THE INSIPID PRINCE T2 – CHAPITRE 4 PARTIE 9 

La conquête du dragon des mers (9)

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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
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— C’est grave, c’est vraiment grave !

Quelques jours après avoir vaincu le dragon des mers.

Après avoir été contacté, je mis les voiles depuis Rondine vers le port d’Albatro. Cependant, j’avais quelque chose qui me préoccupait énormément.

— Comment ai-je pu oublier de lui dire une chose aussi importante !

C’est vrai, j’avais oublié de dire quelque chose à Leo. J’avais oublié de lui dire qu’Eva était tombée amoureuse de lui.

J’avais tellement de choses à faire à ce moment-là que j’avais complètement oublié cette affaire personnelle.

C’est Leo, je pense qu’il s’en sortira d’une manière ou d’une autre, mais c’est une histoire d’amour entre un homme et une femme.

Cela pourrait être plus compliqué que je ne le pensais d’autant plus qu’Eva était une princesse. Apparemment, le Léviathan était apparu peu après l’arrivée de la flotte de Rondine au port. Cela signifiait que Leo et Eva n’avaient pas eu l’occasion de se parler à ce moment-là. Cependant, cela fait déjà quelques jours. Compte tenu de la personnalité d’Eva, il est impossible qu’elle n’ait encore rien fait.

— J’espère qu’il a su rester prudent…

C’est avec cette pensée en tête que j’atterris dans le Grand-Duché d’Albatro. Comme c’était la première fois que je venais ici, je feignis d’observer les lieux avec curiosité. Leo s’approcha pour m’accueillir. Et à ses côtés…

— Nnnn ?

Eva s’amusait à discuter avec Leo.

Quoi ? Que se passe-t-il ici ? Pourquoi s’entendent-ils si bien ?

Comment est-ce possible ? Est-ce que c’est ça ? Leo pense-t-il que les femmes sont naturellement attirées par lui ? Puis-je interpréter cela comme le fait qu’il a naturellement accepté l’attaque d’Eva ? Pense-t-il que c’est tout à fait normal vu qu’il est un homme si beau ?

Alors que j’étais bouleversé par le bon sens de mon petit frère, Eva s’approcha pour me saluer.

— Je suis honorée de vous rencontrer, prince Arnold. Je suis la première princesse d’Albatro, Evangelina di Albatro. Mon père est occupé par son travail, je suis donc venue vous accueillir à sa place. N’hésitez pas à m’appeler Eva.

— Ah, oui, ravi de vous rencontrer…

— Vous devez être fatigué après le voyage, Arn. J’ai beaucoup de choses à vous dire, mais peut-être que vous désirez un peu de repos.

— Oui… J’étais juste un peu sous le choc…

Sur ces mots, je me dirigeai vers le carrosse qui avait été préparé pour moi.

Apparemment, Eva et Leo avaient quelque chose à faire après cela et étaient partis quelque part. Ahh, c’est tellement triste.

— Mon frère est corrompu…

— De quoi parlez-vous, Votre Altesse ?

— Ah, Mark. Leo est devenu un coureur de jupons…

— Je voudrais savoir comment vous en êtes arrivé à cette conclusion, mais si je me souviens bien, n’est-ce pas Votre Altesse qui a fait tomber la princesse Eva amoureuse de lui ?

— Hum ? Vous avez remarqué ça.

— N’importe qui l’aurait remarqué. Elle a interrogé les chevaliers à votre sujet et son expression était celle d’une fille amoureuse, après tout.

— Je vois. C’était donc si facile à comprendre.  Cela signifie que…

Je fixai Mark avec un air sérieux.

— Oui. C’est moi qui l’ai dit au prince Leonard.

— Oh, vous êtes donc bien capable.

— Vous me trouviez incompétent ?

— Ce n’est pas ça. Ah, je vois, je vois. Vous m’avez vraiment sauvé… Cela me pesait beaucoup.

