THE INSIPID PRINCE T3 – CHAPITRE 3 PARTIE 3
Ténèbres grouillantes (3)
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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
Relecture : Ostinliss
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Au cœur de la forêt qui s’étendait le long de la frontière Sud d’Adrasia, Leo venait d’arriver dans un petit village.
— Je suis honoré de faire votre connaissance, chef du village. Je suis Leonard Lakes Adler, huitième prince impérial.
Leo se présenta en inclinant la tête devant la vieille femme aux cheveux gris qui vivait dans la plus grande maison du village.
— Je m’appelle Mao… Je suis la chef du village de Hina.
Son petit corps tremblait tandis qu’elle s’inclinait à son tour.
— Je vous remercie d’avoir fait tout ce chemin jusqu’à notre humble village.
— Voyons, c’est tout naturel. Quel qu’il soit, votre village fait partie d’Adrasia. Et nous, membres de la famille impériale, avons un devoir envers tous nos sujets.
Leo lui répondit avec un doux sourire.
En entendant ses paroles, une autre personne présente dans la maison laissa échapper un léger sifflement.
— Eh ben. Qui aurait cru que deux jumeaux pouvaient être aussi différents ?
— Quelle impression mon frère vous a-t-il laissée ? demanda Leo.
— Il avait l’air très arrogant, répondit l’homme aux cheveux roux adossé au mur.
C’était Abel, qui avait pris le commandement des aventuriers chargés de protéger le village à la demande d’Arn.
— Vraiment ? répondit Leo, aussitôt impressionné par sa franchise. Vous seriez peut-être surpris de voir comment il se comporte la plupart du temps.
— J’ai du mal à l’imaginer. Quand il nous a proposé cette prime complètement folle pour venir protéger ce village, il nous a fichu une peur bleue. On était persuadés que des monstres particulièrement coriaces nous attendaient quelque part dans la nature.
— Et c’était le cas ?
— Non. C’est un village paisible. À part les types qui ressemblent à des kidnappeurs et qui se montrent de temps en temps, comme on nous l’avait dit. Ils ne tentent rien quand ils voient qu’on a sécurisé le village, mais ils continuent à rôder. Cela dit, ils ne valent clairement pas la somme absurde qu’on nous paie. C’est une requête facile.
La plupart des aventuriers s’en seraient probablement réjouis, mais Abel semblait plutôt agacé.
Son professionnalisme arracha un sourire amer à Leo. Le voilà contrarié parce qu’il était trop payé, alors qu’il l’aurait sans doute été tout autant si la récompense avait été insuffisante. La vie d’aventurier semblait décidément difficile.
Mais Leo appréciait cette liberté d’esprit et cette indépendance propres aux aventuriers.
— La partie difficile reste à venir, le rassura Leo. Je vais m’attaquer à l’organisation derrière les enlèvements. Le seigneur qui devrait administrer ce village est probablement impliqué.
— Ah ouais ? Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?
— J’ai choisi de ne pas passer par la ville du seigneur en venant ici, mais j’ai laissé croire que je le ferais. Apparemment, quand la rumeur s’est répandue, ce seigneur a paniqué et a commencé à agir de manière suspecte. Si son plus grand crime avait simplement été de ne pas reconnaître officiellement les villages isolés et d’ignorer leurs demandes d’aide, il se serait contenté de préparer ma visite. Mais au lieu de cela, il a tenté de contacter quelqu’un. C’est suffisant pour renforcer mes soupçons.
— Peut-être qu’il a juste réagi de manière excessive ?
— C’est possible. Mais les nobles de la région auraient tous dû être informés de la raison de ma venue. S’il avait involontairement négligé les villages de réfugiés, il aurait au moins pu mener une enquête sommaire sur la question. D’autres seigneurs le long des frontières de l’Empire sont déjà en train de le faire. Mais celui d’ici n’a pris aucune mesure.
— Je pensais que vous faisiez juste un détour, mais on dirait que vous avez déjà pas mal avancé, hein ? fit Abel, impressionné. Vous êtes donc vraiment aussi compétent qu’on le dit.
— Je ne suis pas certain de mériter vos éloges.
Leo baissa les yeux et répondit avec sincérité.
— Je n’ai encore rien accompli.
