THE INSIPID PRINCE T1 – CHAPITRE 1 PARTIE 2
Duché de Kleinert (2)
—————————————-
Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
———————————————–
— NOUS VOUS PRÉSENTONS NOS PLUS PLATES EXCUSES !
Le duc Kleinert s’inclina en prononçant ces mots. À ses côtés, le jeune gardien blond fit de même. Cependant, il semblait que le duc l’avait amené de force, car le garçon affichait une expression contrariée et ne semblait pas encore avoir saisi toute l’ampleur de la situation.
Il fallait quand même avoir un certain culot pour garder une telle attitude dans un moment pareil.
— Duc. Nous ne sommes pas là pour entendre vos excuses. Dites-nous ce qui s’est passé.
— Oui… Il paraît que Silver nous a rendu visite il y a cinq jours, mais mon idiot de fils l’a renvoyé sans même vérifier son identité…
— Vous l’avez… renvoyé ?
— Mais père ! C’est quand même étrange qu’un aventurier de rang SS se présente sans prévenir à notre porte, non ? On aurait pu croire à un imposteur !
— TAIS-TOI, IMBÉCILE ! Comme tu n’es bon à rien, je t’avais laissé la garde du manoir pendant que je combattais les monstres ! Et même ça, tu n’as pas su le faire correctement !
— Mais… mais père avait dit… de refuser tous les hommes venus voir Finne…
— Je ne t’ai jamais dit de refuser un aventurier de rang SS ! Il suffisait de vérifier sa carte, non ? Pourquoi ne l’as-tu pas fait ?
— C’est… c’est…
Les yeux du fils se mirent à fuir dans tous les sens. C’était le regard typique de celui qui cherchait déjà un mensonge pour s’en sortir.
On sait tout de suite quand un idiot s’apprête à mentir. Même s’il prétendait que Silver n’avait pas montré sa carte d’aventurier, il suffirait de le demander directement à l’intéressé pour connaître la vérité. Et si cela devait arriver, le mieux serait encore de s’excuser franchement et de s’incliner pour limiter les dégâts.
— Duc. Vous pourrez passer votre colère plus tard. Je suis désolé de devoir vous le dire, mais vous portez également une part de responsabilité.
— Oui, je comprends ! Est-ce que nous pourrions régler cela avec des excuses écrites, à adresser au prince Leonard et à vous-même, prince Arnold… ?
— Des excuses écrites ? Pour avoir chassé un aventurier de rang SS envoyé par un prince ? J’ai hâte de lire ça ! Comment allez-vous présenter vos excuses ? Vous avez jeté le discrédit sur Silver, et maintenant, il pourrait refuser de nous aider ! Comment comptez-vous réparer ça ?
— C’est que… Je vous en supplie, pardonnez-nous… je suis prêt à en répondre sur ma propre tête !
— Espèce de crétin, je ne veux pas de votre tête ! Et je ne veux pas non plus de celle de votre fils incapable, qui a renvoyé un aventurier de rang SS !
Le duc Kleinert désespérait face à mes paroles, tandis que son fils poussa un soupir de soulagement. Dire qu’un père aussi remarquable pouvait avoir un fils pareil…
Puisqu’une vie ne suffirait pas à réparer ça, le duc Kleinert allait devoir nous offrir quelque chose de plus important en compensation. Et cette chose devait être à la fois précieuse pour la famille du duc… et avoir de la valeur pour Leo et moi. Autrement dit.
— Alors je m’offrirai moi-même. C’est pourquoi je vous prie de pardonner mon père et mon frère, Votre Altesse.
Finne, vêtue de bleu, entra dans la pièce.
En la voyant de près, je ne pus réprimer l’admiration que je ressentais face à sa beauté. Même dans une situation comme celle-ci, je ne pouvais détacher mes yeux d’elle.
Ses longs cheveux blonds ondulaient doucement et captaient la lumière avec éclat. Ses yeux bleus, profonds comme l’océan, dégageaient une lueur douce et bienveillante. Bien que son corps fût petit, le haut de sa robe laissait percevoir un certain glamour. Son visage était un peu tendu, mais cela ne suffisait pas à ternir sa beauté.
Honnêtement, puisque c’était elle qui avait proposé de venir avec nous, j’eus presque envie de l’accueillir à bras ouverts.
« Peu importe qui vous êtes : si vous êtes un homme, vous réagiriez de la même façon », faillis-je répondre instinctivement.

Mais ce n’était pas le moment de me laisser guider par mon instinct.
