THE INSIPID PRINCE T3 – CHAPITRE 1 PARTIE 5

Le problème des réfugiés (5)

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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
Relecture : Ostinliss
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— Ainsi, lors du prochain conseil des ministres, vous proposerez la construction d’une nouvelle route reliant la région Est à la capitale. C’est bien cela, ministre Baelz ?

— Oui, mademoiselle Marie. Une route directe est nécessaire afin de faciliter la reconstruction rapide des voies endommagées par les monstres dans la région Est. De plus, sa construction créera de nouvelles opportunités d’emploi. Bien sûr, je n’ai fait que reprendre le projet de cette maison ducale à partir des documents que vous avez compilés pour moi.

— Un plan solide mérite d’être adopté. Merci de m’avoir permis d’y contribuer.

Marie, qui s’entretenait avec le comte dans son manoir, s’inclina poliment pour accueillir ses éloges.

Son absence de prétention arracha un sourire amer au comte Baelz.

— Le prince Leonard a bien de la chance d’avoir une intendante aussi remarquable que vous, mademoiselle Marie. Les affaires doivent avancer beaucoup plus facilement avec vous à ses côtés.

— Pas du tout. J’ai encore beaucoup à apprendre.

— Inutile d’être modeste. L’influence du prince Leonard ne cesse de croître, n’est-ce pas ?

— Ce n’est pas grâce à moi. Tout cela est dû à la popularité de maître Leonard et de dame Finne.

 

 

— Ils forment effectivement une équipe solide. Les exploits héroïques du prince Leonard se répandent dans tout l’Empire, et dame Finne a réussi à obtenir la coopération de cette corporation de demi-humains. Avec les fonds supplémentaires qui stabilisent notre influence, nous commençons même à attirer de nouveaux membres de la noblesse. Mais ces deux-là n’auraient certainement pas pu y parvenir sans votre soutien.

— Je suis honorée que vous le pensiez, mais je ne mérite pas un tel compliment. Je ne puis guère faire quoi que ce soit pour vous être utile.

Marie répondit par une nouvelle inclinaison de tête, puis se retourna et quitta le manoir.

Sa réponse n’était pas un mensonge. Elle était peut-être une proche intendante du prince, mais elle n’en restait pas moins une simple servante, qui n’exerçait qu’une faible influence sur qui que ce fût. Elle pouvait assister, mais non diriger. Tel était son statut.

Le comte Baelz se massa le ventre et marmonna en la regardant s’éloigner.

— Quelle femme difficile… Ai-je dit quelque chose qui l’a offensée ?

L’absence totale d’émotion de Marie avait réussi à lui donner mal au ventre. Elle ne lui avait même pas offert un sourire de politesse.

 

***

 

Après avoir quitté le manoir du comte Baelz, Marie s’occupa de quelques courses, puis reprit le chemin du château, les bras chargés de sacs. Soudain, elle s’arrêta et se glissa silencieusement dans une ruelle.

— Hé, salut !

Un groupe de trois jeunes hommes l’interpella aussitôt.

— Pourquoi tu ne viendrais pas traîner un peu avec nous ?

Ils avaient attendu le moment propice, lorsqu’il n’y avait personne aux alentours, et ils avaient clairement tout d’une bande de voyous bons à rien.

Marie posa tranquillement ses sacs au sol, puis se retourna lentement vers eux.

— Bien sûr. J’espérais que vous me le demanderiez.

— Oh, sympa ! J’aime ton enthousiasme. En te voyant dans cette tenue de soubrette, je pensais que tu serais plus coincée. On a un petit repaire secret, juste là-bas.

L’homme qui semblait être le chef du groupe tenta de passer son bras autour des épaules de Marie, mais il n’en eut jamais l’occasion.

— Aaaaargh ! Ma main !

Marie venait de clouer la main de l’homme au mur avec un couteau qu’elle avait dissimulé dans sa manche.

— Dis-moi. Qui vous a demandé de m’aborder ?

Lorsqu’elle planta son regard vide dans le sien, il commença à craindre pour sa vie.

— Hiiik ! O…on n’allait pas te faire de mal !

— Les choses ne feront qu’empirer si tu me mens. Si je me promène sans garde du corps, c’est parce que je suis capable de me protéger moi-même. Maintenant, sois un gentil garçon et dis-moi la vérité. Aucun vulgaire voyou ne serait assez stupide pour prendre le risque d’attaquer une servante dans la capitale.

Les seules personnes assez riches pour employer des servantes étaient les nobles et les marchands prospères.

