait élevée toute seule, était restée éveillée toute la nuit, anxieuse de me voir rentrer à la maison.
Et tout ce que j’avais fait en retour, c’était saisir chaque occasion de me disputer avec elle et de lui causer des ennuis.
— Maman… je suis désolée…, dis-je. Je suis tellement désolée…
Je répétai ces mots encore et encore entre deux sanglots, jusqu’à ce que ma mère finisse par tendre les bras et m’enlacer fermement.
— …Je suis désolée moi aussi, ma chérie, dit-elle. Je suis juste tellement occupée, fatiguée et frustrée tout le temps… mais ce n’est pas une excuse pour m’en prendre à toi. Je suis sûre que je t’ai fait passer un sale quart d’heure ces derniers temps, n’est-ce pas ? Je suis vraiment désolée, Yuri…
En la voyant renifler et s’excuser ainsi, je ne pus m’empêcher d’esquisser un sourire tremblant.
Malgré toutes nos disputes et nos plaintes, il semblait qu’elle et moi étions toutes les deux très sensibles au fond de nous. Nous ne voulions simplement pas l’admettre. Telle mère, telle fille, je suppose.