THE INSIPID PRINCE T3 – CHAPITRE 4 PARTIE 5
Les sentiments de chacun (5)
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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
Relecture : Ostinliss
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— Protégez les citoyens en fuite ! ordonna Leo d’une voix puissante. Ne laissez pas les monstres les poursuivre !
En route vers Bassau, lui et son groupe de chevaliers avaient aperçu une immense sphère noire flottant au-dessus de la ville.
À la vue de cet étrange objet sphérique, Leo s’était aussitôt préparé au combat et avait ordonné d’allumer le signal de fumée violet afin d’avertir l’Empire d’une situation d’urgence. Cette sphère noire avait une apparence bien trop anormale pour ne pas justifier une mesure aussi radicale, et l’instinct de Leo lui disait qu’un événement terrible allait se produire.
Cela dépassait les limites de sa compréhension, tout comme la situation que cet objet risquait de provoquer.
Son seul réconfort venait du fait que sa décision d’allumer le signal violet avait été correcte, malgré les conseils des chevaliers de la Garde impériale, qui estimaient qu’il agissait avec précipitation.
— Urgh !
Leo brandit son épée depuis le dos de son cheval, et sa lame atteignit sa cible : un monstre entièrement constitué d’os.
C’était un squelette, un monstre de bas rang appartenant à la rare catégorie des morts-vivants. En temps normal, les squelettes n’apparaissaient jamais.
Il fracassa la poitrine du squelette, son point faible, et l’abattit. Malheureusement, cette victoire n’était qu’une goutte d’eau dans l’océan. Une masse immense de squelettes se déversait hors de Bassau comme de l’eau débordant d’une coupe. À l’œil nu seulement, on pouvait déjà en distinguer plusieurs centaines.
C’était cette armée de squelettes qui poussait actuellement les habitants de Bassau à fuir dans une panique confuse.
— Votre Altesse Leonard ! implora l’un des chevaliers impériaux. Veuillez vous replier !
Les chevaliers abattaient aussi vite qu’ils le pouvaient les squelettes qui les entouraient, mais peu importait le nombre d’ennemis vaincus : d’autres continuaient d’apparaître.
— Ils n’arrêtent pas d’arriver ! Nous devrions battre temporairement en retraite !
— Non, refusa Leo. Nous allons les retenir ici.
— Votre Altesse ?! Avez-vous perdu la raison ?!
Le chevalier criait presque de désespoir.
Leur groupe se composait de Leo, des chevaliers de la Garde impériale chargés de sa protection personnelle, ainsi que de Lynfia, Abel et des aventuriers de son groupe. Au total, ils étaient une vingtaine tout au plus. Vaincre des centaines, voire des milliers de squelettes relevait clairement de l’impossible.
— Si nous reculons maintenant, les citoyens en fuite seront attaqués par-derrière, expliqua Leo. Nous ne nous replierons pas. Nous tiendrons la ligne ici.
— Alors, mettez au moins Votre Altesse en sécurité !
— Je n’irai nulle part, répondit Leo en abattant un autre squelette. Avez-vous autre chose à dire ?
Battre en retraite serait facile, mais cela mettrait en danger les citoyens qu’ils étaient censés protéger. Leo ne mettrait jamais des gens en péril pour son propre intérêt. Si sa vie avait eu une importance capitale pour l’Empire, il aurait pu envisager cette possibilité. Mais il n’était pas l’empereur. Pour l’instant, Leo n’était que l’un des nombreux candidats au trône impérial.
Sa vie ne pesait pas aussi lourd.
— Je suis venu dans la région du Sud avec la ferme intention d’aider ceux qui souffrent, et j’ai toujours l’intention d’y parvenir. Et vous ? Vous souvenez-vous du serment que vous avez prêté à Sa Majesté l’empereur le jour où vous avez offert vos épées en tant que chevaliers de la Garde impériale ?
Le chevalier qui avait exhorté Leo à se replier resta un instant silencieux face à l’armée toujours plus nombreuse de squelettes qui avançait vers leur position.
Tous les chevaliers de la Garde impériale prêtaient serment devant l’empereur, jurant sur leur épée et leur honneur d’agir comme la force combattante dévouée de Sa Majesté.
