THE INSIPID PRINCE T2 – CHAPITRE 2 PARTIE 3

Voyage vers un pays étranger (3)

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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
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— Capitaine, où sommes-nous ?

Poursuivant mon rôle de Leo, je rendis visite au capitaine.

La tempête était passée, mais nous avions été pris dans les remous et séparés du navire de Leo. Le soleil commençait à se coucher.

La tempête avait été si violente qu’il n’aurait pas été étonnant que le navire chavire. Mais c’était un navire impérial, avec des marins entraînés à son bord, nous nous en étions tirés tant bien que mal.

— Nous sommes probablement dans les eaux du Grand-Duché d’Albatro. Nous n’avons pas chaviré, mais nous avons été considérablement déviés de notre route initiale. Il serait plus juste de dire que nous avons été tirés plutôt que déviés. Cette tempête n’était clairement pas normale.

— Si c’est le cas, était-elle causée par des monstres après tout ?

— Oui, sans aucun doute. Je navigue avec mon grand-père depuis sa génération, et cette tempête était exactement comme celle dont il m’a parlé, la tempête du dragon des mers.

— La tempête du dragon des mers… Qu’est-ce donc ?

— Comme son nom l’indique, c’est une tempête provoquée par un dragon des mers. C’est une tempête qui attire progressivement votre navire dans sa direction. Même si vous survivez à la tempête, vous serez confronté au dragon des mers. C’est comme une histoire de fantômes pour un marin. Après tout, le dragon des mers est l’un des monstres les plus puissants de la mer, en voir un signifierait que votre vie est finie, Votre Altesse.

Hmpf, les caractéristiques de la tempête décrite dans l’histoire correspondent à celle que nous venons de vivre.

Les caractéristiques de la tempête décrite dans les récits correspondaient à ce que nous venions de vivre. Pouvait-on donc supposer qu’un dragon des mers rôdait dans cette région ? Si c’était le cas, cela allait poser un gros problème.

Les dragons étaient des monstres qui répétaient un cycle d’activité et de dormance. Leur période de dormance était généralement très longue. Il existait même un rapport faisant état d’un dragon resté en sommeil pendant cent ans. Longue dormance, courte activité. Telle était la nature des créatures appelées dragons. Le dragon des mers ne faisait pas exception.

Sans consulter les archives, je ne pouvais l’affirmer avec certitude, mais il semblait que le dragon des mers en hibernation dans cette région fût redevenu actif. Le problème, c’est qu’Albatro était une nation maritime. Assez éloignée de l’Empire, certes, mais dotée d’un vaste réseau commercial. Imaginer les dégâts qu’un dragon des mers pourrait causer sur son territoire donnait le vertige.

Consciente du danger, Albatro avait dû commencer à enquêter secrètement, mais ils avaient apparemment touché son point sensible. La cause de la tempête précédente était probablement Eva.

Ce genre de tempête ne laissait guère de survivants. Pauvre fille.

— C’est vrai… alors il ne serait pas bon de rester ici trop longtemps. Mon frère et les autres doivent s’inquiéter pour nous aussi. Mettez immédiatement le cap sur Rondine.

— H…Hé ! Regardez ça !!

En donnant mon ordre, l’un des marins cria. Avec un mauvais pressentiment, je regardai dans la direction qu’il indiquait et, comme pour répondre à mes attentes, l’épave d’un navire dérivait vers nous.

— Le navire du Grand-Duché, hein…

— On dirait bien. Ils ont dû être pris dans la tempête comme nous.

— C’est bien dommage…

J’étais sur le point de mettre fin à l’incident et d’ordonner aux marins de lever l’ancre, mais le chevalier d’âge moyen me murmura quelque chose à l’oreille.

— Votre Altesse… Le prince Leonard ordonnerait certainement une opération de sauvetage !

— Nous n’avons pas le temps pour ça. Il pourrait y avoir un dragon des mers qui rôde dans les parages, vous savez ? Normalement, nous devrions donner la priorité à quitter cet endroit, non ?

— Je comprends, mais Votre Altesse doit continuer à se comporter comme le prince Leonard. Ce serait un scandale si l’on apprenait que l’ambassadeur envoyé dans un autre pays a été remplacé par son frère jumeau, n’est-ce pas !

— Je sais, mais l’équipage est encore sous le choc de la tempête. Ils ne remarqueront pas un détail aussi insignifiant !

— C’est justement parce qu’ils sont bouleversés que Votre Altesse doit se comporter comme le prince Leonard. S’ils apprennent la supercherie, ils paniqueront à coup sûr. Nous ne pourrons probablement pas les empêcher de parler, et nous ne savons pas ce qu’ils diront une fois arrivés à Rondine…

L’avis du chevalier d’âge moyen était plausible. Oui, plausible. Mais agir comme Leo signifiait faire ce que je ne voulais pas faire. Il n’y avait aucun mérite à les sauver. Le Grand-Duché d’Albatro n’était ni notre allié ni une nation avec laquelle nous entretenions des liens étroits. Aller chercher des survivants dans une zone où un dragon des mers pouvait se cacher relevait de la pure stupidité.

Nous n’avions pas de temps à perdre non plus. La tempête nous avait déjà coûté plusieurs jours. Une opération de sauvetage retarderait notre arrivée à Rondine. Peu importait qu’Leo y arrive en premier — il était désormais Arnold, un prince incompétent. S’il entamait seul des négociations, cela éveillerait des soupçons.

Je voulais me rendre à Rondine sans délai. Même avec Elna à ses côtés, je doutais que Leo soit capable de se comporter comme moi.

