SotDH T12 – CHAPITRE 3 PARTIE 3

Aller de l’Avant, Main Dans la Main (3)

—————————————-
Traduction : Calumi
Correction : Raitei
——————————————

 

 

Tomishima Yanagi avait toujours été meilleur que la plupart des gens dans presque tout. Il ne se souvenait pas avoir déjà eu du mal en sport ou dans ses études, mais il n’avait rien non plus qu’il pouvait appeler sa spécialité. Il figurait toujours parmi les meilleurs aux examens et aux courses scolaires, mais il ne terminait premier qu’une poignée de fois. Pensant que c’était parce qu’il ne faisait pas assez d’efforts, il travailla d’arrache-pied lorsqu’il était enfant à l’école primaire, mais cela ne lui apporta pas les résultats qu’il désirait.

Il était capable de bien faire n’importe quoi, mais n’avait pas le talent nécessaire pour surpasser ceux qui excellaient réellement dans leur domaine. Peut-être n’était-il pas talentueux, seulement doué pour se débrouiller. C’était ainsi qu’il se jugeait, du moins. Il touchait à tout, mais ne pouvait devenir maître en rien.

Cela avait toujours été ainsi depuis son enfance. Il obtenait de bonnes notes sans effort, mais même lorsqu’il essayait, il ne terminait jamais premier. À quoi bon faire des efforts, alors ? Il ne se passionna jamais pour quoi que ce soit et se contenta toujours du minimum. Il vécut sans connaître de problèmes sérieux et continua d’être apprécié des autres grâce à sa personnalité brillante et sociable.

« Tomishima-kun est trop génial ! Il est joyeux, gentil, et il donne l’impression que les études comme le sport sont faciles ! »

Il était populaire auprès des filles au collège, en partie grâce à sa beauté. Il reçut même de nombreuses déclarations, mais ne sortit jamais avec personne. Pourquoi l’aurait-il fait ? Les filles le félicitaient parce qu’il était doué en tout, alors même qu’il ne pouvait jamais être le meilleur. Elles admiraient précisément la part de lui dont il était le plus complexé. Bien qu’il fût heureux de recevoir leur affection, il ne pouvait leur rendre aucun de ces sentiments.

Il les rejetait avec douceur afin d’éviter toute rancœur, mais cela produisait l’effet inverse en le faisant paraître plus attentionné que la plupart des garçons, ce qui le rendait encore plus populaire.

Il n’avait jamais eu honte de son complexe, car il savait que chacun possédait quelque chose à offrir. Il avait toujours une personnalité enjouée et beaucoup d’amis, si bien que chaque journée était agréable pour lui. Il pouvait se mettre à sourire à n’importe quel moment. Mais s’il y avait une chose qui le laissait insatisfait, c’était qu’il finissait par trouver lassantes l’admiration et les louanges que les autres lui prodiguaient.

Il rejoignit l’équipe de football au collège. Un ami proche l’y avait invité. Cet ami finit par abandonner parce qu’il ne parvenait pas à suivre le rythme des entraînements, mais Yanagi resta simplement parce qu’il aimait ce sport. Il ne donna jamais véritablement tout ce qu’il avait, mais il progressa grâce à l’entraînement et contribua aux victoires de l’équipe. Il appréciait la sensation que cela lui procurait.

Touchant à tout, il se fit rapidement un nom et devint la vedette de l’équipe au début de sa deuxième année. Il eut l’impression que ses efforts avaient porté leurs fruits et en vint à aimer le football encore davantage, mais cela ne fit qu’accentuer la déception qu’il allait ressentir.

Il appréciait les efforts qu’il partageait avec ses coéquipiers et développa une véritable obsession pour le football, consacrant peu à peu davantage d’énergie à l’entraînement. Son niveau augmenta rapidement, mais il lui manquait toujours ce qui permettait d’atteindre le sommet.

Bien qu’il fût considéré comme le meilleur joueur de son équipe, il existait ailleurs dans le pays des joueurs meilleurs que lui. Durant sa deuxième année, il les vit lors du tournoi national et en resta stupéfait. En les affrontant, il comprit qu’ils étaient différents de lui, qui n’était qu’un touche-à-tout. Ils possédaient le talent qui lui faisait défaut. Il était convaincu que l’écart entre eux et lui ne ferait que se creuser davantage une fois au lycée. Eux étaient les véritables prodiges.

Il se sentit frustré. C’était la première fois qu’il s’investissait réellement dans quelque chose, et ce fut aussi sa première véritable défaite.

Le football qu’il aimait tant ne l’avait mené nulle part. Écrasé par la vue de ceux qui possédaient un véritable talent, il passa quelque temps à bouder.

C’est à cette époque qu’il rencontra Yoshioka Mai. Un jour, l’élève chargé de la bibliothèque dans sa classe était absent pour cause de maladie, alors il se porta volontaire pour le remplacer. Ce n’était pas par bonté d’âme ou quoi que ce soit du genre, mais parce qu’il y voyait un prétexte pour sécher l’entraînement et prendre un peu de distance avec le football.

Il rangeait des livres sur les étagères peu familières de la bibliothèque lorsqu’une fille qui lisait tranquillement près des fenêtres attira son attention. De temps à autre, le vent entrait et faisait onduler sa frange. Elle n’était pas particulièrement jolie, mais elle attira malgré tout son regard, peut-être à cause de l’expression qu’elle arborait. Elle lisait sans difficulté un ouvrage qui paraissait complexe, et son calme l’irritait parce qu’il se sentait lui-même à vif.

— …C’est amusant, au moins ?

Les mots lui échappèrent avant même qu’il s’en rende compte.

Elle était suffisamment proche pour l’entendre et releva la tête. Il reprit aussitôt ses esprits et fut envahi de regrets. Puisqu’elle était là après les cours à lire un livre, elle séchait manifestement les activités de son club. Ce qu’il voulait vraiment dire, c’était : Tu aimes te cacher ici pour fuir tes problèmes et perdre ton temps ? Une vie pareille te plaît ? C’était une question moqueuse, posée uniquement pour évacuer l’amertume qu’il gardait en lui. C’était une chose horrible à dire à cette fille timide qu’il ne connaissait pas.

— Euh, non, pardon. Je… Oublie ce que je viens de dire.

— …Oui. Ça l’est.

Elle répondit avec ce qu’il hésita à appeler un sourire. C’était une expression triste, dénuée de toute joie. Quelque chose de terriblement fragile et vacillant.

Il n’avait pas voulu en arriver là, mais il savait que ses paroles l’avaient blessée. Cela se lisait sur son visage.

— Ça t’intéresse ?

— Hein ? Est-ce que ça m’intéresse ?

— Tu trouveras les autres livres de cet auteur sur cette étagère.

— O…oh. Le livre… Oui, d’accord, merci. J’irai les voir.

Il devait être assez troublé, car il interrompit ce qu’il faisait et se dirigea vers l’étagère qu’elle lui avait indiquée. Il prit un livre et le feuilleta. C’était un ouvrage assez difficile, et il n’arrivait pas à éveiller le moindre intérêt sincère pour son contenu.

Rien qu’à regarder les phrases compliquées, il avait mal à la tête. Il poussa un soupir, puis jeta un regard vers les fenêtres, mais la fille avait disparu.