— Je suis heureux d’avoir pu vous aider. Je ne pouvais rien faire pour la suite, alors je suis content de pouvoir soulager Votre Altesse de ce poids.

Sur ces mots, Mark ouvrit la porte du carrosse. À l’intérieur se trouvait Elna, l’air renfrogné. Pendant un instant, je pensai à m’enfuir, mais je n’avais aucune chance de lui échapper sans utiliser la magie de transfert. J’abandonnai.

— …Mark. J’ai d’autres soucis maintenant.

— Lesquels ?

— Je sais que ça peut surprendre mais ma vie est en danger.

— Comme d’habitude, alors. Si la vie de Votre Altesse est en danger, je vous sauverai à nouveau, alors ne vous inquiétez pas.

— C’est étrange de traiter cela comme si c’était habituel, non ? Et puis me sauver d’une mort instantanée, c’est trop demander, non ?

— Tout ira bien. Elle y fera attention, après tout.

Sur ces mots, Mark me poussa dans le carrosse. Incapable de résister, je fus poussé à l’intérieur et laissé seul avec Elna.

— …S…salut.

— …

Elna resta silencieuse.

On dirait qu’elle était vraiment en colère. Probablement parce que j’ai parlé à Silver de sa faiblesse.

Sous son regard silencieux, je m’assis en face d’elle, mal à l’aise.

Une barrière insonorisée avait été érigée autour de nous — le genre qu’on utilisait lorsqu’on souhaitait une conversation privée. Je pressentis que l’échange serait long.

Elna prit la parole.

— Tu as quelque chose à dire ?

— Euh, tu es blessée ?

— Hm !? C’est impossible ! Pour qui tu me prends ?! s’écria Elna, le visage légèrement rougi. — Il a perturbé mon rythme…

Elle ne s’attendait apparemment pas à ce que je dise cela, car elle se mit à marmonner ensuite à voix basse.

— Même toi, tu peux te blesser, non ? Bien sûr, les chances sont très faibles quand tu te bats contre une personne normale, mais cette fois-ci, le champ de bataille principal était la mer, n’est-ce pas ? C’est pour ça que j’étais inquiet. Je suis peut-être trop curieux, mais j’ai demandé à Silver de veiller sur toi. Si ça te dérange, je m’excuse. Désolé. Mais je suis le seul à m’inquiéter pour toi, non ? Tu es mon amie d’enfance, alors laisse-moi au moins m’inquiéter pour toi.

— Qu’est-ce que c’est que ça… C’est pas juste… Si je me fâche contre toi maintenant, ça va donner l’impression que je m’énerve pour un rien.

— Non, tu es vraiment en colère. Ou c’est moi qui divague ?

— Arn ? Je vais te couper la langue si tu continues à dire des choses inutiles, tu sais~ ?

— Oui Madame… Je ne dirai plus rien d’inutile…

Elna sortit légèrement son épée et m’intimida avec un sourire.

Son pouvoir d’intimidation était comparable à celui d’un rugissement de dragon, toute personne au cœur fragile s’évanouirait sûrement si elle devait faire face à Elna dans son état actuel.

Pourtant, contrairement à moi qui tremblais intérieurement, Elna arborait un sourire radieux. Elle qui avait été si renfrognée lorsque j’étais monté dans la calèche semblait à présent de fort bonne humeur.

— Bon, peu importe. Je vais laisser passer le fait que tu aies parlé de ma faiblesse à cet aventurier masqué. Mais ce qui m’a mise en colère, ce n’est pas ça, tu sais ? Tu sais ce que je veux dire ?

En disant cela, Elna me fixa droit dans les yeux.

 

Jusqu’à présent, elle m’intimidait peut-être, mais j’avais l’impression qu’elle boudait. Cependant, c’était différent maintenant.

Sous son regard anxieux et légèrement en colère, je soupirai.

— Que t’a dit Silver ?

— Il m’a dit que vous étiez de complices. Puisque tu lui as parlé de ma faiblesse, c’est que tu lui fais confiance, non ? Qu’est-ce que vous comptez faire ?

