THE INSIPID PRINCE T2 – CHAPITRE 2 PARTIE 2

Voyage vers un pays étranger (2)

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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
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Trois navires de guerre Albatro s’approchaient de nous.

C’étaient des voiliers équipés de canons tirant des balles magiques, le dernier modèle en date. Un combat rapproché était une chose, mais à longue distance, nous ne pourrions rien faire.

— Comme prévu, ils ne sont pas là pour nous attaquer, hein.

— Si c’était le cas, cela déclencherait une guerre.

— Merci de les avoir escortés. Comment vont les deux autres sur l’autre navire ?

— Ils sont encore sonnés, Votre Altesse. S’ils étaient en compétition, il faudrait appeler un arbitre pour arrêter le match.

Après avoir escorté Leo jusqu’à mon navire, le chevalier d’âge moyen revint à mes côtés. Lui seul savait que nous avions échangé nos places, il serait donc utile qu’il reste avec moi.

— Eh bien, puisque je le remplace, ça me disqualifie ?

— Tant qu’ils ne le découvrent pas, tout va bien, répondit-il.

Il était tellement flexible que je ne pouvais pas l’imaginer travailler sous les ordres d’Elna. Je préférerais plutôt l’avoir comme subordonné.

— Je vois. Je vais donc devoir jouer le jeu jusqu’au bout.

— Permettez-moi de vous accompagner.

Sur ces mots, nous nous dirigeâmes vers les navires Albatro qui approchaient.

***

— Merci d’avoir accepté notre demande de dialogue, cher Ambassadeur.

Celle qui monta à bord était une jeune fille aux cheveux châtain clair, mi-longs, flottant légèrement dans le vent. Elle devait avoir quatorze ou quinze ans. Ses yeux verts me regardaient avec curiosité.

Je ne m’attendais pas à avoir affaire à quelqu’un d’aussi jeune et ma surprise avait dû se lire sur mon visage, car elle s’inclina aussitôt.

— Excusez mon impolitesse. Je m’appelle Evangelina di Albatro. Je suis la princesse du Grand-Duché d’Albatro. Appelez-moi Eva.

— Ah, Grande Sœur, attends-moi…

— L’idiot là-bas, c’est mon petit frère, Julio di Albatro.

Julio et Eva se ressemblaient comme deux gouttes d’eau. Ce n’était pas qu’Eva eût l’air masculine — c’est Julio qui avait l’air féminin. Côte à côte, on les aurait pris pour frère et sœur sans hésiter. Eva était une belle fille, mais ses yeux trahissaient une forte volonté. Julio, lui, semblait timide et indécis. Si l’on m’avait demandé lequel des deux était le plus féminin, j’aurais répondu Julio sans hésiter, aussi impoli que cela puisse paraître.

Qui aurait cru que le prince et la princesse d’Albatro étaient jumeaux ? Mais que faisaient-ils sur notre navire ?

Je m’inclinai gracieusement, comme Leo l’aurait fait, en me félicitant d’avoir pris sa place plutôt que de le laisser se forcer à venir ici dans cet état.

— Je me nomme Leonard Lakes Adler. Je suis le huitième prince impérial d’Adrasia. Je me rends actuellement au grand-duché de Rondine, ayant été nommé ambassadeur plénipotentiaire auprès de ce pays au nom de notre Empire. C’est pour moi un immense honneur de faire la connaissance de la princesse et du prince d’Albatro, ainsi que de poser les yeux sur cette flotte de navires appartenant à une nation de marins si renommée.

Avant notre départ, Albatro avait été informé que Leo avait été envoyé comme ambassadeur plénipotentiaire à Rondine. Ces deux-là devaient donc en être au courant.

 Leur demande de dialogue n’avait pas pour but de nous arrêter. S’ils voulaient nous bloquer, il leur suffisait de nous barrer la route en traversant leurs eaux. Laisser passer une flotte pour changer d’avis ensuite aurait entamé la confiance des autres pays.

Eva et Julio étaient donc là pour une autre raison.

— J’ai entendu une rumeur à votre sujet, prince Leonard. Lorsqu’un tsunami monstrueux a frappé l’Empire, vous avez gagné la loyauté des chevaliers et mené une attaque contre les monstres. Comme on pouvait s’y attendre d’un prince de l’Empire, vous possédez à la fois du courage et des talents militaires.

— Ce n’est pas vrai. Tout cela est dû aux efforts acharnés des chevaliers. D’ailleurs, si nous parlons de talent militaire, vous en possédez tous les deux aussi, n’est-ce pas ? Vos Altesses n’ont pas envoyé les navires de guerre juste pour me rencontrer, n’est-ce pas ?

En entendant cela, le regard d’Eva s’aiguisa légèrement tandis que l’expression de Julio se ferma timidement. Comme prévu, ils avaient une autre raison de nous rendre visite. Plutôt que d’agir contre nous, ils poursuivaient un autre but. Nous ne faisions que passer au bon moment.

La question était de savoir lequel. À en juger par leur comportement, ils ne semblaient pas très à l’aise au combat. Eva avait quelques connaissances en la matière, mais je ne percevais rien de tel chez Julio. Il était peut-être encore moins doué que moi avec une épée. Pourquoi l’avoir amené ici ?

Tandis que je cherchais comment les interroger davantage, Eva éleva la voix.

— Tu en as trop dit ! Idiot ! Raah, vraiment…

— D…Désolé, Grande Sœur…

— Haa… Votre Altesse Leonard. Si vous comprenez déjà autant, permettez-moi d’aller droit au but. Nous aimerions que vous changiez votre itinéraire. Nous ne vous empêcherons pas d’aller à Rondine, mais veuillez faire un détour autant que possible.