Je ne m’attendais pas à voir Finne intervenir ici. J’avais encore l’intention de pousser un peu plus le duc pour le convaincre de se joindre à la guerre de succession à nos côtés.
— ! Finne !? Pardonnez-nous ! Votre Altesse, ma fille est encore une enfant !
La silhouette du duc, prosterné désespérément, transmettait tout l’amour qu’il portait à sa fille. Il avait offert sa tête à la place de celle de son fils, et se prosternait maintenant pour protéger sa fille. C’était sûrement un bon père.
— Épargnez mon père et mon frère, je vous en supplie ! J’ai vu messire Silver lors de sa venue ! Si c’est un crime, alors je l’assume aussi !
— Ma sœur n’a rien fait de mal ! Tout est de ma faute ! Pardonnez-moi !
Le fils se prosterna lui aussi cette fois-ci.
C’était donc ça ? Ce scénario où j’étais le méchant ?
Je n’aurais jamais imaginé que les choses prendraient cette tournure.
Moi qui pensais devoir continuer un peu plus longtemps cette bataille psychologique avec le duc…
Je me tournai vers Sebas pour chercher un appui. Il poussa un soupir et prit la parole.
— Votre Altesse. Tous les membres de la famille du duc sont déjà prêts à aller jusque-là. Ne vaudrait-il pas mieux apaiser votre colère ?
— Tu veux que je leur pardonne ? Ils nous ont humiliés tous les deux, tu sais ! Si on laisse passer cette fois, comment allons-nous préserver notre dignité ?
— Tant que cette affaire reste confidentielle, cela me convient. Faisons comme si rien ne s’était passé.
— Et Silver, alors ?
— C’est un homme avec un grand sens des responsabilités. Il ne renoncera pas simplement parce qu’on l’a repoussé une fois. Il est peut-être encore dans les parages. Envoyons quelqu’un à sa recherche. Si nous lui présentons des excuses sincères, il devrait comprendre.
— Donc, si Silver parvient à régler le problème dans ce territoire, tu me dis que l’affront du duc Kleinert disparaîtra aussi ?
Je pensai que nous pouvions enfin conclure cette affaire dans de bonnes conditions. Après cela, si Sebas soulignait que j’avais agi de manière arbitraire, je pourrais m’effacer. Aux yeux de la famille du duc, je passerais pour un homme qui avait simplement emprunté le pouvoir de son frère… Et c’était exactement ce que je cherchais.
Celui qui convoitait le trône ici, c’était Leo, pas moi.
— Très bien. Je consulterai Son Altesse Leonard à ce sujet plus tard.
— Ce n’est pas la peine de le consulter ! Il pardonnerait n’importe quoi, non ?
— C’est justement parce qu’il est comme ça que les gens se rassemblent autour de lui. Et puis, Votre Altesse Arnold… Vous êtes peut-être le frère aîné du prince Leonard, mais c’est toujours lui qui attire les autres. Même si vous êtes l’aîné, si vous aggravez encore vos relations avec le duc sans même en parler à Son Altesse, vous ne ferez qu’empirer votre propre situation.
— Tss… Je comprends. Tu as raison. Duc, envoyez quelques-uns de vos hommes pour rechercher Silver. Si vous le trouvez, je lui parlerai en votre nom. Sebas, accompagne-les.
Tout en faisant mine d’hésiter, je rassemblai dans mon esprit toutes les informations nécessaires. Il ne me restait plus qu’à me faire passer pour Silver et à aider ce territoire à résoudre sa crise.
Si j’y parvenais, le duc Kleinert deviendrait l’allié de Leo. On pourrait dire que ce serait le tout premier pas dans la bataille pour le trône.
Avec cela en tête, je commençai à planifier soigneusement comment j’allais jouer mon double rôle.
***
— Alors vous êtes toujours dans le duché. C’est inattendu.
— Je me doutais que vous finiriez par envoyer quelqu’un pour me retrouver. Ce qui me surprend davantage, c’est que le Prince Insipide se soit déplacé en personne.
Silver séjournait dans une auberge ordinaire. Enfin, pour être précis, elle avait été conçue pour en donner l’apparence.
J’avais utilisé un sort ancien sur l’aubergiste pour lui faire croire qu’un client étrange logeait dans son établissement depuis cinq jours. Puis, j’avais orienté Sebas vers cet endroit, afin de créer les conditions de ma rencontre avec Silver.
— Alors ? Qui est cette jeune dame ?
— Enchantée de vous rencontrer, messire Silver. Je me nomme Finne von Kleinert.
— Ce n’est pas la première fois que nous nous croisons. Nos regards se sont rencontrés il y a cinq jours.