— Je dois vraiment te le dire ?

— Oui, tu le dois. Sinon, je ne te laisserai pas descendre de ce carrosse.

— Je n’ai pas le choix alors… Silver et moi avons le même objectif, faire de Leo l’empereur, et nous travaillons tous deux dans l’ombre pour y parvenir.

— Dans l’ombre ?

— Oui, c’est la manœuvre secrète que tu méprises tant. J’utilise mon statut de membre de la famille impériale tandis qu’il utilise son statut d’aventurier de rang SS. De temps en temps, nous nous en servons pour augmenter le nombre de nos alliés en faisant croire que notre rencontre était fortuite. Nous avons également recruté le duc Kleinert grâce à ça.

Elna savait que j’essayais de faire de Leo un empereur.

Bien sûr, elle savait que nous avions également combattu les trois autres factions. Cependant, elle pensait seulement que j’avais travaillé comme assistant de Leo. À part cela, Elna ne penserait même pas que j’avais agi en coulisses avec l’aide d’un aventurier de rang SS.

À présent, Elna était sans voix.

— J’étais en contact avec Silver lorsque les vampires nous ont attaqués à l’est. Cette fois-ci aussi. Il s’est déplacé pour soutenir Leo. Mais si Leo a un lien direct avec Silver, cela sera trop évident. Mon rôle est de dissimuler ce lien.

— …Leo est-il au courant ?

— Je lui en ai parlé, mais il ne sait rien de ce que nous avons fait en coulisses. Cette fois-ci, Silver était en fait dans le sud depuis le début. Malgré cela, je lui ai demandé d’aller à la capitale impériale pour utiliser cela à notre avantage dans la guerre de succession. Il a pris contact avec Finne et a empêché les trois autres d’impliquer l’armée impériale. En d’autres termes, j’ai donné la priorité à la guerre de succession et causé le sacrifice de nombreux citoyens.

— …Tu as fait ça pour rester en vie, non ? Tu penses vraiment… que tes frères et sœurs vont vraiment te tuer, toi et Leo ?

C’était la confirmation finale d’Elna.

Je lui en avais déjà parlé, mais des doutes subsistaient en elle. Elle peinait à croire qu’on eût réellement tenté de m’assassiner, pensant qu’il s’agissait peut-être d’une simple manœuvre d’intimidation. C’était du moins l’impression qu’elle avait gardée de l’époque où nous étions ensemble. À ce moment-là, rien de tel n’existait encore : le prince héritier était en vie. Erik travaillait dur à ses côtés — ce n’était pas un frère aîné capable d’envisager un meurtre. Gordon était un homme honnête, un guerrier droit. Zandra, elle, s’investissait pleinement dans son rôle de mage.

C’était vrai. Tout était paisible, en ce temps-là.

Mais le trône s’était libéré à la mort du prince héritier. Les ambitions des trois, longtemps contenues sous son joug, avaient alors débordé. Des années de luttes intestines les avaient dépouillés de toute bienveillance.

Je pouvais l’affirmer.

— Ils vont certainement nous tuer, Leo et moi. Et tous ceux qui nous entourent aussi… C’est pourquoi, peu importe les moyens que je devrai employer, je ferai de Leo un empereur. Je te l’ai dit lors du Festival, n’est-ce pas ? Ne t’en mêle pas. Tu as failli franchir une ligne dangereuse. Si tu continues à nous aider davantage, la maison Amsberg sera également considérée comme leur ennemie. Es-tu d’accord avec cela ?

— … Les Amsberg ne peuvent pas s’impliquer dans la politique… On m’a appris depuis mon plus jeune âge que nous ne vivons que pour le combat.

— Oui. C’est sage. Pour le meilleur ou pour le pire, la maison Brave est trop puissante.

— Mais… j’ai pris ma décision, Ar,. C’est quelque chose que j’ai décidé de ne pas abandonner depuis longtemps.

— Qu’est-ce que c’est ?