— Ah…

Pour une raison qu’il ne s’expliquait pas, il se sentit déçu.

Le lendemain arriva. Intrigué par le « sourire » qu’elle lui avait montré, Yanagi l’interpella.

— Hé. On se revoit.

— Oh. Tu es le garçon d’hier…

La culpabilité était probablement l’une des raisons pour lesquelles il lui parlait. Il l’avait blessée et voulait se rattraper un peu.

C’est ainsi que débuta une amitié qui allait durer très, très longtemps. Comme leurs salles de classe étaient éloignées l’une de l’autre, ils ne se croisaient pas souvent dans les couloirs. Pendant la pause déjeuner et après les cours, il allait à la bibliothèque et l’y trouvait toujours en train de lire. Lui parler là-bas devint une habitude quotidienne.

Il appréciait le temps qu’il passait avec Mai. Elle ne s’intéressait probablement pas tant que ça à lui. Contrairement aux autres filles, elle ne le couvrait pas de compliments pour son statut de vedette de l’équipe de football ou pour ses bonnes notes. Ils lisaient simplement ensemble et discutaient parfois. Lorsqu’il mentionna qu’il n’était pas très à l’aise avec les livres difficiles, elle lui recommanda quelques mangas historiques. Il trouva étrangement réconfortant ce temps passé avec elle.

Avant qu’il ne s’en rende compte, ils étaient devenus de proches amis, et il apprit peu à peu à mieux la connaître. Comme elle était du genre discrète, il avait supposé qu’elle était une élève modèle tout à fait classique, mais ce n’était pas vraiment le cas. À sa grande surprise, elle était si peu sportive qu’elle trébuchait sur ses propres pieds, et elle s’était un jour perdue dans un grand magasin où elle s’était rendue, chose que même des enfants du primaire ne faisaient plus à notre époque.

Au début, il pensa que c’était simplement parce qu’elle était un peu lente, mais il comprit que ce n’était pas le cas lorsqu’il apprit son passé. Elle était née avec une santé fragile. Elle souffrait de problèmes respiratoires qui lui avaient valu de l’asthme. Elle ne pouvait pas faire de sport, et même sortir jouer était difficile pour elle. Elle devait prendre des médicaments en permanence et avait eu peu d’amis à l’école primaire. Comme elle ne se déplaçait pas souvent et sortait rarement pour jouer, ce genre de choses lui restait peu familier.

La lecture avait été son unique réconfort durant son enfance. Sa santé s’était améliorée avec le temps, mais elle demeurait aussi peu sportive qu’auparavant. Les activités de club l’intéressaient, mais elle n’avait pas l’endurance nécessaire pour en rejoindre un. Lire après les cours était tout ce qu’elle pouvait vraiment faire. Par le passé, elle n’avait même pas eu l’énergie de lire longtemps, alors elle était simplement heureuse de pouvoir désormais lire autant qu’elle le souhaitait, lui dit-elle avec un sourire.

Yanagi fut horrifié de s’être moqué d’elle sans connaître sa situation, mais il comprit enfin ce que signifiait ce sourire fugace qu’elle lui avait montré. Elle n’avait pas été blessée par ses paroles. Tout comme lui regrettait que ses efforts ne portent jamais leurs fruits, peu importe à quel point il essayait, elle regrettait de ne même pas pouvoir essayer. Elle savait qu’elle était impuissante et incapable de changer cela, et elle l’avait accepté.

Elle avait réussi à trouver un peu de réconfort dans la lecture, mais lui s’était moqué de cela, persuadé qu’elle ne faisait que fuir ses problèmes et perdre son temps. Il se sentit écœuré de lui-même pour avoir pu penser une chose pareille.

— Ne t’en fais pas, Yanagi-kun. Je suis heureuse comme ça.

— Mais…

— Je peux lire les livres que j’aime avec un ami. Je suis heureuse.

Elle chérissait une chose aussi simple comme s’il s’agissait d’un joyau rare.

Les autres disaient qu’elle était trop quelconque et qu’elle ne lui convenait pas, mais lui n’était pas d’accord. Elle était plus forte que lui. Lui se renfrognait simplement parce que ses efforts ne portaient pas leurs fruits, tandis qu’elle continuait à chercher et à trouver de petits bonheurs malgré son incapacité à faire ce qu’elle souhaitait. Elle était la seule à se soucier de lui, non pas parce qu’il était la vedette de l’équipe de football ou à cause de ses notes, mais parce qu’elle accordait de la valeur au temps qu’elle passait avec lui.

Il pouvait encore se rappeler avec une netteté saisissante les moments qu’ils avaient passés dans cette bibliothèque après les cours. Il entendait le bruissement des pages qu’ils tournaient, ce son résonnant profondément en lui tandis que le temps s’écoulait lentement. Une lumière orangée baignait les lieux tandis que tous deux, amis par hasard, lisaient jusqu’à ce que le soleil disparaisse à l’horizon. Ses yeux s’embuèrent à ce souvenir. C’était quelque chose qu’il chérissait lui aussi.

Et c’était pour cette raison qu’il ne pouvait pas pardonner à ceux qui avaient piétiné leurs souvenirs.

Il décida de redonner le meilleur de lui-même au football. Après avoir appris à la connaître, il eut honte de se laisser aller ainsi alors qu’elle continuait malgré tout à avancer. Il s’entraîna chaque jour jusqu’à l’épuisement, puis allait à la bibliothèque pour la retrouver, tous deux se taquinant sur le chemin du retour.

Ils furent de nouveau dans des classes différentes durant leur troisième année, mais les moments heureux qu’ils passaient ensemble continuèrent. Espérant lui montrer son bon côté, il s’entraîna avec acharnement en vue de son dernier tournoi de football. À cause de cela, ils se virent moins souvent, jusqu’au jour où elle cessa de venir en cours. À son insu, elle était victime de harcèlement dans sa classe.

Il avait échoué à la protéger.

C’était pour cela qu’il décida d’arrêter le football après le collège. Il voulait passer autant de temps que possible avec elle, lui permettre de vivre ses journées en paix et retrouver avec elle ces instants qu’il chérissait tant.

Mais il l’abandonna une seconde fois.

Il était furieux contre les filles qui l’avaient harcelée et contre les garçons qui avaient tenté de mettre la main sur elle, mais la personne qu’il ne pouvait vraiment pas pardonner, c’était lui-même, pour avoir été assez stupide pour répéter les mêmes erreurs.

Son cœur se remplit de haine et, quelle que soit l’époque, une vérité demeurait inchangée : le corps n’était que le réceptacle du cœur. Si le cœur se teintait de haine, alors le corps prenait la forme qui lui correspondait. Sa transformation était inévitable. C’est ainsi que Tomishima Yanagi devint Hikiko-san.

Ses vêtements se changèrent en haillons sales. Ses cheveux poussèrent, longs, noirs et en désordre, et son visage prit une apparence saisissante déformée par la rage. Il était devenu le monstre tristement célèbre pour traîner les harceleurs jusqu’à ce qu’ils ne soient plus qu’une masse de chair méconnaissable. Ceux qui se tenaient devant lui avaient fait du mal à Mai, ce qui ne différait en rien du fait de lui faire du mal à lui-même. Il les jugerait donc conformément à ce que dictait la légende urbaine dont il était devenu le sujet.

