HOLE IN MY HEART T2 – CHAPITRE 5 PARTIE 1

Chaleur (1)

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Traduction : Calumi
Correction : Raitei

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Lorsqu’elle reprit conscience, Melmina se tenait dans un endroit inconnu.

Elle était au milieu d’une rue bordée de maisons qu’elle ne reconnaissait pas.

— …?

Où suis-je ? se demanda-t-elle en regardant autour d’elle.

De grossières maisons en bois s’élevaient de chaque côté. Le sol n’était qu’une terre nue et irrégulière, parsemée de flaques d’eau. L’odeur de la pluie flottait encore dans l’air.

Au loin, elle entendait le chant des insectes. Lorsqu’elle leva les yeux, le ciel était d’un bleu profond. Le soleil frappait fort, sa chaleur faisait perler la sueur sur sa peau. Ce doit être l’été, pensa Melmina avec un certain détachement.

— …??

Elle ne comprenait pas. Où était-elle ? Que faisait-elle ici ? Elle inclina la tête.

Son esprit était embrumé. Tout était vague, indistinct. Son dernier souvenir était… oui, le dos de quelqu’un…

— …

Attends, le dos de qui déjà ?

Melmina ne le savait pas non plus. Troublée, elle baissa les yeux et aperçut une flaque d’eau reflétant le ciel bleu ainsi que son propre visage.

Une fillette aux cheveux cramoisis d’environ huit ans. Son visage habituel… habituel ?…

Quelque chose lui semblait étrange, mais ça devait être correct.

Parce que Melmina n’était qu’une fille vivant dans ce village, rien de plus.

— Ah.

Et soudain, les choses commencèrent à se relier. En regardant le visage reflété dans la flaque, son esprit embrumé commença à s’éclaircir. Quelque chose s’éloignait, et autre chose venait combler le vide à sa place.

…Oui. Melmina était en train de rentrer chez elle.

Sa maison. Celle dans laquelle elle vivait depuis plusieurs années. Celle qu’ils avaient tous construite ensemble après avoir quitté les bidonvilles. Elle était pleine de courants d’air et glaciale en hiver, mais l’été, la brise y circulait agréablement et on y était au frais. Elle était en train de rentrer dans cette maison…

— …!

Melmina se mit à courir. La flaque éclaboussa autour d’elle, projetant des gouttes dans tous les sens.

Mais elle s’en moquait. Elle voulait désespérément revoir sa maison, y retourner. Elle courut, et tandis qu’elle avançait, différentes choses apparurent dans son champ de vision. Le paysage où elle vivait, celui qu’elle voyait tous les jours, celui qu’elle connaissait si bien. Alors elle courait sans hésiter.

Un chemin étroit, bordé de maisons en bois construites les unes contre les autres. Un énorme rocher immobile coincé entre deux maisons, un arbre à la forme étrangement tordue. Un oiseau volant dans le ciel, un chat marchant le long du chemin.

La maison avec la meule en pierre devant l’entrée appartenait à son amie Natia. C’était la première amie qu’elle s’était faite ici, et elles avaient promis de fabriquer ensemble des couronnes de fleurs pour le prochain festival.

La maison avec les poissons suspendus devant appartenait à grand-père Saruto. Quelque temps plus tôt, une pierre qu’elle avait donnée d’un coup de pied lui avait heurté le tibia. Il l’avait réprimandée, mais ensuite il lui avait donné des fruits séchés.

Melmina connaissait tout cela par cœur.

Pourquoi ? Parce qu’elle adorait ce village.

Elle l’aimait tellement qu’elle passait son temps à courir partout, au point qu’elle le connaissait peut-être mieux que quiconque ici. Mamie Karina lui avait même caressé la tête en le lui disant.

Alors, pour Melmina, tout dans ce village lui était familier.

Il n’y avait rien qui aurait dû pouvoir la surprendre désormais. Du moins, il n’aurait pas dû y avoir…

— …

…Et pourtant, pour une raison inconnue, tout ce qu’elle connaissait lui semblait aujourd’hui terriblement nostalgique. L’arrière de ses yeux la brûlait, et sa vision commença à se brouiller. Melmina trouvait cela très étrange.

— …Hein ?

Elle ne voyait plus devant elle, alors elle courut en s’essuyant les yeux avec la manche de ses vêtements. Mais les larmes ne s’arrêtaient pas. Elles coulaient le long de ses joues avant de tomber au sol goutte après goutte.

Malgré cela, Melmina continuait de courir, les larmes aux yeux. Parce qu’elle devait rentrer chez elle. Oui, c’était ce qu’elle avait toujours voulu.

Elle voulait rentrer. Depuis toujours. Rentrer et…

— …

En courant, Melmina finit par arriver devant une maison. Une misérable cabane en bois, semblable à toutes celles qui l’entouraient. Pendant un instant, elle eut l’impression que sa respiration s’était arrêtée. Ses pas cessèrent, et elle leva les yeux vers la maison.

