THE INSIPID PRINCE T2 – CHAPITRE 4 PARTIE 8

La conquête du dragon des mers (8)

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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
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C’est mauvais, c’est mauvais.

Avant que ces mots ne remplissent ma tête, je tentai de me calmer.

 Calme-toi. Il n’y aura pas de problème tant que je reste calme.

En me répétant sans cesse de me calmer, je réussis à retrouver un minimum de sang-froid.

En ce moment, je suis Silver. Je ne suis pas Arnold. Je n’ai pas besoin de m’excuser. D’ailleurs, je ne peux pas. Silver n’a rien à cacher après tout.

— Tu veux savoir ?

— C’est évident, non ? Qui t’a dit ça ?

— Je n’ai aucune obligation ni aucune raison de te le dire.

Tout en essayant de paraître insouciant devant elle, je me rappelai de me comporter comme Silver. Elna en mode combat était dangereuse. Elle remarquait même les détails les plus insignifiants. Si elle sentait quelque chose d’anormal chez moi, c’était fini. Compte tenu de la personnalité d’Elna, je ne pouvais pas me permettre qu’elle découvre que je suis Silver.

— Qu’est-ce que tu as dit ?

— Hé, ça recommence à bouger, tu sais ? Tu es sûre que tu ne veux pas finir ?

— Je te ferai parler plus tard, c’est sûr !

— Eh bien, ça dépendra de mon humeur à ce moment-là.

La crise étant évitée, je concentrai mon attention sur le Léviathan.

Je descendis dans la mer à la place d’Elna et me plaça devant le Léviathan qui se tenait debout. Je poussai un petit soupir et utilisai ma main droite pour calmer les battements de mon cœur qui s’emballaient.

Je maîtrisai ma respiration et parvins, tant bien que mal, à me calmer.

Jamais je n’aurais pensé qu’être découvert par elle serait plus terrifiant que de combattre un dragon. C’était bien elle, ma plus proche amie d’enfance.

J’avais été imprudent, soit. Mais tout s’arrangerait. Inutile de rester là à répondre à ses questions. La magie de transfert me permettrait de fuir, ou une excuse ferait l’affaire.

La crise personnelle était close. Il ne me restait plus qu’à m’occuper du dragon des mers qui se dressait devant moi.

[[Espèce de salaud… C’est la première fois que je reçois une blessure aussi grave… Et dire que c’est un humain qui me l’a infligée.]]

— C’est pour ça que je t’avais dit de ne pas sous-estimer les humains.

[[Je comprends mieux maintenant. Cette fille, c’est la descendante de celui qui a terrassé le Roi Démon, n’est-ce pas ? Dire qu’elle peut utiliser cette épée maudite…]]

— Et alors ? Tu veux battre en retraite maintenant ?

[[Ne me fais pas rire… aucun dragon ne fuirait devant les humains !]]

Sur ces mots, le Léviathan ouvrit la gueule et rugit.

Le rugissement d’un dragon — de quoi terrifier n’importe quel être vivant, briser l’esprit de ses ennemis. Les plus faibles s’évanouirent. Les flottes qui encerclaient le Léviathan furent saisies de panique.

Il fallait agir. Beaucoup de navires se trouvaient encore dans la zone, et je voulais les voir évacuer au plus vite.

[[Je vous ferai payer pour avoir blessé mon corps !]]

— Tu as pris une décision égoïste, hein ? Comme on pouvait s’y attendre d’un dragon.

En disant cela, je m’élevai lentement dans le ciel. Je devais gagner du temps.

— Héroïne, prête-moi ton oreille.

— Quoi… ?

— Pourquoi tu t’éloignes ?

— Tu vas peut-être me jeter à la mer d’un coup !

Comme un chat sur ses gardes, Elna secoua son corps tout en augmentant la distance entre nous. C’est une affaire sérieuse, alors tu peux arrêter de te comporter comme un chat qui a peur de prendre un bain ?

Sérieusement.

— Je ne ferais pas ça, je ne suis pas sûr de pouvoir affronter à la fois le dragon des mers et une héroïne.

— Qu’est-ce que tu as dit !

Tout en parlant avec moi, Elna resta sur ses gardes face au Léviathan. Le Léviathan ouvrit la bouche et cracha son souffle d’eau.

Tout en déployant un sort de défense pour le ralentir, nous nous éloignons de cet endroit. Le souffle du Léviathan s’éleva dans le ciel et déchira les nuages. S’il nous touchait directement, il ne resterait probablement plus rien.

Si cette chose frappait la ville, tout serait fini.

— Tu as un plan ?

— Tu peux le couper à nouveau ?

— Impossible. Il est déjà sur ses gardes. Je ne peux pas utiliser deux fois la même technique. S’il n’était pas dans la mer, je pourrais m’en sortir d’une manière ou d’une autre…

Elna s’échauffa un peu, mais lorsqu’elle regarda la mer, elle recula immédiatement et baissa les épaules. Pendant ce temps, le Léviathan lança un grand nombre de balles d’eau vers nous. Tout en nous défendant, je proposai quelque chose à Elna.

