THE KEPT MAN t3 - chapitre 1

La recherche commence

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Traduction : Raitei
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— C’est pour ça que je lui avais déconseillé de le faire, grommela la femme blonde en agitant le papier que je lui avais remis.

Elle était assise près du comptoir du rez-de-chaussée, une bouteille de vin à moitié vide à portée de main. C’était Cecilia Maretto, aventurière cinq étoiles et vice-capitaine de Medusa. Elle était la rivale d’Arwin dans la conquête du donjon.

— Mais il a fallu que Béa sorte ce plan idiot, et voilà où ça nous mène.

Cecilia parlait de la façon dont elles avaient berné un employé de la guilde l’autre jour pour faire émettre une convocation à leur profit personnel. Elles avaient essayé d’utiliser le pouvoir de la guilde pour forcer le groupe d’Arwin à s’allier à elles. Ça s’était retourné contre elles et avait mené à une grosse dispute entre les deux équipes.

— Ça ne change rien, répondit Béa, sa sœur Beatrice, la cadette des jumelles. — On ira quand même la secourir, non ?

Cecilia répondit en posant sa joue d’un air boudeur contre son poing.

— Je ne vois pas ce que tu trouves à cette princesse pourrie gâtée.

— Oh, Ceci, tu es jalouse ? dit Beatrice en enlaçant la tête de son aînée de ses bras et en lui caressant les cheveux, comme pour apaiser un enfant. — Ce n’est pas drôle de perdre une rivale pour un truc pareil. Et puis, tu comptes faire quoi, rester assise ici à attendre ?

— J’irai, répondit-elle instantanément. — Je te suivrai jusque dans l’enfer lui-même.

— Bien sûr que tu iras, fit Beatrice avec satisfaction.

— Vous n’avez pas besoin de demander aux autres ? demandai-je.

Medusa était une équipe de six personnes, et toutes étaient des femmes.

— Béa a décidé, donc c’est acté, remarqua Cecilia, comme si j’étais idiot de ne pas l’avoir deviné.

— Et au-delà d’elles ? Vous savez, ceux de l’alliance avec vous.

Chrysaor et Argo étaient aussi des équipes de fouilleurs extrêmement talentueuses. Leurs noms n’étaient pas sur la convocation, mais leur présence serait d’une grande aide si elles venaient.

— Je les contacterai. Je suis sûre qu’ils ne refuseront pas.

— Merci.

— Ce n’est pas pour toi. Ni pour la princesse chevalier, d’ailleurs, bien sûr, répliqua Cecilia en se donnant des claques sur les joues pour se motiver.

Elle grimaça.

— Une Ruée signifiera plus de monstres que d’habitude. Je m’assurerai qu’on ait le double d’herbes répulsives de monstres et de pierres de barrière.

— Vous devriez en prendre encore plus. Plus il y a de monstres, plus chacun s’use vite, les avertis-je.

Le nez de Beatrice se plissa.

— Tu as seulement déjà mis les pieds dans le donjon ?

— Il y a bien des années. Mais ce n’était pas celui-ci.

— Tu ne vas pas me faire croire que tu faisais partie d’une équipe de fouilleurs qui a fait les profondeurs ?

— Oh, non. Je suis ressorti aussitôt.

J’étais entré dans le donjon pour obtenir des cornes et des crocs de monstres qui ne vivaient que là-bas. Je n’avais jamais conquis un donjon une seule fois.

À l’époque où j’étais dans les Lames Infinies, il ne restait que quelques donjons, et ça ne semblait pas valoir l’effort. Je n’avais pas besoin d’un Cristal Astral. On pouvait tout faire à cette époque. Du moins, c’est ce que je pensais. Je ne le pense plus désormais.

— Je ne sers à rien au combat. J’ai besoin de votre aide. S’il vous plaît, aidez à secourir le groupe d’Arwin, dis-je en les suppliant.

Beatrice et Cecilia parurent surprises un instant, mais elles acquiescèrent d’un même mouvement. L’équipe de secours fut assemblée.

