THE INSIPID PRINCE T2 – CHAPITRE 2 PARTIE 6

Voyage vers un pays étranger (6)

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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
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— Votre Altesse. Nous avons trop de personnes dans un état critique. Nous ne pouvons pas faire grand-chose…  rapporta le vieux médecin.

Nous atteignîmes tant bien que mal la capitale d’Albatro, mais beaucoup de survivants, après avoir longtemps dérivé en mer, avaient commencé à tomber malades. Certains étaient déjà blessés avant d’être jetés à l’eau, et leur état s’était aggravé. Je pouvais utiliser ma magie de guérison, mais elle ne couvrait que les blessures. Les maladies et autres anomalies internes dépassaient mes compétences.

— Je comprends. Faites tout votre possible pour les maintenir en vie.

— Bien sûr, je ferai de mon mieux, mais… je ne peux rien garantir.

— Je comprends… Je suis désolé de vous imposer ce fardeau.

— Non, ce n’est rien comparé à ce que vous avez à endurer, Votre Altesse.

Le médecin du navire dit cela et quitta la pièce. En le regardant, je claquai bruyamment la langue. Voyant cela, Mark me sourit.

— On ne peut rien faire de plus. Nous n’avons pas d’autre choix que de leur laisser le soin de s’en occuper.

— Ne vous contentez pas de dire qu’on ne peut rien faire. Je vous l’ai dit, je ne laisserai mourir personne qui est encore en vie.

— Mais… nous avons nos limites. Il serait impossible de tous les sauver.

— Ce serait impossible si on abandonne, mais si on y croit, nous pouvons encore faire quelque chose. La plupart des choses dans ce monde ont été conçues pour fonctionner. Comparé à la population mondiale, ce ne sont que quelques vies. Si elles ne peuvent pas être sauvées, alors ce monde est injuste. De plus, nous en avons déjà payé le prix.

Je me souvins du trésor que j’avais jeté à la mer. Quel gâchis. J’aurais pu faire tellement de choses avec ça.

Du vrai gaspillage. J’avais dit à Mark de ne pas avoir de regrets, mais moi-même, j’y étais encore attaché.

Les survivants en valaient-ils la peine ? Non. Les aider n’avait apporté aucun bénéfice à l’Empire, et cela n’en valait pas la peine pour Leo non plus. Si personne n’appréciait son travail, à quoi bon ?

Malgré tout, je les avais aidés. Aidés en subissant ces pertes. J’avais acheté leur vie avec une fortune. Dans ce cas, leur vie m’appartenait. Comme si j’allais les laisser mourir sans rien faire.

— C’est presque l’heure. Je monte sur le pont.

— Oui, il est temps que nous soyons pris dans leur ligne défensive.

Au moment où Mark prononça ces mots, une voix nous parvint. Cette voix était mêlée de bruits, caractéristiques d’une voix amplifiée par un outil magique.

— Navire impérial en approche. Indiquez votre objectif. Nous n’avons pas été informés de votre arrivée. Je répète. Indiquez votre objectif. Notre pays n’a pas été informé de votre arrivée.

C’était la flotte navale qui protégeait leur capitale. Ils n’avaient aucune information sur l’arrivée d’un navire impérial et voulaient probablement en savoir davantage. Qu’ils n’aient pas immédiatement ouvert le feu était prévisible de la part de la marine d’Albatro. Un entraînement bien utile. Je me levai sur le pont et saisis l’amplificateur de voix.

— Je m’appelle Leonard Lakes Adler, huitième prince de l’Empire. En route vers Rondine, j’ai trouvé les navires de votre pays victimes d’accidents maritimes. Nous avons secouru environ 80 survivants, dont votre prince et votre princesse. J’aimerais obtenir la permission d’entrer dans le port.

Les navires de guerre qui se trouvaient à quelque distance étaient visiblement agités.

Ils savaient que les trois navires de guerre qu’ils avaient envoyés n’étaient pas revenus et qu’Eva et Julio se trouvaient à bord.

Pendant ce temps, nous continuions à avancer vers le port.

Plus vite nous y arriverions, plus vite les survivants pourraient recevoir des soins professionnels.

