THE INSIPID PRINCE T2 – CHAPITRE 3 PARTIE 1
Troubles dans le Sud (1)
—————————————-
Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
———————————————–
Au moment où Arn et Leo partaient vers le sud, il y avait du mouvement dans la capitale impériale.
— Merde ! Que se passe-t-il ? Merde ! Merde !
— Guh ! Arghh !! Gyaaaa !! Pardonnez-moi, je vous en prie ! P…pardonnez-moi…
- Aaaaah !
Zandra avait fouetté l’un de ses hommes pour soulager son stress. Quand elle vit que l’homme s’était déjà évanoui, elle jeta la corde en haletant.
— Bon sang ! Argh, ça m’énerve ! Mais qu’est-ce qui se passe ?!
Elle faisait les cent pas en se rongeant les ongles. Gunther, l’assassin d’âge moyen qui avait tenté d’enlever Arn, ouvrit la bouche.
— On dirait que tous nos mouvements sont surveillés.
— Je le sais déjà ! Réfléchis plutôt à comment ils s’y prennent ! Ils n’ont ni Leonard ni Arnold avec eux, tu sais ! Tu veux dire que cette ignorante de Blaue Möwe se joue de moi ?
— On dirait que la faction Leonard compte dans ses rangs quelqu’un d’intelligent et de compétent. Ils anticipent probablement nos mouvements et transmettent immédiatement ces informations à la faction Gordon dès que nous essayons de faire quelque chose.
— Tss ! C’est exaspérant ! Ce n’est qu’une faction nouvellement formée, comment osent-ils m’irriter à ce point ! Je ne leur pardonnerai jamais !
Zandra n’avait pourtant pas le choix. Chaque fois qu’elle tentait d’attaquer la faction Leonard, Gordon venait frapper la sienne. Lorsqu’elle avait essayé de lui voler ses partisans, ce furent les siens qu’on lui prit, et elle s’était retrouvée sur la défensive.
Pire encore, quand elle parvenait malgré tout à porter un coup, Gordon surgissait comme s’il n’attendait que cela et lui soufflait ses alliés. À ce rythme, Gordon serait le seul à en sortir gagnant — et c’était précisément ce qu’elle voulait éviter.
— Laissons la faction de Leonard tranquille pendant un certain temps. Votre Altesse pourra se venger plus tard de lui pour vous avoir volé votre ministre.
— Kuh… D’accord. En échange, amène-moi des personnes qui conviennent ! Mon irritation ne disparaîtra pas si facilement !
— Comme vous voudrez.
Zandra était d’une brutalité excessive. Lorsque ses émotions refoulées atteignaient un certain seuil, rien ne pouvait l’apaiser tant qu’elle n’avait pas libéré son côté cruel.
Les assassins sans mission se voyaient alors régulièrement désignés pour calmer leur maîtresse.
Tout en réfléchissant à qui conviendrait le mieux ce soir, Gunther se préparait pour le lendemain.
***
— C’était splendide. Lire leurs mouvements à partir d’un si petit bout d’information, c’est vraiment du beau travail.
Sebas félicita Lynfia pour son dernier succès. Sa présence était rapidement devenue un atout majeur pour l’influence de Leo. Marie, la servante, avait déjà fort à faire pour maintenir cette influence, et c’était à Finne qu’il revenait de faire face aux attaques de Zandra, car si Marie n’était qu’une servante au rayonnement limité, Finne disposait d’un rang social bien plus large. Mais avoir les moyens et posséder les aptitudes nécessaires étaient deux choses différentes. C’était là que Lynfia avait fait la différence.
— C’est comme lire l’attaque d’un monstre. Dans une situation où leurs actions sont limitées, ils jouent généralement leur meilleure carte. Je fais juste attention à ça quand j’envoie l’info à l’autre faction. Comme la deuxième princesse est devenue plus prudente, elle ne sera probablement plus aussi agressive.
— Incroyable ! Lynfia !
Lynfia était un peu déconcertée par les compliments sincères de Finne. Arn l’avait assignée comme escorte et lui avait dit d’écouter ses conseils, aussi Finne prenait-elle toutes ses opinions au sérieux.
Mais ce n’était pas pour autant une relation à sens unique : Finne exposait ce qu’elle voulait accomplir, Lynfia proposait les moyens d’y parvenir, et elles arrêtaient ensemble un plan d’action. Être traitée avec autant d’égards n’avait rien de désagréable, mais Lynfia trouvait cela un peu étrange tout de même.
— Quelque chose ne va pas ?
— Non, c’est juste que je me demandais pourquoi vous me faisiez autant confiance.
— Vous m’avez dit que le seigneur Arn vous faisait confiance. De plus, il comprend mon importance, il ne mettrait jamais une personne indigne de confiance à mes côtés.
Il n’y avait aucune malice dans le sourire de Finne et aucun doute non plus dans son raisonnement. Elle comprenait parfaitement sa position : fille d’un duc, princesse de la Mouette Bleue, rien de plus. Elle n’était pas là pour ses capacités personnelles.
Si elle comptait pour Arn et Leo, c’était simplement parce qu’elle était en vie. On n’attendait guère autre chose d’elle. Et c’est précisément pour cela qu’ils n’auraient jamais placé à ses côtés quelqu’un en qui ils n’avaient pas confiance.
Forte de cette certitude, Finne s’en remettait entièrement à Lynfia.
— Euh… vous ne me trouvez pas désagréable ? Une nouvelle venue comme moi qui débarque comme ça.