Elna prit une profonde inspiration. J’avais l’impression qu’elle allait dire quelque chose de scandaleux. Mais je ne pouvais pas l’arrêter.

Je n’avais jamais pu l’arrêter depuis très longtemps.

— Je ne t’abandonnerai pas. Je l’ai juré depuis que je suis petite. Je ne romprai jamais ce serment, même si je dois m’opposer à Sa Majesté. Si tu veux vraiment mettre Leo sur le trône, alors je coopérerai avec toi. Si tu es prêt à tout, alors je suis prête à faire de même. Si ma maison se met en travers de mon chemin, je suis prête à renoncer à mon nom de famille. Ce serment est plus important que tout.

— …Tu sais que tu serais déchu de ton titre de chevalière impériale. Cela ne te dérange pas de ne plus être l’héritière de la maison Brave ?

— Je suis assez têtue. Tu le sais bien, non ?

— Je suppose… Honnêtement, je te suis reconnaissant d’être prête à aller aussi loin pour coopérer avec nous, mais je voudrais que tu fasses profil bas pendant encore un certain temps. Si la maison Brave prend ouvertement notre parti, notre faction finira par devenir la plus importante. Si cela se produit, ils feront tout pour nous attaquer.

— Je comprends. Je coopérerai avec vous tout en faisant attention à ne pas être découverte.

— Je pense que c’est impossible pour toi.

— Ne me traite pas comme si j’étais stupide ! Je peux le faire correctement, d’accord !

En disant cela, Elna gonfla sa poitrine. Peu importe comment je la regardai, elle ne m’inspira aucune confiance. Mais ce n’était pas grave. Elna était une épée. C’est à la personne qui la manie (moi) de déterminer ses performances.

— D’accord ! Ça fait du bien ! Si c’est déjà décidé, alors donnons le meilleur de nous-mêmes !

— Je t’ai dit de ne pas faire ça…

— Ce n’est pas grave d’être un peu enthousiaste. Ah, c’est vrai. Puisque je suis déjà ta collaboratrice, tu ne peux pas me cacher quoi que ce soit, d’accord ? Tu n’as rien à me cacher, n’est-ce pas ? Si c’est le cas, dis-le-moi maintenant. Je te pardonnerai pour cette fois.

— Euh… Ah. Je t’ai donné une perle quand tu es devenu chevalier impérial, non ?

— Oui, tu as couru partout pour me l’acheter, n’est-ce pas ?

— En fait, c’était trop pénible, alors j’ai demandé à Leo de me l’acheter… GOHOH !?

— Tu es le pire ! hurla Elna, avant de me frapper si violemment à l’estomac que je m’effondrai sur le sol du véhicule, tordu de douleur.

Elle m’avait pourtant dit qu’elle me pardonnait. Je fus pourtant incapable de prononcer la moindre protestation. Allongé là, grimaçant de douleur, j’éprouvai malgré tout un certain soulagement : j’avais réussi à lui cacher l’essentiel. Elle ignorait toujours que Silver et moi ne faisions qu’un. Qui plus est, j’avais obtenu sa promesse d’un soutien total.

J’avais accompli beaucoup de choses dans le Sud — cela ne faisait aucun doute. Mais je ne pouvais m’empêcher de m’inquiéter de ce qui m’attendait à mon retour dans la capitale.

Leo avait réalisé des exploits notables. Il serait récompensé, et le regard que Père portait sur lui changerait.

De simple nouveau venu dans la lutte pour le trône, il deviendrait un rival à part entière, sur un pied d’égalité avec les trois prétendants de tête. Et lorsque cela arriverait, Erik, qui jusqu’alors ne nous avait guère considérés comme une menace, commencerait lui aussi à agir contre nous.

La bataille pour le trône ne ferait que gagner en âpreté.

Je me mis en garde : je ne pouvais plus me permettre d’erreurs irréfléchies. Je gravai la douleur qui me tordait l’estomac comme une leçon à ne jamais oublier.

 

 

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