À ces mots, Finne marqua une légère hésitation. À seulement seize ans, il n’était pas facile pour elle de s’adresser à un aventurier de rang SS. Encore moins quand on cherchait à se faire pardonner une faute aussi grave.
Le duc Kleinert, de son côté, devait s’occuper de la menace monstrueuse qui sévissait sur son territoire. Il ne pouvait donc pas venir lui-même. C’est pourquoi je lui avais proposé de me charger seul de cette entrevue avec Silver. Mais Finne avait insisté pour qu’un représentant officiel de la famille soit présent.
Résultat : je devais créer une illusion de Silver par magie, et jouer un double rôle devant elle.
J’avais choisi de créer l’illusion de Silver plutôt que celle de moi-même pour une bonne raison : Même si elle venait à soupçonner que le Silver devant elle n’était qu’une illusion, je pourrais toujours prétexter qu’il se méfiait encore.
En revanche, créer une illusion du prince Arnold aurait nécessité une magie d’un tout autre niveau, capable de reproduire non seulement mon apparence, mais aussi ma voix.
Quant à Silver, il était impossible de déceler la vérité grâce à sa voix.
Le masque argenté qu’il portait était un artefact magique extrêmement puissant.
Il me permettait non seulement de modifier ma voix à volonté, mais aussi de manipuler l’aura perçue de Silver et l’impression qu’il laissait à ceux qui le rencontraient.
Même si nous étions ensemble dans la même pièce, il était absolument impossible que quiconque pense que nous étions la même personne.
— … Notre maison s’est montrée impolie envers vous… Je suis sincèrement désolée pour cette offense…
— Assez d’excuses. Mon opinion sur votre maison est déjà au plus bas.
J’avais entendu dire que votre lignée était sage, et qu’elle prenait soin de ses membres… mais il semble que ce n’était qu’une réputation, après tout.
— C’est…
— Il est naturel que des aventuriers visitent une région en proie aux monstres. Si votre maison se souciait réellement de ses gens, vous vous seriez préparés à accueillir tout type d’aventurier. Le fait que votre frère aîné m’ait repoussé suffit à prouver que le duc n’a jamais mis en place de telles mesures.
C’était un point essentiel.
Il ne s’agissait pas seulement de la négligence de son fils, mais bien de la responsabilité de toute la maison ducale. À ce titre, il ne suffisait pas que le duc condamne simplement son héritier. Mais bon… s’agissant de ce duc, je savais qu’il n’en ferait rien.
— C’est vrai… C’était bien une négligence de notre maison Kleinert…
En voyant Finne ainsi abattue, je me dis que le moment était venu d’entamer les négociations avec Silver. Si je parvenais à lui montrer que je pouvais, d’une manière ou d’une autre, le persuader, alors j’atteindrais mon objectif.
Si je n’avais pas fait venir Sebas dans cette pièce, c’était justement parce que je ne savais pas ce qu’il dirait en voyant une mise en scène aussi bancale.
Quoi qu’il en soit, il allait falloir que je me persuade moi-même.
— Silver. Êtes-vous toujours disposé à accepter notre demande ?
— Si ce n’était pas le cas, je ne serais pas ici. Cependant, il y a une chose que je dois confirmer avant cela.
— Et qu’est-ce donc ?
— As-tu réussi à obtenir l’alliance du duc ? Prince Insipide.
— … Ils ne m’ont pas encore donné leur parole.
— Comme on pouvait s’y attendre du Prince Insipide. Tu es bien loin de ton petit frère.
Silver soupira de manière exagérée. C’était étrange d’entendre parler de moi-même en mal… mais puisque c’était Silver qui le disait, cela renforcerait probablement notre position auprès du duc.
— Je vais m’assurer qu’ils nous accordent leur entière coopération. Vous pouvez en être sûr.
— Tu obtiendras leur entière coopération, hein ? Si tu y parviens, j’accéderai à votre demande. J’ai mes raisons de vouloir faire de ton petit frère l’empereur, quoi qu’il arrive. Si j’ai quitté la capitale impériale pour venir jusqu’ici, c’était précisément pour rallier le duc à la cause de Leonard.
S’il est tel que le disent les rumeurs, il saura se montrer reconnaissant de l’aide et du soutien apportés à Leonard. Mais il semble que la réalité soit un peu différente.
Si vous ne lui faites pas signer un serment écrit, il pourrait très bien vous trahir à l’avenir, vous savez ?
— Mon père ne ferait jamais une chose pareille !
— Vos paroles ne valent rien face à moi, Mademoiselle Finne. Vous avez déjà perdu ma confiance.