Lorsqu’il avait commandé son régiment de chevaliers durant le Festival de la Chasse des Chevaliers, il n’était pas parvenu à décrocher une victoire. Et c’était Arn, agissant sous l’identité de Leo, qui avait gagné la confiance d’Albatro et de Rondine en tant qu’ambassadeur extraordinaire, pas Leo lui-même.
Leo n’avait encore rien accompli depuis son entrée dans la lutte pour le trône.
C’était pourquoi cette mission lui tenait tant à cœur.
Il ne pouvait pas laisser les autres être responsables de son accession au trône. Quelqu’un qui exprimait le désir de le conquérir sans être capable de le soutenir par ses actes n’était pas digne de devenir empereur.
S’il n’était même pas capable de résoudre le problème sur cette frontière Sud, alors devenir empereur un jour n’était rien de plus qu’un rêve vain.
Tels étaient les sentiments qui sous-tendaient sa réponse à Abel.
— Eh bien, répondit Abel, si c’est ce que vous pensez, alors vous avez sûrement raison. C’est bien de ne pas être trop imbu de soi-même. Faites juste attention à ne pas être si pressé de résoudre cette affaire que vous en perdriez de vue l’ensemble, d’accord ?
— Bien sûr. Ma principale préoccupation reste ce village, ainsi que les personnes qui ont été enlevées.
La chef prit alors la parole.
— Lyn est une gentille fille… Même si c’était elle qui souffrait le plus, elle ne le montrait jamais. Elle continuait simplement à travailler pour aider notre village.
— Lynfia ne m’a encore rien expliqué de la situation. Mais j’imagine qu’il a dû arriver quelque chose de grave pour qu’elle quitte son village.
— Oui… Le premier enlèvement a eu lieu il y a onze ans. C’était la sœur de Lyn. Lyn n’avait que cinq ans à l’époque, et sa sœur avait seulement trois ans de plus qu’elle. La victime la plus récente, elle, était l’autre sœur de Lyn, qui avait six ans de moins qu’elle. Ce jour-là, Lyn était malade et alitée…
— Deux de ses sœurs ont été enlevées ?
— Elle est la seule de sa fratrie à ne pas avoir les yeux vairons. Elle a dû s’en sentir coupable, puisque tous les enfants enlevés les avaient. Il y a onze ans, de nombreux réfugiés nains sont entrés dans le pays, et une série d’enlèvements de demi-humains et d’enfants aux capacités particulières a eu lieu. Après que l’empereur eut décrété que tous les réfugiés devaient être considérés comme des sujets impériaux, ces incidents sont devenus moins fréquents, mais notre village a continué d’être pris pour cible. Personne ne nous aidait, simplement parce que nous sommes des réfugiés.
La chef conclut son explication par un long et profond soupir.
Les réfugiés d’Adrasia ne l’étaient pas devenus par choix. La majorité d’entre eux venaient de lieux attaqués durant la succession de guerres dans la région du Sud, ou étaient des victimes de la tentative de l’empire Sokal de purger tous les demi-humains.
Adrasia se montrait tolérante envers les réfugiés. Mais c’était parce que l’Empire voulait intégrer à sa main-d’œuvre des demi-humains talentueux, et qu’il ne pouvait pas les accueillir sans accepter les autres avec eux.
Ainsi, les demi-humains possédant des compétences particulières pouvaient trouver de quoi vivre à travers l’Empire. Ceux qui n’en avaient pas, en revanche, étaient contraints de se faire discrets dans les régions pauvres et reculées.
Jusqu’à onze ans auparavant, ils avaient été traités comme s’ils n’existaient presque pas, mais le décret de l’empereur avait changé les choses. Les réfugiés l’avaient accueilli avec joie.
Cependant, certaines choses étaient restées inchangées.
À l’époque, l’empereur avait reconnu tous les réfugiés présents dans l’Empire comme des sujets impériaux et les avait exemptés d’impôts pendant cinq ans. Cette politique pouvait sembler n’être qu’un fardeau pour les seigneurs territoriaux, mais en réalité, aucun village de réfugiés ne possédait de toute façon les ressources nécessaires pour payer des taxes.
C’était la raison de cette exemption de cinq ans.
