THE INSIPID PRINCE T3 – CHAPITRE 1 PARTIE 7
Le problème des réfugiés (7)
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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
Relecture : Ostinliss
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— Je compte sur toi, Leonard.
— Oui, Votre Majesté. Je serai vos yeux et vos oreilles, et s’il existe la moindre injustice, je la mettrai au jour.
— Très bien.
Père remit à Leo le manteau violet qui l’identifierait comme inspecteur chargé des patrouilles. Tant qu’il le porterait, rien ni personne ne pourrait se dresser sur son chemin.
— Aucun compromis, aucun raccourci. Continue d’enquêter jusqu’à obtenir une certitude absolue.
— Entendu.
Leo enfila le manteau et quitta la salle du trône.
Toutes les personnes présentes le suivirent, sauf moi. L’expression de Père me disait qu’il souhaitait me parler.
— Es-tu inquiet ? demanda-t-il.
— Pas du tout. Leo est brillant.
— Certes, mais il manque de souplesse. Tu as toujours compensé cela. Cette fois, pourtant, tu ne seras pas avec lui.
— Si vous espérez voir ce que Leo peut accomplir seul, il va falloir essayer plus fort que ça.
— Oh ? Et pourquoi ?
— Il est doué pour obtenir l’aide des autres. Il donne envie aux gens de l’aider. Alors même si je ne suis pas là, quelqu’un sera toujours présent pour lui prêter main-forte.
— Je vois. Espérons que ce soit vrai. Mais toi, alors ?
Je fronçai les sourcils à cette question. Comme Leo, j’avais moi aussi reçu une mission. Non qu’elle fût assez sérieuse pour mériter ce nom.
— Je ne sais pas. Je ferai ce que je peux, mais ne placez pas trop d’espoirs en moi.
— Cela ne suffit pas, répondit Père. L’avenir de ma fille dépend de toi. Et si elle ne se marie pas, Zandra ne le fera sans doute pas non plus.
— Quelle lourde responsabilité. Mais ne soyez pas trop en colère si j’échoue. Nous parlons de Liselotte, après tout.
— Oui, je le sais. Mais écoute, Arnold. J’ai dépassé la cinquantaine, maintenant. Il ne me reste plus tant de temps. Je veux voir ma fille devenir mariée.
— Je ne me souviens pas avoir entendu dire que vous étiez malade.
— Je ne le suis pas. Mais en vieillissant, je commencerai à perdre mon autorité. Tôt ou tard, je serai contraint de céder la place, peu importe qui deviendra empereur après moi. C’est ce que j’ai fait moi-même.
Père prit un air distant en contemplant la ville visible depuis le château. Peut-être se demandait-il combien de temps encore il pourrait profiter de ce paysage.
La lutte pour le trône se jouait entre ses enfants, et lui occupait le siège qui en constituait le but. Naturellement, le vainqueur écarterait notre père pour prendre sa place.
Si cela arrivait, il aurait des préoccupations bien plus graves que de voir ses filles se marier.
— Vous êtes inhabituellement sentimental aujourd’hui, remarquai-je.
— Cette nuit, j’ai rêvé de ma deuxième consorte et du prince héritier. Comme ils me manquent… Cela me fait me demander combien de personnes encore je devrai pleurer.
— Si cela vous préoccupe tant, mettez fin à la lutte pour le trône. Désignez un prince ou une princesse héritière, puis envoyez les autres occuper des postes dans différentes régions tant que vous en avez encore le pouvoir. Vous pourrez au moins sauver quelques vies.
— Je ne peux pas faire cela. Il y a une différence entre la valeur de ce que l’on gagne et celle de ce que l’on reçoit. Le trône est une chose que l’on doit conquérir. C’est ainsi que naît un empereur fort. C’est ce qui protège cet empire.
— Alors cessez d’être aussi indécis. Vous avez le pouvoir de mettre fin à la lutte pour le trône, et vous choisissez de ne pas le faire. À cause de cela, mon frère a été aspiré dans cette stupide querelle familiale. Beaucoup de gens pensent comme vous. La seule raison pour laquelle personne ne s’y oppose, c’est que vous avez permis à cette lutte de continuer. Vous essayez de vous convaincre que c’est un mal nécessaire. Votre indécision est une insulte envers tous ceux qui y prennent part. Je ne vous permettrai pas de faire marche arrière maintenant.
