THE INSIPID PRINCE T3 – CHAPITRE 3 PARTIE 1

Ténèbres grouillantes (1)

—————————————-
Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
Relecture : Ostinliss
———————————————– 

À peu près au moment où Arn et Jurgen arrivaient sur le territoire des Reinfeldt, Finne se retrouvait plongée dans l’agitation de la capitale impériale.

— Oh là là ! s’exclama-t-elle. Q-que dois-je faire ? Qu’est-ce que je dois faire, Yulia ?!

— Reste simplement là. C’est parfait, la rassura Yulia.

— Nous sommes officiellement ouverts ! Entrez, je vous en prie ! annonça une employée.

À l’instant même où la succursale de la capitale de la société Demi ouvrit ses portes, la longue file de clientes qui attendait devant la boutique se déversa à l’intérieur.

Elles étaient toutes venues pour le dernier produit de la compagnie : une lotion tonique pour la peau. Le produit en lui-même était excellent, mais la société y avait aussi ajouté une campagne promotionnelle spéciale.

— Approchez ! Venez acheter la lotion tonique utilisée par Blaue Möwe elle-même ! Seulement trois cents flacons disponibles pour cette édition limitée de la Lotion de la Mouette !

Une employée demi-humaine à l’apparence de bête, vêtue d’une tenue adorable, faisait la promotion de bouteilles remplies d’un liquide transparent, contenant un mélange d’ingrédients innovant.

Mais tous les regards des clientes étaient tournés vers Finne.

— Regardez, Dame Finne est vraiment là ! J’en prends une !

— C’est vraiment le produit qu’elle utilise ? Donnez-m’en trois !

— J’en veux cinq !

— Ah, peu importe, donnez-m’en dix !

La lotion tonique utilisée par la plus belle femme d’Adrasia.

Ces mots avaient l’effet d’une formule magique sur les femmes de l’Empire. Les clientes se ruèrent dans la boutique pour s’emparer des flacons, et les trois cents exemplaires furent écoulés en quelques minutes.

La promotion n’aurait peut-être pas été aussi efficace s’il ne s’était agi que d’un simple slogan, mais Finne apparaissait au deuxième étage de la boutique et saluait les clientes de la main.

Sa présence en personne produisit des résultats incroyables, et, quelques jours à peine après son lancement, la Lotion de la Mouette devint le produit de soin le plus vendu de l’Empire.

— Beau travail, Finne, dit Yulia avec un large sourire.

Le succès de sa stratégie la faisait sourire sans discontinuer.

— C…c’est encore si impressionnant…

Finne, de son côté, était rongée par la nervosité face à l’assaut quotidien des clientes. À ses yeux, elles ressemblaient à des chevaliers fondant sur leurs ennemis.

— Quand je les vois dehors, en train de me fixer en attendant l’ouverture de la boutique, j’ai peur en me demandant… et si elles se précipitaient toutes sur moi ?

— Désolée, mais tu vas devoir t’y habituer. Souviens-toi simplement que tu peux t’attendre à une généreuse compensation.

— D’accord ! Je ferai de mon mieux !

Finne serra ses petits poings avec détermination.

Même pour Yulia, qui était pourtant une femme, la scène était adorable.

Au début, de nombreux clients masculins avaient tenté de venir dans l’espoir d’apercevoir Finne, mais Yulia n’avait autorisé l’entrée qu’aux clientes, et la plupart des hommes avaient renoncé. Quelques-uns avaient essayé de forcer le passage, mais ils avaient tous été rapidement jetés dehors par les vigiles demi-humains dont la compagnie était si fière.

Grâce à cela, la réputation de fermeté de la boutique envers les comportements perturbateurs se répandit dans toute la capitale.

Yulia remarqua cette tendance et décida de sortir sa prochaine tactique.

— Finne. Nous passons à la stratégie suivante.

— Ah bon ? Que voulez-vous que je fasse cette fois ?

— La même chose que jusqu’ici. Contente-toi de faire signe de la main et de te faire aimer de tout le monde. Je vais doubler le nombre de gardes.

— Doubler…?

Finne regarda autour d’elle. Trois vigiles demi-humains musclés l’entouraient déjà. Les doubler ferait monter leur nombre à six. Elle s’imagina encerclée par six grands demi-humains puissants et commença à s’agiter.

— P-personne ne pourra même plus me voir !

— Ce n’est pas grave, expliqua Yulia. Il leur suffit de t’apercevoir. Rien que de savoir que Blaue Möwe se trouve ici attirera les hommes.

— V…vraiment ?

— Oui. Et je vais dépouiller ces idiots jusqu’à leur dernier sou.

