sentenced t3 - CHAPITRE 2 PARTIE 4
Châtiment : Défendre la fortification sur la ligne de front de Tujin Tuga (4)
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Traduction : Calumi
Correction : Raitei
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En un instant, le chaos s’abattit sur notre fortification.
Les soldats de l’Alliance nobiliaire, responsables de tout ce merdier, furent les premiers à arriver. Des alliés qui décidaient de fuir et plongeaient un champ de bataille dans le désordre, c’était une histoire vieille comme le monde. Malgré tout, la situation était particulièrement lamentable cette fois-ci, puisque le Neuvième Ordre avait été abandonné seul face à l’ennemi pendant que leurs alliés s’enfuyaient pour sauver leur peau.
— Que font les héros condamnés ?! hurla furieusement un homme à cheval.
C’était clairement un noble, et un haut placé, à en juger par son apparence. Il était bien habillé, trop bien habillé même. Il portait un manteau d’un blanc immaculé presque exempt de toute saleté du champ de bataille, ainsi qu’un fourreau finement poli. Derrière lui se trouvait un porte-étendard arborant l’emblème d’un lion tenant une hache de guerre entre ses crocs.
Je connaissais cet emblème. Il appartenait à la famille Dasmitur, une lignée noble centrale issue de la maison royale Zef.
— Le Fléau démoniaque est presque là ! Ça devait être le chef des féeries, le Roi-Démon. Dépêchez-vous de l’arrêter !
— Pardon ? répliquai-je. — Pourquoi est-ce que…
— Compris ! Vous pouvez compter sur nous ! Xylo, c’est l’heure de nous battre !
La voix forte et agaçante de Venetim couvrit la mienne. Ce n’était que dans ce genre de moments qu’il débordait d’énergie et prenait les devants.
— Veuillez nous laisser gérer la situation. Après tout, c’est précisément pour cela que nous, héros condamnés, existons !
— Évidemment, répondit froidement le noble. — Le Roi-Démon arrive de l’est, et il est énorme ! Je n’ai jamais vu un monstre pareil ! Ce n’est pas le moment de traîner. Allez ! À ce rythme, mes hommes finiront dans l’estomac de cette chose !
— Votre volonté sera exécutée. Nous partons immédiatement, et je vous promets que nous—
— Ferme-la…
J’attrapai l’épaule de Venetim avant qu’il ne fasse davantage de promesses impossibles à tenir.
— Arrête de raconter de la merde. L’unité principale du Neuvième Ordre est actuellement en train de se faire écraser par l’ennemi.
— Nous sommes des héros condamnés. Nous n’avons pas le droit de refuser, peu importe la situation.
— …Bordel !
Venetim avait raison. Tout ce que je pouvais faire, c’était maudire notre situation. Nous n’avions aucun moyen de désobéir aux ordres, et aucun temps pour réfléchir calmement à nos options.
— Il arrive ! C’est le Fléau démoniaque, Ammit ! hurla un soldat.
Ammit était un nom que j’avais déjà entendu à plusieurs reprises pendant mes batailles dans le nord. Ce Roi-Démon ressemblait à une gigantesque chenille noire et flasque, et il était connu pour son immense gueule capable de dévorer tout ce qui se trouvait sur son passage, qu’il s’agisse de roche, de fer ou même de flammes.
En clair, ce serait un adversaire difficile à gérer.
Je pouvais le voir approcher rapidement depuis l’est, une vitesse qu’on n’aurait jamais imaginée pour une créature de cette taille. Son corps noir de jais, à l’aspect écœurant et luisant, scintillait sous la lumière du soleil tandis qu’il ondulait à travers la plaine.
— Dépêchez-vous et faites quelque chose ! glapit le noble.
— Ouais, ouais. Je vais voir ce que je peux faire, marmonna Tsav à côté de moi.
Il semblait ne ressentir aucune loyauté particulière envers la noblesse.
Il était actuellement allongé sur le ventre, son bâton de foudre en main, déjà en train de viser l’ennemi. Aussitôt, un éclair puissant et acéré traversa les airs avant d’être immédiatement aspiré dans la gueule béante d’Ammit.
La bête ne réagit même pas. Elle continua simplement à ramper vers nous, labourant le sol sous elle et dévorant tout sur son passage.
Même Tsav ne put s’empêcher de rire.
— Ça lui a même pas chatouillé les tripes ! Ça craint vraiment. Je peux pas tuer ce truc ! Il faudrait que je le prenne par surprise, et y a aucun moyen que j’y arrive depuis ici.
— Ouais, j’ai déjà vu ce type une fois, dis-je. — À l’époque où je me battais dans le nord.
Ce n’était pas surprenant. Ammit pouvait faire apparaître une bouche n’importe où sur son corps. Même si tout le monde tirait en même temps avec ses bâtons de foudre, il serait quand même capable d’avaler chaque projectile.
— Rhyno.
Je me retournai. Il n’y avait que trois personnes assez proches pour recevoir des ordres : Venetim, Tsav et Rhyno. Et c’était Rhyno qui m’inquiétait le plus, alors je décidai de le prévenir.