D’abord, pour gérer les monstres, le trio d’équipes était mené par Medusa et les sœurs Maretto. Beatrice servait de cheffe à l’équipe de secours dans son ensemble. La dernière fois que je les avais vues, les sœurs avaient toutes deux de courts bâtons. Mais cette fois, la cadette portait dans le dos un bâton véritablement colossal. Il était retenu par un crochet d’attache, afin qu’elle puisse le décrocher pour l’utiliser à tout moment. La chose me paraissait difficile à manier, mais je ne connaissais pas grand-chose à la magie, alors je n’allais pas ramener ma science et étaler mon ignorance.

Ensuite, il y avait quinze employés de la guilde et non-combattants qui porteraient le matériel et transmettraient les messages, plus moi. Nous étions trente-trois au total. C’était très important pour une équipe de secours. En temps normal, quand des aventuriers ne revenaient pas, on n’envoyait personne à leur poursuite.

— Tant pis. Quel dommage.

La raison d’un tel déploiement tenait au grand nombre d’aventuriers touchés par la Ruée, au besoin d’évaluer la situation de près, et à une pincée de sympathie généreuse de la part du Vieux. Quoique non dénuée d’arrière-pensées. Il ne voudrait certainement pas que des rumeurs circulent disant qu’il avait froidement abandonné Arwin, l’ancienne princesse.

Pour parler du vieux maître de guilde, il restait en surface pour donner ses ordres.

Nous nous retrouvâmes à l’entrée du donjon et commençâmes à préparer notre départ. Dans quelques minutes à peine, nous nous frayerions un passage jusqu’aux profondeurs de l’enfer. Il y avait déjà une foule de curieux tout autour. La rumeur s’était répandue : Arwin était coincée là-dessous.

— Matthew ! cria une fille aux cheveux d’argent, affolée, qui se frayait un chemin à travers la foule.

C’était April. Elle serrait entre ses mains une feuille froissée.

— Hé, microbe. Tu viens me dire au revoir ?

— Tu vas vraiment entrer dans le donjon, toi aussi, Matthew ?

Elle était si paniquée qu’elle ne réagit même pas au surnom.

— Tu ne peux pas, Matthew, dit-elle, tout son corps tremblant d’anxiété. — C’est le donjon ! Il y a tant de monstres là-bas. Tu ne leur tiendras jamais tête.

— On verra bien une fois sur place.

— Non !

April me saisit le bras.

— N’y va pas ! Arwin s’en sortira très bien toute seule. D’accord ? Attendons ici. Sois sage.

Elle pensait vraiment pouvoir me retenir par la force. C’était touchant de sa part d’essayer. Le grand-père et la petite-fille, chacun tentant de me faire rester, pour des raisons très différentes.

— Désolé, mais ce n’est pas une option, dis-je en lui détachant doucement les doigts.

Nous étions en plein soleil, donc cela ne me posait aucun problème. Mieux valait même faire attention à ne pas lui briser un doigt par mégarde.

— Je dois y aller. Je suis un homme.

— …Est-ce à cause de moi ?

Au bord des larmes, April déplia le papier chiffonné. C’était le contrat que je venais de remettre à son grand-père.

— Parce que je t’ai dit tant de fois de travailler ?

— Ce n’est pas ça, dis-je.

J’avais tiré parti du contrat d’April, mais même sans lui j’aurais trouvé un moyen de m’imposer dans le groupe.

— Personne ne m’a ordonné de faire ça, et je n’y vais pas à contrecœur. J’entre sauver Arwin parce que je le veux.

— Mais, Matthew, tu vas mourir…

— Non, je ne mourrai pas.

J’essuyai ses larmes du pouce.

— Je te le promets. Je reviendrai avec Arwin.

— … D’accord. Tu l’as promis, dit-elle.

Déjà, ses larmes avaient laissé place à un sourire. Maintenant, je n’avais vraiment plus aucune excuse pour mourir.

