THE INSIPID PRINCE T3 – CHAPITRE 3 PARTIE 2
Ténèbres grouillantes (2)
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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
Relecture : Ostinliss
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— Princesse Krista, Dame Mitsuba. Pardonnez mon retard.
Après être retournée au château, Finne se rendit directement dans la chambre de Mitsuba. Elle y trouva Krista agrippée obstinément à cette dernière.
— Dame Finne, la salua Mitsuba. Pardonne-moi de t’avoir fait venir si soudainement.
— Ce n’est rien. Alors, qu’avez-vous vu cette fois ?
Finne demanda aussitôt les détails. Si Sebas avait été envoyé la chercher, elle savait que l’avenir aperçu par Krista devait être grave. L’expression de Mitsuba s’assombrit, et l’inquiétude de Finne s’accrut. Son mauvais pressentiment venait de se confirmer.
— … Père tenait un conseil des ministres pour parler de la situation d’urgence dans la région du Sud… expliqua Krista d’une voix difficile. Et au beau milieu de la réunion… il s’est effondré.
Elle tremblait et se cramponnait à Mitsuba en décrivant l’avenir qu’elle avait vu. C’était une scène capable d’ébranler tout l’Empire.
— L’empereur…
Finne murmura ces mots, puis remarqua que sa propre main tremblait. Elle la saisit de son autre main pour la forcer à s’immobiliser, puis prit une profonde inspiration. L’effondrement de l’empereur était un événement aussi choquant que terrible. Mais il pouvait aussi avoir plusieurs issues.
— Donc… avez-vous vu la mort de l’empereur ? demanda Finne.
— … Non… Il s’est seulement effondré… C’était différent des futurs où je vois quelqu’un mourir.
— Cela signifie qu’aucune vie n’est en danger immédiat, répondit Finne avec un léger soulagement.
Elle avait entendu dire que les visions de l’avenir de Krista étaient imprécises, mais qu’elles se révélaient assez fiables lorsqu’il s’agissait de la mort. Si Krista voyait quelqu’un mourir, cela se produisait presque certainement dans la réalité, comme lorsque le prince héritier était mort loin de la capitale.
Ce fait était rassurant. Si Krista n’avait vu la mort de personne, alors la possibilité que l’empereur meure réellement diminuait.
— Dame Mitsuba, demanda Finne, l’empereur a-t-il une maladie ?
— Non, il n’a aucune maladie chronique. Mais depuis trois ans, il paraît plus fatigué et plus affaibli.
— Il est très occupé depuis l’incident de la région orientale, réfléchit Finne. Peut-être s’effondrera-t-il d’épuisement. Cette nouvelle crise dans le Sud pourrait tout à fait en être le déclencheur.
— C’est une possibilité assez sérieuse, approuva Mitsuba. Il serait presque impossible de l’assassiner. Il est protégé par tous les chevaliers de la Garde impériale. L’empoisonner serait tout aussi impossible. Voyez-vous un autre moyen, Sebas ?
— Aucune ruse grossière ne fonctionnerait. Poison, magie ou autre procédé de ce genre, il est impossible de nuire ainsi à l’empereur, répondit Sebas, s’appuyant sur son savoir d’assassin d’élite. S’il devait être tué, la possibilité la plus vraisemblable serait que quelqu’un force le passage par la puissance brute en submergeant ses gardes du corps. Si l’on pouvait y parvenir, alors ce ne serait pas si difficile.
Sa réponse confirma les soupçons de Finne. Ce n’était pas un assassinat qui terrasserait l’empereur, mais son propre corps. Et il existait une mesure simple contre cela.
— Dame Mitsuba, reprit Finne, pourrais-je vous demander de surveiller tout particulièrement la santé de Sa Majesté ?
— Bien sûr. Je lui dirai que je m’inquiète pour sa santé et je l’encouragerai à consulter le médecin impérial. Mais si Krista a vu cette scène, je pense qu’il sera difficile de la changer.
— C’est vrai. Cela ne changera peut-être rien. Nous ne pouvons pas faire disparaître des années de stress accumulé ni empêcher ce qui pourrait survenir dans la région du Sud. Peut-être aurions-nous pu agir avec davantage de temps, mais si un problème doit éclater dans le Sud, ce sera bientôt.
Des troubles dans la région Sud étaient presque inévitables, et Leo y serait très certainement impliqué.
Le moment était trop parfait.
Et, pour le meilleur ou pour le pire, l’empereur en serait informé. Si cet événement devait servir de déclencheur et qu’ils ne pouvaient pas le modifier, alors l’effondrement de l’empereur était inévitable.
— Dans ce cas, peut-être ne devrions-nous pas lui parler de ce que Krista a vu, suggéra Mitsuba.
Finne y réfléchit silencieusement un instant.
En tant que sujette de l’empereur, elle éprouvait un conflit intérieur à l’idée de lui cacher la vérité alors qu’elle connaissait le danger qui le menaçait. Elles supposaient que sa vie n’était pas en danger, mais elles ne pouvaient pas exclure totalement cette possibilité. Il pouvait aussi tomber gravement malade.
Les pensées de Finne tourbillonnaient dans son esprit.
Elle cherchait encore une réponse lorsqu’elle aperçut l’expression de Krista.