— U…un monstre ?!

— Qu’est-ce qui se passe, bordel ?!

Les deux garçons reprirent leurs esprits et reculèrent à la vue de l’être hideux qui se tenait devant eux. C’était pitoyable à voir, surtout après leur comportement vulgaire quelques instants plus tôt. Submergés par la peur, ils tournèrent le dos à Hikiko-san et s’enfuirent, abandonnant les filles derrière eux.

Attendez…

Mais Yanagi, ou plutôt Hikiko-san, leur saisit les épaules par derrière.

Dans les récits surnaturels, les esprits étaient souvent décrits comme impossibles à fuir une fois rencontrés.

Les garçons avaient déjà pris une bonne avance, mais Hikiko-san les rattrapa en quelques enjambées seulement. Il était devenu quelque chose de véritablement inhumain.

Il les jeta au sol par la seule force de ses bras, leur arrachant la peau au passage.

— Aaaargh !

Ils poussèrent des cris misérables. Les endroits où Hikiko-san les avait saisis aux épaules étaient couverts de profondes entailles, comme si un couteau les avait lacérés.

Leurs vêtements se déchirèrent et le sang se mit à couler. Hikiko-san ne ressentit rien en les regardant s’effondrer au sol. Peut-être que sa colère était si forte qu’elle avait noyé toute autre émotion. Ou peut-être était-il devenu trop inhumain pour en éprouver. Les garçons sanglotaient de douleur, mais cela ne lui faisait pas plus d’effet que s’il avait regardé des fourmis se noyer dans une flaque d’eau.

— A…ah… À l’aide…

Les filles s’effondrèrent au sol, les jambes dérobées par la peur, incapables de faire autre chose que regarder l’horreur se dérouler sous leurs yeux. Leur manière de supplier qu’on les aide l’irrita.

De l’aide ?

Aucune d’entre elles ne pouvait lui échapper, alors autant commencer par celle qui avait donné un coup de pied à Mai.

Toi… Tu veux qu’on t’aide ? demanda Hikiko-san.

Dominée par la peur, la fille crut avoir une chance.

— Je suis désolée. Épargne-moi. Je ferai n’importe quoi.

Elle le supplia, les larmes et la morve coulant sans retenue sur son visage.

Cette vue attisa encore davantage sa colère.

Est-ce que… est-ce que vous ne vous êtes jamais demandé si Mai voulait que quelqu’un l’aide ? Elle a dû supplier exactement comme toi. Mais… est-ce qu’un seul d’entre vous l’a écoutée ? Non… Alors en quoi serait-il juste que je fasse preuve de pitié maintenant ?

— M…mais…

Incapables de réfuter ses paroles, les filles tremblèrent.

Pendant un bref instant, son regard s’adoucit.

Mais vous savez… Je crois que… je crois que je pourrais encore vous pardonner.

— …Hein ?

J’ai dit… que je vous pardonnerai toutes.

— V…vraiment ?

Oh, oui…

L’espoir revint dans les yeux des filles terrifiées. Elles pensèrent peut-être pouvoir s’en sortir, mais la bouche d’Hikiko-san, fendue d’une oreille à l’autre, se tordit en un sourire hideux et malveillant.

Une fois que vos corps ne seront plus qu’une bouillie de chair, je suis sûr que je trouverai la force de vous pardonner.

Tout espoir leur fut arraché. Les filles pâlirent.

Oui… C’est exactement ce visage que je voulais voir, pensa-t-il. Voilà votre punition. À quoi bon si vos derniers instants ne sont pas remplis de désespoir ?

Krik, krik.

On entendit l’étrange bruit de quelque chose que l’on déployait. Des lames rouillées et tachées de sang apparurent dans sa main tendue. Les lames de cutters et de rasoirs déchirèrent successivement la peau de sa paume. Les filles se figèrent d’effroi devant ce spectacle répugnant. Il éclata d’un rire dément en imaginant le moment où ces lames s’enfonceraient dans leur chair.

De nombreux monstres issus des légendes urbaines étaient étroitement associés à des armes tranchantes. Hikiko-san en faisait partie, mais pour des raisons différentes de la plupart. La Femme à la Bouche Fendue utilisait une faucille, le Manteau Rouge un couteau, et Hikiko-san était connue pour se servir de lames de rasoir et de cutters. Les entailles qui couraient sur les côtés de son visage étaient censées avoir été infligées par elle-même avec un cutter dans un accès de folie. Puisque Hikiko-san était une légende urbaine née de problèmes tels que le harcèlement et l’exclusion sociale, ces lames fines mais acérées souvent utilisées pour se taillader les poignets pouvaient sembler lui être associées. Mais en réalité, ce n’étaient pas tant les lames qui étaient liées à Hikiko-san que les blessures qu’elles infligeaient.

C’était similaire à la manière dont le manteau n’était qu’un aspect secondaire de l’identité du Manteau Rouge. Puisqu’il s’agissait d’une légende urbaine née d’une véritable affaire de meurtre, l’image d’une entité teinte du sang des autres passait avant tout le reste, car le Manteau Rouge était avant tout une légende urbaine liée au meurtre.

Hikiko-san était une légende urbaine qui tuait des gens, mais ce n’était pas une légende urbaine sur le meurtre. Elle était née de problèmes comme le harcèlement et le retrait social des hikikomori, s’était tailladé le visage avec un cutter et était censée tuer ceux qui harcelaient les autres de la même manière qu’elle avait elle-même été harcelée.

C’était pour cela qu’elle fuyait à la vue d’un miroir. Elle craignait les miroirs parce qu’elle avait peur de ce qu’elle était devenue, quelqu’un qui faisait exactement la même chose que ses harceleurs. En faisant souffrir ceux qui l’avaient tourmentée, elle était devenue à son tour une personne qui tourmentait les autres, et les miroirs le lui rappelaient. Faire du mal aux autres revenait à se faire du mal à soi-même. Chercher à se venger ne rendait pas meilleur que ceux dont on cherchait à se venger. C’était là la véritable nature de sa légende urbaine, une légende urbaine liée à l’automutilation.

— N…non… Yanagi-kun, tu ne peux pas…

Mai était toujours allongée au sol. La douleur causée par le coup qu’elle avait reçu dans l’estomac était trop forte pour qu’elle puisse se relever, mais elle se força malgré tout à parler.

Il savait qu’elle tenterait de l’arrêter. Une personne aussi gentille qu’elle n’aurait jamais accepté que quelqu’un soit tué, pas même ceux qui l’avaient tourmentée. Il le savait depuis le début.

Yanagi continua malgré tout à s’approcher lentement mais sûrement des filles. Hikiko-san était une légende urbaine liée à l’automutilation, et les lames qui apparaissaient en traversant sa propre peau en étaient la manifestation. Il n’était pas différent. Il ne renoncerait pas à sa vengeance, même s’il savait qu’elle ferait souffrir quelqu’un.