— Vous êtes prêts ?

Le vieil homme haranguait l’équipe de secours devant l’entrée du donjon, telle une petite cérémonie de départ.

— Votre mission est de retrouver les aventuriers disparus et de les ramener sains et saufs. Vous descendrez, en gardant la trace de votre itinéraire au fur et à mesure. Une fois que vous les aurez trouvés, vous les ramènerez à la surface.

Ce serait une demi-journée au plus court, et plusieurs jours au plus long. Ne pas dépasser nos limites, sinon il leur faudrait organiser un double sauvetage.

— Eh bien, les amis…

— Ah ! Je suis content d’arriver à temps, interrompit une voix soulagée.

Je me retournai : un homme d’âge mûr, des vivres sur le dos, s’avançait vers nous. C’était Nicholas Burns. Il avait été prêtre du Dieu Soleil jusqu’à ce que la divinité elle-même incite ce saint home à créer la Release, la drogue démoniaque qui détruisait des vies. Quand Nicholas comprit ce qu’il avait fait, il s’enfuit pour déjouer les plans du Dieu Soleil. Je l’avais rencontré quelques jours plus tôt et l’hébergeais désormais. Il travaillait comme herboriste et tentait de mettre au point un antidote.

— Pourquoi t’es là, Doc ?

Il était prêt pour le voyage, non, pour l’aventure. Les gens du coin appelaient Nicholas Doc, et je faisais de même.

— J’ai entendu l’histoire. Des aventuriers sont coincés là-dessous après les premiers signes d’une Ruée n’est-ce pas ? Eh bien, m’emmènerez-vous avec vous ?

Le maître de guilde s’approcha en fulminant, probablement contrarié d’avoir été interrompu.

— Vous êtes qui, bordel ? lança-t-il.

— Voici qui je suis, répondit Nicholas en produisant une carte de la Guilde des Aventuriers passablement vieillie.

— Nick Burnstein… trois étoiles.

Il s’était inscrit sous un alias ? Quand cela ?

— Un soigneur, hein ? Je ne te reconnais pas, grogna le maître de guilde, comparant la carte à Nicholas. — Qu’est-ce que tu faisais, et où ? À te voir, on dirait que tu es dans le milieu depuis longtemps.

— Je viens du sud. J’étais venu ici pour passer ma retraite en famille, mais ma famille a disparu. Je ne savais que faire quand j’ai rencontré Matthew, ici présent. Il m’a beaucoup aidé.

Le vieil homme lui lança un regard perçant, sceptique.

— J’y ai risqué ma vie, confirmai-je.

— Ce jeune homme risque sa vie. Il me paraît juste de risquer la mienne, dit Nicholas avec un petit haussement d’épaules, mi-ironique. Comme vous pouvez le voir, je ne vaux pas grand-chose au combat, mais je pense pouvoir servir de soigneur.

— Que pouvez-vous soigner ? Juste les blessures ?

— Je sais un peu traiter les poisons. Je peux aussi lever des malédictions, ériger des barrières et conférer quelques résistances.

Le vieil homme hocha la tête, approbateur.

— Plus nous avons d’options tactiques, mieux c’est. Obéissez à leurs ordres dans le donjon, commanda-t-il en désignant les sœurs Maretto.

Je me penchai à l’oreille de Nicholas et lui chuchotai :

— Pourquoi t’es là ?

Si quelque chose lui arrivait, il ne pourrait plus créer d’antidote à la Release.

— Je vous l’ai dit. Mon but est d’arrêter notre ennemi commun. S’il est impliqué dans cette Ruée, je ne peux pas rester les bras croisés. Et puis, j’ai toujours voulu voir l’intérieur du donjon d’ici.

— Mais fallait-il que ce soit maintenant ?

— Quelqu’un qui vous est cher se trouve là-dessous, n’est-ce pas ? Dans ce cas, je pourrais peut-être me révéler utile.