— Ne tire pas au hasard avec ton arme et ne gaspille pas tes munitions ! En fait, ne fais rien tant que ce n’est pas absolument nécessaire !
— Je sais. Mais comment comptes-tu vaincre cette chose ?
Le canon fixé à son bras droit n’était même pas déployé. Il connaissait Ammit, lui aussi ? Cela dit, ça aurait du sens s’il avait entendu des rumeurs lorsqu’il travaillait comme aventurier dans le nord.
— Qu’est-ce que vous fichez, bande d’idiots ?! Dépêchez-vous ! hurla le noble en me pointant du doigt.
Enfin, techniquement, il pointait à la fois Teoritta et moi.
— Utilisez l’Épée Sacrée ! Vous pouvez le vaincre si vous utilisez l’Épée Sacrée de la déesse Teoritta !
Teoritta se raidit. Cette épée devait être devenue assez célèbre pour qu’un type comme lui la connaisse.
— Cette épée…
— Xylo, je peux le faire.
Teoritta agrippa mon bras.
— J’ai encore largement assez d’énergie, et je veux compenser le peu que j’ai fait jusqu’à maintenant. Il est temps pour moi de démontrer ma grandeur.
— Le problème n’est pas là.
Je lançai un regard noir au noble.
— On ne peut pas se précipiter. Si Teoritta utilise l’épée, elle ne pourra plus bouger pendant un moment. Ça doit rester une solution de dernier recours. On devrait d’abord essayer de trouver un moyen de le tuer avec des armes ordinaires.
— C’est exactement le moment de l’utiliser, bordel ! hurla le noble en posant une main sur la garde de son épée. — Faites utiliser son Épée Sacrée à votre déesse immédiatement ! Comment osez-vous, misérable héros condamné, me manquer de respect à ce point ?!
— …Et vous, comment osez-vous manquer de respect à une déesse ?
— Les déesses existent pour servir les humains et nous apporter la bonne fortune.
Ce noble Dasmitur ne semblait ressentir aucun besoin de montrer du respect envers Teoritta. Était-ce la croyance d’une faction à laquelle il appartenait, ou paniquait-il simplement à cause de la situation ?
— Dites-lui de faire son travail et de nous sortir de ce merdier, peu importe le prix à payer.
— Très bien, ça suffit. Vous…
— Ce n’est pas grave, Xylo. Je veux le faire.
Les flammes dans les yeux de Teoritta brûlaient déjà intensément, mais elle ne semblait ni blessée ni en colère.
— Nos soldats sont en train de mourir ! Je ne peux pas rester là sans rien faire !
— C’est très digne d’une déesse et de ta part, mais…
Je voulais finir avec un : « Tu veux vraiment utiliser tes pouvoirs pour quelqu’un comme lui ? » Mais je compris aussitôt que cela ne servirait à rien. Teoritta ne choisissait pas qui sauver selon qu’elle appréciait cette personne ou non. Des gens étaient en danger, cela seul lui suffisait.
— Bougez immédiatement ! Si vous refusez d’agir, je vous fais exécuter sur-le-champ ! Il y a d’innombrables personnes capables de faire votre travail à votre place !
Le sourire moqueur de Venetim se figea.
Tsav, lui, affichait toujours un sourire léger tout en faisant un geste qui signifiait clairement qu’il tuerait cet homme si je lui demandais. Pendant ce temps, Rhyno, dans son armure rouge sombre, semblait complètement indifférent.
Quoi qu’il en soit, j’avais déjà décidé de me battre.
Je pris Teoritta dans mes bras et me mis à courir avant de prendre appui sur le sol.
— Tsav, Rhyno ! Occupez-vous des féeries les plus faibles. Je vais tuer le Roi-Démon, puis battre en retraite.
Je n’attendis même pas leur réponse. Le gigantesque Roi-Démon se rapprochait toujours plus. Dès qu’il nous aperçut, il ouvrit sa gueule et relâcha les éclairs de Tsav qu’il avait avalés un peu plus tôt. Mais je savais déjà qu’Ammit pouvait recracher ce qu’il dévorait quand il le voulait, alors il était hors de question que je laisse ça nous toucher.
— Xylo !
Les cheveux de Teoritta crépitèrent tandis qu’une immense épée surgissait d’un vide, me permettant de prendre appui dessus et de tordre mon corps afin de changer de direction.
Les yeux d’Ammit nous suivirent pendant tout ce temps.
Parfait.
Nous avions accompli notre premier objectif. Ammit ouvrit encore plus grand sa gueule et recracha un torrent de boue. Il avait dû accumuler tout ça pendant longtemps. Quoi qu’il en soit, le monstre était désormais suffisamment proche pour être achevé pendant notre descente.
— Teoritta, finissons-en en une seule attaque.
— D’accord !
Son corps crépita violemment tandis qu’elle invoquait l’Épée Sacrée. C’était une arme simple, à une seule main, dépourvue de toute ornementation. Je l’attrapai en plein vol.
Même un torrent de boue et de gravats ne pouvait plus nous arrêter.