Sa vengeance ferait souffrir la douce, si douce Mai, mais il ne désirait plus qu’une seule chose : arracher la peau de ses harceleuses et voir le sang couler sur leur chair mise à nu. Ensuite, il veillerait à ce qu’elles soient réduites en une bouillie sanglante. Ce n’est qu’alors que son cœur serait satisfait. Son souhait était presque à portée de main.

Mais quelque chose apparut sur son chemin.

— Alors c’est donc cela qu’Asagao craignait.

Sa voix était dénuée de peur, inébranlable comme l’acier. Quelqu’un au visage vaguement familier se tenait désormais à côté des filles qui avaient harcelé Mai.

— Tomishima… C’est un nouveau style que tu essaies ?

Yanagi eut l’impression qu’il s’agissait peut-être d’un camarade de classe. Son esprit était trop embrumé pour se souvenir de son nom, mais s’il se tenait de leur côté, alors il devait être un ennemi.

…Mais non. Ce n’était pas possible. Ce camarade de classe ne lui avait-il pas promis, lui aussi, qu’il ferait ce qu’il pourrait pour aider Mai ?

***

Ne… ne te mets pas en travers de mon chemin, dit Yanagi d’une voix rauque et hésitante.

Jinya évalua rapidement la situation. Yoshioka était au sol, se tenant le ventre. Deux garçons étaient étendus dans une mare de sang, et les jambes de trois filles avaient cédé sous l’effet de la peur.

Les garçons avaient perdu une quantité non négligeable de sang, mais leurs blessures semblaient légères. Elles paraissaient probablement plus profondes qu’elles ne l’étaient réellement. À en juger par le vomi sur le sol, Yoshioka semblait avoir reçu un coup dans l’estomac ou quelque chose du même genre mais ses blessures paraissaient elles aussi légères. Les trois filles, en revanche, n’avaient aucune blessure, mais étaient désormais la cible de Yanagi. Ce qui signifiait qu’elles étaient à l’origine du harcèlement et que les garçons n’étaient que des complices.

— C’est lamentable. Je n’ai rien à dire pour défendre ces filles.

Alors pars… Pars, s’il te plaît, pour que je puisse…

Yanagi ne termina pas sa phrase.

— …D’accord.

Yanagi suppliait Jinya de le laisser tuer les filles. Jinya comprenait ce qu’il ressentait. C’était quelque chose qu’il avait lui-même connu autrefois. Yanagi s’était perdu dans sa haine et était devenu un démon, son esprit commençant à vaciller. À l’instant où il achèverait sa phrase et exprimerait ce qu’il désirait, il serait déjà trop tard. Le destin de ceux qui laissaient la haine s’emparer de tout leur être était connu. Jinya voyait deux chemins devant Yanagi : soit il parvenait à garder le contrôle de lui-même et à se stabiliser, devenant un esprit semblable à lui, soit il devenait un monstre qui n’apportait que du mal à ceux qui l’entouraient.

Quoi qu’il en soit, sa vie d’humain avait déjà pris fin.

— Je suppose que tu n’as aucune pitié à accorder à ces filles ?

Bien sûr que… non.

— Une partie de toi hésite-t-elle seulement à les tuer ?

Pas… le moins du monde !

Jinya ne pouvait pas stabiliser Yanagi de la même manière qu’il l’avait fait avec Ryuuna. Il n’avait pu utiliser Furutsubaki sur elle que parce que Nagumo Eizen l’avait rendue vulnérable à son influence. Son cas avait été un coup de chance.

Comme Yanagi était devenu un esprit uniquement par la force de ses propres émotions et non sous l’effet d’une influence extérieure, Furutsubaki et Esprit seraient tous deux inutiles. S’il devait être sauvé, ce ne pourrait être que par la force de son propre cœur. Mais il ne restait plus beaucoup de temps avant que son esprit ne l’abandonne complètement.

Yanagi ne pouvait déjà plus être appelé Yanagi. Il était désormais Hikiko-san, un être guidé par la haine qui tuait les harceleurs et entraînait quiconque croisait sa route vers une mort sanglante.

Écarte-toi… Elles doivent être punies… pour ce qu’elles ont fait à Mai…

— Personnellement, cela ne me poserait aucun problème. Je n’ai aucune obligation de protéger ces filles.

Les filles crièrent à Jinya de les aider, mais il les ignora complètement. Malgré cela, il ne s’écarta pas du chemin de Hikiko-san.

Jinya n’avait aucun devoir de sauver ces misérables et n’avait aucune envie de jouer les héros. Lui-même avait vécu en démon pour assouvir sa vengeance et n’avait pas l’intention de dire à quelqu’un d’autre d’abandonner la sienne. S’il y avait une forme de miséricorde dans tout cela, c’était peut-être de laisser son camarade accomplir sa vengeance tant qu’une part de lui-même subsistait encore, afin qu’il puisse au moins quitter ce monde en ayant atteint son but. Si cela avait été possible, Jinya aurait choisi cette option.

— Tu ne peux pas, Yanagi-kun, ne fais pas ça…

Mai se força à se relever malgré son corps frêle. Elle était loin d’être robuste. Le coup qu’elle avait reçu l’avait laissée à peine capable de bouger. Elle tenta de se mettre debout, mais retomba aussitôt. Malgré cela, elle n’abandonna pas et essaya encore de se relever tout en répétant inlassablement à son cher ami d’arrêter.

C’était une fille sans pouvoir, mais elle luttait désespérément pour empêcher quelqu’un d’important à ses yeux de se salir les mains, poussant sa faible volonté jusqu’à ses limites.

— …Malheureusement, il semble qu’il ne me reste pas le choix.

Qu’est-ce que tu… fais ?

— Écoute bien. Ton existence humaine touche déjà à sa fin. Si tu crois vraiment qu’il ne te reste plus rien, alors passe de force devant moi, tue ces filles et poursuis ton chemin jusqu’à devenir complètement un esprit.

Qu’il tue les filles ou non, il était destiné à devenir un esprit. Puisqu’il devrait de toute façon être tué par la suite, Jinya aurait préféré le laisser accomplir sa vengeance avant cela. Mais Mai n’avait pas encore renoncé à lui.

Sa voix pourrait peut-être l’atteindre. Mais même dans ce cas, son destin ne changerait pas, et il n’aurait rien pour lequel vivre en dehors de sa vengeance. Pourtant, Jinya voyait quelque chose de respectable dans sa détermination.

— Mais sache qu’il y a quelqu’un qui n’a pas encore renoncé à toi. Par respect pour sa volonté, je vais rester ici et te barrer la route.

Jinya comptait protéger les trois filles et gagner du temps pour permettre à Mai de lui parler. Si sa voix l’atteignait et qu’il devenait un esprit capable de garder le contrôle de lui-même, alors tant mieux. Mais s’il finissait malgré tout par devenir un être ne pouvant apporter que du mal, alors Jinya ferait ce qu’il avait à faire.

Il poussa un long soupir, puis fixa calmement Hikiko-san devant lui. Il ne restait plus la moindre trace du camarade de classe bienveillant qu’il avait connu.

Quel gâchis que les choses aient tourné ainsi. Il avait seulement voulu protéger la fille qui lui était chère, mais tel qu’il était désormais, il ne pouvait que la faire souffrir. Pourtant, les esprits avaient toujours été ainsi, quelle que soit l’époque.

