THE INSIPID PRINCE T2 – CHAPITRE 3 PARTIE 4

Troubles dans le Sud (4)

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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
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Yulia se sentit mise sous pression par le sourire de Finne. En termes simples, elle ne pouvait pas offrir une compensation équivalente au droit d’utiliser Finne. Combien de marchands auraient été capables de se procurer quelque chose de plus précieux qu’elle ? Probablement aucun.

Consciente ou non de cela, Finne souriait, et Yulia trouvait ce sourire terrifiant. Si Yulia parvenait à proposer quelque chose d’une valeur équivalente, Finne ne pourrait pas revenir sur sa parole. C’était comme sourire avant un verdict, en plein procès. Yulia ne la croyait pas saine d’esprit, et pourtant Finne ne semblait pas avoir perdu la raison. C’est ce qui avait éveillé sa curiosité.

— Tu comprends ? Si je peux te donner la compensation que tu veux, tu ne pourras pas te plaindre, quoi que je te fasse.

— Je comprends parfaitement. Cependant, même si cela arrive, tout ira bien. Je veux seulement être utile aux seigneurs Arn et Leo après tout.

— …Tu te fiches de ce qui t’arrivera si tu peux aider la faction ? Ils ont trouvé un moyen de te faire chanter ou quoi ?

Yulia sentait que quelque chose clochait chez Finne, qui lui faisait une proposition aussi scandaleuse et sacrificielle. Elle jeta un coup d’œil à Lynfia, mais celle-ci semblait tout aussi surprise.

— Ils n’ont rien de tel. Je veux simplement leur être utile, c’est tout.

— Est-ce qu’ils valent vraiment que tu ailles aussi loin pour eux ? Leonard Lakes Adler est-il un prince qui mérite que tu ailles aussi loin pour le soutenir ?

— Oui, bien sûr. Je ferai de lui un empereur, même si je dois y laisser ma vie. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour y parvenir. Si vous pouvez nous offrir quelque chose qui a la même valeur, je vous donnerai volontiers mon corps. Le pouvez-vous ?

— …C’est impossible. Je n’ai rien qui ait une valeur comparable à la tienne. Tu as gagné. Parlons affaires. Quelles sont tes exigences ? Dis-moi.

Sur ces mots, Yulia fit un compromis. Elle n’en faisait jamais dans les négociations importantes, ne laissait personne profiter d’elle, même pour une somme modique. Mais elle comprit qu’il lui serait impossible de vaincre Finne ce jour-là. Face à une adversaire sérieuse, un bluff ne servirait à rien. Le regard de Finne suffisait à le confirmer : ce n’était pas une simple princesse.

Yulia décida de poursuivre sans attendre. Cet accord comptait aussi pour elle. Les choses ne se passaient pas tout à fait comme prévu, mais si elle parvenait à le conclure, le profit serait considérable. Elle pourrait peut-être même relancer la succursale de la capitale impériale qu’elle croyait ne plus pouvoir exploiter.

— Lynfia vous donnera tous les détails. Lynfia, je vous en prie.

— Ah, oui. Notre demande est de l’argent. Comme vous le savez, la guerre de succession nécessite beaucoup de fonds. Pour rassembler les partisans de nos adversaires, aucune somme d’argent ne sera suffisante. Pouvons-nous solliciter votre aide à ce sujet ?

— Je comprends. Autre chose ?

— Une autre chose : nous aimerions que vous portiez atteinte aux autres marchands qui ont des liens étroits avec les autres candidats, dans la mesure de vos possibilités.

— Vous nous laissez nous occuper d’eux dans le domaine commercial, n’est-ce pas ? Très bien. Faisons-le. C’est tout ?

— C’est tout pour le moment…

— Je vois, alors laissez-moi vous exposer ma demande. Nous sommes prêts à accepter toutes vos demandes, mais en échange, nous voulons utiliser le nom de Finne von Kleinert et, si possible, son visage également.

La proposition prit Lynfia de court, d’autant plus que tout se déroulait jusque-là à merveille. C’est ce que voulaient tous les marchands de la capitale impériale. Vendre des légumes en précisant qu’ils avaient été recommandés par Finne, et ils partaient comme des petits pains. Sa popularité était telle que personne n’osait s’y risquer de sa propre initiative, sous peine de s’attirer la colère de l’empereur.