— Nous comprenons l’objectif de votre navire. Pour des raisons de sécurité, nous voulons confirmer qu’il y a bien des survivants à bord. Veuillez arrêter votre navire.

— Compris. Nous avons également quelques survivants gravement malades. Ils ont besoin d’être soignés immédiatement. Je veux les transférer sur votre navire afin qu’ils puissent recevoir des soins professionnels dès leur arrivée au port.

— Nous aimerions bien, mais selon nos règles, personne à bord de votre navire ne peut entrer dans le port sans autorisation. Nous vous demandons d’attendre l’accord de Sa Majesté le roi.

Pourquoi prenaient-ils autant de temps ?

Je jetai involontairement un regard noir au navire qui s’approchait. Ce n’était pas le moment de se méfier d’un espion. Julio et Eva étaient également présents. Ils n’avaient qu’à confirmer l’identité des membres d’équipage !

— Où sont la princesse et le prince ?

— Ils n’ont pas encore ouvert les yeux…

— Tch !

Si l’un d’eux était réveillé, il y aurait eu un moyen d’obtenir la permission d’entrer dans le port sans attendre le roi. Mais s’ils étaient toujours inconscients, il n’y avait pas d’autre solution.

Devais-je simplement attendre ici que l’autorisation soit accordée ?

Combien de temps leur fallait-il pour venir du château au port ? Combien de temps le roi mettrait-il à rendre sa décision ?

Et les malades pourraient-ils tenir jusqu’au port ? C’était une course contre la montre, et les procédures compliquées nous ralentissaient.

— C’est leur problème maintenant. Peu importe ce que nous faisons à ce stade. Nous les avons amenés jusqu’ici, la responsabilité leur incombe.

— Non ! C’était leur responsabilité depuis le début ! J’ai déjà pris des risques pour ces gens, donc je m’occuperai d’eux jusqu’au bout !

Je dis cela à Mark tout en serrant fermement le récepteur vocal.

Si nous continuions de force, la marine albatro n’aurait d’autre choix que de nous attaquer. Devais-je attendre qu’ils viennent, après tout ?

— Acceptez ma demande, je vous en prie. Certains mourront s’ils ne reçoivent pas de soins immédiats. Ils ont réussi à survivre à cette mer infernale. Vous seul pouvez leur sauver la vie. Emmenez-les au port sans attendre l’autorisation.

— …Je ne saurais vous remercier assez d’être prêt à aller si loin pour mes compatriotes. Cependant, les règles sont les règles. Aucun navire ne peut entrer dans le port sans autorisation, même si ce navire transporte des membres de notre famille royale, nous devons attendre la décision de Sa Majesté.

— Qui est le capitaine de votre navire ?

— C’est moi, Votre Altesse.

— …Capitaine. J’ai sacrifié beaucoup de choses pour sauver leur vie. J’ai risqué la vie de mon peuple pour les sauver. Non, nous risquons encore notre vie en ce moment même. Je n’ai agi ainsi que pour une seule raison. Je ne veux pas qu’ils meurent. Quelqu’un qui a passé sa vie en mer comme vous devrait comprendre à quel point il est terrifiant d’être à la dérive. Je vous en prie, prenez une sage décision.

En entendant mes paroles, le capitaine mit du temps à répondre. Leur navire s’approchait lentement, mais ils hésitaient probablement. Alors.

— …Votre Altesse. Deux de mes fils se trouvaient à bord des navires qui ont pris la mer il y a quelques jours. J’espère sincèrement qu’ils sont encore en vie. Mais… je suis un soldat. Quoi qu’il arrive, je ne peux pas aller à l’encontre du protocole. Je vous prie de me pardonner.

— Imbécile !

— Votre Altesse. C’est bon. Nous avons déjà…

Furieux, je jetai le combiné. Lorsque Mark tenta de me réprimander, le médecin poussa un cri.

— Votre Altesse ! Leur état !

Il avait empiré. Ainsi, je pris immédiatement une décision.

— Capitaine ! Entrez dans le port !

— Oui…? Que dites-vous, Votre Altesse ? Nous n’avons toujours pas reçu leur autorisation, n’est-ce pas ?

— Je le sais. Mais si nous ne pouvons pas prodiguer rapidement des soins spécialisés à ces personnes, leur état va empirer.