Jinya se prépara à encaisser les attaques de Hikiko-san avec la longue lame rouge qu’il tenait entre ses mains. Comme il ne pouvait pas apporter Yarai dans l’enceinte du lycée, Lame de Sang était l’arme qu’il avait choisie.

Hikiko-san poussa un cri et se rua en avant.

Les haillons qui recouvraient son corps claquèrent dans le vent avec un bruit semblable à celui de l’air que l’on tranchait. Jinya bloqua sa charge avec son épée, et un tintement métallique résonna à l’endroit où ils s’étaient heurtés.

Ces haillons n’avaient rien d’ordinaire. Le tissu était en réalité constitué de petites lames, semblables aux lames détachables de rasoirs et de cutters, empilées les unes sur les autres. Plus Hikiko-san bougeait violemment, plus ses vêtements le coupaient et faisaient couler son propre sang.

Il balaya l’air de son bras, faisant apparaître encore davantage de lames. Des lames de cutter traversèrent sa paume avant de fuser vers Jinya.

Chaque fois qu’Hikiko-san attaquait, bougeait ou même bloquait une attaque, il s’infligeait lui-même des blessures. Pourtant, ses mouvements ne ralentissaient pas le moins du monde et maintenaient Jinya sur la défensive.

— …Ce n’est pas bon, murmura Jinya.

Il n’était pas dépassé et pouvait même contre-attaquer s’il le souhaitait, mais l’assaut frénétique de Hikiko-san le déconcertait malgré tout. Ce qui était plus rapide qu’il ne l’avait imaginé, ce n’était pas Hikiko-san lui-même, mais l’autodestruction de Tomishima Yanagi.

Heh. Ha. Aha ha, hee hee hee hee…

Hikiko-san riait comme un dément tout en continuant à se blesser à chaque attaque. Peu importe combien de fois Mai appelait son nom, il ne tournait même pas les yeux vers elle, et le sang coulait tandis qu’il agitait ses lames tranchantes et fragiles.

— Yanagi-kun, s’il te plaît, arrête… Je vais bien maintenant. Ne te fais plus de mal…

Même après sa transformation, elle semblait encore voir en lui le Yanagi qu’elle connaissait.

Elle le suppliait encore et encore d’arrêter de se faire du mal, mais peu importe combien elle pleurait ou l’implorait, sa voix ne l’atteignait pas. Hikiko-san était entièrement absorbé par sa vengeance.

Aha, hee hee. Aha ha. Je ne peux pas… pardonner. J’ai mal… Mai. Je… Mai. On t’a fait du mal… Je dois la protéger… Je… je dois protéger. Ta douleur, ma douleur, alors ma tristesse… sa joie. Oui… Aha, ha, oui ! Hee hee, ahi, aha ha ha !

Il ne savait probablement même plus pour quoi il se battait. Il attaquait désormais par simple impulsion.

Jinya avait voulu laisser à Yanagi le temps de faire ses adieux si possible. C’était en partie pour cela qu’il avait prolongé aussi longtemps cette lutte vaine. Mais il n’irait pas plus loin. Si la voix de Mai ne pouvait pas l’atteindre, alors il n’y avait plus rien à faire.

— Yoshioka… Je suis désolé, mais c’est terminé, dit Jinya.

— N…non, attends ! Encore un peu. Yanagi-kun n’abandonnerait pas aussi facilement…

Mai continuait de croire que sa voix pourrait atteindre Yanagi si elle persistait, mais il était désormais l’esprit connu sous le nom de Hikiko-san. Il était peu probable qu’il reste encore la moindre trace du cœur de Yanagi.

— …Qu’est-ce qui se passe ?

Azusaya Kaoru arriva enfin derrière le gymnase. Elle s’était probablement attendue à découvrir une simple affaire de harcèlement, mais certainement pas cela.

Elle resta figée quelques instants, puis se mit aussitôt à fouiller dans ses poches.

— O…oh, c’est vrai ! Un miroir ! Kadono-kun, gagne un peu de temps ! Je sais comment on s’occupe de Hikiko-san !

Jinya interrompit son attaque. Il n’eut pas l’occasion de répondre, mais gagna du temps aussi prudemment qu’il le pouvait.

Pendant ce temps, Kaoru courut vers les trois harceleuses.

— Donnez-moi un miroir ! Vous n’en avez pas un sur vous ?

— Q…quoi ? Euh, t…t’es qui…?

— La faiblesse de Hikiko-san, ce sont les miroirs, tout comme la Femme à la Bouche Fendue peut être vaincue avec un miroir ! Il suffit de montrer un miroir à Hikiko-san et elle s’enfuira ! Enfin… c’est censé se passer comme ça !

— Hein ? M…mais j’ai laissé mon sac en classe…

Aucune des filles n’avait de miroir sur elle. Anxieuse face à la folie meurtrière de Hikiko-san, Kaoru plaça son dernier espoir en Mai.

— Yoshioka-san, tu as un miroir ?! C’est la faiblesse de Hikiko-san ! Il suffit de le lui montrer !

— Azu…saya-san… Un miroir ?

Toujours au sol, Mai se força à lever les yeux vers Kaoru. Elle répéta plusieurs fois le mot « miroir » avant que quelque chose ne semble lui revenir en mémoire et qu’elle regarde droit vers Yanagi. Elle se mordit fortement la lèvre, comme pour rassembler son courage.

— …Nous en avons un. Un miroir.

Mais avant que Mai puisse faire quoi que ce soit, la situation de Jinya changea. À mesure que Hikiko-san se rapprochait d’une pleine nature d’esprit, sa puissance augmentait. Il devenait progressivement plus difficile pour Jinya de rester sur la défensive. Les attaques de Hikiko-san gagnèrent en précision, ses lames visant désormais les points vitaux de Jinya.

Ils avaient atteint leurs limites.

— Jishibari.

À l’appel de Jinya, plusieurs chaînes surgirent et s’enroulèrent autour des membres de Hikiko-san, immobilisant complètement ses mouvements. Ce pouvoir, que Jinya avait reçu d’une fille de Magatsume, s’était affaibli en devenant sien, mais les chaînes demeuraient suffisamment solides pour le retenir.

Les lames fragiles d’Hikiko-san étaient inutiles contre le métal. Hikiko-san se débattit pour se libérer, mais Jinya ne fit que resserrer davantage les chaînes.

Ah, hee. Je… J’ai fait du mal à Mai… Alors je dois la pro… protéger… Comme ça, nous pourrons revenir… à ce que c’était avant… Mais j’ai échoué… Alors cette fois, c’est certain… Cette fois, c’est sûr…

C’était vraiment regrettable. Yanagi n’avait jamais voulu que tout cela arrive. Ses regrets l’avaient transformé en esprit sans qu’il y soit pour rien.

Au final, la voix de Mai ne l’avait pas atteint. Il ne pouvait plus être sauvé.

— Je vais t’accorder la miséricorde d’en finir ici, afin que tu puisses mourir sans commettre de meurtres insensés.

Jinya ajusta sa prise sur sa longue lame rouge et abaissa sa posture. Il mettrait un terme à tout cela d’un seul coup, sans lui laisser le temps de souffrir.