Finalement, le chevalier répondit :
— J’ai juré de consacrer ma vie au bien-être de l’Empire et de ses citoyens. Ce serment demeurera toujours dans mon cœur.
— Bien, répondit Leo. Alors combattez. Le temps que nous gagnerons ici aura un sens plus tard.
— Oui, Votre Altesse !
Après cela, plus personne ne proposa de battre en retraite.
La détermination de Leo à rester combattre ne reposait pas uniquement sur l’émotion. La horde de squelettes, toujours plus nombreuse, n’agissait pas au hasard. Ils se rassemblaient en réaction à l’ennemi le plus proche. Autrement dit, Leo et son groupe attiraient les squelettes vers eux.
S’ils se repliaient et que les squelettes perdaient leur cible la plus proche, il existait un risque qu’ils se dispersent dans toute la région Sud. Si cela arrivait, les seigneurs territoriaux seraient contraints de renforcer la défense de leurs propres domaines, et il faudrait beaucoup plus de temps pour éliminer tous les squelettes.
Leo avait jugé que rester sur place et servir en quelque sorte de leurre était la meilleure décision pour le bien de l’Empire dans son ensemble.
— Puis-je vous faire une suggestion, Votre Altesse Leonard ?
— Qu’y a-t-il, Lynfia ? Tu ne vas pas me suggérer de nous retirer toi aussi, j’espère ?
— Mon village se trouve juste derrière nous. Pardonnez ma présomption, mais la retraite est la dernière chose que je souhaiterais vous voir faire.
Leo lui adressa un sourire grave.
— Bien. Au moins, quelqu’un ici comprend.
Si les squelettes se répandaient dans toute la région, les villages de réfugiés seraient les plus susceptibles de souffrir, compte tenu du comportement corrompu que l’on prêtait aux nobles du Sud. Peu de seigneurs tenteraient de protéger ces villages, et moins encore possédaient à la fois la volonté et les moyens de le faire efficacement.
— Alors, quelle est ton idée ?
— Appelons des renforts.
Lynfia continuait d’abattre les squelettes autour de Leo tout en parlant. Elle voulait lui donner une minute ou deux pour se concentrer sur leur conversation.
— Des renforts ? demanda Leo. D’où ?
— De toute la région du Sud. Nous pouvons envoyer un messager à la ville la plus proche.
— Tu comptes faire pression sur les seigneurs territoriaux ?
— Non. Nous ne pouvons pas compter sur les seigneurs. Mais nous pouvons compter sur les aventuriers. Tant qu’ils sont payés, ils ne reviennent jamais sur leur parole, et ils sont raisonnablement dévoués à leur tâche. Comme Abel et son groupe.
— Exactement ! lança Abel, qui combattait non loin, en s’invitant brusquement dans la conversation. On ne s’enfuira pas, puisqu’on est payés une sacrée somme ! Même si ce n’est pas l’envie qui manque !
Plusieurs membres de son groupe commencèrent à protester.
— Oui, parce que notre chef accepterait pratiquement n’importe quoi pour une récompense, surtout.
— Hé, ne me mettez pas tout sur le dos ! répliqua Abel. On a tous décidé ensemble d’accepter cette quête !
— Non, tous les autres étaient contre. On a fini par accepter parce que notre chef nous a collé une étrange culpabilité sur le dos en disant qu’on ne pouvait pas abandonner un village en difficulté.
— Hé, hé ! Ne commençons pas à chercher un coupable ! On est un groupe, vous vous souvenez ?!
Abel et les membres de son groupe continuaient de plaisanter tout en attaquant et en se couvrant mutuellement chaque fois qu’il le fallait.
Les aventuriers étaient des professionnels du combat contre les monstres. Ils constitueraient sans aucun doute de puissants renforts.
Il y avait cependant un problème.
— Mais la branche de la Guilde dans la région du Sud est plutôt petite, fit remarquer Leo. Elle ne disposera pas d’assez d’aventuriers pour faire une vraie différence.
— Je sais. C’est pourquoi nous allons envoyer une quête à toutes les branches.
— Comment ça ?
— Nous allons lancer une quête de raid.
