HOLE IN MY HEART T2 – CHAPITRE 4 PARTIE 3

Prolifération (3)

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Traduction : Calumi
Correction : Raitei

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Le démon enquêtait.

Il enquêtait sur le village, sur ce qui s’y trouvait, sur la raison pour laquelle son trésor avait réagi. Pour le découvrir, le démon s’activait aux abords du village frontalier.

Il y avait des Adeptes dans le village, une situation qui aurait normalement dû le pousser à fuir sans la moindre hésitation. Les apôtres de la blanche divinité qui exterminaient les monstres. Ils possédaient peut-être même la capacité de remonter jusqu’au corps principal à partir des familiers.

Et pourtant, le démon enquêtait, au péril de sa vie. Il réprimait son instinct de survie par sa seule volonté. Parce que son trésor avait palpité. Parce qu’il l’avait vu réagir. Le trésor était l’Aspiration du démon.

Un souhait plus important que la vie. Un désir assez puissant pour réécrire le monde.

— …

Le démon enquêtait. Il sondait les environs à travers ses familiers. En se cachant, en restant aussi loin que possible des Adeptes.

S’il regardait directement, il serait probablement découvert. S’il approfondissait la connexion, il serait également découvert. Le démon avait donc besoin d’un autre moyen pour enquêter, et il n’en existait qu’un seul. Examiner les souvenirs de ses familiers.

— Nuuu.

Les innombrables familiers dispersés dans toute la forêt. Il vérifiait leurs souvenirs un par un.

La faible intelligence des monstres inférieurs. Des souvenirs fragmentés. Il les examinait petit à petit. Les examinait, puis les reliait entre eux. Une tâche colossale.

Il n’en voyait pas le bout, et la plupart des souvenirs étaient totalement inutiles.

Mais le démon, qui vivait depuis des temps immémoriaux, le savait.

Même si c’était difficile, si cela était nécessaire, alors il fallait le faire. S’il n’existait aucun autre moyen d’atteindre son objectif, alors il devait avancer sur ce chemin, un pas après l’autre.

— Nuu.

Tout en enquêtant, le démon regardait son trésor. Son trésor le plus précieux. Un magnifique, magnifique trésor qu’il avait trouvé il y a environ trente ans.

Le démon, plus que toute autre chose, aimait ce trésor…

 

Le lendemain, Konoe se tenait sur le mur d’enceinte depuis le matin. Non, ce n’était pas tout à fait exact. Pas depuis le matin. Depuis la veille. Depuis la découverte de ce champignon, Konoe montait la garde sans interruption.

— …

Depuis ce moment-là, le monstre n’avait montré ni sa silhouette ni sa présence.

Une période d’accalmie. Une situation où seul le temps continuait de s’écouler. Rien ne changeait au point qu’on pouvait presque finir par croire que l’ennemi avait déjà fui depuis longtemps.

Mais il est là.

Et pourtant, Konoe continuait de monter la garde, parce que son intuition le lui disait.

Quelque chose se trouvait à proximité. Quelque chose était en train d’agir. Il ignorait dans quel but, mais cette chose était bel et bien là.

Ainsi, Konoe marchait maintenant sur le mur d’enceinte du village, le long des remparts de pierre. Il avait réparti les rôles avec Melmina et maintenait un état d’alerte permanent.

Melmina faisait voler ses disques autour du village, enquêtant et exterminant les monstres-champignons dans les environs.

Ils avaient déduit que le pouvoir de l’ennemi utilisait probablement les champignons, alors c’était une manière d’affaiblir l’adversaire.

…Malgré tout, c’est étrange. Pourquoi l’ennemi a-t-il attaqué à ce moment précis ? pensa Konoe en marchant. Parce qu’en ce moment même, lui et Melmina se trouvaient dans ce village. Pourquoi attaquer alors que deux Adeptes étaient présents ?

Les monstres de haut rang n’étaient pas stupides. Si le village était réellement la cible, ils auraient dû attendre un moment où ils ne seraient pas là.

…Le village n’est peut-être pas la cible après tout… Dans ce cas.

Alors, la cible de l’ennemi était-elle Konoe ou Melmina ?

