THE INSIPID PRINCE T2 – CHAPITRE 3 PARTIE 2
Troubles dans le Sud (2)
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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
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On nous avait « invités » au château. À en juger par son attitude courtoise, le roi n’avait visiblement pas l’intention de faire de nous des ennemis — et pour cause. S’il nous attaquait, ce serait son coup de grâce : déjà aux prises avec le dragon des mers, se battre contre l’Empire en plus serait sa fin. Mieux valait pour lui nous accueillir poliment et discuter des moyens de coopérer.
Selon leur taille, les dragons étaient généralement classés parmi les monstres de rang S. Pour en venir à bout, la Guilde des Aventuriers formait soit un groupe composé d’aventuriers de rang S et AAA, soit confiait la mission à un aventurier de rang SS. Quant à l’armée, il lui faudrait une préparation considérable et un grand nombre de soldats. Dans tous les cas, le Grand-Duché d’Albatro ne pouvait s’en sortir seul.
— Par ici, je vous prie.
— Merci.
Après avoir remercié le chevalier qui m’avait guidé, j’entrai dans la salle du trône. Le roi n’y était pas assis car il se tenait debout sur le tapis rouge devant le trône, la tête inclinée.
Les personnes qui l’entouraient, ses ministres sans doute, s’inclinaient également.
— Je suis ravi de vous rencontrer, Votre Altesse Impériale Leonard. Je suis le Grand-Duc d’Albatro, Donato di Albatro.
Tout cela est arrivé à cause de l’imprudence de notre pays. Je suis vraiment désolé de vous avoir impliqué dans tout cela. Je tiens à vous exprimer ma sincère gratitude pour avoir sauvé nombre de mes citoyens et de mes enfants. Merci beaucoup…
— Veuillez accepter notre gratitude, prince Leonard !
Les ministres présents suivirent le roi et exprimèrent leur gratitude. C’était un spectacle inhabituel. Peu importait la taille de son pays, il restait roi — et moi je n’étais qu’un prince. Son rang était fondamentalement supérieur au mien. Au mieux, nous aurions dû être sur un pied d’égalité. Descendre de son trône pour s’incliner ainsi était proprement insensé. J’étais figé sur place, et quand je jetai un œil à Mark, il était déjà pétrifié. Il parvenait tant bien que mal à rester à genoux, mais il semblait ne plus savoir comment se comporter — fort occupé à réfléchir rien qu’à ça.
Pensant qu’il n’y avait rien d’autre à faire, je m’approchai du roi, lui pris les deux mains et l’aidai à se relever. Il avait la quarantaine. Comme Eva et Julio, il avait les cheveux châtain clair et les yeux verts, avec des traits qui rappelaient ceux de Julio. Il avait l’air d’un homme doux, mais son visage était un peu trop maigre, et il dégageait une impression de fragilité. Je m’inclinai légèrement et m’adressai à lui.
— Votre Majesté. Je suis ravi de vous rencontrer. Je suis le huitième prince de l’Empire, Leonard Lakes Adler. Je suis désolé d’avoir causé des troubles dans votre pays. Et vous n’avez pas à me remercier. J’ai simplement aidé les survivants parce qu’ils étaient à la dérive devant mes yeux. Si un navire de notre Empire avait connu le même sort, le Grand-Duché aurait sûrement fait de même pour nous. C’est parce que tout le monde ici sait très bien à quel point la mer peut être terrifiante.
— Mais, mais !
— Même ainsi, un pays qui possède un sens du devoir aussi fort que le vôtre ne pourrait pas simplement laisser passer cela. C’est pourquoi je voudrais vous demander de la nourriture et de l’eau pour ravitailler mon navire en échange. Et comme mon navire a jeté les trésors qui étaient destinés à Rondine pour sauver les survivants, si vous pouviez nous donner une petite partie du trésor, cela nous suffirait.
— Quoi ? Vous êtes allé si loin pour nous ? Bien sûr ! Il va sans dire que notre pays vous dédommagera pour tout !
— Merci beaucoup. Il y a encore une chose. J’aimerais interroger Votre Majesté au sujet des troubles qui agitent votre pays. Si ce problème venait à s’éterniser, son impact s’étendrait à coup sûr à tout le continent.
— …Je comprends. Vous n’êtes plus étranger à cette affaire. Il vaut mieux que vous soyez informé.
J’exhortai le roi à regagner son trône. Il acquiesça, s’y installa et prit la parole d’un air grave.
— Comme vous le savez peut-être déjà, un dragon des mers rôde dans nos eaux.
— J’avais vaguement cette impression. La tempête était si anormale et ses caractéristiques correspondaient à la description que le capitaine de mon navire avait faite du dragon des mers.
— Je vois… Ce dragon s’appelle [Léviathan]. C’est un dragon qui dort depuis plus de deux cents ans.