Il s’apprêtait à avancer et à frapper, mais quelqu’un s’approcha de Hikiko-san avant qu’il ne puisse le faire.

— Yanagi-kun…

Tout le monde resta figé de stupeur. Même Hikiko-san, probablement.

D’un pas vacillant et hésitant, Mai se dirigea vers Yanagi. Une fois devant lui, elle tendit la main et le toucha délicatement.

***

Sa conscience était devenue confuse après sa transformation en monstre, mais il reconnut malgré tout Mai. Elle tendit la main et toucha ses vêtements en lambeaux faits de lames. Son doigt fut entaillé, et un mince filet de sang coula.

— Si c’est un miroir dont tu as besoin, tu en as un juste ici…

Elle ne semblait pourtant ressentir aucune douleur. Au contraire, elle souriait paisiblement.

— Yanagi-kun. Ça m’a pris du temps, mais j’ai réussi à sortir de ma chambre.

Il reconnut vaguement l’expression sur son visage. Hikiko-san… non, Tomishima Yanagi fouilla les profondeurs de son esprit à la recherche de ce souvenir, sa conscience vacillante luttant pour s’en rappeler.

— J’ai réussi mes examens d’entrée et j’ai commencé à aller régulièrement au lycée. Je déjeune et je rentre avec toi. J’ai commencé à parler avec certaines filles de ma classe. Un garçon a récemment attrapé un livre que je n’arrivais pas à atteindre, et il ne s’est pas enfui.

Pour la plupart des gens, ce genre de choses ne mériterait guère d’être raconté, mais Mai les partageait avec Yanagi avec fierté.

Ma…i…

— Il y a encore un peu de harcèlement, mais… je tiens bon. Je sais que les choses redeviendront comme avant si je prends la fuite, alors je fais de mon mieux. J’ai même réussi à répondre un peu à mes harceleuses.

Ne se contentant pas d’un simple contact, elle passa ses bras autour de lui. Même si le moindre mouvement pouvait la couper, elle ne le lâcha pas.

— Mais je n’ai pu aller aussi loin que parce que tu as fait le premier pas pour moi, Yanagi-kun. C’est toi qui m’as sortie de ma chambre quand j’avais peur du monde. C’est pour ça que je serai ton miroir.

Mai, qui avait toujours eu peur de tout depuis le début du harcèlement, lui parlait maintenant avec une telle assurance. Comprendre qu’elle avait trouvé ce courage pour lui fit peu à peu retrouver sa lucidité.

— La personne que je suis aujourd’hui est la preuve de tout ce que tu as fait. Qu’est-ce que tu vois quand tu me regardes ?

A-ah…

— Je souris, n’est-ce pas ? Je serai ton miroir, Yanagi-kun. Si jamais tu as l’impression d’oublier quel genre de personne tu es, tu pourras me regarder et t’en souvenir. Je serai toujours là pour refléter tout ce que tu as fait pour moi.

Il était resté à ses côtés durant ses heures les plus sombres, alors elle faisait la même chose pour lui maintenant.

On disait que les autres étaient des miroirs qui reflétaient notre propre personne. Comme pour prouver à Yanagi que ses actions jusqu’à cet instant n’avaient pas été vaines, Mai sourit de toutes ses forces. Même alors qu’elle saignait, elle supporta la douleur et soutint son regard sans faiblir.

— Merci pour tout ce que tu as fait pour moi, mais tu n’as plus besoin de te faire du mal à cause de moi. C’est à mon tour de faire de mon mieux… pour te montrer que tu n’avais pas tort.

Mai…

— Mais j’ai besoin que tu reviennes d’abord auprès de moi pour pouvoir continuer à me soutenir comme tu l’as toujours fait. Je vais faire de mon mieux, mais tu sais bien que je trébuche et tombe tout le temps. J’ai encore besoin que tu sois là pour me rattraper quand ça arrive.

Ah… Ha. C’est… vrai…

Enfin, il se rappela où il avait déjà vu cette expression. Comment avait-il pu l’oublier ? Au collège, elle arborait toujours ce sourire paisible lorsqu’elle était à la bibliothèque. Mais il avait disparu quelque part lorsque le harcèlement avait commencé, tout comme ces brefs moments de paix après les cours qu’il chérissait tant. C’était pour cela qu’il avait été si désespéré de retrouver ce qu’ils avaient autrefois.

Mais peut-être que rien n’avait été perdu. Peut-être que son sourire était déjà revenu et qu’il s’était simplement montré trop protecteur pour le voir réellement.

— Je suis désolé de ne pas l’avoir remarqué… De ne pas t’avoir vraiment regardée.

— Non, tu as toujours veillé sur moi, Yanagi-kun. Tu as seulement cessé de te regarder toi-même. C’est tout.

La légende urbaine de Hikiko-san racontait l’histoire d’une fille harcelée qui s’était enfermée dans sa chambre, avait perdu la raison et était devenue un monstre. Sous cette forme, elle errait dans la ville les nuits de pluie, attrapait les enfants qu’elle croisait par les chevilles et les traînait jusqu’à ce qu’ils ne soient plus qu’un amas sanglant.

C’était une légende urbaine meurtrière, mais il était simple de la vaincre : il suffisait de lui montrer un miroir et elle prenait la fuite.

Autrement dit, cette fin suivait l’histoire à la lettre. Hikiko-san vit ses propres actes reflétés devant elle et s’enfuit. Rien d’extraordinaire ne s’était produit. Les choses s’étaient simplement déroulées comme la légende le voulait.

— Ha ha, tu as raison. Mais c’est parce que tu trébuches toujours dès que je détourne les yeux.

— C’est faux ! Roooh, franchement, Yanagi-kun.

Tous deux s’étreignirent.

Il n’était plus un monstre.

Les longs cheveux et les haillons avaient disparu sans laisser de trace.

Hikiko-san s’était enfuie, ne laissant derrière elle que Tomishima Yanagi et Yoshioka Mai.

***

La personne la plus surprise par ce retournement de situation était Jinya. Au fil des années, il avait affronté d’innombrables démons et légendes urbaines, et les avait presque tous vus connaître une fin amère. C’était pour cette raison qu’il avait pensé être arrivé trop tard cette fois-ci.

— Dire qu’il a pu revenir d’un tel état…

Les jeunes dépassaient parfois les attentes des anciens. Le Yanagi actuel n’était ni un démon ni une légende urbaine. Il avait été corrompu et transformé en esprit, mais était parvenu à redevenir humain une fois encore. Bien sûr, il avait reçu de l’aide. Malgré tout, ce résultat dépassait ce que Jinya croyait possible.

— Euh, alors… Qu’est-ce qui se passe, Kadono-kun ?

Hikiko-san était redevenu Yanagi et se trouvait maintenant enlacé avec Mai, tous deux couverts de sang. Le combat était terminé, mais Kaoru semblait incapable de comprendre ce qui venait de se produire et s’approcha de Jinya pour obtenir des explications.

Jinya réfléchit un instant à la manière de répondre, puis se rappela ce que Natsuki avait dit.