Si l’empereur désignait simplement son successeur, ce genre de lutte n’aurait jamais lieu. Cependant, un successeur qui avait combattu et gagné était plus fort qu’un successeur simplement nommé. Je comprenais cette logique.
Un vainqueur ne laisserait jamais le fruit de ses efforts lui être arraché. Mais quelqu’un à qui l’on avait offert le trône ne ressentirait pas la même possessivité. Remporter cette lutte faisait naître un état d’esprit différent. La bataille pour le trône était nécessaire afin de créer un empereur capable de protéger l’Empire.
C’était cette croyance qui entretenait depuis d’innombrables générations cette lutte ridicule.
— Je ne m’attendais pas à recevoir une leçon de mon propre fils, surtout pas de toi, Arnold.
— Pardonnez mon impertinence.
— Tout est pardonné. Mes doutes semblent toujours refaire surface lorsque Franz n’est pas là. Je suis désolé. Oublie tout ce que j’ai dit.
— Oui, Père.
— …Arnold. Te souviens-tu encore de ce que je t’ai montré il y a toutes ces années ?
— Soyez rassuré. Je ne l’oublierai jamais. Et je me souviens encore de ce que vous m’avez dit.
— Je vois… Cela me rassure.
Sur ces mots, Père me congédia.
À mesure que la lutte pour le trône s’intensifiait, il devait être en proie à quelques hésitations. Si Leo devenait empereur, il serait en sécurité, mais il ne nommerait jamais Leo prince héritier pour assurer cette sécurité. Même lorsqu’il laissait transparaître ses doutes, il restait un homme lié par ses devoirs d’empereur.
— J’imagine qu’il ne nous reste qu’à gagner, murmurai-je pour moi-même.
Puis je me dirigeai vers l’entrée du château afin de dire au revoir à Leo.
***
— J’imagine que c’est un au revoir pour le moment. Prends soin de toi.
— Oui. Bonne chance de ton côté aussi, Grand frère.
— Je ferai en sorte de ne pas trop travailler.
Notre conversation d’adieu avec Leo se limita à cela. Inutile de la prolonger davantage. Ce n’était pas comme si nous nous séparions pour toujours.
— Votre Altesse, m’interpella Lynphia.
— Tu n’arrives toujours pas à m’appeler simplement par mon nom, hein, Lynphia ?
— Je n’ai pas le statut des autres, qui leur permettrait de vous appeler autrement.
— Le statut n’a rien à voir là-dedans. Enfin, si cela te convient ainsi, je n’y vois pas d’inconvénient. Désolé que cela ait pris autant de temps pour lancer les choses.
— Ce n’est rien. Merci pour tout ce que vous faites.
— Tu m’as sauvé la vie, et tu as protégé Finne pendant notre absence. C’est le strict minimum que nous puissions faire.
— Je n’ai presque rien fait du tout, répondit Lynphia en baissant les yeux avec humilité. Et pourtant, vous avez déjà fait pour moi tout ce que je pouvais espérer, et même davantage. À vrai dire, j’ai presque l’impression d’abuser de votre bonté.
Elle avait accompli un travail remarquable en gardant Finne saine et sauve.
Autrement dit, elle avait résolu notre plus gros problème.
Envoyer des aventuriers protéger son village et mettre au jour les crimes qui s’y déroulaient, comme nous nous apprêtions à le faire, était loin de suffire pour rembourser la dette que nous avions envers elle.
— Tu es libre de le voir ainsi si tu veux, mais nous te sommes réellement reconnaissants, lui dis-je. Et nous te promettons de régler le problème de ton village.
Je tendis alors à Lynphia une bourse légèrement plus grande que mon poing.
Elle prit le sac, lourd dans sa main, puis en regarda l’intérieur.
Il contenait des pièces d’or.
Et ce n’était pas tout : l’intérieur de la bourse était bien plus vaste qu’il n’y paraissait de l’extérieur.
— Q…qu’est-ce que c’est ?!
