THE INSIPID PRINCE T2 – CHAPITRE 3 PARTIE 7

Troubles dans le Sud (7)

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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
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Le lendemain, le Grand-Duc d’Albatro décida finalement de rétablir les relations avec Rondine. Je me réjouissais qu’ils aient pris le temps de réfléchir, mais en tant que pays, cette décision avait été bien trop lente. Je comprenais qu’ils aient une longue histoire de conflits avec Rondine, mais une fois leur pays en ruines, tout serait perdu de toute façon.

— Je m’en remets à votre compétence, prince Leonard.

— Oui, Votre Majesté, laissez-moi m’en occuper.

— Mais… vous allez vraiment emprunter la route maritime… ?

Le roi regardait la mer avec une expression effrayée. Nous étions au port. Dès que j’avais reçu leur demande, j’avais immédiatement ordonné au navire de se préparer. Les habitants d’Albatro pensaient tous que j’allais emprunter la route terrestre et se comportaient comme s’ils étaient morts de peur. Même maintenant, ils me regardaient comme s’ils n’arrivaient toujours pas à y croire.

— Ce sera plus rapide par la mer. La capitale de Rondine est également une ville portuaire, je devrais donc y arriver en deux jours. Je ne veux pas perdre de temps inutilement dans cette affaire.

— Mais… Le Léviathan rôde toujours dans les parages.

— J’ai les canons magiques que votre pays m’a prêtés. Et surtout, si je ne le provoque pas, le Léviathan ne devrait pas attaquer mon navire. Si l’on se met à sa place, il devrait se méfier avant tout de la réactivation du sceau. En d’autres termes, le Léviathan concentre probablement toute son attention ici. Soyez prudent.

— Euh, euh… Je suis désolé pour tout. Je vous en prie, nous sommes entre vos mains.

— Bien que mes capacités soient limitées, je vous en prie, laissez-moi m’en occuper.

Sur ces mots, j’allais prendre congé du roi quand quelqu’un m’interpella.

— Pr…prince Leonard ! Attendez un instant !

— Ne me dites pas que c’est le prince Julio. Vous allez mieux ?

La personne qui apparut avec son escorte était Julio. Il aurait mieux valu qu’il reste immobile dans son état. Malgré tout, Julio s’approcha de moi et s’inclina.

— Je voulais vous remercier avant que vous ne partiez. Je vous suis profondément reconnaissant d’avoir sauvé beaucoup de mes sujets.

Il ne le disait pas parce que j’avais sauvé sa vie et celle de sa sœur, mais parce que j’avais sauvé les survivants. Cette façon idéaliste de voir les choses ressemblait beaucoup à celle de Leo. Julio était quelqu’un de doux, lui aussi.

— Je n’ai sauvé que les personnes qui cherchaient de l’aide devant moi. Je n’ai rien fait qui mérite vos louanges.

— Même ainsi, cela ne change rien au fait que vous nous avez sauvés. Je n’oublierai jamais cette dette de gratitude.

— … vous exagérez. Mais cela ne me dérange pas du tout. Très bien, j’attendrai avec impatience de recouvrer cette dette un jour.

Je souris comme Leo l’aurait fait et lui tournai le dos. Mais Julio m’arrêta.

— Prince Leonard ! Je… je veux devenir quelqu’un comme vous ! Que dois-je faire pour devenir un prince aussi merveilleux que vous ?

La réponse n’était pas simple. Je considérais Leo comme quelqu’un de formidable, mais pas nécessairement comme une personne merveilleuse. Il avait ses forces et ses faiblesses. Autant lui répondre honnêtement.

— Prince Julio. Leonard Lakes Adler n’est pas quelqu’un d’aussi formidable que vous le pensez. Certaines personnes me trouvent gentil, mais d’autres me trouvent naïf. Certaines personnes me trouvent courageux, mais d’autres me trouvent imprudent. Je pense moi-même que mon idéalisme est un défaut pour quelqu’un qui occupe une position qui exige de prendre des décisions réalistes, comme un empereur ou un prince. Vous m’idéalisez peut-être en tant que héros, mais je ne suis pas aussi héroïque que vous le pensez.

— Mais !

— Oui, je sais. Si vous insistez pour dire que tout cela ne vous dérange pas, alors laissez-moi vous donner un conseil. Je n’hésite jamais à faire ce que je pense être juste. C’est quelque chose dont je suis fier. Vous pouvez demander à vos serviteurs de compenser vos autres faiblesses, mais prendre des décisions est la solitude du roi. C’est pourquoi, si je pense que quelque chose est juste, je n’hésite jamais. C’était la même chose lorsque j’ai sauvé les survivants. Je pensais que je devais les aider, alors je l’ai fait. Quel que soit le résultat, si je pense que c’est juste, je prends immédiatement cette décision. Si vous voulez être fier de vous en tant que prince, ne remettez jamais en question ce que vous considérez comme juste.

— O…oui ! Ces mots ! Je vais les graver dans mon cœur !

Julio baissa la tête. C’était là mes impressions sincères sur Leo.

Honnêtement, Leo n’était pas fait pour devenir empereur. Notre frère aîné, le prince héritier, était lui aussi quelqu’un de doux, mais il ne laissait pas cela affecter son jugement. Leo, lui, était trop naïf. Ses sentiments influenceraient certainement ses décisions. Mais Leo n’hésitait jamais, et la naïveté pouvait se compenser par de bons serviteurs.

