THE INSIPID PRINCE T2 – CHAPITRE 2 PARTIE 1

Voyage vers un pays étranger (1)

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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
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La forme du continent Vogel était parfois décrite comme celle d’un oiseau aux ailes déployées.

Les terres qui s’étendaient à gauche et à droite, combinées à celles qui dépassaient légèrement au nord et au sud, évoquaient exactement les ailes, la tête et la queue d’un oiseau.

Au centre du continent se trouvait l’Empire d’Adrasia. L’endroit où Leo et moi avions été envoyés se situait à la queue.

Ce pays s’appelait le Grand-Duché de Rondine. L’un des deux pays occupant la partie arrière du continent.

— L’un des deux pays qui ont survécu à la période des guerres du Sud, hein…

Je lisais le document sur ce pays à bord d’un navire.

C’était une flotte impériale envoyée avec Leo en qualité d’ambassadeur plénipotentiaire, composée de deux navires chargés de cadeaux pour Rondine. Par précaution, Leo et moi voyagions sur des navires séparés. La mer était relativement calme et il ne devrait rien arriver.

Mais une personne sur mon navire n’arrêtait pas de trembler.

— Si tu trembles déjà autant sur une mer aussi calme, tu ne pourras visiter aucun autre pays, tu sais ?

— Je… Je ne veux même pas en visiter un seul…

C’était Elna, recroquevillée sous une couverture sur son lit. Pourquoi tremblait-elle autant, et pourquoi était-elle là ? C’est une longue histoire.

Normalement, un ambassadeur plénipotentiaire aurait été escorté par un membre de l’ordre des chevaliers impériaux.

Si Elna était là, c’est simplement parce qu’elle avait été désignée. Une manœuvre visant à éloigner de la capitale ceux qui nous soutenaient. Je m’y attendais et avais déjà posté Lynfia auprès de Finne. Tout devrait bien se passer.

Envoyer quelqu’un de la maison Brave capable de manier l’épée sacrée hors de l’Empire posait un problème en soi, mais cela avait aussi l’avantage de montrer notre bonne volonté. Mon père avait accepté cette suggestion, bien qu’il eût sûrement déjà compris qu’il s’agissait d’un coup monté.

Un membre de la maison Brave capable d’utiliser l’épée sacrée était l’un des atouts militaires les plus précieux de l’Empire. L’envoyer à l’étranger réduisait les options défensives si d’autres nations décidaient d’attaquer. Par ailleurs, la maison Brave ne pouvait pas utiliser le pouvoir de l’épée sacrée hors du territoire impérial sans la permission de l’Empereur, une mesure de sécurité acceptée par son premier chef, au cas où la maison Brave trahirait l’Empire.

Je ne m’étais pas attardé sur la question. Il était rare qu’un membre de la maison Brave quitte le territoire.

— Maudits soient-ils ! Je n’oublierai jamais cette rancune ! Je ne pardonnerai jamais à ces trois-là !

— Tu n’es pas très convaincante quand tu trembles autant.

Si elle tremblait autant, c’est simplement parce qu’elle avait peur de la mer.

Elna n’avait aucun problème avec les bains, mais elle devenait complètement inutile face aux rivières et à l’océan. L’aquaphobie, je crois. Pour quelqu’un d’aussi proche de la perfection, c’était sa seule faiblesse, et la seule qu’elle n’avait jamais pu surmonter malgré sa haine de perdre. La vue de la mer lui donnait des nausées et des vertiges, et monter sur un bateau la faisait trembler d’une peur qu’elle ne s’expliquait pas. Si elle avait mis le pied sur le pont en ce moment, elle se serait probablement évanouie.

— Mais bon, tu l’as bien caché jusqu’à présent, hein ? Je pensais que ça s’était déjà vu, tu sais.

— Une personne de la maison Brave qui peut utiliser l’épée sacrée ne quitte pas souvent l’Empire… Comme je sais que le territoire de l’Empire est principalement continental, j’ai désespérément invoqué l’épée sacrée quand j’avais douze ans… Je ne voulais pas monter sur un bateau après tout…

Elna versa une petite larme. La première personne à avoir invoqué l’épée sacrée pour une raison aussi idiote était probablement Elna. Plutôt que cela, je souris en pensant à quel point ses efforts étaient désormais inutiles.

