THE INSIPID PRINCE T2 – CHAPITRE 3 PARTIE 3
Troubles dans le Sud (3)
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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
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Comme son nom l’indiquait, la société Demi était une entreprise dirigée par des demi-humains. Tous ses membres l’étaient. Si cela attirait parfois l’attention, la diversité de ses effectifs lui permettait d’offrir un travail de bien meilleure qualité que ses concurrents : les tâches de transport étaient confiées aux plus forts, les livraisons aux plus rapides, la récolte à ceux dotés d’un odorat développé. Chaque demi-humain excellait dans son domaine propre, et affecté au poste qui lui convenait, il surpassait naturellement un humain. C’est ainsi que l’entreprise avait progressivement étendu son influence depuis l’est du continent jusqu’à ouvrir une succursale dans la capitale impériale. Elle était par ailleurs dirigée par une mystérieuse vampire qui ne montrait jamais son visage en public. C’est là que se rendaient Lynfia et Finne.
— Ils venaient de terminer l’installation de la succursale et s’apprêtaient à commencer leurs activités ici, mais cet incident dans l’est est soudainement survenu. C’est pourquoi ils n’ont finalement pas ouvert, il n’y a même pas d’enseigne à leur bureau. Leur chef est un vampire et l’empereur vient d’être attaqué par l’un d’entre eux. L’Empire est devenu plus méfiant à leur égard en tant que demi-humains. Je pense que c’était une sage décision de leur part.
— C’est vraiment le cas ? Je ne pense pas qu’ils devraient être inquiets, ils n’ont rien fait de mal. Ce n’est pas eux qui ont attaqué l’empereur, n’est-ce pas… ?
— Il n’y aurait pas de problème si tout le monde pouvait penser comme Dame Finne, mais il n’y a pas que des gens gentils comme vous dans ce monde. Beaucoup de gens ne voient pas les agresseurs comme des individus, mais comme des demi-humains dans leur ensemble. Bien sûr, avec leurs préjugés.
Lynfia considérait cela comme une qualité de Finne.
Elle n’avait pas seulement assisté à l’incident : elle en avait été victime. Pourtant elle n’avait aucun préjugé envers les vampires ni envers les autres demi-humains. La preuve qu’elle ne jugeait pas les gens sur leur titre ou leur race : elle considérait les agresseurs comme des individus, sans les associer à un groupe pour leur vouer de l’animosité.
Mais Lynfia pensait que Finne devait savoir que cette façon de penser était loin d’être ordinaire, et c’est ce qu’elle voulait lui rappeler, elle qui semblait l’ignorer.
— Dame Finne. Les humains sont des créatures qui ont leurs propres pensées. Vous comprenez cela, n’est-ce pas ?
— Oui, bien sûr.
— Alors vous devez comprendre qu’il existe des cas où votre opinion sur les choses n’est pas la même que celle des autres. Je n’ai pas d’opinion particulière sur les demi-humains, mais si vous aviez dit cela à une personne qui avait des préjugés envers les demi-humains, elle aurait pu penser que vous défendez leur cause. Cela vous serait défavorable à vous et votre faction. Si vous pensez aux princes, vous devriez faire attention lorsque vous exprimez vos opinions personnelles ainsi.
— C’est vrai… Vous avez raison. C’était une erreur de ma part…
En voyant Finne se recroqueviller, Lynfia eut l’impression d’avoir mal agi. Elle ne fit rien pour la réconforter. Arn lui avait demandé de prendre soin de Finne en échange de la sauvegarde de son village, et elle prenait cette responsabilité au sérieux. En tant qu’aventurière, elle travaillait pour sa récompense. Le minimum était de protéger la faction et de faire en sorte que Finne obtienne quelque chose en retour. Sans cela, elle n’avait rien à réclamer.
Arn avait de surcroît déjà engagé le groupe d’Abel pour protéger le village à sa place. Quel que soit son travail, il serait éclipsé par la somme déjà versée.
En tant que Silver, Arn disposait d’une fortune considérable et avait payé sans hésiter, mais en tant que prince, une telle somme n’aurait pas été aussi facile à réunir. C’est cela qui avait aiguisé le sens des responsabilités de Lynfia.
— Votre adversaire cette fois-ci est un représentant d’une grande entreprise. Si vous faites une déclaration imprudente, il y a de fortes chances que vous vous laissiez manipuler par eux. Soyez prudente.
— Oui, oui !
Lynfia acquiesça en voyant le visage de Finne se crisper.
Au même moment, le carrosse s’arrêta.
Ils arrivèrent à la succursale de la société Demi dans la capitale impériale.
***
La succursale, située dans un quartier privilégié de la capitale, était calme. Il n’y avait presque personne. En entrant, elles furent accueillies par une elfe blonde qui semblait être la secrétaire du représentant. Elle les guida à l’intérieur sans un mot. Elles traversèrent le grand immeuble de bureaux et s’arrêtèrent devant une porte rouge.
— Le représentant vous attend à l’intérieur. Veuillez entrer.
— Oui.
Sur ces mots, la secrétaire ouvrit la porte. Elles entrèrent dans la pièce, mais elle était vide. Quand elles s’en rendirent compte, la secrétaire s’était déjà éloignée.