Par exemple, comme le dragon l’autre jour, il était tout à fait possible qu’il vise Konoe en tant qu’Adepte. Si c’était le cas, il devrait quitter le village immédiatement, mais…

…laisser le village sans défense sur une simple supposition serait une erreur.

À l’inverse, cette impasse actuelle pouvait aussi être une manœuvre destinée à pousser Konoe et Melmina à quitter le village.

De plus, peu importe son intelligence, leur adversaire restait un monstre. Il était tout à fait possible qu’il possède une manière de penser dépassant la compréhension humaine.

…Au final, je manque d’informations.

Pas assez d’informations pour agir. Pour l’instant, il était entièrement sur la défensive. Enfin, protéger quelque chose revenait généralement à cela. Rester à ses côtés et gérer ce qui se produisait.

Puisque le rôle de Konoe était de protéger le village, tout ce qu’il pouvait faire maintenant, c’était rester sur ses gardes. Alors, Konoe continua simplement de monter la garde à la frontière entre la forêt et le village.

…Malgré tout, le village est devenu silencieux, pensa soudainement Konoe en regardant le village. La zone baignait dans une atmosphère pesante, en total contraste avec la veille. Les rues, autrefois animées par les aventuriers et les habitants venus les accompagner, étaient désormais silencieuses.

On n’y voyait presque personne. Les rares passants étaient soit des membres de la milice à la mine sombre, soit des habitants avançant à pas pressés comme s’ils retenaient leur souffle.

— …Quelle malchance.

Les mots lui échappèrent.

Oui, ce village était vraiment maudit par le sort.

L’autre jour, une forteresse démoniaque avait été construite à proximité avant de lancer une attaque, et à peine cette affaire réglée, voilà qu’apparaissait maintenant un ennemi suspecté d’être de rang Calamité. Le village n’avait pratiquement connu aucun moment de paix.

Un village frontalier, un lieu adjacent au domaine de la divinité maléfique, la ligne de front de cette guerre. Une terre où les monstres pullulaient, où il fallait risquer sa vie simplement pour survivre.

C’était vraiment un endroit impitoyable. C’était peut-être un peu excessif comme protection, mais Konoe était sincèrement heureux d’avoir laissé Telnerica dans la Capitale.

…Hm ?

À cet instant, Konoe remarqua quelque chose. Une présence s’approchait depuis le village.

Et c’était quelqu’un qu’il connaissait. Il sortit d’une maison située près de l’entrée du village et courut vers le mur d’enceinte où se trouvait Konoe. Il arriva rapidement à ses pieds…

— Noble Adepte !

— …Oui.

C’était le garçon, Arika. Légèrement essoufflé par sa course, il leva les yeux vers Konoe. Ce dernier se demanda ce qu’il était venu faire.

— Noble Adepte, est-ce que je peux faire quelque chose ?!

— …Hm ?

— Je ferai n’importe quoi ! Vraiment n’importe quoi, je veux juste pouvoir faire quelque chose ! Donnez-moi un rôle. Je déteste rester assis à la maison sans rien faire.

Konoe fut légèrement surpris et cligna plusieurs fois des yeux.

— …On ignore encore ce qui va arriver. Le mieux est de rester chez toi et de conserver tes forces.

Mais il refusa. Il secoua la tête. C’était par inquiétude pour le garçon.

Quand le combat commencerait, ils devraient peut-être évacuer le village. Avoir encore des forces à ce moment-là pouvait faire la différence entre la vie et la mort.

Un monde cruel, un village situé dans un environnement impitoyable. Quand tout se jouait, la seule personne capable de le protéger, c’était lui-même.

— …Ugh.

Le garçon gémit aux paroles de Konoe et ouvrit grand les yeux.

Il baissa les yeux, frustré. Un moment de silence s’écoula.

— …M…Mais.

— …?

Le garçon murmura faiblement, puis releva soudainement la tête.

Ses yeux étaient remplis de détermination, ses lèvres fermement serrées. Il regardait Konoe avec une expression débordante de résolution.

— Mais malgré ça, je ne veux pas rester assis sans rien faire !

— …

— Je sais ! Je sais qu’on ignore ce qui va arriver, et je sais aussi que je n’ai aucun pouvoir ! Parce que quand mes amis ont été emmenés par les démons, je n’ai rien pu faire !