— Attendez, attendez ! Même si nous faisons cela, le Grand-Duché ne nous en sera pas reconnaissant, vous le savez bien ! Ce sont leurs règles et c’est leur pays ! Nous devons obéir à leurs ordres !

— Si vous suivez leurs règles, des gens vont mourir.

— Pas la princesse et le prince ! Ce ne sont que des marins sans valeur politique ! Vous êtes prêts à ignorer leur avertissement et à entrer dans le port sans autorisation ! Nous ne pourrons pas nous plaindre si nous sommes coulés, vous comprenez ?

— Tant que nous avons la princesse et le prince avec nous, ils ne nous couleront pas. Pour l’instant, je vais sauver la vie de ceux qui se trouvent devant moi avec tous les moyens dont je dispose. Je ne changerai pas mes ordres. Entrez dans le port.

En entendant ma décision, tout le monde se tut.

Une seule personne, Mark, me fit face et éleva la voix.

— Vous allez trop loin… ! Le prince Leonard ne ferait jamais une chose pareille ! Non, le prince Leonard ne serait pas capable d’agir avec autant de force !

— Oui, c’est vrai. Et alors ?

— Alors pourquoi ?

— C’est une bonne occasion. Je vais impressionner beaucoup de gens à la place de Leo. Leonard Lakes Adler est un homme qui ne revient pas sur sa décision. Ce n’est pas simplement un type naïf. Même si c’est une décision que Leo n’a pas pu prendre lui-même, cette réputation changera la façon dont il est perçu.

— Si vous faites une chose pareille, le prince Leonard sera obligé de prendre une décision bien plus difficile un jour !

— Ce n’est pas grave. C’est mon petit frère. Il n’y a rien que je puisse faire qu’il ne puisse faire.

Je le pressai du regard.

Je me tournai vers le capitaine silencieux qui se tenait derrière Mark. Le capitaine avait une expression compliquée sur le visage.

— Avez-vous compris… ? Votre Altesse. Certes, ils pourraient ouvrir le feu sur nous, mais tout sera fini une fois que nous aurons pénétré dans le port. Nous ne pourrons pas nous échapper.

— Je le sais.

— Vous serez dans la pire position parmi nous ! Si nous continuons, vous serez sûrement arrêté pour entrée illégale, vous le savez ! Nous devrions simplement demander de la nourriture et de l’eau, puis nous diriger vers Rondine ! Il n’est pas nécessaire que Votre Altesse risque sa vie pour quelques personnes, n’est-ce pas ?

— Même s’il ne s’agit que de quelques vies pour nous, ce sont des êtres chers pour leur famille. Ma décision est prise. Une fois que je les aurai sauvés, je ne les abandonnerai jamais. Si nous les abandonnons ici, tous les risques pris par notre équipage auront été vains.

— …Votre Altesse se bat pour le trône, n’est-ce pas ? Si votre adversaire utilise cela contre vous, vous serez encore plus loin du trône.

— J’y penserai le moment venu. Veuillez suivre mes ordres, capitaine. C’est votre navire. L’équipage vous a confié sa vie. Ne m’obligez pas à vous retirer la barre.

Le capitaine réfléchit un instant. Puis il éclata soudainement de rire et m’adressa un sourire rafraîchissant.

— Je vous prenais pour un prince naïf. Mais… vous ne semblez pas être comme ça. Vous savez, je commence à vous apprécier un peu. TOUT LE MONDE À SON POSTE ! PRÉPAREZ-VOUS À ENTRER DANS LE PORT ! NOUS Y ALLONS !

L’équipage se conforma à la décision du capitaine. Les voiles déployées, j’interpellai le navire du Grand-Duché alors que nous commencions à avancer.

— Attendez une minute ! Votre Altesse ! Que faites-vous ?

— Nous entrons dans le port. Nous n’avons plus le temps de discuter.

— Nous ne pouvons pas vous laisser faire ! Si vous entrez illégalement, même si Leurs Altesses sont à bord, nous coulerons votre navire !