L’empereur avait également ordonné aux seigneurs territoriaux d’aider les réfugiés à s’intégrer dans leurs territoires, de les inclure dans des activités économiques comme le commerce ou le défrichement, et de les encourager à acquérir une capacité de revenus suffisante pour payer des impôts.
Cependant, certains seigneurs avaient délibérément ignoré cet ordre.
Ils avaient désobéi parce qu’ils n’y voyaient aucun bénéfice pour eux. Leo pouvait, dans une certaine mesure, comprendre cela. À ses yeux, si l’absence d’intérêt était totale, il y avait matière à réflexion. Même les seigneurs avaient droit à leur opinion.
Mais la situation du village de Lynfia était différente.
Il était particulier.
On y trouvait de nombreux réfugiés nés avec une hétérochromie, autrement dit les yeux vairons, ainsi que beaucoup de personnes talentueuses et intelligentes comme Lynfia, ou encore des chasseurs habiles.
Les intégrer à la société du territoire aurait profité au seigneur. Et pourtant, celui-ci avait traité le village comme s’il n’existait pas, malgré le fait qu’une simple enquête aurait prouvé le contraire.
Reconnaître l’existence du village aurait entraîné la diffusion de cette information jusqu’au cœur de l’Empire.
Le seigneur devait donc avoir quelque chose à cacher.
— C’est pour cette raison que Lynfia est venue jusqu’à nous, observa Leo. À la capitale, nous n’avons pas accordé une attention suffisante à tous les districts reculés. Je vous demande pardon pour cette négligence.
— N-non ! Ne dites pas cela ! Je ne voulais absolument pas dire ça ! insista la chef. Je vous en prie, relevez la tête !
— Je sais qu’aucune excuse ne saurait guérir les blessures et la souffrance que vous avez endurées, répondit Leo. Je ne peux pas promettre de ramener tous les enfants que vous avez perdus, mais je les chercherai du mieux que je le pourrai. J’ai également l’intention de mettre au jour les crimes du seigneur de votre territoire. Je sais que l’empereur veillera à ce que justice soit rendue.
— Merci ! Oh, merci infiniment !
La chef inclina la tête à plusieurs reprises.
La conversation prit fin ainsi, et Leo sortit avec Abel.
— Vous aviez l’air assez sûr de vous, là-dedans, remarqua Abel, mais je pense que vous avez une tâche difficile devant vous.
— J’en suis certain.
— Vu les mouvements et l’équipement des kidnappeurs, je dirais qu’on a affaire à des professionnels. J’ai toujours pensé que les enlèvements étaient le genre de choses que faisaient des bandits ou des voyous, mais je n’ai jamais vu des types prendre ça aussi au sérieux. Ça veut dire qu’ils ont un véritable réseau de traite humaine.
— Oui, confirma Leo. Une grande organisation se trouve nécessairement derrière tout cela. Le seigneur auquel appartient ce village n’est pas puissant. Il pourrait n’être qu’un pion.
— Il est aussi possible que des nobles de toute la région Sud soient impliqués, avertit Abel. Si vous ne faites pas attention, vous pourriez déclencher une révolte.
— Ce serait un échec colossal, répondit Leo avec un petit rire.
Résoudre le problème de la frontière Sud était un moyen idéal de gagner la faveur de l’empereur.
Cependant, si une révolte des nobles de la région venait à se produire, la responsabilité retomberait probablement sur Leo.
C’était une mission extrêmement dangereuse.
Certains auraient peut-être considéré qu’une enquête superficielle, évitant de creuser trop profondément, constituait la stratégie la plus sûre.
— Mais lorsque j’ai entendu parler de ce qui se passait ici, j’ai su que je voulais aider. Si je ne suis même pas capable de faire cela, suis-je vraiment digne de devenir empereur ?
— J’en sais rien, répondit Abel. Mais je suppose que je préférerais un empereur capable d’aider à un autre qui ne l’est pas.
— Exactement. C’est pour cela que je suis venu ici régler cette affaire. Et je déteste devoir le dire, mais je vais vous faire travailler pour tout l’argent que nous vous versons.
— Ouais, ouais, répondit Abel en haussant les épaules. Comme vous voudrez, patron.
Son instinct d’aventurier lui disait que cette requête allait être difficile.
Mais il avait déjà reçu l’argent, et un aventurier ne refusait jamais une requête qu’il avait acceptée.