— Nous nous sommes trompés de pièce ?
— Je ne pense pas que le guide aurait fait une telle erreur. C’est courant de faire attendre l’autre personne, alors asseyons-nous et attendons-la.
Lynfia invita calmement Finne à s’asseoir sur le canapé.
Après une légère hésitation, Finne commença à préparer du thé à l’aide des ustensiles posés sur la table.
— Vous en voulez aussi, Lynfia ?
— Je dois rester en alerte, ne vous en faites pas pour moi. Je vous dérangerai à nouveau quand nous serons de retour.
— Ah bon… Mais boire du thé toute seule, ce n’est pas très amusant…
L’air triste, Finne but son thé seule. Derrière Finne, une main surgit soudainement du côté de Lynfia. Bien que prise par surprise, Lynfia parvint à l’attraper avant qu’elle n’atteigne Finne.
Cependant…
— Oh, c’est bien dommage. Je voulais profiter de la sensation de Blaue Möwe, mais ce n’est pas grave, votre escorte est mignonne après tout.
Sur ces mots, la personne qui apparut soudainement à côté de Lynfia profita de l’espace créé lorsque Lynfia protégea Finne pour contourner celle-ci et commencer à lui caresser les seins avec ses deux mains par derrière.
— Quoi !?
— Oui, un peu insatisfaisant, je suppose ? Mais il y a encore de la marge pour s’améliorer ! Accroche-toi !
— Kuh !
Lynfia, qui avait commis une erreur, tenta de dégainer son épée magique, mais Finne l’en empêcha.
— Lynfia. Je vous en prie, supportez-le.
— Dame Finne… ?
— Enchantée de vous rencontrer. Je m’appelle Finne von Kleinert. Je suppose que vous êtes la représentante de la société Demi, n’est-ce pas ? Et veuillez libérer mon escorte. Si vous insistez pour continuer à jouer, je peux repartir tout de suite.
— Ahaha, ne faites pas une tête si effrayante. Ce n’est qu’un simple contact physique, vous savez, un contact physique. C’est vrai, je suis la représentante de cette société, dit la femme aux cheveux argentés avec un sourire crispé.
Elle avait des cheveux mi-longs ondulés et des pupilles rouge violacé. Elle dégageait une atmosphère adulte tout en paraissant très jeune, quelque part entre dix-huit et vingt-cinq ans, mais comme l’apparence d’un vampire ne trahissait pas son âge, Finne renonça à y réfléchir.
La femme avait la peau blanche et la beauté caractéristiques des vampires, et n’avait rien à envier à Finne. Sur cent hommes, les votes se seraient partagés en deux.
Elle afficha un sourire joyeux et détendu, s’avança vers son bureau, s’y assit en croisant les jambes et posa les yeux sur Lynfia et Finne.
— Je suis la représentante de la société Demi, Yulia. Vous le savez peut-être déjà, mais je suis une vampire. J’aime peloter les jolies filles et gagner de l’argent. Enchantée !
Voyant la présentation trop franche de Yulia, Lynfia réalisa instantanément son erreur. C’était peut-être un endroit où elle n’aurait pas dû amener une beauté sans pareille comme Finne. Cependant, Finne, la personne en question, accepta calmement la présentation de Yulia.
— J’aime aussi les jolies femmes, Yulia.
— Oh ! Nous sommes sur la même longueur d’onde, nous allons peut-être bien nous entendre, Finne.
Finne ne s’énerva pas d’être soudainement interpellée sans formule de politesse, alors Lynfia ne pouvait rien faire, mais elle avait du mal à réagir, ce qui était inhabituel pour elle.
Voyant cela, Yulia sourit.
— Ne sois pas si nerveuse. Nous allons avoir une discussion sérieuse, ne t’inquiète pas. Si tu peux me rapporter des bénéfices, je te donnerai un cadeau en échange. Tu veux que ma société soit ton alliée dans la guerre de succession, n’est-ce pas ? Commençons les négociations.
Sur ces mots, Yulia prit le contrôle des négociations. Lynfia commença aussitôt à regretter sa décision. Yulia n’était pas une simple marchande. Elle avait peut-être vécu plus longtemps que les grands-parents de Lynfia, traversé des centaines de batailles commerciales tout en portant le poids de son statut de demi-humaine, et bâti malgré tout une grande entreprise. Lynfia avait cru pouvoir mener la négociation à leur avantage, mais Yulia semblait être l’incarnation même du sang-froid. Elle tenait les rênes sans effort.
Que dois-je faire maintenant ? se demanda Lynfia.
Bien que trop rapidement, Finne joua leur carte la plus forte.
— Ma monnaie d’échange, c’est moi. Je vous donne le droit de m’utiliser, alors en échange, prêtez-nous votre pouvoir.
Lynfia fut stupéfaite par cette mise en jeu soudaine, mais l’essentiel était que Yulia, elle, avait été prise au dépourvu.
Elle se ressaisit rapidement et afficha un sourire intrépide.
— Si tu me donnes ce droit, je pourrais te faire faire quelque chose qui ne sied pas à une dame de la maison du duc, tu sais ?
— Je vous en prie, faites donc, répondit-elle immédiatement.
C’était maintenant au tour de Yulia d’être mise sous pression par le sourire de Finne.