— Une bourse fabriquée grâce à une magie d’expansion. Elle est dix fois plus grande qu’elle n’en a l’air. Et l’argent qu’elle contient vient de l’allocation que je reçois de l’Empire. Comme je n’ai jamais grand-chose à dépenser, j’en ai économisé une bonne quantité. J’avais envisagé de m’en servir pour financer la lutte pour le trône, mais puisque tu nous as obtenu un lien avec une compagnie marchande, nous n’en avons pas besoin pour le moment. Je te le confie donc.
— À… à moi ?! Comment suis-je censée utiliser tout cela ?
— Je pourrais le donner à Leo, mais il ne saurait pas l’utiliser efficacement. Toi, tu le peux. Leo préfère toujours mener un combat loyal. Et je veux que tu l’aides. Je pense que c’est ce qui sauvera ton village. Ne te montre pas avare dans la manière de l’utiliser. Tu n’as pas à m’en rendre la moindre pièce. Si tu ne sais vraiment pas quoi en faire, utilise-le pour aider ton village à se relever. Compris ?
— Votre Altesse…
— J’aimerais pouvoir vous accompagner, mais je ne peux pas. Je suis désolé de ne pas pouvoir être présent jusqu’au bout, alors laisse-moi au moins faire cela pour toi.
— …Merci. Je n’oublierai jamais votre bonté. Je vous promets d’être utile au prince Leonard.
Lynphia répondit ainsi, puis inclina la tête.
Sa réaction était parfaitement naturelle. Cette bourse contenait près de dix années de mon allocation de prince. Je savais qu’il était peut-être insensé de tout lui confier, mais je disposais aussi des revenus issus de mon activité sous le nom de Silver. C’était Sebas qui tenait les comptes de cet argent, mais je savais que la somme dépassait largement mon allocation princière. Malgré tout, l’argent contenu dans cette bourse était loin d’être une broutille.
En même temps, s’il était utilisé correctement, cet argent pouvait servir à influencer les actions de la noblesse du sud. Et je savais que Lynphia saurait l’utiliser d’une manière qui n’aurait jamais effleuré Leo.
— Tu m’accordes trop de mérite. C’est nous qui avons une dette envers toi, Lynphia. Considère cela comme ma façon de te remercier. Ne t’en fais pas pour ça.
— …Ce n’est peut-être pas convenable de le dire, mais je suis heureuse que vous ayez été attaqué ce jour-là, répondit Lynphia. C’est grâce à cela que je vous ai rencontré, et que vous m’avez offert votre aide. Personne ne peut comprendre la joie et le soulagement que j’ai ressentis. Je comprends désormais pourquoi dame Finne vous fait si entièrement confiance. Une fois le problème de mon village résolu, je reviendrai pour vous aider de toutes les manières possibles. Et vous pouvez me faire confiance pour protéger le prince Leonard pendant notre absence.
— Tu n’as vraiment pas besoin d’être aussi solennelle. Mais c’est précisément parce que tu es sincère que je sais que Leo sera en sécurité entre tes mains. Je compte sur toi.
— Bien sûr. Je ne vous décevrai ni l’un ni l’autre.
Lynphia s’inclina une dernière fois, profondément, puis monta dans le carrosse avec Leo.
Des chevaliers de la garde impériale entouraient également le véhicule, mais Leo avait confié sa protection personnelle à Lynphia. Cela montrait à quel point lui aussi lui faisait confiance.
— Nous y allons ! lança Leo en passant la tête par la fenêtre du carrosse.
— Très bien. Si cela devient trop difficile, abandonne et rentre.
— Haha. Je pourrais te dire la même chose. J’ai le sentiment que notre sœur sera une adversaire plus coriace que les nobles du sud.
— Là-dessus, je ne peux pas te contredire.
Je répondis ainsi tandis que le carrosse commençait lentement à s’ébranler.
Bon. Cela ne servait plus à rien de m’inquiéter pour lui.
— Il est temps de m’occuper de ma propre mission.
Tout d’abord, j’allais rencontrer l’homme qui demandait Liselotte en mariage. Je pensais que le voir en personne avant de lui écrire donnerait plus de poids à mon avis.
Les prochains jours s’annonçaient chargés.