De plus, si nous trouvions des survivants, il faudrait s’arrêter à Albatro pour les livrer. C’était le scénario le plus problématique. Ils ne laisseraient jamais repartir sans contrepartie un prince impérial au courant de leur secret. Ils le retiendraient jusqu’à ce que l’incident soit résolu. Ce qui signifiait que Leo et moi devrions échanger nos places pendant longtemps.

Ce n’est pas bon du tout.

— Les survivants doivent être désespérés en ce moment, amenez-les ici rapidement.

— Regardez ! Quelqu’un s’accroche à l’épave ! Il est vivant !

— Qu’allez-vous faire ? Les abandonner ?

Le chevalier d’âge moyen posa la question dont il connaissait déjà la réponse. Si l’on en était déjà arrivé là, il n’y avait pas d’autre choix que de les aider.

Mais pourquoi tant de problèmes venaient-ils se mettre en travers de mon chemin ? Bon sang ! Suis-je maudit par le Ciel ?

— Lancez-leur la corde ! Sauvez-les immédiatement ! Faites attention aux alentours, il y a peut-être d’autres survivants, cherchez-les !

Je donnai un ordre digne de Leo, le cœur lourd.

Je voulais fuir et redevenir Arnold. Non par peur car si le dragon des mers apparaissait, je le combattrais volontiers. Mais si cela arrivait, la situation deviendrait chaotique et je ne pourrais pas la gérer seul. Il fallait éviter ça à tout prix. Seulement, Leonard, en homme de bien qu’il fût, ne laisserait jamais passer une telle chose

— Nous avons secouru les survivants ! D’après eux, il semble qu’il y ait encore d’autres survivants, Votre Altesse !

Le rapport de l’équipage ramena mon esprit à la situation.

Un grand nombre de survivants signifiait que nous devions rester plus longtemps à cet endroit et que nous devions libérer plus d’espace pour les accueillir. De plus, nous devions calculer nos réserves de nourriture et d’eau.

— Albatro est-il le dieu de la peste ou quoi !

— Faites attention à ce que vous dites !

— Comme si je pouvais m’empêcher de le dire… ! Argh, bon sang ! C’est le pire !

— Endurez-le, je vous en prie. Cela fera connaître la vertu du prince Leonard à l’avenir. Si les gens apprennent que vous avez sauvé les survivants dans une situation aussi dangereuse, Rondine applaudira votre geste et ne vous critiquera probablement pas non plus.

— Rondine et Albatro sont comme chien et chat, vous savez ? Ils se battent depuis longtemps pour le contrôle de la région sud. Pourquoi loueraient-ils quelqu’un qui a sauvé les habitants du pays rival…?

— Notre Empire n’a rien à voir avec leur lutte dans le sud et nous sommes également un pays puissant. Tout ira bien si vous agissez avec dignité. Si Votre Altesse est déjà convaincue, alors prenez votre décision.

Poussé dans mes retranchements par le chevalier d’âge moyen, je soupirai, levai le visage, le baissai à nouveau, et soupirai encore. Je ne voulais plus faire ça. Existait-il un moyen de s’en sortir sans nuire à la réputation de Leo ?

Non. Si c’était Leo, il les aiderait sans hésiter, quitte à tout abandonner pour le faire. S’il avait été du genre à calculer ses intérêts avant d’agir, il aurait pu devenir empereur sans mon aide. C’est précisément pour cela qu’il méritait qu’on l’aide. Et c’est précisément à cause de sa trop grande bonté que j’étais si amer face à la situation.

— Capitaine. Sauvez les survivants.

— Vous avez perdu la tête ? Il y a peut-être un dragon des mers qui rôde dans les parages, vous savez ! Si nous sommes attaqués pendant les opérations de sauvetage, nous serons sans défense et les monstres viendront se jeter sur nos cadavres ! Même les monstres autres que le dragon des mers constituent toujours une menace pour nous, Votre Altesse.

— La tempête est déjà passée. Le dragon des mers doit être satisfait pour l’instant. De plus, les monstres normaux ne s’aventurent pas près de l’habitat d’un monstre puissant. Notre seul adversaire est le dragon des mers. Je pense que nous devrions être en sécurité pendant quelques jours.

— Mais le soleil est sur le point de se coucher ! Il sera dangereux de poursuivre notre opération de sauvetage dans l’obscurité ! Si nous utilisons de la lumière pour éclairer les environs, nous risquons d’attirer le dragon des mers vers nous !

— Même ainsi, nous continuerons à les sauver autant que possible. Je veux que vous décidiez de notre cap en fonction des informations fournies par les survivants. Je suis désolé, capitaine. C’est un ordre en tant qu’ambassadeur. Utilisez tout ce que nous avons et sauvez les survivants d’Albatro. N’en laissez aucun derrière vous.

— J’ai entendu la rumeur, mais vous êtes vraiment une bonne personne, Votre Altesse. Je ne peux pas approuver votre ordre en tant que capitaine qui doit prendre soin de son navire, mais si c’est un ordre de votre part, je n’ai pas le choix. Allons les sauver.

Le capitaine se résigna et céda.

Je comprenais ses sentiments. C’était ridicule, j’en convenais.

Mais c’était Leo.

Il n’y a pas d’autre solution, alors ne me regardez pas avec ces yeux réprobateurs.

Ainsi, en route vers Rondine, nous lançâmes une opération de sauvetage en pleine mer, là où un dragon des mers pouvait sévir. Une décision trop stupide pour être défendue.

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