— Je suppose que c’est une fin romantique digne de leurs noms. Leurs sentiments se sont enfin rejoints, leur permettant d’atteindre une conclusion où ils peuvent être heureux ensemble. C’est peut-être un peu cliché, mais cela reste une belle fin malgré tout.

Cela ferait une explication suffisamment convenable.

Expliquer en détail tout ce qui s’était passé serait fastidieux.

À cet instant, la seule chose qui comptait était que ces deux-là étaient heureux ensemble.

***

— C’était quoi ce bordel… ce monstre ?!

— C’est à moi que tu demandes ?!

— Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond chez ces deux-là !

Le lendemain, les trois filles qui avaient échappé de peu à la mort discutaient bruyamment des événements terrifiants qui s’étaient produits sur un palier de l’escalier du lycée.

Le garçon qu’elles admiraient s’était transformé en monstre, et la fille qu’elles avaient harcelée l’avait arrêté.

Les filles n’arrivaient à donner aucun sens à tout cela. Elles ne souhaitaient qu’une chose : croire qu’il ne s’agissait que d’un rêve. Pourtant, les garçons qu’elles avaient amenés pour humilier Yoshioka étaient réellement à l’hôpital. Ce monstre avait existé. Une chose aussi maléfique s’était cachée parmi eux dans leur lycée, et même dans leur classe.

— Qu’est-ce qu’on fait ?

— Est-ce qu’il y a quelque chose qu’on peut faire…?

— Enfin, on ne peut pas rester sans rien faire ! Cette chose était dans notre lycée !

— Peut-être qu’on devrait en parler à quelqu’un, alors ?

— D’accord, mais à qui ?

— À un professeur…? Non, peut-être à la police ?

Inquiètes pour leur propre sécurité, elles envisagèrent de faire un signalement. Cela risquait toutefois de poser un problème…

— Je ne ferais pas ça à votre place.

Jinya les interrompit à cet instant après avoir surpris leur conversation.

Les trois filles sursautèrent de peur et se tournèrent lentement vers lui. Mais dès qu’elles reconnurent son visage, elles poussèrent un soupir de soulagement.

— C’est toi, le mec d’hier…

— Q-qu’est-ce que tu veux dire par là ?

Jinya pouvait voir leur peur du surnaturel, mais pas la moindre honte pour ce qu’elles avaient fait subir à Mai. Elles le regardaient avec des yeux qui attendaient de l’aide, mais les enfants désobéissants devaient être punis.

— Essayer de raconter aux autres ce qui s’est passé ne vous apportera que des ennuis, dit-il.

— Quoi ? Pourquoi ?

— Ce genre d’esprit cherche à se venger de ceux qui tentent de lui nuire. Le plus sûr pour vous est de faire comme si rien ne s’était passé, sinon… Oh là là. Regardez, il arrive déjà.

D’un mouvement du menton, il désigna une ombre. Les filles furent d’abord perplexes, mais leurs yeux s’écarquillèrent bientôt sous l’effet de la stupeur.

Aha, hee hee, aha ha ha ha ha !

Un bras émergea de l’ombre, bientôt suivi d’un visage atroce dissimulé sous de longs cheveux noirs. Sa bouche était fendue jusqu’aux oreilles et il portait des haillons usés jusqu’à la corde. C’était Hikiko-san, la légende urbaine qui avait tenté de les tuer.

— Kyaaa !

Les filles poussèrent un cri et s’enfuirent sans se retourner. L’une d’elles trébucha, puis se releva aussitôt avant de reprendre sa fuite à toute vitesse dans le couloir. Elles attirèrent sur elles les regards médusés des autres élèves sur leur passage.

Kaoru apparut au moment où elles s’en allaient. C’était l’heure du déjeuner, elle était donc probablement venue l’inviter à manger.

— Tu as terminé ce que tu avais à faire, Kadono-kun ? Allez, viens manger avec nous. Tout le monde est déjà réuni.

— Ça me va.

— Au fait, qu’est-ce qui leur prenait tout à l’heure, aux harceleuses ? Il s’est passé quelque chose ?

— Qui sait ? Peut-être qu’elles ont été trompées par un Amanojaku ?

Bien entendu, cette Hikiko-san qui venait d’apparaître n’était pas réelle, mais une illusion créée grâce à Simulacre, le pouvoir que l’Amanojaku lui avait accordé. Il aurait pu effacer leurs souvenirs à la place, mais cela aurait posé problème si elles recommençaient à harceler Mai.

Il jugea que les menacer de la même manière encore quelques fois suffirait. L’idée qu’elles puissent s’en tirer complètement sans conséquences ne lui plaisait pas vraiment, alors, pour le moment, Hikiko-san continuerait à les hanter de temps à autre et à leur faire regretter leurs actes.

Et sur ce, l’affaire impliquant Hikiko-san prit fin.

Les deux garçons que l’esprit avait laissés couverts de sang furent conduits à l’hôpital par Jinya et devaient se rétablir sans complications. Lorsqu’on leur demanda l’origine de leurs blessures, ils répondirent tous les deux qu’ils n’en savaient rien.

Jinya avait pris soin d’effacer leurs souvenirs. Il n’y aurait aucun problème pour Yanagi ou Mai.

Les trois filles qui avaient harcelé Mai restèrent discrètes depuis ce jour-là. Les illusions de Jinya semblaient avoir fait leur effet, car elles ne parlèrent à personne de ce qui s’était passé et le harcèlement cessa complètement. Désormais, chaque fois qu’elles croisaient Yanagi ou Mai dans les couloirs, elles s’éloignaient précipitamment dans la direction opposée.

Le harcèlement était enfin terminé. Yanagi était redevenu humain et passait chaque jour avec Mai, tandis que celle-ci était redevenue elle-même, trébuchant souvent sur quelque chose avant d’être rattrapée par Yanagi.

La paix était revenue, mais tout n’était pas exactement comme avant.

Cinq personnes étaient assises près des fenêtres de la cafétéria, discutant pendant le déjeuner. Le groupe se composait du trio habituel, Jinya, Miyaka et Kaoru, auquel s’étaient joints Yanagi et Mai.

De nombreux élèves se trouvaient autour d’eux, mais tous étaient absorbés par leurs propres conversations et ne prêtaient aucune attention à leur groupe. Malgré tout, Yanagi jeta un coup d’œil autour de lui pour s’assurer que personne n’écoutait. Une fois certain que la voie était libre, il déclara :

— Hé, Kadono… Depuis toute cette histoire, je suis capable de faire ça.

Une lame de rasoir apparut dans la paume de sa main. Tout comme lorsqu’il était Hikiko-san, il pouvait faire apparaître des lames de cutter et de rasoir acérées, ainsi que les haillons tissés de lames. Et pendant un très bref instant, il pouvait également faire preuve d’une force, d’une endurance et d’une régénération inhumaines. Il avait éveillé des pouvoirs surnaturels.

— Tu crois que peut-être…?

— Non, tu es humain maintenant. Je te le garantis… Cependant, être devenu un esprit temporairement semble t’avoir laissé une partie des pouvoirs de Hikiko-san.

— C’est étrange…

— C’est la première fois que je vois quelque chose de ce genre moi-même. Cela dit, il n’est pas si rare que des humains possèdent des capacités étranges.