À vrai dire, Lynfia s’était attendue à de la jalousie, ou pire, du mépris. Finne était fille de duc. Elle, enfant de réfugiés. Le fossé entre elles était immense, et l’idée qu’une telle personne puisse prêter la moindre attention à ses opinions lui avait semblé impensable.
Pourtant il n’en était rien. Elle avait confiance en Arn, certes, mais que Finne l’écoute réellement la déconcertait encore.
En tout cas, elle était loin de l’image que Lynfia s’était faite des nobles.
— ?? Si je peux être utile aux seigneurs Arn et Leo, alors peu importe ce qui arrive. Si je suis utile, alors Lynfia sera également utile, non ?
— …Je vois. Vous ne vous valorisez pas du tout, n’est-ce pas.
— Vous êtes très perspicace.
Dame Finne était décidément ainsi : elle faisait toujours passer les autres avant elle-même. Convaincue, Lynfia acquiesça aux paroles de Sebas, tout en se demandant ce qui avait bien pu pousser quelqu’un comme elle à s’embarquer dans une lutte politique. C’était là sa nouvelle question.
— Pourquoi vous êtes-vous impliquée dans cette guerre de succession ? Pardonnez mon impolitesse, mais je ne pense pas qu’une telle chose vous convienne.
— Ooh…Je sais… Je le pense aussi…
Finne accusa le coup comme si on venait de lui annoncer quelque chose d’inattendu, et son expression était si sincèrement stupéfaite que Lynfia commença à paniquer à son tour.
— Eh, ah… C’était vraiment si choquant pour vous ?
— Oui… Je n’ai jamais été utile au seigneur Arn et aux autres après tout… Je veux aussi lui être utile…
Du moment qu’elle pouvait fournir de bons résultats à Arn, Finne se moquait bien de savoir avec qui elle devait coopérer. C’était là, en gros, sa façon de voir les choses — sans pour autant accepter d’être inutile.
Elle avait toujours voulu se rendre utile autrement que par sa position et son titre. Si elle ne faisait rien de particulier, c’était simplement parce qu’elle savait n’en avoir pas les capacités.
— C’est une chance pour eux deux que vous soyez là, Dame Finne. Ne vous inquiétez pas autant.
— Je l’espère…
Même aux yeux de Lynfia, Finne la tête baissée avait quelque chose de magnifique et ce n’était pas seulement une question de traits. Elle transmettait sincèrement ce désir d’être utile, et c’est cela qui touchait. En partant, Arn lui avait laissé un mot : « Prends soin de Finne pour moi ». Elle ne savait pas exactement jusqu’où il entendait que cela aille, mais Lynfia avait décidé d’aller un peu plus loin. Il voulait que Finne accomplisse quelque chose. C’est ainsi qu’elle avait choisi d’interpréter ses paroles.
— Alors soyons utiles ensemble. Dame Finne.
— Eh ? Y a-t-il quelque chose que je puisse faire ?
— Il y a des choses que vous seule pouvez faire. Vous êtes très célèbre dans la capitale et certains veulent s’approprier votre renommée.
— Qui donc ?
— Les marchands. Nouer des liens solides avec eux avant le retour de Son Altesse serait un atout majeur pour notre faction.
Tout en exposant sa proposition avec indifférence, Lynfia jeta un coup d’œil à Sebas. S’il n’était pas satisfait de cette proposition, Sebas ne manquerait pas de donner son avis. Cependant, si Sebas ne disait rien, Lynfia poursuivrait la conversation.
— À l’heure actuelle, il y a bien sûr des entreprises dans la capitale qui souhaitent tirer parti de votre popularité, mais elles sont probablement déjà en pourparlers avec les autres candidats. Nous allons donc nous tourner vers une entreprise différente, qui souhaite ardemment faire son entrée sur le marché de la capitale.
— Existe-t-il vraiment une telle entreprise ?
— Oui. Dame Finne en a peut-être déjà entendu parler. Avez-vous déjà entendu parler d’une grande société appelée Demi ?
— Je vois, dit Sebas, impressionné. — Il semble que je doive augmenter votre évaluation d’un cran. La société Demi a également attiré l’attention des seigneurs Leonard et Arnold. Cependant, ils ne les ont pas encore contactés. Vous comprenez sûrement leur raison ?
— Oui, c’est parce que la personne qui dirige cette entreprise est une femme vampire. Les habitants de l’Empire n’ont pas une bonne impression des vampires en raison des événements récents. Je comprends pourquoi ils ont retardé leur prise de contact avec eux, mais nous pourrons certainement établir une relation solide avec eux en tirant parti de cette situation. Ne pensez-vous pas que c’est une bonne opportunité ?
Finne acquiesça plusieurs fois à la proposition de Lynfia — mais sans s’en tenir là. Elle réfléchit aussi loin que possible : si elles allaient jusqu’au bout, qui deviendrait leur ennemi ? Qui leur allié ? Quel impact cela aurait-il sur la capitale impériale ? Après avoir tout pesé, Finne parvint à une conclusion.
— Essayons de rencontrer la femme vampire. Je pense que je dois juger sa personnalité de mes propres yeux avant de prendre une décision.
— Compris. Je pense que nous pourrons organiser une rencontre si nous envoyons quelqu’un. Puis-je vous laisser vous occuper des arrangements ?
— Ce ne sera pas un problème. Eh bien, nous devrions avoir leur réponse d’ici deux ou trois jours.
— Je vois… Seigneur Arn. Je ferai de mon mieux.
Sur ces mots, Finne tourna les yeux vers le sud, dans la direction où se trouvait Arn.
Elle n’avait alors aucun moyen de savoir ce à quoi ce dernier devait faire face de son côté.