Silver lui répondit d’un ton indifférent.
Il y avait une raison pour laquelle j’avais formulé cela ainsi. Je voulais lui faire croire que Silver n’était pas prêt à rendre service. Ce genre de message finirait sans doute par parvenir aux oreilles du duc par l’intermédiaire de Finne. Et naturellement, cela concernait aussi les intentions de Silver.
Si nous en étions déjà là, le duc finirait sûrement par se rallier à la cause de Leo. C’était une méthode détournée, certes, mais la coopération du duc Kleinert était capitale dans la bataille pour le trône.
— Silver. Vous dites que vous ne l’aiderez que s’il promet de nous accorder sa pleine coopération, n’est-ce pas ?
— Bien entendu.
— … Je veux que vous fassiez un compromis et que vous l’aidiez à vaincre les monstres. Je m’assurerai moi-même d’obtenir son soutien.
— … Tu me demandes de faire confiance au Prince Insipide ? Tu sais à quel point c’est déraisonnable ?
— Je le sais. Mais je vous le demande quand même. Je vous prie de comprendre.
Je dis cela en inclinant la tête. Je pouvais m’incliner devant n’importe qui : je n’avais ni fierté ni statut à défendre. Et de toute façon, je n’avais rien à perdre à m’incliner devant une illusion que j’avais moi-même créée.
— À te voir baisser la tête aussi vite, on dirait que tu n’as aucune fierté en tant que membre de la famille impériale.
— Si Leo était là, il ferait la même chose… Je sais que vous ne pouvez pas me faire confiance. Mais même dans cet état, je reste le frère aîné de Leo. Je vais au moins vous prouver que je suis capable d’accomplir ma part. C’est pourquoi je veux que vous éliminiez ces monstres. Je ne veux pas que cette affaire s’éternise davantage.
— … Très bien. En tant qu’aventurier, je ne peux pas laisser les monstres continuer à sévir ainsi. J’accepte votre demande. Cependant, Mademoiselle Finne, j’attends beaucoup du duc. N’oubliez pas notre accord.
— M-Merci beaucoup ! Je ferai en sorte de répondre à vos attentes !
Ainsi, nous avions fini par convaincre Silver et quittâmes l’auberge.
Nous montâmes dans la calèche que Sebas avait préparée à l’extérieur et poussâmes un profond soupir.
En me voyant ainsi, Finne baissa la tête en signe d’excuse.
— Merci beaucoup…
— … ? Pourquoi me remercie-tu ?
— Votre Altesse s’est inclinée pour nous… Même si la faute nous revient, vous avez réussi à convaincre Silver d’aider notre peuple. Il est naturel que je vous exprime ma gratitude.
Hm. Il semble y avoir un malentendu ici…
Cette enfant serait-elle du même genre que Leo, qui voit le bien en chacun ?
Il fallait que je rectifie cela. Si elle se méprenait sur ma prétendue bonté, cela risquait de me compliquer les choses par la suite.
— Je me suis incliné pour moi-même. Pas pour la raison que tu crois. Tu te méprends.
— C’est ainsi… Alors je continuerai à me méprendre sur vous. Je vous ai… légèrement mal jugé, Votre Altesse. Je pensais que vous étiez une personne effrayante, mais je me suis trompée.
— Non, comme je l’ai dit…
— Oui. C’est moi qui me suis trompée. Votre Altesse s’est incliné pour lui-même, pas pour notre peuple. Pas pour nous. Mais… me permettez-vous de continuer à me méprendre ainsi ?
En prononçant ces mots, Finne esquissa un sourire doux.
Un sourire encore plus éclatant que celui qui avait charmé les habitants de la capitale, le jour où l’empereur lui avait offert l’ornement de cheveux en forme de mouette bleue.
Devrais-je dire que j’en fus ému ? Son sourire me bouleversa… comme lorsque ma mère m’avait emmené admirer le spectacle des météores, un phénomène qui ne se produit qu’une fois tous les dix ans.
Le ciel nocturne, empli d’étoiles filantes. Cette scène m’avait profondément marqué. Le bonheur d’avoir pu être témoin d’un tel instant. C’était le même sentiment que je ressentais en voyant le sourire de Finne.
Surpris par l’émotion, je détournai les yeux vers l’extérieur pour dissimuler mon visage rougi. Et à cause de cela, je perdis l’occasion de corriger son malentendu.
Au final, je me dis que… Être pris pour une bonne personne par Finne n’était peut-être pas une si mauvaise chose.
Et ainsi, je ne corrigeai jamais son malentendu.