— Ah bon ?

Les autres semblaient également intéressés, alors Jinya donna quelques exemples.

Il y avait les Akitsu, qui contrôlaient les esprits d’artefacts. Les Nagumo, qui maniaient des lames démoniaques. Les Kukami, qui fabriquaient des magatama à partir des âmes des démons et les incorporaient à leur propre chair pour utiliser leur pouvoir. Une boutique d’antiquités appelée Kogetsudou, dont les propriétaires étaient spécialisés dans les objets anciens devenus des esprits. Et bien d’autres encore, dont beaucoup étaient des chasseurs d’esprits.

Tous étaient humains, mais utilisaient des pouvoirs surnaturels.

Yanagi hocha profondément la tête, plein d’admiration.

— Alors les chasseurs d’esprits existent vraiment, hein ? Enfin, j’imagine que je le savais déjà puisque tu en es un.

— Exact. Quoi qu’il en soit, tu es un humain qui a éveillé des pouvoirs inhumains. Peut-être qu’on devrait t’appeler un « utilisateur de légende urbaine » ? dit Jinya.

Il devait bien admettre que cette suggestion manquait d’élégance, mais l’essentiel était que Yanagi comprenne qu’il restait humain.

Kaoru tira sur la manche de Jinya.

— Kadono-kun ?

— Oui, Azusaya ?

— « Utilisateur de légende urbaine », ça sonne beaucoup moins bien que « légendeur urbain » !

Elle serra les poings devant elle avec un air parfaitement sérieux en lançant sa proposition.

Les autres lui adressèrent des regards consternés, en particulier Miyaka, qui savait mieux que quiconque à quel point son amie de longue date pouvait être ridicule.

Mais Jinya avait toujours été indulgent envers sa jeune nymphe céleste aux pommes d’amour. Il ne se souciait pas particulièrement du terme choisi, alors après un bref instant de réflexion, il adopta sa proposition.

— Ah… Allons-y avec « légendeur urbain », alors.

— Kadono ? Tu ne peux pas être sérieux…

— On ne devrait pas y réfléchir un peu plus ?

Yanagi et Miyaka affichèrent tous deux une grimace tandis que Kaoru bomba le torse avec fierté en voyant sa suggestion acceptée.

Jinya mit fermement un terme à la discussion avant qu’elle ne s’éternise.

— Quoi qu’il en soit, tu n’as rien à craindre. Considère simplement que tu es un peu plus rapide, plus résistant grosso modo que la plupart des gens.

Yanagi sembla visiblement soulagé.

— …D’accord. Merci. Désolé pour cette étrange question. Ces derniers jours, je n’ai fait que t’être redevable, pas vrai ?

— Tu ne me dois rien. Les personnes que tu devrais vraiment remercier sont Yoshioka et Azusaya. Moi, je n’ai fait que gagner du temps.

Jinya ne faisait pas preuve de modestie. Il avait pleinement prévu de tuer Yanagi si Mai n’était pas parvenue à le ramener à lui. À ses yeux, il n’avait pas fait grand-chose pour aider, alors être remercié le mettait un peu mal à l’aise. Cela n’aidait pas que Mai lui soit encore plus reconnaissante que nécessaire.

Elle inclina plusieurs fois la tête avant de dire :

— C…c’est faux. Rien de tout cela n’aurait été possible si tu ne m’avais pas laissé essayer de le ramener. Merci, Kadono-kun.

— Je suis d’accord avec elle. Mai n’a pu faire ce qu’elle a fait que grâce à toi. Je t’en suis reconnaissant, Kadono.

Tous deux le remercièrent de tout cœur. C’était peut-être à cause de son âge, mais Jinya avait toujours eu un faible pour les jeunes comme eux.

— Très bien, j’accepte votre gratitude. Mais n’en faisons pas toute une histoire.

Il ne pouvait pas rester obstiné éternellement, alors il accepta leurs remerciements, à leur plus grande joie.

Ils reprirent leur déjeuner. Bien qu’elle soit encore un peu maladroite, Mai fit de son mieux pour parler avec les autres filles tandis que Yanagi l’observait avec un sourire satisfait. Jinya se surprit lui aussi à sourire brièvement, le cœur réchauffé par cette scène.

Après avoir terminé de manger, Mai regarda l’heure puis se tourna vers Yanagi.

Il se leva de sa chaise et déclara :

— Désolé, mais nous avons quelque chose à faire. On va y aller avant vous.

Mai le suivit, mais trébucha dans sa précipitation. Elle trébucha sans raison apparente et bascula en avant, la tête la première.

— Comme je te le dis toujours, il faut faire plus attention, Mai.

Yanagi la rattrapa juste à temps, comme s’il avait prévu que cela arriverait. C’était un spectacle familier pour leurs camarades de classe.

— D…désolée, Yanagi-kun.

— Ce n’est rien. J’ai l’habitude.

Si la moindre chose s’était déroulée différemment, cet échange familier aurait pu disparaître. Kaoru les regardait avec un large sourire. Elle semblait particulièrement émue, probablement parce qu’elle avait joué un rôle important dans le fait qu’ils puissent en arriver là.

— On se voit en classe.

— Euh, à-plus tard.

Tous deux se tinrent la main tandis qu’ils quittaient la cafétéria. Mai semblait un peu gênée de se laisser entraîner par la main, mais elle ne fit aucun effort pour la retirer tandis qu’elle marchait à ses côtés.

C’était elle qui avait fait fuir Hikiko-san, mais il semblait malgré tout continuer à mener la danse dans leur relation.

— C’est adorable, dit Miyaka avec émotion.

— Oui. On dirait exactement ce film romantique dont tu parlais, Kadono-kun.

Kaoru regarda le duo avec une joie non dissimulée. Elle semblait imaginer que le chemin qui les attendait ressemblerait à la fin heureuse d’un film romantique. Jinya ne voulait pas briser son enthousiasme, mais il y avait une petite correction qu’il devait apporter.

— Oh. En réalité, L’Homme au pousse-pousse est une histoire d’amour à sens unique du début à la fin.

— Attends, quoi ?!

L’Homme au pousse-pousse se terminait par la mort de Tomishima Matsugorou tandis que Yoshioka Yoshiko pleurait à ses côtés. C’était une conclusion émouvante et magnifique, mais elle n’avait rien de la douce histoire d’amour entre deux amoureux que Kaoru avait probablement imaginée.

— Tu plaisantes ! Il n’y a rien de romantique là-dedans…

— Je ne dirais pas ça. Même s’il meurt, leurs sentiments restent liés. C’est déjà très romantique.

Kaoru gonfla les joues, se sentant trahie.

— Mais une fin heureuse serait bien mieux.

— Là-dessus, je pense que nous pouvons être d’accord.

Il lui adressa un léger sourire devant sa réaction enfantine.

Il n’aurait rien eu d’étrange à ce que Yanagi et Mai connaissent une séparation en larmes comme dans le film, mais ils avaient tous deux continué à se tenir fermement la main et avaient trouvé ensemble un chemin vers l’avenir.

— Aller de l’avant, main dans la main… Une fin comme celle-là leur convenait bien davantage.

error: Pas touche !!