Et si une servante venait à être agressée, son maître ferait un scandale. L’affection n’avait rien à voir là-dedans, c’était une question d’honneur personnel.

Aucun maître ne laisserait impuni quiconque aurait porté atteinte à son serviteur. Tous les habitants de la capitale le savaient, et c’était précisément pour cela que Marie l’avait mentionné.

— U-un homme là-bas, entièrement vêtu de noir, nous a dit de te kidnapper, avoua l’homme.

De sa main libre, il tira une pièce d’or de sa poche. Les hommes s’étaient probablement vu promettre une somme plus importante une fois Marie livrée.

Écœurée de voir ces jeunes hommes, poussés par le manque d’argent, ainsi manipulés, Marie sortit trois pièces d’or de son portefeuille. Ce n’était pas son portefeuille personnel. Il contenait l’argent de Leo, mais celui-ci le lui avait confié pour qu’elle l’utilisât librement, comme elle l’entendait.

— Si vous avez besoin d’argent, au lieu de vous en prendre à plus faibles que vous, trouvez-vous un travail honnête.

Elle glissa alors une pièce d’or dans la poche de l’homme.

— Hein ?

Marie lança ensuite les deux pièces restantes aux deux autres hommes. Tous trois restèrent figés.

Ce geste incongru, recevoir de l’argent de celle qu’ils avaient tenté d’agresser, les rendait nerveux. Ils n’avaient aucune idée de ce qu’elle allait faire ensuite.

Cependant, Marie se contenta de retirer son couteau de la main du chef et d’arrêter rapidement le saignement.

— Cet argent est votre compensation, expliqua-t-elle. Allez répandre dans toute la capitale, autant que possible, que le prince Leonard a sauvé de nombreuses vies durant son séjour à l’étranger.

— Vous voulez qu’on répande des rumeurs ?

— Non. Je veux seulement que vous disiez la vérité, le corrigea-t-elle. Il n’est pas nécessaire d’exagérer quoi que ce soit. Cela renforcera la réputation de mon maître.

— Ton… maître ? Ne me dis pas que… Tu es…

— Je suis la servante personnelle du prince Leonard. Vous avez été terriblement imprudents de m’attaquer sans le savoir.

— Impossible…

Les hommes se mirent tous à trembler en entendant le nom du prince. Ils n’avaient jamais envisagé que Marie pût être autre chose que la servante d’un noble quelconque.

Marie ignora leurs réactions et poursuivit :

— Maintenant, allez travailler. Et si jamais vous manquez d’argent ou d’un toit, venez au château. Le prince Leonard ne repousse jamais ceux qui sont dans le besoin, tant qu’ils mènent une vie honnête.

— M…merci ! Merci beaucoup !

Après que Marie eut envoyé les jeunes hommes reconnaissants sur leur chemin, une silhouette se glissa derrière elle et prit la parole.

— Tu es vraiment dévouée à ton travail, au point de sortir transformer les pions de ton ennemi en moyen de renforcer la réputation de Leo.

— Mon dévouement n’est rien comparé au vôtre, dame Elna. Patrouillez-vous dans la capitale ?

— Oui. Je me suis portée volontaire. Depuis l’intérieur du château, je n’arrive pas à bien saisir l’état d’esprit général des habitants de la capitale.

— Je vois. C’est une idée avisée.

— En réalité, je l’ai empruntée à Arn. Apparemment, il a tendance à observer ce que font les gens lorsqu’il traîne en ville.

Elna posa la main sur sa hanche en répondant. Ce geste attira l’attention de Marie, dont les sourcils se froncèrent très légèrement.

— J’aurais plutôt tendance à penser que c’est l’inverse, répondit Marie. Que maître Arnold s’en sert comme excuse pour négliger ses devoirs.

— C’est tout à fait possible. Mais il voit vraiment des choses, tu sais. Et il a remporté de beaux succès dans la région sud.

— Si vous le dites… Quoi qu’il en soit, je suis désolée de vous importuner, dame Elna, mais pourriez-vous suivre ces hommes pour moi ?

— Pour voir s’ils prennent contact avec celui qui leur a demandé de te kidnapper, c’est ça ? Bien sûr. À ton avis, quelle faction est derrière tout ça ?

— Il s’agit presque certainement d’un assassin au service de la princesse Zandra, supposa Marie. Elle se montre particulièrement active ces derniers temps, peut-être à cause des récents accomplissements de maître Leonard.

— Cette lutte pour le trône est vraiment compliquée. On peut être presque certain de l’identité de son ennemi, et pourtant il est impossible de le dénoncer, se plaignit Elna. Si cela ne tenait qu’à moi, j’irais directement la voir pour lui dire ma façon de penser.