Yulia gloussa.

— On n’attrape pas une mouette qui vole librement dans le ciel.

— N-n’en faites pas trop… je vous en prie.

— Ne t’inquiète pas, je vais y aller doucement. Tout doucement.

Yulia répondit avec un sourire malicieux.

Ce sourire rappela un peu à Finne celui d’Arn lorsqu’il exécutait l’un de ses plans sournois, mais elle garda cette pensée pour elle.

Le lendemain, Finne commença à comprendre que les plans de Yulia étaient peut-être, en réalité, bien plus sournois que ceux d’Arn.

— Votre attention, je vous prie ! lança l’employée demi-humaine joliment vêtue en ouvrant les portes. La succursale de la capitale de la société Demi est désormais ouverte !

Des clients masculins se déversèrent aussitôt dans le vaste magasin.

— Ooooh ! C’est Dame Finne ! En chair et en os ! Elle est encore plus jolie que sur les affiches et les prospectus illusoires !

— Elle est si belle ! Elle rayonne ! On dirait qu’elle brille littéralement !

— Il faut que je grave cette image dans ma mémoire ! Je ne veux jamais l’oublier, jusqu’à ma mort !

Finne leur adressa un sourire embarrassé et un timide signe de la main.

La société Demi avait mis tous ses efforts dans la campagne publicitaire précédant l’événement. Affiches et prospectus illusoires produits en masse, capables d’afficher temporairement des images magiques, avaient été utilisés pour montrer le visage de Finne dans toute la capitale.

L’attrait supplémentaire de pouvoir voir Blaue Möwe en personne avait attiré les clients masculins en foule vers la succursale de la capitale.

— Dame Finne ! Regardez par ici ! Dame Finne !

Cependant, certains clients n’avaient pas lu toutes les informations figurant sur les affiches.

— Espèce d’abruti ! Si tu n’es pas venu acheter quelque chose, alors fiche le camp !

— La ferme ! Je n’ai rien l’intention d’acheter !

Un jeune homme agressif répondit en criant. Ses éclats de voix furent entendus par un imposant vigile demi-humain, qui entra aussitôt dans le magasin et le maîtrisa.

— H-hé, qu’est-ce que vous faites ?! protesta le jeune homme.

— Excusez-moi, monsieur. Avez-vous lu l’avertissement figurant sur nos affiches ?

— L’avertissement ?! Quel avertissement ?!

Face à ses cris, le vigile poussa un soupir, puis désigna le bas d’une affiche. Là, en caractères assez grands, on pouvait lire :

« Seuls les clients effectuant un achat sont autorisés. Toute infraction entraînera une amende. »

Le jeune homme lut ces mots et commença à pâlir, mais il était déjà trop tard. Le vigile l’entraîna rapidement à l’arrière de la boutique.

— D…Dame Yulia…?

— Tout va bien, rassura Yulia. Je ne vais pas lui faire de mal. Je vais simplement lui faire acheter l’un de nos produits. Et s’il n’a pas d’argent, il pourra travailler pour rembourser la différence.

— O-oh.

Yulia gloussa en voyant Finne pousser un soupir de soulagement.

— Q-qu’est-ce qu’il y a de drôle ?

— Rien. Je me disais simplement que tu es vraiment gentille. La plupart des gens ne s’inquiéteraient pas pour un homme comme lui.

— Ah bon ?

— Pas en général, non. Mais je trouve ça bien. Le monde a autant besoin de gens gentils comme toi que de gens sans scrupules comme moi.

— Je pense que vous êtes gentille aussi !

— Moi ? La seule chose qui m’occupe l’esprit en ce moment, c’est comment escroquer tous ces hommes.

— N’essayez pas de le cacher ! Je sais que vous avez affiché la plupart de vos publicités dans les quartiers riches ! Et je sais aussi que vous distribuez de la nourriture aux personnes qui en ont besoin !

Pour Yulia, il ne s’agissait pas simplement de considérer qu’il était juste de prendre l’argent des riches, mais elle refusait de s’en prendre aux pauvres. C’était sa position fondamentale.

La société Demi attirait des employés isolés et solitaires, incapables de s’intégrer à la société humaine, dont beaucoup avaient aussi connu une extrême pauvreté. L’expérience de Yulia auprès de ces personnes l’avait poussée à offrir régulièrement des repas gratuits dans les quartiers pauvres situés à la périphérie de la capitale.

Elle avait lancé cette activité à but non lucratif avant même l’ouverture de la succursale de la capitale, en utilisant ses propres fonds personnels.