Après avoir déclaré cela, le navire du Grand-Duché tourna sa proue et se mit à nous faire face. Ils pointèrent leurs canons magiques vers notre navire. Au même moment, des sirènes retentirent dans tout le port, signalant une situation d’urgence. Des navires de guerre surgirent du port les uns après les autres. Pendant ce temps, le capitaine fit une proposition tout en tenant la barre.

— Votre Altesse ! J’ai un plan !

— Lequel ?

— Nous allons hisser le drapeau blanc.

À ces mots, tous les membres de l’équipage avaient eu l’air surpris. Cependant, seul le capitaine semblait ravi. Je souris à cette proposition. Qui aurait cru qu’un marin comme lui proposerait une telle chose ?

— Vous savez bien que la marine impériale n’a jamais hissé le drapeau blanc, n’est-ce pas ?

— Bien sûr. Nous serons le premier navire mémorable à le faire.

— Certes, ils ne tireront pas sur un navire battant pavillon blanc, mais est-ce vraiment nécessaire ?

— Si autant de navires sont sortis, il doit y avoir beaucoup de capitaines stupides parmi eux. Soyons prudents et préparons quelques excuses pour eux. En tant que capitaine moi-même, je sais très bien à quel point ils sont amers à propos de cela.

— Très bien. Hissez le drapeau blanc. Je ferai ce que je peux.

Puis, avec l’accord de l’équipage, je fis hisser le drapeau blanc. Les navires du Grand-Duché furent aussitôt saisis de stupeur. L’Empire était une puissance majeure. Même pour un seul bâtiment, voir un navire impérial se rendre devant le Grand-Duché tenait de l’incident historique. Pour achever de les prendre au dépourvu, je réglai l’amplificateur de voix au maximum et m’adressai à tout le port, au-delà de leurs lignes.

— À tous ceux qui se trouvent dans le port. Je suis Leonard Lakes Adler, huitième prince de l’Empire. Mon navire transporte les survivants de la flotte du Grand-Duché victimes d’un naufrage. L’état de certains d’entre eux s’aggrave, aussi allons-nous entrer dans le port sans autorisation. Nous n’avons aucune intention hostile. Médecins présents dans le port, j’ai besoin de votre aide. À tous les autres, préparez, si vous le pouvez, des boissons chaudes et de la nourriture. Ces hommes ont traversé l’enfer. Je vous en prie, venez-leur en aide. Capitaines de la marine du Grand-Duché, la vie de vos frères d’armes est désormais entre vos mains. Nous comptons sur votre sagesse.

En entendant ma voix, le port s’agita. Au même moment, les navires qui tentaient de nous barrer la route cessèrent d’avancer. Puis, en naviguant lentement entre les différents navires du Grand-Duché, nous entrâmes dans le port de leur capitale.

— TRANSPORTEZ LES BLESSÉS EN PREMIER ! DÉPÊCHEZ-VOUS !

Après avoir entendu mes instructions, l’équipage transporta les blessés. De nombreuses personnes se rassemblèrent dans le port pour les aider. C’était tout naturel. Après tout, il s’agissait de leurs familles.

— DÉPÊCHEZ-VOUS ! IL FAUT UN ENDROIT BIEN ÉQUIPÉ !

— J’ai tout ce qu’il faut à ma clinique ! Par ici !

— Des boissons chaudes par ici ! Nous avons aussi de la nourriture !

À mesure que les survivants quittaient le navire, ils se retrouvaient entourés de repas chauds. Nous leur avions donné à manger à bord, mais la nourriture chaude qu’ils mangeaient à terre allait également réchauffer leur cœur. Tout le monde mangeait en pleurant.

— Nous avons franchi la première étape, mais… nous sommes désormais prisonniers de guerre, n’est-ce pas ?

— Oui. Après tout, nous avons hissé le drapeau blanc.

Tout en entendant le bruit de plusieurs sabots de chevaux frappant le sol au loin, je levai les yeux vers le ciel. Un ambassadeur plénipotentiaire devenu prisonnier de guerre, c’était du jamais vu. Cependant, c’était à nous de décider si cela allait mal tourner ou non.

— Allons-y. Nous devons informer le roi au sujet du dragon des mers. Il espère probablement la même chose que nous.

Sur ces mots, je tirai Mark par le bras et posai le pied dans le Grand-Duché d’Albatro.

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