Une quête de raid.
Leo fouilla dans sa mémoire à la recherche de cette expression peu familière. Il se souvenait vaguement avoir entendu sa mère en parler lorsqu’il était enfant.
— C’est une quête à grande échelle à laquelle de nombreux aventuriers peuvent participer ensemble, n’est-ce pas ?
— Oui. On en voit très rarement de nos jours, mais je pense que c’est la meilleure solution dans cette situation.
— Par curiosité, pourquoi en voit-on si rarement ?
— Tout simplement parce que cela coûte cher.
Leo comprit.
En général, il était considéré comme préférable d’investir dans un seul aventurier de haut rang, comme un rang S, plutôt que dans plusieurs aventuriers de bas rang. Même engager un aventurier de rang SS reviendrait bien moins cher, ce qui montrait à quel point les quêtes de raid pouvaient être coûteuses.
— Et où proposes-tu de trouver les fonds ? demanda-t-il. Je n’ai pas une telle somme.
— Son Altesse Arnold m’a donné beaucoup d’argent, répondit Lynfia. Nous pouvons l’utiliser.
— Évidemment, grogna Leo. Franchement… Ce type ne dépenserait même pas deux pièces de bronze pour lui-même, mais il peut donner une fortune à quelqu’un d’autre.
— C’est tout à fait Son Altesse Arnold, vous ne trouvez pas ? C’est quelqu’un de très gentil et généreux.
Lynfia sourit et tendit à Leo la bourse qu’elle avait reçue d’Arnold.
Leo parut déconcerté. Il avait supposé que Lynfia serait celle qui irait.
— Les procédures pour émettre la quête ne seraient-elles pas plus simples si tu y allais toi-même ?
— Rien ne garantit que je ne vous trahirai pas, le prévint-elle. Il serait plus sûr d’envoyer l’un des chevaliers de la Garde impériale.
Leo fronça les sourcils.
Il faisait déjà confiance à Lynfia. L’idée qu’elle puisse le trahir ou perdre courage ne lui traversait même pas l’esprit. Cependant, cette confiance était strictement personnelle. Dans une situation aussi critique, il ne pouvait pas confier une responsabilité aussi vitale à une simple aventurière. Lynfia avait pris cela en considération lorsqu’elle avait proposé d’envoyer un chevalier.
— Je resterai combattre à vos côtés, poursuivit-elle. J’ai promis à Son Altesse Arnold de vous aider et de vous soutenir, quoi qu’il arrive.
— Tu m’as déjà énormément aidé.
Leo se tourna ensuite vers les chevaliers de la Garde impériale.
— Très bien. Qui parmi vous se portera volontaire pour servir de messager ? Il me faut quelqu’un qui soit certain de ne pas s’enfuir !
En temps normal, un chevalier ne se porterait jamais volontaire pour jouer les messagers. Cela reviendrait presque à fuir l’ennemi. Et un tel acte serait pire encore si Leo, membre de la famille impériale qu’ils avaient le devoir de protéger, demeurait engagé dans le combat.
Cependant, Leo avait ajouté une condition supplémentaire : le volontaire devait être certain de ne pas s’enfuir. Quiconque ne se proposerait pas admettrait en quelque sorte ne pas avoir confiance en sa propre loyauté.
Ainsi, tous les chevaliers firent un pas en avant pour se porter volontaires.
Leo remit la bourse au chevalier le plus expérimenté avec les chevaux et lui donna ses ordres.
— Rendez-vous à la ville la plus proche et déposez une quête de raid à la Guilde des aventuriers ! La Guilde peut contacter tout le continent ! Et n’oubliez pas de leur faire transmettre à la capitale les détails de ce qui se passe ici !
— Tout de suite, Votre Altesse ! Bonne chance à vous !
— À vous aussi. Que Dieu vous garde sur la route !
Le chevalier partit au galop.
Leo le regarda s’éloigner, puis reporta son regard sur la ville de Bassau.
L’aura sinistre de la sphère noire s’intensifiait, et le nombre de squelettes ne faiblissait pas.
C’était comme se tenir à l’entrée même de l’enfer, se dit Leo en recommençant instinctivement à manier son épée.