Aegis était coincé dans un nid de monstres enragés. Il était tout à fait possible que le groupe d’Arwin soit très mal et donc chaque soigneur comptait. J’abandonnai l’idée de le dissuader et posai une autre question.

— Quand as-tu fait faire cette carte de guilde ?

Il ne deviendrait pas aventurier trois étoiles en un jour ou deux. Était-ce une carte factice ?

— Oh, à l’époque où j’étais encore humain, dit Nicholas avec un petit sourire malicieux. — Tenir une église implique tant de petites dépenses auxquelles on ne pense pas.

Ainsi, il s’était enregistré comme aventurier pour arrondir ses fins de mois, tuer des monstres, soigner d’autres aventuriers, et utiliser l’argent pour aider à meubler son église.

— Bien sûr, on m’a officiellement déclaré mort il y a des années. Donc ce n’est pas un faux, à proprement parler, mais ce n’est plus valide non plus.

Malgré cette interruption inattendue, l’heure était enfin venue de partir au secours.

— Allons-y.

Une erreur courante consistait à croire que le donjon se trouvait juste sous Voisin-Gris. Ce n’était pas le cas. C’était un lieu à la fois de ce monde et hors de lui. Ainsi allaient les donjons.

Il y a longtemps, quelques notables décidèrent d’agrandir l’entrée du donjon et ordonnèrent aux ouvriers de creuser la terre tout autour. Mais quand ils enfoncèrent leurs pelles dans le sol sous l’entrée, ils ne trouvèrent rien. Il n’y avait qu’un trou noir suspendu au-dessus du vide. L’entrée d’un autre monde s’ouvrait du sol, tout simplement.

C’était pour cette raison que l’on pouvait encore puiser de l’eau dans les puits, et creuser des sous-sols. Beaucoup d’habitants des villes-donjons l’ignoraient, si bien que le monde souterrain constituait l’endroit idéal pour aménager une cachette. Ils y construisirent une porte destinée à bloquer toute créature susceptible d’émerger de l’entrée, et érigèrent autour de cette porte une sorte de sanctuaire aux murs de pierre.

À l’intérieur, un escalier descendait pour accéder facilement à l’entrée du donjon.

Je contemplai le trou noir dans le sol.

Je t’en prie, Arwin, sois saine et sauve, songeai-je avant de faire mon premier pas vers le donjon.

Il faisait sombre et terne à l’intérieur. Il y avait assez de lumière pour voir, mais rien à voir avec la pleine lumière du jour. Le plafond lui-même luisait. Le mieux serait de dire que c’était une clarté d’entre chien et loup. Contrairement à une caverne naturelle, nul besoin ici de lanternes ni de torches.

Le plafond se trouvait, la plupart du temps, à plus du double de ma taille, même si cela dépendait de l’endroit. Aucun risque de sauter trop haut. Le sol était dur et légèrement râpeux. Facile pour courir, mais la chute ferait mal.

Dans l’ensemble, l’atmosphère était la même que dans les donjons que j’avais déjà parcourus.

Nous nous divisâmes en six équipes et nous échelonnâmes en avançant. Les aventuriers prirent la tête et la queue, tandis que le personnel de la guilde restait au milieu, là où c’était plus sûr. Trop serrés, une attaque surprise pouvait nous balayer tous d’un coup. Trop espacés, l’ennemi pouvait nous morceler.

L’itinéraire d’entrée du donjon était déjà évident. Même un bleu pouvait aller plus loin, s’il le voulait. Mais il y aurait pléthore de monstres en chemin, et ils gagnaient en puissance à mesure que l’on descendait. Les aventuriers déposaient des pierres et de l’encens répulsifs à monstres au fur et à mesure pour assurer un passage sûr. Les bêtes resteraient à l’écart pour l’instant, évitant des combats inutiles.

Mais, dans ce repaire de monstres, de tels effets ne duraient pas éternellement. Le miasme que les monstres exhalaient rongeait pierres et encens avec le temps, si bien que les aventuriers devaient en placer d’autres à intervalles réguliers.