— Alors, tu peux faire quelque chose si ce n’est pas dans la mer, n’est-ce pas ?

— Qu’est-ce que tu as en tête ?

— Diviser la mer.

— Haa !?

Elna s’écria, incrédule, mais malheureusement, j’étais sérieux.

J’avais pensé le capturer dans une barrière et le traîner jusqu’au ciel, mais cela aurait été compliqué de m’en éloigner.

— Je vais isoler une partie de la mer avec une barrière. Si je fais ça, tu pourras le combattre sans problème, non ?

— Tu comptes créer un espace vide au milieu de la mer ?

— Quelque chose comme ça.

— Et si la barrière s’effondrait ?

— La mer s’abattrait sur toi.

À cette réponse évidente, l’expression d’Elna devint instantanément effrayée. Elle imaginait involontairement ce que cela pouvait être.

— Pas question ! Tu pourrais briser la barrière après le combat, n’est-ce pas ?

— Je n’ai pas l’intention de faire quelque chose qui me mettrait l’Empire à dos. De plus, je pense qu’un chevalier impérial comme toi devrait comprendre que ce n’est pas le moment de dire quelque chose d’aussi égoïste, n’est-ce pas ?

— Euh… c’est…

— Je ne peux pas lui porter un coup décisif. Il essaiera de me perturber pendant que j’essaie de lancer un sort. Si nous prenons notre temps, il y aura d’autres victimes. Je pense que ce plan est avantageux pour nous deux, non ?

— … Tu me demandes de te faire confiance ?

— C’est ça. Fais-moi confiance.

— Comment puis-je faire confiance à quelqu’un qui n’ose même pas montrer son visage…

Elna me regarda avec amertume.

Arrête ça. Ce n’est pas ma faute.

Je n’avais guère envie non plus d’envoyer une aquaphobe au milieu de la mer, mais il n’existait pas de moyen plus simple de le vaincre.

Elna, qui s’était tue un moment, ouvrit la bouche.

— Dis-moi. Qui t’a dit que j’avais peur de l’eau ?

— … Il m’a dit de garder le secret.

— Dis-le-moi !

— Aah… C’est le prince Arnold. J’ai échangé des informations avec lui à Rondine. C’est là qu’il me l’a dit.

— Arn ? Il t’a dit ça ? Laisse-moi te dire une chose, Arn n’est pas quelqu’un qui fait facilement confiance aux autres, tu sais. Il ne confierait jamais d’informations importantes à quelqu’un à moins d’avoir confiance en cette personne. Si tu me mens, je ne te le pardonnerai jamais, tu comprends ?

C’est méchant de dire ça.

Mais elle n’avait pas tort.

— Je ne mens pas. Que dois-je faire pour que tu me croies ?

— …Qu’est-ce qu’Arn t’a dit ? Quand il t’a parlé de ma faiblesse.

Je restai silencieux pendant un moment.

Que dirais-je si je parlais à quelqu’un d’autre de la faiblesse d’Elna ? Quelle raison aurais-je de révéler sa faiblesse à quelqu’un d’autre ? Alors que je réfléchissais à cela, les mots sortirent soudainement de ma bouche.

— « C’est une amie d’enfance ennuyeuse, mais prends soin d’elle pour moi, il a dit quelque chose comme ça ». Il s’inquiétait probablement pour toi et ton aquaphobie, à sa manière.

— !?

Pendant un instant, Elna baissa les yeux et rougit. Et puis…

— Il est tellement inquiet… sérieusement… stupide Arn…

Après quelques mots, Elna soupira et commença lentement à descendre.

— Je suppose que tu acceptes de suivre mon plan ?

— Oui, mais je ne te fais toujours pas confiance. Je ne fais ça que parce qu’Arn te l’a accordée. Si Arn a jugé qu’il pouvait te révéler ma faiblesse, alors… Bon, peu importe. Je n’aime pas ça, mais je te pardonnerai cette fois pour Arn.

Sur ces mots, Elna descendit vers le Léviathan.

Même s’il était couché sur le côté, il restait imposant. Même lorsqu’elle s’approchait de sa tête, il y avait encore une certaine distance entre elle et la mer. Cependant, pour Elna, cela devait ressembler à la terre des morts.

Allons-y.

Je formai une barrière carrée avec le Léviathan et Elna au centre et je l’agrandis progressivement. La mer fut repoussée par la barrière tandis que les navires à proximité s’éloignèrent également de la zone. Lorsque la barrière atteint le fond de la mer, le fond océanique devint visible.

[[Hum ! Tu formes une barrière pour m’affronter en duel, tu es assez effronté, hein. Tu as tellement confiance en toi ? Petite fille.]]