Elle resta là un moment, immobile, à simplement la regarder.

— …!

Soudainement, Melmina se remit à avancer. Lentement.

Elle s’arrêta devant la porte et tendit timidement la main vers elle. Elle prit une profonde inspiration. Une grande inspiration, puis elle expira… avant de pousser la porte.

— J…Je suis rentrée.

— Ah, bon retour, Melmina.

— …Ah.

Et là, de l’autre côté de l’entrée, se tenait une jeune fille. Une fille aux cheveux cramoisis dont le visage ressemblait au sien, mais en plus âgé. Oui, elle avait cinq ans de plus que Melmina.

— …Grande sœur…

— Hein ? Qu’est-ce qu’il y a ?

C’était sa grande sœur. La grande sœur de Melmina. Sa grande sœur la regardait avec un sourire.

Ah, oui.

Melmina avait voulu revoir sa grande sœur, et pour cela, pendant des décennies…

— Grande sœur !

— Whoa !

Melmina se jeta sur elle. Sa grande sœur la rattrapa.

Avec un sourire un peu embarrassé, elle demanda :

— Qu’est-ce qu’il y a ?

Puis elle lui tapota doucement le dos. Pour une raison inconnue, les larmes commencèrent à monter aux yeux de Melmina…

— Grande sœur… Moi… pendant si longtemps… pendant si longtemps…

— Hm ?

…Oui. C’était ici, la maison de Melmina. L’endroit où elle avait toujours voulu revenir. Le 508e village frontalier de la 57e génération.

Le précieux village natal de Melmina.

Et ainsi, parce qu’elle était heureuse, Melmina fit un pas plus loin à l’intérieur.

 

Pendant ce temps, dans les Terres contaminées.

Le bruit de quelque chose qui n’aurait jamais dû se briser retentit. Le bruit du ciel écrasé sous un pas puis réduit en morceaux. Un craquement grinçant en guise de destruction. Quelque chose était ravagé.

Le bruit de la foudre déchirant le ciel, celui de l’air explosant sous la violence du choc, incapable d’y résister, puis…

— …

Un rugissement éclata tandis que quelque chose filait à une vitesse fulgurante. Tout sur son passage était réduit en miettes.

Le chasseur et le chassé. Après leur passage, traversant l’espace comme un éclair, il ne restait derrière eux que le fracas et les débris.

Le bruit de l’effondrement. Un rugissement faisant trembler les cieux. Accompagnés du cri de l’espace lui-même se déchirant, des éclairs traversaient le ciel au-dessus de la forêt.

— Manifeste-toi…!

Dans le ciel au-dessus de la forêt en flammes, une voix humaine, celle de Konoe, résonna. Une lance en forme de croix apparut.

Puis elle fut projetée en ligne droite devant le démon, ce monstre terrifiant, le Fléau des champignons. Elle atteignit sa destination en un clin d’œil. Ce n’était pas une attaque directe. Konoe ne pouvait pas viser le démon lui-même.

Un grondement semblable au tonnerre éclata. Les innombrables champignons qui poussaient là, les arbres contaminés, tout fut réduit en cendres.

La lance divine anéantit le mal. Un cratère circulaire se forma dans les Terres contaminées.

— …

Mais le démon se déplaça ailleurs, contournant le cratère.

Voyant cela, Konoe lança encore sa lance deux, trois fois. De nouveaux cratères apparurent. Pourtant, le démon continuait de les éviter, bondissant au-dessus de la forêt.

La distance séparant Konoe du démon était d’environ quatre ou cinq kilomètres. Une distance que Konoe, capable de courir plus vite que le son, pouvait franchir en une dizaine de secondes.

— …!

Cependant…

Le démon ne faisait que continuer d’avancer. Serrant précieusement son trésor contre lui, il étendait désespérément les tentacules de son âme toujours plus loin, attrapant ses semblables. Puis il prenait possession d’eux.

Et dès qu’il s’emparait de l’un, il passait aussitôt au suivant. Même tandis que des lances fusaient vers lui depuis l’arrière, il continuait d’étendre ses tentacules devant lui, terrifié.

La mort. À ce rythme, il allait vraiment mourir. La présence du Faucheur blanc le poursuivait derrière lui. L’apôtre de la blanche divinité, l’ennemi juré de la divinité maléfique.

Cette terrifiante intention meurtrière qui se rapprochait par derrière. Le démon comprit qu’il avait marché sur la queue d’un monstre effroyable. S’il se faisait rattraper, il mourrait. Il mourrait à coup sûr. Mais il ne le voulait pas.

Absolument pas. Parce que…

— Nuu !