— Tu viens de sourire, hein ? Pourquoi fais-tu cela alors que ton amie d’enfance tremble de peur ?

— Si quelqu’un savait comment tu es devenue si effrayée par l’eau, il ferait la même chose. Surtout moi.

— A…Arn, tu as aussi ta part de responsabilité là-dedans, non !? J’ai tellement peur maintenant parce que je t’ai vu te noyer, tu sais !

C’était quand j’avais environ huit ans. Je prenais un bain avec Elna, et j’avais dit quelque chose qui l’avait énervée. Elle m’avait donné un coup violent. Je m’étais évanoui et avais coulé dans la baignoire. J’avais failli me noyer.

Elle avait paniqué, et depuis, elle avait peur de l’eau. La cause la plus absurde qui soit. Même le plus tyrannique des tyrans n’aurait pu faire pire.

— Tu subis simplement les conséquences de tes actes. Normalement, ce ne serait pas bizarre que ce soit moi qui finisse par avoir peur de l’eau, tu sais. C’est une punition divine, oui, clairement une punition divine.

— Uuuuuu… tu t’amuses trop…

Sans que je m’en rende compte, Elna s’était mise à pleurer faiblement.

Sérieusement, si tu avais si peur, tu n’avais qu’à refuser la nomination dès le départ. Pourquoi es-tu venue avec moi ?

— Je pense que si tu en avais parlé à père, il t’aurait peut-être laissée tranquille.

— Ça, ça ferait scandale si les gens apprenaient que la fille de la maison Brave a peur de l’eau… ! D’ailleurs, si je lui disais que j’ai peur d’aller à la mer, j’aurais l’impression d’avoir perdu mon droit…

— Mais tu participes à quoi, sérieusement…

Alors que ses paroles me laissaient stupéfait, le bateau tangua légèrement. Ce n’était pas grand-chose, mais Elna semblait le ressentir comme un choc énorme.

— KYAAAAA !!?? Aïe !?

Elle roula sur son petit lit, se cogna la tête et se recroquevilla de douleur. Une scène absolument impossible à voir sur terre, ce qui la rendait plutôt rafraîchissante.

— Tu es vraiment nulle sur l’eau, hein. Si on était attaqués par des pirates, ce serait fini pour nous, non ?

— Ne me regarde pas comme ça… ! Si ça se gâte, je… ! KYAAAAA !!?? C’était violent, non ? Ça a fait un trou dans le bateau ?

— Si ça se gâte, tu seras complètement inutile. Je suppose que ça n’ira pas jusque-là, mais ce serait une autre histoire si un dragon des mers apparaissait. La chose la plus effrayante en mer est le dragon des mers, le roi des mers.

Le dragon des mers était une créature adaptée aux océans, parmi les monstres les plus redoutables qui y sévissaient. Plus terrifiant encore que son homologue terrestre. D’innombrables marins avaient péri lorsque leur navire avait été coulé en pleine mer. Il était même arrivé que des flottes de deux nations ennemies, engagées dans une bataille navale, soient coulées ensemble par l’une de ces créatures.

Elna connaissait forcément cette histoire.

Dès qu’elle entendit les mots « dragon des mers », son visage prit l’expression de quelqu’un dont l’esprit vient de se briser.

— Est-ce que je… vais mourir ici ?

— Tu ne vas pas mourir, idiote. Tu avais l’air d’une personne complètement différente. Est-ce là le visage d’une chevalière impériale ? Même si tu rencontres des obstacles dans ta mission, c’est toujours la mission que tu as acceptée, n’est-ce pas ?

— Mais…

— Aah…

Je comprenais qu’elle ne veuille pas montrer sa faiblesse. Et nous n’aurions pas à combattre quoi que ce soit en pleine mer — je ne pouvais pas imaginer un pirate attaquer délibérément une flotte aussi bien gardée.

Une fois à terre, Elna redeviendrait elle-même. Inutile de la harceler davantage.

Revigoré d’avoir pris ma revanche, je lui jetai secrètement un sort qui la coupait du monde extérieur. Ses tremblements devraient s’atténuer. En temps normal, je n’aurais pas pu l’utiliser sans qu’elle s’en aperçoive, mais dans l’état où elle se trouvait, elle ne remarquerait rien.