Krista avait peur. Sans le moindre avertissement possible, elle ne pouvait que redouter l’avenir où elle avait vu son propre père s’effondrer.
En voyant son visage, Finne trouva sa réponse.
— Vous avez raison. Le seigneur Arn a gardé son secret pendant toutes ces années. Si le révéler pouvait changer quelque chose, alors nous devrions le faire. Mais s’il n’y a que des risques, et aucun bénéfice, nous ne devons pas. Sa Majesté reste un être humain. S’il apprend que la princesse Krista peut voir l’avenir, il pourrait finir par s’appuyer sur elle. Cela lui imposerait un lourd fardeau. Pour l’instant, je pense qu’il suffira que vous veilliez sur la santé de l’empereur et que vous l’incitiez à consulter un médecin.
— Merci, Finne, de te montrer aussi attentionnée envers Krista. Cela me touche beaucoup. Je suis certaine qu’Arn hésiterait tout autant à révéler son secret, même à l’empereur. Sa Majesté privilégierait ce qui est le mieux pour l’Empire, parce qu’il se considère comme empereur avant d’être père. En tant qu’empereur, il n’hésiterait pas à utiliser Krista pour le bien de l’Empire si cela devenait nécessaire. Arn le sait, et c’est pour cette raison qu’il n’en a jamais parlé à personne, ni même permis qu’on l’évoque. Pas même à Leo. Même si je parierais qu’il sent qu’il y a quelque chose de particulier chez Krista.
Leo se contentait de ne pas poser de questions sur Krista tant qu’Arn gardait le silence. Il savait qu’Arn serait généralement présent si elle avait besoin de quelqu’un. Et sa confiance dans le fait qu’Arn viendrait le voir si un problème survenait suffisait à le satisfaire.
Mitsuba comprenait tout cela. Arn et Leo se faisaient confiance plus qu’à quiconque, et leur capacité à communiquer et à se comprendre approchait presque de la télépathie. Ses fils jumeaux possédaient un lien puissant. C’était aussi l’une des raisons pour lesquelles Mitsuba était si reconnaissante de la présence de Finne. Il était très rare pour eux de trouver quelqu’un d’autre en qui ils pouvaient avoir autant confiance qu’en l’autre.
— Je ne te remercierai jamais assez, Finne, confia Mitsuba en s’inclinant avec gratitude. Je suis si heureuse que tu fasses partie de nos vies. De celle d’Arn, de Leo, de Krista, et bien sûr de la mienne. Je suis désolée que nous te demandions toujours des choses sans pouvoir t’offrir grand-chose en retour.
— O-oh, non, j-je…
Finne devint aussitôt confuse.
— Je vous en prie, vous n’avez vraiment pas besoin de me remercier, Dame Mitsuba.
Même si Finne était la fille d’un duc, une consorte demeurait d’un rang supérieur. Sans compter que Mitsuba était la mère d’Arn.
— Euh, euh… Oh là là…
Dans son trouble, Finne chercha de l’aide du côté de Sebas, mais celui-ci se contenta de lui sourire avec amusement.
— Je sais que mes fils iront bien tant qu’ils auront quelqu’un d’aussi gentil que toi à leurs côtés. Je sais aussi qu’ils ne perdront pas de vue ce qu’ils sont vraiment, même au milieu de toutes les tromperies, des insultes et des attaques qu’implique la lutte pour le trône. Je les ai toujours laissés prendre leurs propres décisions… mais je crains parfois qu’ils ne s’égarent. Alors je t’en prie, veille sur eux pour moi. Je sais qu’ils sont en sécurité entre tes mains.
— Je ne suis pas une personne aussi bonne que vous le pensez, répondit humblement Finne. Mais… je ferai de mon mieux pour être à la hauteur de vos attentes.
— Merci. Rien que de t’entendre dire cela me suffit amplement. Alors, que dirais-tu de nous mettre au travail ?
— D’accord ! accepta Finne. Monsieur Sebas, si possible, j’aimerais que vous utilisiez vos relations pour répandre une rumeur parmi les aventuriers.
— Et de quel genre de rumeur s’agirait-il ?
— Qu’une grosse requête arrivera probablement dans un futur proche, et qu’ils devraient donc terminer leurs requêtes en cours aussi vite que possible. Une telle rumeur nous donnera beaucoup d’aventuriers disponibles. Si l’empereur tombe soudainement malade, les soldats et les chevaliers ne pourront pas réagir assez vite. Nous devrons nous appuyer sur les aventuriers.
— Très bien.
Sebas répondit au raisonnement de Finne par un hochement de tête satisfait.
À ses yeux, c’était presque une réponse parfaite.
— Contactez aussi la société Demi et dites-leur que nous pourrions bientôt avoir besoin d’argent de leur part, ajouta Finne.
— Je m’en occuperai également. Si vous voulez bien m’excuser, je vais y aller.
Sebas partit aussitôt, et Finne le suivit peu après.
Si un problème éclatait dans la partie Sud de l’Empire, Arn agirait sans le moindre doute, et Finne devait l’aider.
Elle ferait tout ce qui était en son pouvoir pour lui permettre d’accomplir ce qu’il aurait à faire.
C’était son devoir en tant que seule et unique véritable partenaire, se rappela-t-elle en silence avant de se mettre au travail.