THE INSIPID PRINCE T3 – CHAPITRE 1 PARTIE 6
Le problème des réfugiés (6)
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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
Relecture : Ostinliss
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Même si Leo et moi nous étions vu confier de nouvelles missions, cela ne signifiait pas que nous allions quitter la capitale immédiatement. Il y avait des préparatifs à faire, et de mon côté, je devais attendre que ma sœur fasse le premier pas.
En attendant, Leo et moi faisions ce que nous pouvions depuis la capitale. Leo rencontrait des personnes influentes afin d’obtenir leur soutien. Moi, j’étais chargé de traiter avec la représentante de la société Demi.
— Quel genre de personne est-elle ?
— C’est une femme charmante.
— Ce n’est pas très convaincant. À tes yeux, tout le monde est charmant.
— Hé !
Finne s’exclama, visiblement choquée. Mais c’était la vérité. Si Finne ou Leo devaient classer l’humanité en catégories, l’immense majorité des gens finirait dans celle des bonnes personnes. Tous deux avaient tendance à voir les qualités des gens plutôt que leurs défauts.
J’étais tout l’inverse. Quand Leo et Finne regardaient notre frère Trau, ils cherchaient aussitôt ses bons côtés. Moi, ma première pensée était qu’il était gros. Cela montrait sans doute à quel point nos rapports aux autres étaient différents.
Le plus triste, c’était que notre monde favorisait plutôt ceux qui appartenaient à la seconde catégorie. Les gens comme moi avaient plus de facilité à y vivre. C’était précisément pour cela que je me sentais obligé de soutenir des personnes comme Finne et Leo.
— Votre Altesse, dame Finne, je vous prie de nous excuser pour l’attente. Notre représentante va vous recevoir.
— J’avais entendu dire que votre société employait une secrétaire elfe, mais je suis tout de même curieux de savoir comment tu as fini par travailler ici.
C’était la secrétaire elfe qui nous accueillait devant la salle de réunion. Finne m’en avait déjà parlé, mais je trouvais toujours cela curieux.
Les elfes vivaient entre eux, dans des villages bien dissimulés à travers tout l’Empire. Ils avaient tendance à se montrer très fermés, entourant leurs villages de barrières et s’aventurant rarement à l’extérieur. Beaucoup de gens connaissaient l’existence des elfes, mais rares étaient ceux qui en avaient déjà rencontré un en personne.
Les elfes étaient également beaux et dotés d’une longue espérance de vie. Certains anciens auraient vécu plusieurs milliers d’années.
Il était déjà surprenant de trouver une elfe dans une position impliquant des interactions avec le monde extérieur. Il était presque impossible de croire que l’une d’elles travaillait comme secrétaire dans une société dirigée par une vampire.
— Nous autres elfes sommes très insulaires. C’est un trait fondamental de notre race. Mais je voulais voir davantage le monde extérieur. J’étais une exception parmi les miens. C’est pour cela que j’ai quitté mon village. Seulement, le monde extérieur s’est révélé bien plus dur que je ne l’imaginais. C’est à ce moment-là que j’ai rejoint cette société. C’est un endroit sûr pour les demi-humains comme moi.
— C’est une histoire merveilleuse, vous ne trouvez pas, Seigneur Arn ?
— Oui, répondis-je volontairement à Finne. Si elle est vraie.
Finne me lança un regard sévère, comme pour me demander pourquoi je disais une chose pareille, mais je l’ignorai.
La secrétaire elfe me jeta un regard contrarié, puis recula d’un pas en déclarant que j’étais libre de la croire ou non. Apparemment, elle avait donc dit la vérité.
— Excusez-nous.
J’entrai dans le bureau de la représentante de la société. L’accueil que je reçus ne ressemblait en rien à ce qu’on m’avait laissé attendre.
— Je suis honorée de vous rencontrer, prince Arnold. Je m’appelle Yulia, représentante principale de la société Demi.
Yulia me fixa avec intérêt de ses yeux rouges caractéristiques. La femme avait une chevelure argentée volumineuse et portait une robe révélatrice qui exposait sans gêne sa peau d’une pâleur mortelle. Comme tous les vampires, elle était belle. Cependant, sa peau blanche et ses traits me rappelèrent les vampires que j’avais rencontrés autrefois à l’est. Et ce souvenir me ramena l’image de Finne chutant de cette tour.