— Deux cents ans ? C’est très long pour un dragon.
— Il ne s’est pas simplement endormi. Nous l’avons fait ainsi. À l’aide d’un ancien outil magique. Apportez-le-moi.
Le roi fit signe à une servante, qui revint peu après avec un bâton brisé. Il était cassé en deux. Sa structure n’avait rien d’inhabituel, mais une énorme gemme ornait son extrémité, probablement un joyau de stockage magique. Une magie puissante en émanait encore, malgré tout. Il ne mesurait plus que la moitié de sa taille d’origine. À en juger par ce qu’il avait dû être, cet objet était autrefois un outil magique tout à fait extraordinaire.
— Il y a deux cents ans, cette région méridionale était gouvernée par une nation unifiée. Cependant, le dragon des mers Léviathan est entré en période d’activité et a provoqué des tempêtes dans toute la région. La nation s’est battue contre lui. Ils ont finalement réussi à l’endormir à l’aide de cet outil magique. Cependant, la famille royale de l’époque était déjà en déclin, et nous sommes entrés dans une période de guerre civile.
Notre Grand-Duché d’Albatro a été créé à l’origine pour protéger ce bâton, c’est pourquoi la légende du Léviathan nous a été transmise de manière beaucoup plus précise qu’à Rondine.
— Je vois. Comme ce bâton a été brisé, vous avez lancé une enquête en urgence, n’est-ce pas ?
— C’est exact. Je suis vraiment désolé de vous avoir impliqué dans tout cela. Votre navire ayant également été pris dans la tempête, il ne serait pas étonnant qu’il ait coulé… Nous aurions dû contacter la Guilde des aventuriers dès le début.
— C’est du passé. De plus, pour vaincre un dragon, il faudrait payer une récompense exorbitante. Sans compter que l’information commencerait à circuler. Je ne peux pas vous en vouloir, Votre Majesté.
— … Merci de votre compréhension.
L’explication s’arrêta là. Je comprenais désormais la situation. Il fallait trouver une solution. Contacter la Guilde des Aventuriers ne signifiait pas qu’ils se mettraient immédiatement en route. Seule une poignée d’aventuriers était capable de combattre un dragon. Je faisais certes partie de ceux-là, mais il serait trop étrange que Silver, actif uniquement dans la capitale impériale, apparaisse soudainement ici. Il me fallait une excuse.
— Votre Majesté, quelle contre-mesure avez-vous en tête ?
— …Je pense que notre seule option est de contacter la Guilde. Cependant, ils ne pourront pas agir immédiatement…
— C’est toujours notre seule option. Je voudrais vous prêter la puissance de l’Empire, mais si notre adversaire est un dragon des mers et que la bataille doit se dérouler en mer, nous ne pouvons pas simplement régler la question en envoyant notre flotte. Il vaudrait mieux pour nous de compter sur ces spécialistes des monstres. Cependant, j’ai une proposition à vous faire.
— Je vous écoute. Que proposez-vous ?
— Nous devrions former une alliance anti-dragons avec le Grand-Duché de Rondine. S’ils connaissent la situation, ils devraient comprendre que ce n’est pas le moment de se battre.
— J’y ai pensé, mais… nous sommes en conflit avec Rondine depuis longtemps. Nous n’avons aucune relation diplomatique sur laquelle nous pouvons nous appuyer pour établir une alliance avec eux à l’heure actuelle.
— C’est pourquoi je vous fais cette proposition. Permettez-moi de mener les négociations avec Rondine. Si l’ambassadeur plénipotentiaire de l’Empire devait servir d’intermédiaire, ils ne pourraient pas refuser notre proposition de manière aussi catégorique.
Le roi parut un peu perplexe face à ma proposition. Elle était trop avantageuse pour eux, et cela se voyait. Après un moment de réflexion, il me donna une réponse prudente.
— Puis-je avoir un peu de temps pour en discuter avec mes ministres ?
— Bien sûr, mais Votre Majesté doit faire vite. Rondine ne connaît pas encore toute la situation, mais ils ont probablement des informations vagues sur le désordre qui règne actuellement dans votre pays. Ils pourraient profiter de cette occasion pour attaquer.
— Certainement…
Bon, même si je disais cela, je ne pensais pas que les choses iraient dans cette direction. Leo était de notre côté, et Elna avec lui. Il devrait pouvoir continuer à jouer son rôle et restreindre les mouvements de Rondine dans une certaine mesure. Si je n’arrivais pas à Rondine, il s’attendrait à me trouver à Albatro de toute façon. Me faire gagner un peu de temps serait déjà suffisant.
La magie de transfert me permettrait même de retourner dans la capitale impériale, mais il me faudrait l’utiliser quatre fois pour l’aller-retour. Je devais choisir le moment avec soin.
Sur ces pensées, je m’inclinai et pris congé de la salle du trône.