Mais avec l’autorisation de Finne elle-même, c’était une autre affaire. Et si l’on pouvait en plus utiliser son image dans un portrait ou une illusion magique, l’effet n’en serait que décuplé. La popularité de Finne valait pour un marchand bien plus qu’une mine d’or et d’argent.

— Vous n’avez pas d’autre demande ?

— Pas du tout. En fait, je voulais compléter mon offre et essayer d’obtenir un meilleur accord si possible, mais j’ai décidé de ne pas le faire. L’empereur de ce pays a beaucoup d’yeux. Finne, tu es vraiment une femme bien. Tu es à la fois mignonne et courageuse. Je voudrais même que tu sois ma maîtresse, tu sais.

— Je suis heureuse de votre proposition, mais si j’appartiens à quelqu’un, ma valeur diminuera, alors permettez-moi de décliner votre offre.

— Hé bien, hé bien. Tu préserves même ça pour la guerre de succession des princes ? Maintenant, je suis curieuse de savoir ce qui te pousse à aller aussi loin pour eux.

Finne hésitait sur la réponse à donner. Elle ne savait pas laquelle était la meilleure, alors elle en donna deux.

— Je suis une dame issue d’une maison ducale. Je suis naturellement impliquée dans la guerre de succession. Je crois que j’ai le devoir de soutenir l’empereur dont le peuple peut être fier. Mais si je dois répondre en toute honnêteté… N’est-il pas naturel de soutenir quelqu’un que l’on aime ?

Cette réponse prit Yulia au dépourvu.

La première partie était ennuyeuse et sans intérêt, mais la seconde était différente. C’était la réponse que Yulia préférait.

— Tu les soutiens parce que tu les aimes, c’est ça ? Si je me souviens bien, les princes de ta faction sont jumeaux, non ? Lequel tu préfères ?

— C’est un secret.

Finne porta son doigt devant son nez et fit un clin d’œil. Réagissant à ce comportement adorable, Yulia s’approcha de Finne avec des mains tremblantes, mais sentant le danger, Lynfia intervint.

— Pouvons-nous conclure cette négociation ? Nous partons !

— Euh, vous partez déjà ? Restez encore un peu. Je vous servirai notre thé spécial.

— Il est hors de question que nous buvions quelque chose dont nous ne connaissons même pas la composition…

Cette vampire était peut-être en possession de drogues étranges. Avec la plus grande prudence, Lynfia recula progressivement tout en protégeant Finne. Voyant cela, Yulia soupira.

— Quelle méfiance… Qu’est-ce que j’ai fait, au juste ?

— Demandez plutôt à votre conscience.

— Euh… Je lui ai demandé et elle m’a dit que je n’avais rien fait.

Lynfia commença à tirer les joues de Yulia pour sa réponse éhontée, mais elle comprit que ce serait une perte de temps de rester en compagnie d’une personne comme celle-ci.

Lynfia décida donc qu’elles devaient se dépêcher de quitter cet endroit.

— Si nécessaire, nous vous contacterons. Veuillez vous abstenir de nous contacter d’ici là.

— Oui, oui.

— Eh bien, bonne journée, Yulia.

— À plus tard.

Sur ces mots, Yulia raccompagna Lynfia et Finne hors de son bureau. Une fois les deux parties, elle baissa lentement les yeux vers ses paumes.

Elle transpirait. C’était à cause de la pression qu’elle ressentait dans le regard de Finne. Quel genre d’homme pouvait bien pousser une gentille dame comme elle à avoir un tel regard ?

Intriguée, Yulia se leva de son bureau.

Et puis…

— Dépêchez-vous de préparer l’ouverture. Nous devons obtenir des résultats dès que possible et les vendre à la faction Leonard. Sinon, nous ne pourrons pas les rencontrer.

Yulia marmonnait tout en donnant des instructions à sa secrétaire qui se tenait à proximité. Si l’homme pour lequel Finne avait des sentiments était quelqu’un qui pouvait satisfaire son intérêt, alors c’était une opportunité à saisir.

— Eh bien, je me demande si elle me laissera y goûter.

Yulia se lécha les lèvres et montra ses canines acérées. En la regardant, la secrétaire soupira, pensant « Encore cette mauvaise habitude ».

Cette représentante avait un faible pour les choses de valeur. Même si cette chose était une personne.

Ce serait bien que les choses ne se compliquent pas.

C’est avec cette pensée en tête que la secrétaire elfe commença tranquillement les préparatifs pour l’ouverture.

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