Mon expression ne devait pas être très aimable tandis que je revivais ce souvenir, car Yulia m’adressa un sourire amer et inclina la tête avant de poursuivre.
— Permettez-moi de commencer par une remarque sans rapport direct avec notre affaire. Je vous présente mes excuses au nom de certains membres de ma race. Je suis sincèrement désolée que votre vie, ainsi que celles de l’empereur et de nombreuses autres personnes, aient été mises en danger à cause de cet incident dans la région Est.
— …Veuillez pardonner mon impolitesse. Je suis Arnold Lakes Aadler, septième prince impérial.
Je m’excusai aussitôt, puis m’assis aux côtés de Finne. Je ne pouvais pas me permettre de ruiner la relation que celle-ci s’était donné tant de mal à nouer.
D’après ce que j’avais entendu, Yulia avait volontairement fait attendre Finne et Lynphia lors de leur première rencontre, mais elle ne fit rien de tel cette fois-ci. Peut-être était-ce le signe que nous avions passé son épreuve ? Et qu’elle, ainsi que sa société, avait finalement besoin de nous.
— Bien, Votre Altesse. Que puis-je faire pour vous aujourd’hui ?
— Je vais aller droit au but. Comment comptes-tu utiliser Finne ?
Le droit d’emprunter le nom de Finne avait été la condition posée par Yulia pour former notre partenariat. Si mon intuition était juste, elle espérait créer une nouvelle méthode de vente de produits au sein de la capitale.
— L’utiliser ? Si vous me permettez, ce n’est pas une façon très polie de le formuler.
— Les nuances et la politesse ne m’intéressent pas. Je veux seulement que nous parlions naturellement. Et cela ne te va pas, de toute façon.
— Vraiment ? Moi qui avais justement hâte de me montrer sous mon meilleur jour pour mon invité princier.
— Je ne suis pas ton invité. Nous sommes partenaires commerciaux. Je ne veux pas de malentendu sous prétexte de ménager les formes.
— Eh bien, si tu y tiens, répondit Yulia avec un sourire aimable. Je préfère moi aussi les conversations franches.
La plupart des marchands possédaient les qualités d’un illusionniste. Ils vous flattaient, vous attiraient à eux, et avant même de vous en rendre compte, vous leur accordiez toute votre confiance. Yulia ne faisait certainement pas exception.
— Quant à mes intentions concernant Finne, poursuivit-elle, à ton avis, quel est mon plan ?
— Ne réponds pas à ma question par une autre question.
— Pourquoi donc ? Je suis si curieuse de voir ce que le Prince Insipide a dans le ventre.
— Si tu connais déjà mon surnom, il n’y a plus rien à voir. On m’appelle Insipide parce que je le suis : vide et incompétent.
Notre échange prit fin, et Yulia tourna son regard vers Finne.
Merde.
Lorsque je compris dans quel piège je venais de tomber, il était déjà trop tard.
Yulia esquissa un sourire.
— C’est intéressant, Finne. Tu ne sembles pas du tout troublée alors qu’une personne aussi vide et incompétente mène cette conversation. Au contraire, j’ai même l’impression que tu lui fais plutôt confiance.
— Oh ? E…euh…
— Tu comptes utiliser Finne comme publicité, repris-je. Tu présenteras tes produits comme ceux que Finne utilise elle-même, et si possible, tu afficheras son portrait dans tes boutiques.
La réaction de Finne m’ayant trahi, il ne servait plus à rien de faire semblant. Je lui exposai donc le plan que j’avais imaginé afin de faire avancer la discussion.
— Eh bien, voilà qui est surprenant, répondit Yulia. Je savais que ton incompétence n’était qu’une façade, mais tu es encore plus perspicace que je ne le pensais. On dit que le faucon habile cache ses serres. Cette expression te va à merveille.
— Je ne joue pas la comédie et je ne cache rien. Les gens ont simplement commencé à m’appeler Insipide parce que je n’ai jamais montré la moindre initiative.
— Et maintenant ?
— J’ai décidé de faire de mon frère le prochain empereur. Comme Finne, il est trop honnête et trop bon pour s’en sortir dans ce monde. C’est pourquoi je dois le protéger. Je suis chargé de toutes les tromperies et de toutes les manipulations. Et si quelqu’un trahit Leo ou Finne, je l’écraserai.