Ce qu’il faut à un empereur, c’est la capacité de trancher. Pas besoin d’être parfait. Pas besoin de comploter contre les autres. S’il pouvait simplement prendre ses décisions en accordant la priorité à l’intérêt de l’Empire, il ferait un bon empereur. C’est pourquoi je poussais Leo. Les trois autres en avaient les capacités, mais ils étaient trop égoïstes, se plaçaient avant l’Empire.

C’est le genre d’empereurs qu’ils deviendraient. Il fallait les arrêter.

— Leo dirait : « Si tu présentes les choses ainsi, alors tu peux devenir empereur toi-même, mon frère. »

Je murmurai d’une petite voix et montai à bord du navire. Je n’étais pas fait pour devenir empereur. C’était le jugement de mon maître, ainsi que celui de mon arrière-grand-père, lui-même ancien empereur.

Selon lui, un empereur devait avoir la volonté, et sans elle, toutes les autres qualités ne suffisaient pas. La volonté dont il parlait n’était pas l’ambition de régner, mais la volonté d’agir. Autrement dit, quelqu’un comme moi, qui détestait les complications, n’était pas fait pour ce rôle.

J’étais tout à fait d’accord. Quelques jours seulement à faire semblant d’être Leo avaient déjà détérioré ma santé mentale. Je ne pouvais m’empêcher de vouloir redevenir un bon à rien.

— Mettez les voiles ! Notre destination est le Grand-Duché de Rondine !

C’est avec cette idée en tête que je donnai mon ordre.

Si je peux retrouver Leo, les choses seront un peu plus faciles.

Calmant mon esprit agité, je mis le cap sur la mer où rôdait le dragon des mers.

 

 ***

 

Le jour du départ d’Albatro se déroula sans incident. Puis vint le deuxième jour. Après avoir quitté les eaux d’Albatro, notre navire entra dans le territoire de Rondine. C’est alors que cela se produisit. Un rugissement retentit soudainement depuis les profondeurs de la mer.

— Quoi, quoi ?!

— La mer rugit !?

— Argh ! Tout le monde à vos postes de combat !

Tout le monde à bord s’agitait. Je sortis calmement de ma cabine et montai sur le pont. J’avais déjà érigé une barrière autour du navire, destinée à nous rendre invisibles depuis l’extérieur. C’est d’ailleurs pour cela que j’avais choisi cette route maritime. Mais qui aurait cru que nous allions le croiser ici ?

— QUE TOUT LE MONDE SE CALME ! Il est déjà trop tard. Nous ne pouvons rien faire d’autre qu’attendre que ça passe.

— V…Votre Altesse…

— Il est déjà en dessous de nous.

Je ne le voyais pas. Il se déplaçait probablement dans les profondeurs. Sans la barrière de dissimulation, notre navire aurait déjà été coulé. Selon la légende d’Albatro, son corps devrait mesurer plus de cinquante mètres, avec des ailes de dragon et quatre pattes, mais je ne pouvais pas le confirmer. Ce dont j’étais certain, en revanche, c’est qu’il se trouvait directement sous nous.

Je n’étais pas le seul à le sentir. Tout le monde à bord en était conscient, par instinct. Le fait que personne ne soufflait mot en était la preuve. Ils avaient tous senti le danger qui pesait sur leur vie. Les dragons sont des prédateurs, les humains leurs proies. C’était presque une certitude absolue dans ce monde.

Au bout d’un moment, je constatai qu’il nous avait dépassés. Je ne le dis pas aux autres. Ce n’est qu’après plus d’une heure d’immobilité générale que Mark annonça que tout devrait aller bien, et nous reprîmes notre route vers Rondine.

— J’ai cru que c’était fini…

— Oui, je ne pensais pas que nous allions le croiser dans un tel endroit. J’ai été imprudent.

— Oui, mais pourquoi était-il là ?

— …Pour le Léviathan, tous les êtres humains sont ses ennemis. Il n’a aucune notion de pays, il est donc possible qu’il soit allé faire quelque chose à Rondine, ou peut-être qu’il revenait de là-bas. Quoi qu’il en soit, il vaudrait mieux que Rondine considère cela comme son problème également.

Comme pour confirmer mes paroles sinistres, un rapport arriva.

— Votre Altesse ! Rondine est actuellement attaquée par des monstres !

— Comme je le pensais…

— Votre Altesse, pourriez-vous vous abstenir de dire ce que vous pensez la prochaine fois ?

— N’est-il pas préférable de pouvoir se préparer à l’avance ?

— Cela pourrait bien arriver justement parce que vous l’avez dit.

— Je n’ai pas de pouvoirs divins, vous savez.

Sur ces mots, je montai sur le pont et observai la capitale de Rondine au loin. Elle était effectivement attaquée par des monstres de toutes tailles. Un seul navire leur faisait face, arborant un drapeau impérial.

Sa décision avait été rapide, comme prévu.

— AVANCEZ À PLEINE VITESSE. NOUS SOUTENONS MON FRÈRE !

— Bien reçu ! TOUT LE MONDE À SON POSTE DE COMBAT ! N’OUBLIEZ PAS D’UTILISER LES CANONS MAGIQUES QUE NOUS AVONS EMPRUNTÉS À ALBATRO !

Sur ces mots, le capitaine donna ses instructions avec enthousiasme.

Il était probablement heureux de pouvoir utiliser l’arme empruntée à Albatro. Par précaution, j’avais accroché l’épée de Leo à ma taille, mais elle était lourde.

Je ne pourrais probablement pas bien la manier.

— Bon, vais-je avoir l’occasion de changer de place ?

Tout en réfléchissant à cela, nous nous dirigeâmes droit vers Rondine, sans plus attendre.

 

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