— Nous avons besoin de preuves irréfutables. Les luttes politiques consistent à salir son adversaire.

Elna se contenta de hausser les épaules en réponse aux paroles de Marie, puis s’éloigna rapidement. Après son départ, Marie retourna au château.

 

***

 

— Voilà, en résumé, ce dont le comte Baelz et moi avons discuté.

— D’accord. Merci, Marie. Tu m’es d’une grande aide.

— Je regrette seulement de ne pouvoir rien faire de plus utile.

— Je me doutais que tu dirais cela. Oh, pourrais-tu aussi aller rapporter tout cela à mon frère ?

— Au prince Arnold ? Je ne vois pas en quoi ce serait nécessaire.

— S’il te plaît ?

— Comme vous voudrez.

Marie rassembla ses documents et s’inclina. Elle quitta ensuite la pièce et se dirigea droit vers celle d’Arnold. En chemin, elle croisa dans le couloir plusieurs nobles affiliés à la candidature de Leo, et s’arrêta pour recevoir le rapport de chacun avant d’atteindre sa destination.

— Maître Arnold ? C’est Marie. Puis-je entrer ?

Marie frappa et attendit.

Peu après, la porte s’ouvrit, mais ce ne fut pas Arn qui apparut dans l’embrasure.

— Bonjour, mademoiselle Marie. Entrez, je vous en prie.

— Dame Finne ? Où est maître Arnold ?

— Il est à l’intérieur.

Finne accueillit Marie dans la pièce avec un sourire.

Compte tenu du rang de Finne, elle aurait pu se contenter de lui dire d’entrer.

Marie admirait cette nature affable et respectueuse, que prouvait le simple fait qu’elle se fût déplacée jusqu’à la porte pour la saluer. Cependant, cette admiration se dissipa rapidement.

Arn était avachi sans élégance sur le canapé, en train de faire la sieste.

Finne marchait doucement afin de ne pas le réveiller.

— Je serai ravie de vous écouter pendant que le seigneur Arn dort.

— …Depuis combien de temps dort-il ? demanda Marie.

— Je ne sais pas vraiment. Je pense que cela fait un bon moment.

Légèrement irritée, Marie tendit les documents à Finne.

— Voici les plans que le comte Baelz proposera lors du prochain conseil des ministres.

— Merci. Je les remettrai au seigneur Arnold.

— Je vous en suis reconnaissante. Par ailleurs… ne pensez-vous pas que vous êtes un peu trop indulgente envers le comportement de maître Arnold, dame Finne ?

— Vraiment ? Je pense qu’il vaut mieux dormir quand on est fatigué. Et je ne vois aucune raison de l’en empêcher si c’est ce qu’il veut faire.

— Cela pourrait se comprendre s’il accomplissait correctement son travail, mais s’il ne fait que se relâcher et dormir, cela nuira davantage encore à sa réputation, avertit Marie. Cela pourrait également nuire à la vôtre.

— Cela ne me dérange pas, répondit Finne. Si sa réputation se détériore et que des gens s’éloignent de lui pour cette raison, alors ces relations n’étaient pas faites pour durer. Et puis, je sais que cela peut paraître étrange, mais le seigneur Arn est en réalité très dévoué à son travail. Il aime simplement travailler quand personne ne le regarde.

— On dirait qu’à vos yeux, presque tout le monde est quelqu’un de bien.

Sentant que rien de ce qu’elle pourrait dire ne changerait l’opinion de Finne, Marie s’inclina devant elle et quitta la pièce.

Tandis qu’elle s’éloignait de la chambre d’Arnold, Marie se remémora son apparence négligée, affalé sur le canapé. Elna et Finne avaient toutes deux une haute opinion de lui, et Leo était son plus grand admirateur. Elle avait toujours supposé que cela tenait simplement au fait qu’ils étaient frères, mais depuis peu, il gagnait aussi le respect de personnes qui n’avaient aucun lien familial avec lui.

Peut-être y avait-il réellement quelque chose de spécial chez maître Arnold, se mit à penser Marie. Mais il existait une possibilité tout aussi grande, sinon plus, qu’il ne fût qu’un bon à rien dégénéré. Ce n’était pas une perspective qu’elle aimait envisager.

— Il s’est un peu amélioré dernièrement, continua-t-elle de réfléchir en retournant vers la chambre de Leo, mais s’il ne se reprend pas sérieusement bientôt, il pourrait causer des problèmes à maître Leonard.

Elle finit par prendre sa décision.

— Il va falloir que je commence à lui donner quelques conseils.

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