Je lançai à Yulia un regard acéré pour bien lui faire comprendre mon message.
— …Je m’en souviendrai.
Ma brutalité dut la prendre au dépourvu, car elle parut légèrement nerveuse en répondant. Voyant cela, je relâchai la pression et répétai ma question précédente.
— Alors. Comment comptes-tu utiliser Finne ?
— D’une manière assez proche de ce que tu as décrit. Je veux commencer par l’utiliser pour vendre des cosmétiques. Les produits de beauté utilisés par la célèbre Blaue Möwe s’arracheront à coup sûr.
— J’imagine. Cela effacera aussi l’image négative que les gens ont de ta société. Tu pourras entrer ouvertement sur le marché de la capitale.
— Ne présente pas les choses comme si nous étions les seuls à y gagner, répondit Yulia sur la défensive. Nous tiendrons notre part du marché.
— Cela viendra plus tard. Pour commencer, je veux que tu pousses à la faillite toutes les entreprises qui coopèrent avec nos concurrents. Si nous coupons leur source de financement, ils ne pourront plus entreprendre de manœuvres complexes.
Je disais cela comme si c’était simple, mais Yulia laissa échapper un léger soupir, ce qui était à peu près la bonne réaction. Les compagnies marchandes qui coopéraient avec les autres candidats étaient toutes de grande taille et solidement implantées dans la capitale. Les faire disparaître serait presque impossible.
— Très bien. Tu veux que nous les frappions assez fort pour qu’elles ne puissent plus apporter leur soutien. Les laisser à moitié mortes suffirait-il ?
— Non. Il nous faut un peu plus que ça. Disons au moins aux trois quarts mortes.
— C’est pratiquement complètement mort… Enfin, nous verrons ce que nous pouvons faire. Et pour le soutien financier, de combien as-tu besoin ?
— De rien pour l’instant. Prépare simplement autant d’argent que nécessaire, pour le moment propice.
— Tu crois que l’argent pousse sur les arbres ? Plus la somme est importante, plus il est difficile de la réunir sur-le-champ.
— Je le sais, et je te demande de le faire quand même.
Face à cette exigence brutale, Yulia secoua la tête d’un air excédé, mais elle n’eut d’autre choix que d’accepter. Si elle n’était même pas capable d’avaler cela, je ne lui permettrais pas d’emprunter Finne.
— Eh bien. Je vois que mon nouveau partenaire n’est pas à prendre à la légère.
— Si tu veux en vouloir à quelqu’un, accuse Finne.
— Pas question. Je ne pourrais jamais garder rancune à une jeune femme aussi dévouée et ravissante. Si je dois en vouloir à quelqu’un, ce sera à toi.
— Fais donc. Allons-y, Finne.
— Oh, o…oui !
Finne termina rapidement le biscuit qu’elle savourait avec son thé. En la voyant se préparer à partir, Yulia fit la moue.
— Vous êtes sûrs de ne pas pouvoir rester encore un peu ?
— Malheureusement, nous avons beaucoup à faire. Commence à préparer tes produits. Je te recontacterai lorsque le moment sera venu.
— Hm. Tu sais, Arnold, si tu le veux vraiment, je peux mobiliser toutes mes ressources pour t’aider. Un mot de ma part, et presque tous les demi-humains accepteront de coopérer. Qu’en dis-tu ?
Yulia posa sur moi un regard séducteur.
— Je pourrais accepter ton aide un jour, mais pas maintenant, répondis-je en déclinant son offre. Je ne sais pas encore ce que j’aurais à te donner en échange, donc je vais passer mon tour pour l’instant.
Cette femme dégageait une aura étrangement diabolique. Elle n’était pas mauvaise, mais elle ne me paraissait pas nécessairement bonne non plus. Si je devais la décrire, je la comparerais sans doute à un chat curieux et malicieux. J’avais l’impression qu’elle irait fouiller dans des endroits où je ne voulais pas qu’elle mette le nez.
Cela ne poserait aucun problème si je n’avais rien à cacher, mais malheureusement, je n’étais fait que de secrets.
Yulia était clairement une femme d’affaires compétente. Mais en quittant notre réunion, je me dis qu’il me faudrait garder mes distances avec elle pour le moment.