S’il mourait, il ne pourrait plus revoir cette lumière ! Ce rouge cramoisi magnifique. L’éclat le plus beau de tous. Le démon voulait contempler cette lumière pour toujours. C’était son unique désir. Alors il étendait désespérément ses tentacules toujours plus loin, encore plus loin.

— Quel emmerdeur.

Konoe marmonna cela avec une grimace.

Tout en traversant le ciel à pleine vitesse, il lança un regard noir au dos du champignon qui restait encore devant lui.

La distance ne se réduisait pas.

Alors prends Melmina avec toi, va le vaincre à proximité !

Dépêche-toi ! Ça ne tiendra pas longtemps !

Les dents serrées, Konoe se remémora les paroles de la divinité prononcées plus tôt.

« Ça ne tiendra pas longtemps ».

Il regarda le champignon à quelques kilomètres devant lui, et son impatience ne fit que grandir tandis qu’il se demandait combien de temps il restait encore.

— …

Malgré cela, il essaya d’analyser calmement la situation actuelle.

Que devait-il faire maintenant ? Quelles étaient les capacités de l’ennemi ? Selon quelles conditions cet ennemi, qui répétait cette capacité semblable à un transfert, se déplaçait-il ?

D’abord, les conditions à remplir. Il devait se rapprocher de l’ennemi. Puis, une fois assez près, il devait le vaincre. Comme il ignorait encore les détails des capacités ennemies, il ne devait surtout pas le tuer avant d’être à portée. Il devait absolument éviter d’utiliser une attaque à longue portée qui anéantirait toute la zone en même temps que le monstre.

Ensuite, les capacités de l’ennemi. Il répétait actuellement des transferts de courte portée, d’environ cinq cents mètres à un kilomètre. Pour se déplacer, il semblait avoir besoin d’un semblable en forme de champignon à destination, dont il prenait ensuite possession.

En revanche, il n’utilisait plus les transferts à longue portée de plusieurs centaines de kilomètres qu’il avait employés lors de son approche initiale. S’il pouvait encore s’en servir librement, Konoe ne pourrait jamais le rattraper.

Mais ces grands transferts demandaient sans doute un temps de préparation. Lors de son approche initiale, plusieurs dizaines de secondes s’étaient écoulées entre chacun d’eux. Il était donc probable que plus la distance de déplacement était grande, plus le temps nécessaire augmentait. Acculé par Konoe, le démon n’avait plus le loisir de préparer un transfert à longue portée.

Et enfin, le plus important…

Comme cette capacité reposait sur la prise de contrôle de ses semblables, le démon avait besoin d’un champignon vivant à l’endroit où il voulait apparaître. Si Konoe détruisait les champignons situés devant lui, le démon ne pouvait plus s’y transférer immédiatement. Cela rompait le rythme de ses déplacements et créait un bref intervalle pendant lequel Konoe pouvait réduire l’écart.

Il faut donc que j’entrave ses déplacements et que je me rapproche.

En suivant cette logique, Konoe projetait sa lance devant le champignon afin de bloquer sa progression. Il détruisait les corps dans lesquels l’ennemi aurait pu se transférer. Mais…

…Je n’arrive toujours pas à réduire la distance.

Plusieurs minutes s’étaient écoulées depuis le début de la poursuite. Konoe avait projeté sa lance de nombreuses fois pour entraver l’ennemi. Et pourtant, l’écart entre eux n’avait pas diminué.

Non. En réalité, c’était justement parce qu’il l’entravait qu’il parvenait à maintenir cet écart. Si Konoe cessait de détruire les champignons devant lui, le démon le distancerait aussitôt. Telle était la puissance de cette capacité de transfert comme moyen de fuite.

…Qu’est-ce que je fais ?

Konoe réfléchissait. Il réprima son impatience et força son esprit à rester calme…

…Il y a bien une méthode… mais…

À cet instant, une idée lui vint. Il existait effectivement un moyen de réduire la distance en un instant. Mais cette méthode comportait un léger problème, et c’était un pouvoir difficile à utiliser dans la situation actuelle.

…Qu’est-ce que je fais ?

Pour l’instant, sa lance ne suffisait pas à entraver sa progression. Il n’arrivait pas à réduire la distance. Melmina aurait facilement pu le pousser dans ses retranchements, mais cela restait un vœu pieux.

Pour le contrer, il lui fallait une extermination à plus grande échelle. Mais Konoe ne possédait aucune technique de ce genre.

Hmm…

Il réfléchissait… Konoe réfléchissait…

Le moyen de déplacement de l’ennemi, sa propre situation actuelle.

Son manque de portée offensive, sa seule technique exploitable, et le problème qu’elle impliquait.

Ce qu’il devait protéger, et cette vie qui était en train de lui échapper…

Melmina, et ces quinze années.

Et c’est alors que…

…Non, peut-être que…

…Konoe plissa les yeux.

Une étincelle jaillit.

Le corps de Konoe se chargea d’électricité.

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