— Comment sais-tu tout ça ? marmonna Yulia.

Elle semblait contrariée d’avoir été percée à jour.

Finne se contenta de sourire vivement et jeta un regard aux vigiles qui l’entouraient.

Comme la boutique était évidemment moins sûre que le château, ils avaient pour mission de la garder en permanence. Et ses discussions joyeuses avec eux lui avaient fourni plusieurs informations intéressantes.

— Ils sont bien bavards, pour des gardes de sécurité, non ? dit Yulia d’un ton accusateur.

— Je suis désolé, madame… C’est venu dans la conversation.

Elle répondit au garde par un profond soupir.

— Ils ont tous dit beaucoup de bien de vous, ajouta rapidement Finne. Ils m’ont parlé de la personne formidable que vous êtes ! Vous avez fondé cette compagnie parce que les demi-humains, partout sur le continent, sont maltraités par les humains à cause des rumeurs, n’est-ce pas ? Et vous vouliez recueillir ceux qui avaient besoin d’aide, puis faire tout ce que vous pouviez pour améliorer leur réputation. J’ai été tellement émue d’apprendre cela !

— Argh, gémit Yulia. Il a fallu que vous alliez déballer une histoire qui plairait à la douce petite Finne, hein ?

— Eh bien, c’est la vérité, madame.

Yulia fit mine de donner un coup de pied aux gardes.

La conversation s’arrêta là. Yulia déclara qu’elle allait vérifier les ventes et descendit, laissant Finne avec ses gardes du corps.

— Vous pensez qu’elle est fâchée ? demanda Finne.

— Je pense qu’elle est simplement embarrassée, répondit un garde.

— Vraiment ?

Finne se tourna pour saluer les clients en contrebas.

— C’est terriblement adorable.

Elle le dit en sachant parfaitement à quel point Yulia se fâcherait si elle l’entendait.

Finalement, les ventes commencèrent à se calmer, et Finne cessa de faire signe de la main pour descendre à l’arrière de la boutique. Autrement, certains clients seraient restés à traîner là indéfiniment.

— Ouf… je suis si fatiguée.

— Comme toujours, tu as fait de l’excellent travail.

Yulia remercia Finne pour ses efforts tout en lui tendant une tasse de thé. Elle tenait dans l’autre main une feuille de papier indiquant le chiffre des ventes du jour, et le montant inscrit atteignait une somme qu’elle avait rarement vue au cours de toutes ses années de commerçante.

— Je me suis trompée sur l’effet que Blaue Möwe aurait dans la capitale. Il va falloir que je revoie mes calculs.

— La campagne n’a pas beaucoup aidé ?!

— Non, c’est exactement l’inverse. Elle a trop bien marché. Si nous ne recevons pas rapidement de nouveaux stocks, nous allons être à court.

— Oh, vraiment ?! C’est merveilleux !

Finne, fière de s’être rendue utile, but son thé avec satisfaction.

La vue de cette jeune femme qui faisait de son mieux réchauffa le cœur de Yulia, et une part d’elle souhaita que Finne ne change jamais. Mais elle savait très bien qu’il s’agissait d’un souhait naïf.

La lutte pour le trône impérial avait atteint son apogée, et les autres candidats n’étaient pas assez stupides pour rester sans rien faire devant les succès d’une faction adverse. Si cette réussite présente entraînait de nouveaux gains, quelqu’un finirait par intervenir pour les entraver.

La seule question était de savoir quand.

Tant que Leo, le chef de leur faction, se trouvait dans le Sud sur ordre impérial, leurs adversaires ne tenteraient probablement pas d’attaque trop audacieuse, mais rien n’était certain. Finne était la fille d’un duc et jouissait de la faveur de l’empereur, si bien qu’en temps normal, personne ne tenterait quoi que ce soit qui puisse lui nuire.

Mais elles faisaient face à des candidats au trône impérial, des personnes que le modeste pouvoir de Finne n’intimiderait pas.

Les affrontements physiques ne relevaient pas de Yulia. C’était aux princes jumeaux de s’en charger. Le monde des affaires, en revanche, était une tout autre histoire.

Yulia commença à planifier son prochain mouvement, tout en restant attentive à d’éventuelles interférences.

— Pardonnez cette intrusion soudaine.

L’apparition de Sebas interrompit les pensées de Yulia.

— Dame Finne, veuillez retourner immédiatement au château.

— Y a-t-il un problème ?

— Oui. La princesse Krista a besoin de votre aide, expliqua-t-il simplement.

Cela suffit à Finne pour comprendre que Krista avait de nouveau vu l’avenir.

error: Pas touche !!