La pointe de la lame scintilla d’une lumière aveuglante, suivie d’un rayon qui effaça tout sur son passage. Le flot de terre disparut peu à peu tandis que le rayon de lumière fonçait droit vers le Roi-Démon.
Ammit ouvrit sa gueule comme pour nous avaler d’un seul coup, l’épée comprise.
Ça ne marchera pas.
Je fis pivoter tout mon corps en utilisant cet élan pour projeter l’Épée Sacrée dans la gueule du Roi-Démon.
Aussitôt, un nouvel éclat de lumière fut suivi d’un cyclone.
Lorsque l’air se dissipa et que nous touchâmes le sol, il ne restait plus que des pas précipités faisant trembler la terre et les cris des soldats autour de nous. Il ne nous restait plus qu’à nous occuper des féeries amenées par Ammit pendant que le Neuvième Ordre nous faisait gagner du temps.
Ça n’allait pas être simple.
— Teoritta, tu vas bien ?
— Je vais… bien… Je me sens… merveilleusement bien…
— Ne me mens pas.
Malgré son visage livide, Teoritta essaya de serrer les poings jusqu’à ce que je l’en empêche.
— Je suis fier de toi.
Je lui touchai la tête et reçus une faible décharge électrique. Mais tandis que je sentais les étincelles courir sur le bout de mes doigts, le bruit des soldats martelant le sol devint plus fort.
Non. Attends.
Ce n’était pas seulement ça. Je ne sentais plus leurs regards tournés vers nous. Ils regardaient autre chose.
Et ce bruit n’était pas seulement celui de pas.
Le sol tremblait réellement, quelque chose approchait depuis l’est.
— C’est une blague ?
Je tournai la tête et découvris un autre ennemi qui avançait droit vers nous.
C’était un monstre gigantesque qui semblait entièrement constitué d’os. Il avançait lentement, grinçant, craquant et cliquetant à chaque pas lourd et brutal. On aurait dit que quelqu’un avait grossièrement assemblé différents os d’animaux pour créer une sorte d’araignée ou de crabe.
Quoi qu’il en soit, je compris immédiatement qu’il s’agissait d’un roi-démon, et il était encore plus grand qu’Ammit. En plus de ça, je n’en avais jamais vu un pareil.
— Encore un…?! Ça devient absurde !
Combien de rois-démons ont-ils envoyés au combat ? On dirait une putain de blague.
— Bordel, qu’a foutu le Neuvième Ordre ? Hord Clivios fait vraiment un boulot de merde pour retenir l’ennemi.
Je pouvais facilement imaginer l’expression nerveuse et sombre de Hord.
Mais râler contre lui n’allait pas empêcher ce roi-démon osseux d’écraser les soldats sous ses pattes pendant qu’ils tentaient désespérément de fuir.
C’était précisément pour ça que j’avais dit à ce connard de noble de garder l’Épée Sacrée de Teoritta comme ultime recours.
— Xylo, dit faiblement Teoritta en gémissant. — Je peux… encore l’invoquer… quelques secondes…
— La ferme.
Il y avait quelque chose qui clochait chez cette déesse.
Elle attrapa ma main pour montrer sa détermination, mais sa poigne était faible, et les flammes vacillantes dans ses yeux s’éteignaient lentement. Je n’étais absolument pas convaincu.
— Héros condamnés ! U…un autre ennemi est déjà arrivé ! Qu’est-ce que cela signifie ?!
Contre mon gré, j’entendis la voix paniquée du noble Dasmitur résonner via le sceau sacré jugulaire.
— Arrêtez cette chose avant qu’elle ne s’approche davantage ! Défendez l’arrière comme vous êtes censés le faire et gagnez-nous assez de temps pour nous enfuir !
— …Alors, Xylo, tu as entendu tout ça ? dit Venetim d’un ton monocorde.
Il jouait vraiment parfaitement son rôle de commandant de l’unité des héros condamnés. Il gardait une voix calme et posée tout en réprimant ses propres émotions. La voix d’un véritable escroc.
— Apparemment, c’était un ordre. Tu peux gérer ça ? Moi, euh… Je suis avec le roi et Tatsuya maintenant, alors je suis prêt à massacrer quelques féeries, mais…
Ce type était incapable d’écraser le moindre insecte. Il faisait simplement le fanfaron parce que Tatsuya était avec lui. Quoi qu’il en soit, un ordre restait un ordre. Je n’avais donc pas d’autre choix que de faire de mon mieux.
— …Allons-y. On doit leur faire gagner du temps.
Je regardai notre fortification au sommet de la colline, touchai le sceau sacré sur mon cou, puis commençai à appeler tous les héros condamnés susceptibles de répondre.
Est-ce que tout le monde allait bien ?
Probablement, pensai-je avec résignation. Ce serait presque mignon si l’un d’entre nous se blessait à cause d’un truc pareil.
— On se dirige vers le nord tout en ralentissant l’ennemi ! Et bon sang, n’oubliez pas ces deux gosses non plus !
Nous avions fui, abandonnant notre fortification sur la colline.
Malheureusement, il faudrait encore un certain temps avant que quiconque réalise qu’il y avait en réalité quatre rois-démons sur le champ de bataille.