— Les tremblements se sont un peu calmés…

— Ils n’étaient pas si forts que ça au départ.

— Arn, tu es trop insouciant… Que ferais-tu si le navire coulait ?

— Dans la longue histoire de l’Empire, il n’y a eu que deux incidents où un navire envoyé a coulé, tu sais.

— Mais rien ne garantit que ce ne sera pas la troisième fois aujourd’hui, n’est-ce pas… ?

Contrairement à d’habitude, elle était d’un pessimisme agaçant. Pourquoi avoir peur de ce que je disais pour la rassurer ? Quoi que je dise, ça ne servait à rien. Autant l’effrayer encore plus.

Tandis que cette pensée me traversait l’esprit, j’entendis un coup discret à la porte. Elna sursauta, même à ce simple bruit. Comme elle n’était pas en état d’ouvrir, je le fis à sa place

Quand je le fis, un chevalier d’âge moyen, subordonné d’Elna, entra.

— Entrez.

— Excusez-moi… Euh, où est notre capitaine ?

— Elle… respire encore…

— Vous pensez qu’elle peut aller sur le pont ?

— Vous me dites de mourir ? Je vais être emportée par le vent et me noyer !

— Tu crois qu’on est en pleine tempête ou quoi ? Il fait beau aujourd’hui. Sérieusement… bon, c’est comme tu le sens.

Quand je regardai le chevalier d’un air fatigué, il esquissa un sourire amer. Son subordonné direct était visiblement au courant de sa phobie. De toute façon, elle ne pouvait pas vraiment la cacher.

— Je vais juste faire mon rapport dans ce cas. Un navire du Grand-Duché d’Albatro demande à dialoguer. Pour l’instant, notre navire et celui du prince Leonard sont à l’ancre, mais que devons-nous faire ensuite ?

— Le Grand-Duché d’Albatro, c’est ça. Nous sommes donc déjà entrés dans leurs eaux territoriales.

Le Grand-Duché d’Albatro se trouvait à côté du Grand-Duché de Rondine. C’était une nation maritime au commerce très développé, dont les relations avec l’Empire restaient tendues — elle s’était alliée à un ennemi de l’Empire lors d’une guerre passée.

Demander un dialogue à ce moment-là signifiait qu’ils ne voulaient pas nous voir arriver à Rondine. Moins une discussion qu’une inspection.

— D…demande aux chevaliers de rester dans leur chambre… Il ne faut pas les agiter…

— Je suis d’accord. Qu’en dit Leo ?

— Eh bien… Il semble que le prince Leonard ne se sente pas bien, alors il m’a envoyé ici pour demander conseil au capitaine.

— Haa… On n’a pas le choix alors. Je vais me faire passer pour Leo et leur parler.

Sur ces mots, je quittai la pièce en compagnie du chevalier d’âge moyen.

Le navire de Leo était ancré à côté du mien. Si je signalais notre accord pour le dialogue, les gens du Grand-Duché d’Albatro monteraient probablement à bord.

Ils n’avaient pas examiné en détail l’envoyé de l’Empire — ça devrait aller.

Je rejoignis le navire voisin et me dirigeai vers la cabine de Leo.

À l’intérieur, je trouvai Leo, le visage verdâtre. Je ne pouvais pas le laisser parler dans cet état.

— Salut, tu n’as pas l’air bien. Le mal de mer ?

— Oui… on dirait…

— Reprends-toi, tu n’es pas Elna, va.

— Désolé…

— Je vais prendre ta place pour l’instant. Va te reposer sur l’autre navire.

— Mais…

— Ça va, vas-y. Et, toi, dis-leur que le prince Arnold est malade.

— Mais si je dis ça, la réputation de Votre Altesse…

— Ça va. Ça ne changera rien après tout ce temps.

Après avoir dit cela au subordonné d’Elna, j’envoyai Leo sur le bateau voisin. Tout le monde autour pensait qu’il était le prince Arnold. Resté seul, je me recoiffai, ajustai mes vêtements et sortis de la pièce avec une expression déterminée.

— Acceptez leur demande de dialogue. Préparez-vous.

— Oui, Votre Altesse.

C’est ainsi que je pris la place de Leo au milieu de la mer.

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