Le garçon criait. Il criait les larmes aux yeux. Tout ce qu’il avait pu faire, c’était se recroqueviller dans le village pendant que ses amis se faisaient peut-être dévorer.

— Mais c’est justement pour ça que je déteste ça ! Je déteste ça, je déteste ça ! Je déteste être incapable de faire quoi que ce soit ! Même si je n’ai aucun pouvoir, cette fois, je ne veux pas juste rester là sans rien faire ! J’aime ce village, j’aime tout le monde ! Alors je veux les protéger.

— …Toi.

— …Avant de venir ici, je vivais dans les bidonvilles. Toute ma famille est morte à cause du donjon, et je me suis retrouvé complètement seul. Je n’avais personne sur qui compter, alors je faisais juste de mon mieux pour survivre chaque jour.

Il expliqua qu’il avait été entassé avec plusieurs autres enfants dans une petite chambre d’un orphelinat.

La nourriture qu’on leur donnait n’était pas suffisante, et même en travaillant dur, il gagnait très peu d’argent. Quand il rentrait, il était épuisé, mais la pièce était si petite qu’il ne pouvait même pas allonger complètement son corps.

Il survivait tant bien que mal au jour le jour, et pourtant…

— Quand on vit là-bas, on se fait voler. Par les gars qui partagent la même chambre. De l’argent, de la nourriture. Moi, j’étais fort et en bonne santé, alors je trouvais du travail, mais il y avait d’autres gars qui ne l’étaient pas, et tout le monde avait faim.

— …

— Je pensais que tout le monde autour de moi était un ennemi. Voler, se faire voler, frapper, se faire frapper. C’était tout ce qu’on connaissait. Il n’y avait personne en qui je pouvais avoir confiance.

Alors…

— J’étais constamment sur mes gardes face à tous ceux qui m’entouraient. Je n’arrivais pas à me détendre, même quand je me reposais, et quand je dormais, c’était comme si je ne dormais pas vraiment. J’étais épuisé, c’était douloureux. Mais il n’y avait aucun endroit où fuir.

— …C’est…

— …C’est à cette époque qu’il y a eu le recrutement pour le village frontalier. Je ne connaissais rien à ce genre de villages, mais je voulais quitter les bidonvilles… alors je suis venu ici.

Après avoir dit cela, le garçon prit une petite inspiration.

Puis… il sourit.

— Cet endroit était différent. Complètement différent. Il y avait des monstres et c’était dangereux, mais j’avais ma propre chambre, et je pouvais manger à ma faim. Et surtout… je me suis fait des amis. Des amis en qui je peux avoir confiance.

Des amis avec qui il pouvait rire, des amis avec qui il pouvait courir pendant l’entraînement façon Instructrice. Il disait s’être fait ce genre d’amis.

— Grâce à tout le monde, j’ai réussi à regarder vers l’avant de nouveau. J’ai réussi à faire confiance aux autres ! J’ai réussi à me détendre et à dormir normalement de nouveau ! C’est pour ça que j’aime ce village ! Je veux protéger mon nouveau foyer, tout le monde ici ! Je veux faire quelque chose ! Je veux faire ce que je peux !

Le garçon criait. Il criait face à Konoe. Et Konoe…

— …

…était simplement surpris. Oui, surpris.

Il ignorait lui-même pourquoi il l’était.

Mais ce cri avait clairement…

— Konoe, pourquoi pas ? S’il insiste autant, laisse-le travailler.

— …Melmina.

À cet instant, une voix résonna depuis la poche de Konoe. C’était le disque. Il s’envola hors de sa poche, se divisa, puis un bout se dirigea vers le garçon.

— Arika, c’est bien ça ? J’ai un travail pour toi, alors viens à l’auberge.

— …! Oui, madame !

Le visage du garçon s’illumina. Il cria :

— Merci beaucoup !

Il salua ensuite Konoe avant de partir immédiatement en courant avec le disque.

Il se dirigea vers la rue centrale où se trouvait l’auberge.

En chemin, le garçon déclara joyeusement :

— Madame, mes amis ont dit qu’ils voulaient aider eux aussi !

Et Melmina répondit :

— Alors amène-les tous.

Konoe ne dit rien et se contenta de regarder le garçon s’éloigner en courant.

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