— Pouvez-vous me donner la raison ?

— … J’aimerais ne pas le dire si possible. Nous ne pouvons pas vous faire confiance ni à vous ni à l’Empire.

— Je vois.

Pour exprimer aussi clairement sa méfiance envers l’Empire, cette fille avait un caractère bien trempé.

Albatro n’était qu’un pays faible comparé à l’Empire. Son commerce maritime était florissant et si l’Empire l’attaquait, d’autres pays prendraient son parti. Mais si l’Empire décidait de le faire, nous avions assez de puissance pour l’écraser. Albatro le savait.

Malgré tout, si elle le formulait ainsi, c’est que quelque chose poserait problème si nous venions à l’apprendre. Je regardai autour de moi.

Alors.

— Changez de cap. Nous ferons un détour pour Rondine.

— V…Votre Altesse !? Si nous faisons cela, nous aurons plusieurs jours de retard sur le programme !

— Cela m’est égal. Nous avons suffisamment de nourriture et d’eau, et Rondine ne verra pas d’inconvénient à un petit retard.

— Mais !

— J’ai déjà pris ma décision. Cela vous convient, Votre Altesse Eva.

Je ris intérieurement en voyant l’expression stupéfaite d’Eva.

Je vois.

C’était donc ça la réaction que l’on obtenait en agissant comme Leo. Est-ce qu’il agissait ainsi parce qu’il aimait provoquer une telle expression ?

La réaction d’Eva était très intéressante.

— …Comme on pouvait s’y attendre de quelqu’un qui participe activement à une guerre de succession. Vous êtes une personne très ouverte d’esprit. Nous vous sommes reconnaissants pour votre sage décision, Votre Altesse Leonard.

— M…Merci beaucoup.

— Maintenant, veuillez nous excuser.

— Ex…excusez-nous.

Leur mission accomplie, Eva et Julio retournèrent à leur vaisseau.

Nous commençâmes à préparer notre départ. Je voulais arrêter de jouer le rôle de Leo dès que possible, mais je ne pouvais rien faire de suspect. Ils allaient nous surveiller pour vérifier que nous avions bien changé de cap.

Nous partîmes, moi toujours à la place de Leo.

Ce n’était pas grave. Tant qu’il resterait dans la cabine, il ne se ferait pas remarquer, et je n’aurais pas à faire son travail avant d’arriver à terre. Le vrai problème, c’était l’objectif d’Albatro.

— Que veulent-ils exactement ?

— Je me pose également la question.

À la question du chevalier d’âge moyen, je penchai la tête moi aussi.

Honnêtement, aucune idée. Ils avaient envoyé trois navires de guerre avec une princesse et un prince à bord. S’ils voulaient se battre, le prince et la princesse n’étaient pas nécessaires. Et s’ils ne voulaient pas se battre, trois navires de guerre étaient excessifs.

Une reconnaissance militaire, peut-être. Si ces deux-là avaient des capacités en la matière, cela tenait debout.

Mais que cherchaient-ils ?

Nous étions en territoire Albatro, et je n’avais entendu parler d’aucune flotte pirate importante dans les parages.

Tandis que je réfléchissais encore à cette rencontre, le navire trembla soudain.

— QUE SE PASSE-T-IL ?

— AU RAPPORT ! NOUS SOMMES PRIS DANS UNE TEMPÊTE !

— Quoi ?

C’était insensé.

Le temps était beau jusqu’alors alors d’où pouvait venir cette tempête ? Je me précipitai sur le pont.

De violentes rafales et de hautes vagues s’abattaient sur le navire. Et quand je regardai sur le côté, les choses prenaient une tournure inquiétante.

— Capitaine ! Nous nous éloignons du navire de mon frère !

— Pardonnez-moi ! Nous avons déjà assez à faire pour maintenir le navire à flot ! Nous ne pouvons pas les rattraper !

— Y a-t-il quelque chose que vous puissiez faire ?

— C’est impossible ! Ce n’est pas une tempête naturelle ! Elle est apparue soudainement sans aucun signe ! C’est certainement l’œuvre d’une sorte de monstre marin, Votre Altesse !

En entendant le cri du capitaine, je me souvins de ce que j’avais dit à Elna. Je lui avais parlé du dragon des mers.

L’une des histoires qui circulaient à son sujet était qu’il pouvait couler un navire en provoquant une tempête sortie de nulle part. C’était exactement la situation dans laquelle nous nous trouvions.

Le comportement d’Albatro le confirmait. La princesse et le prince avaient amené trois navires de guerre et nous avaient ordonné de changer de cap.

Se pouvait-il que le Grand-Duché d’Albatro ait su qu’un dragon des mers avait été aperçu dans les parages et soit venu enquêter ?

Si c’était le cas, ils n’auraient pas pu nous en informer. Albatro était une nation maritime prospère et si la nouvelle se répandait qu’un dragon des mers rôdait dans ses eaux, aucun pays n’oserait plus y mettre les voiles.

J’utilisai aussitôt ma magie de détection pour évaluer l’ampleur de la tempête.

Quand je sus quelle était la force du vent, je claquai la langue. La tempête était énorme et nous n’en étions qu’à la périphérie. Son point d’origine se trouvait ailleurs et peut-être même au cœur des eaux d’Albatro. Pire encore, notre navire était entraîné vers le centre. Si cela continuait, nous nous retrouverions à combattre le dragon des mers en plein océan.

Épargnez-moi ça.

— Capitaine ! Sortez-nous de cette tempête !

— J’y suis !

Je pris donc la place de Leo dans la tempête déchaînée.

 

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