Plus il y avait d’aventuriers s’attaquant au donjon, plus la voie devenait large et solide.

Moins il y en avait, plus vite l’efficacité des pierres s’émoussait, et la sécurité de la route se délitait. C’est pourquoi toute ville à donjon avait besoin de nombreuses équipes d’aventuriers ambitieuses pour conserver cet élan.

Au Millénaire du Soleil de Minuit, il existait actuellement une route sûre jusqu’au dix-neuvième sous-sol. Si quelqu’un se trouvait sur cette route, il avait une sortie directe vers la surface. Mais lors d’une Ruée, l’explosion du nombre de monstres et de leur miasme coupait cette voie sûre, rendant impossible de garantir leur retour. Ils pourraient être forcés de prendre un détour. Les aventuriers qui se perdaient finissaient par s’épuiser et succomber au donjon.

D’après la guilde, il y avait actuellement vingt-neuf aventuriers dans le donjon, groupe d’Arwin compris. Notre mission était de les trouver et de les secourir, ou au moins de déterminer leur situation.

— Tu es un homme aux lubies étranges, Matthew, dit un vieil homme un porteur.

Il trimballait un énorme sac à dos presque aussi grand que lui. La plupart des jours, il sortait des corps de monstres du donjon et vendait parfois des légumes pour arrondir ses fins de mois. Je l’avais sauvé de voyous au marché, il n’y avait pas longtemps. La seule récompense que j’en avais tirée, c’était une raclée.

— Tu es donc là aussi le Vieux ? demandai-je.

Il forma un cercle avec ses doigts pour signifier la monnaie.

— Je ne serais pas venu à un moment aussi dangereux autrement.

Il était donc après une compensation. Difficile d’être pauvre. Je pouvais comprendre.

— Et toi, tu fais quoi ? Tu vas juste gâcher ta vie pour la Princesse Chevalier ?

— Je n’ai pas été un parfait gentleman, dernièrement. Elle est plutôt fâchée contre moi, dis-je en l’évacuant d’un rire.  

— Je n’aime pas trop les sujets moroses. Je dois marquer des points auprès d’elle avant qu’elle ne me jette à la rue.

— Si elle le fait, viens travailler avec moi. On vendra des légumes ensemble.

Si cela arrivait, la première chose que je ferais serait d’envoyer une montagne d’aubergines à Arwin. Mais cela ne pourrait arriver que si elle ressortait vivante du donjon.

— J’apprécie la proposition, dis-je.

— Écoute-moi. Remonte à la surface. Tu peux encore y arriver. Contrairement aux voyous devant les gardes de la ville, les monstres ne s’enfuiront pas.

J’en étais bien conscient.

— Écoute, c’est pour Arwin. Si elle me l’ordonnait, je plongerais dans les flammes, dans l’eau, et dans le ventre d’une bête pour elle. C’est ça, la loyauté.

— Venant de toi c’est cocasse.

— Tu vois mon dilemme, maintenant ? Si je la perds, je suis fauché.

— Eh bien, ne viens pas dire que je ne t’ai pas prévenu, fit le Vieux en secouant la tête.

Moi aussi, j’étais équipé pour l’aventure avec un sac sur le dos. Évidemment, j’avais le soleil temporaire avec moi. Je devrais peut-être l’utiliser devant tout le monde, mais c’était une urgence. Il n’y avait rien qui remplace la vie d’Arwin. J’avais même quelques-unes de ses friandises, au cas où. Mes provisions comprenaient aussi de la corde, des outres, un briquet à feu, de la viande séchée, des ignames séchées, de l’encens répulsif à monstres, et ainsi de suite.

— Ah, merde.

Des voix de consternation nous parvinrent de l’avant.

La raison apparut aussitôt : les pierres qui repoussaient les monstres à nos pieds étaient gris cendre, au lieu d’être blanches. Elles perdaient de leur puissance, une fois noires, elles ne seraient plus que des cailloux comme les autres. Nous n’étions qu’au premier étage, et déjà la route sûre menaçait de disparaître.