— Ce n’est pas ça… Mais je peux te dire une chose. C’est le pire endroit où je puisse mettre les pieds…

Ce n’est pas comme si je ne comprenais pas ce qu’Elna voulait dire.

Même si l’eau ne pouvait pas pénétrer la barrière, elle était toujours entourée d’eau de tous côtés.

Du point de vue d’Elna, cela ne différait en rien de l’enfer. Cependant, Elna tenait toujours son épée sacrée.

— Mais, même ainsi… Je me battrai ! Je ne peux pas laisser mon ami d’enfance s’inquiéter davantage pour moi !

Sur ces mots, Elna insuffla sa magie dans l’épée sacrée. La lumière s’accumula dessus, une intensité si écrasante qu’elle en devenait presque semblable à celle du soleil

— Qu’est-ce que c’est que ça ?!

— Ô Sainte Épée des Étoiles… Libère ton pouvoir… Détruis l’ennemi qui se dresse devant moi !!

Le Léviathan tenta de l’intercepter avec son souffle aquatique. Le souffle d’eau capable de tout trancher se dirigea vers Elna, mais elle le reçut simplement avec son épée sacrée et continua d’avancer.

— [[QUOI ?!]]

— HAAAAAAAAAAA !!

L’épée sacrée transperça même le souffle d’eau du Léviathan. Puis, Elna accéléra.

— Frappe lumineuse des Cieux !!

Le coup fatal d’Elna coupa en deux le Léviathan de plus de 50 mètres de long. Mais ce n’était pas tout.

Il traversa facilement la barrière que j’avais érigée.

— Tss !

Alors que l’eau commençait à envahir la barrière, je descendis et fis sortir Elna de là.

— Wah !? Lâche—moi !

— Tu as dit quelque chose d’intéressant quand tu paniquais devant toute cette eau. Un petit merci, ça se fait ?

— C’est ton travail de me sauver dans une situation pareille ! Ne fais pas comme si tu m’avais rendu service ! Et tu n’aurais pas dû ériger une barrière aussi fragile !

Je me demandai combien de personnes sur ce continent étaient capables de dire avec assurance que ma barrière était fragile. C’est en tout cas la première fois que quelqu’un me disait ça.

Je faillis lui répondre sur le même ton, mais je parvins à me retenir. De plus, ce n’était pas encore fini.

— Désolé qu’elle ait été si fragile. Grâce à toi, ça va être pénible de le récupérer maintenant.

Sur ces mots, je bouchai le trou dans la barrière, la retira de la mer et fis un petit trou pour évacuer l’eau. Elna me regardait d’un air soupçonneux.

— Qu’est-ce que tu fais ?

— Une carcasse de dragon peut se vendre très chère. De plus, c’était un dragon classé S. L’argent que nous en tirerons devrait suffire à reconstruire la ville.

— Ah bon ? Je pensais que tu allais le garder pour toi puisque tu l’avais vaincu, mais il semble que je me sois trompée.

— D’habitude, le cadavre d’un monstre appartient à la personne qui l’a vaincu, mais cette fois-ci, c’est un cas particulier. Il devrait servir à la reconstruction des pays victimes.

— Hum… L’image que j’avais de toi s’est un peu améliorée. Donc toi aussi, tu penses à ce genre de choses.

— Je ne suis pas comme certains héros qui ne savent que manier leur épée, après tout.

— Quoi ?!

Les épaules d’Elna tremblèrent de colère.

Pendant ce temps, je déposai délicatement le cadavre du Léviathan dans le port effondré. Tout irait bien si j’expliquai plus tard mes intentions à Elna.

Bon, je crois qu’il est temps de partir.

— Eh bien, je vais te laisser.

— Attends ! Quelle relation as-tu avec Arn ?

— Quelle relation ? Nous ne sommes que des conspirateurs. Nous élaborons le complot et nous agissons en conséquence. Pour le reste, tu devras lui demander à lui. C’est à lui de décider s’il veut te répondre ou non.

Sur ces mots, je m’envolai vers le château d’Albatro, situé à quelque distance. Je me suis dit que je ne pouvais pas laisser Trau tout seul…

 

— D…Dame Eva… V…voulez-vous devenir mon nouveau modèle ? Et si possible, vous pourriez me traiter comme votre frère aîné et m’appeler Grand frère, mon travail s’améliorerait sûrement !

— Euh… Ah, hum…  Bon, partons.

J’abandonnai l’idée et retournai dans ma chambre à Rondine. Je me changeai rapidement, jetai un sort d’illusion sur la tenue de Silver et la rangeai dans mes bagages. Après avoir éliminé toutes les traces qui me reliaient à Silver, je m’allongeai sur le lit.

— Ahhh… C’était vraiment fatigant cette fois…

Je m’endormis en marmonnant cela.

Je crois que j’ai oublié quelque chose d’important, mais je n’ai plus assez de force ni d’énergie pour y penser.

 

 

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