En fait, les habitants du premier étage, comme les gobelins et les kobolds, nous observaient de loin. Si l’efficacité des pierres s’épuisait complètement, ils attaqueraient sur-le-champ. Les voir se lécher les babines en attendant la chose me soulevait le cœur.

— Échauffons-nous en les réduisant en bouillie !

— Ignore-les, dit Cecilia, coupant court à la proposition de Beatrice. — Nous n’avons pas de temps à perdre avec ces minables. Pour l’instant, allez contacter les unités de soutien là-haut pour qu’ils préparent autant de pierres que possible. Sécuriser la route est la priorité absolue. Il faut que ceux qui arrivent dans les profondeurs puissent revenir sans compter sur personne. Demandez au maître de la guilde de garder la route accessible. Pas envie qu’on se perde sur le retour.

Sur son ordre, un des employés de la guilde repartit en hâte vers la surface pour faire son rapport.

— …Comment c’était, Bea ?

— Oui, c’était bien. Je pensais justement à la même chose.

Vraiment ?

— Et s’ils ne sont pas sur la route sécurisée ? demandai-je.

Avec un peu de chance, ils pourront revenir seuls, mais sinon, ce qui les attend, c’est la mort.

— On devra les abandonner, dit simplement Cecilia. — Nous n’avons pas assez de monde pour ratisser chaque recoin du donjon. Ce serait du suicide. On se ferait décimer.

Et on aurait perdu assez de temps pour qu’il soit trop tard pour sauver qui que ce soit aux étages inférieurs. Plus on descend, plus c’est dangereux.

— …

Elle n’avait pas tort. Même Dez aurait du mal à trouver nos cibles en errant à l’aveugle dans le donjon.

— On descend au prochain étage dès qu’on le peut. Et si la princesse chevalier est dans les parages, elle sera plus bas.

— Oui.

Nous ignorions jusqu’où ils avaient pu descendre, mais pour l’instant, notre seule option était de continuer à nous enfoncer.

S’il vous plaît, Noelle, Virgil, Clifford, Seraphina, protégez Arwin. Vous pouvez abandonner Ralph si nécessaire. Servez-vous de lui comme appât pour vous échapper. Je vous pardonnerai.

— À ce rythme, je suppose que la route sécurisée a déjà disparu aux étages inférieurs. On a du combat devant nous. Préparons-nous à combattre, Bea.

— Je suis prête, Ceci ! lança Beatrice, brandissant le poing avec excitation.

La prédiction de Cecilia se réalisa très vite. L’effet répulsif contre les monstres faiblit en chemin vers l’escalier du deuxième étage, et nous fûmes attaqués par une meute de chiens gros comme des veaux.

Des chienfernaux. Ils avaient des yeux dorés et une peau nue, à vif, qui luisait comme si elle avait été enduite d’une huile épaisse. Comme n’importe quel chien, le chienfernal attaquait de ses crocs et de ses griffes, mais il était deux fois plus grand. En plus, ils étaient plus d’une vingtaine dans la meute. Normalement, ils se trouvaient plus bas, mais l’effet de la Ruée les avait poussés plus haut.

Pris individuellement, ils n’étaient pas une grande menace, mais en groupe, ils devenaient dangereux.

— Les voilà ! cria Beatrice en levant son bâton. — On brûle tout ! Aiguille de Flamme !

Elle agita le bâton comme un étendard, et les flammes effilées jaillirent comme des flèches. Des traits rouges fendirent l’obscurité du donjon, transperçant nombre de chienfernaux face au groupe. Des flammes jaillirent des plaies sur leur peau noire, leur brûlant la chair. Ils moururent sur le champ dans la panique.

— C’était facile.

— Prudence ! Ce n’est pas fini ! avertis-je, tandis que les bêtes qui avaient échappé aux aiguilles enflammées se ruaient vers Beatrice, la cible la plus proche.

— Oh, ne sois pas idiot, ricana-t-elle en se tournant vers moi. — Je disais ça parce que le combat est déjà terminé.

Avant même qu’elle ait fini sa phrase, un autre bâton jaillit à ses côtés.

— Faucille du Vent.

Une série de lames d’air émergèrent du bâton de Cecilia. Les chiens hurlèrent tandis que les lames translucides les entaillaient net au niveau du museau et de la gorge. On pouvait percevoir ces lames au mouvement de l’air, mais l’obscurité rendait cela très difficile.

L’instant d’après, la vingtaine de chienfernaux gisaient morts.

— Tu vois ? Qu’est-ce que je disais ? Avec Ceci à l’œuvre, nous sommes absolument, positivement, sans équivoque imparables.

— Assez de flatterie. Recule d’un pas, répondit l’aînée en la repoussant sur le côté. — Tu es la cheffe, alors tu devrais laisser les autres s’occuper du menu fretin. Combien de fois dois-je te dire de ne pas gaspiller ta magie ?

— C’est parce que je suis la cheffe, déclara Beatrice en bombant le torse. — Si je fais grand spectacle en leur mettant une raclée, ça va remonter le moral du groupe et tout le reste s’en trouvera facilité à partir d’ici, insista-t-elle fièrement.

Cecilia soupira.

— Ne te surmène pas. Si tu comptes n’avancer qu’à la fougue, tu vas te ruiner le dos comme notre chère tante.

— C’est vrai. Modère-toi un peu, intervint Rex, le chef de Chrysaor. — Si tu utilises toute ta magie dès le départ comme ça, on sera dans le pétrin plus tard.

— Pas moi, répondit négligemment Beatrice.

— Oui, j’imagine : tu as Cecilia. Mais pour nous, c’est différent. Si on se donne à fond là contre le menu fretin, on sera fatigués pour les rencontres décisives.

— C’est parce que vous êtes…

— Bea.

Cecilia attrapa la manche de sa sœur pour la couper.

— N’oublie pas l’objectif.

— Oui, oui.

Beatrice balaya l’avertissement de sa sœur, posa son bâton sur l’épaule et se remit à marcher comme une enfant grondée. Elle se retourna et déclara :

— On va forcer le passage et réduire le nombre de monstres. Vous autres, restez ici et posez des pierres, ou un truc du genre.

Elle fit signe au reste de Medusa, qui la suivit.

— Vous ne devriez…

Rex commença à les avertir puis s’interrompit net. Je le sentis aussi. Une aura menaçante nous entourait de toutes parts.

Rex prit prudemment une posture de combat. Les autres imitèrent son exemple, levèrent leurs armes et surveillèrent nos alentours avec attention.

— Au-dessus ! criai-je en saisissant le Vieux par la nuque pour le plaquer au sol.

Je n’avais aucune force dans les bras, mais mon poids suffisait à le déplacer. Un instant plus tard, des douzaines de diablotins nous sautèrent dessus depuis les hauteurs. Ils étaient de la taille de nourrissons, avec d’énormes yeux jaunes. Leurs griffes étaient longues et aiguës, et leurs visages aussi fripés que celui d’une vieille harpie. Leur crâne était pointu et rouge, semblable à de petits bonnets.

— Attention ! bonnets-rouges !

C’étaient un type de créatures féeriques, petites et faibles, mais d’un tempérament vicieux. Ils attaquaient en bandes, s’acharnant sur les zones vulnérables comme la gorge et les yeux avec leurs dents et griffes acérées. Eux non plus n’étaient pas des monstres du premier étage. C’était l’œuvre de la Ruée. Les bonnets-rouges se jetèrent par groupes sur les aventuriers.

— Qu’est-ce que tu fais, le Vieux ? Recule encore !

— Ma… ma jambe…

Un bonnet-rouge s’y cramponnait déjà.

— Dégage !

Je lui donnai un coup de pied de toutes mes forces. J’étais faible, mais le bonnet-rouge était minuscule et donc assez léger pour que même moi, je puisse l’arracher.

— Il faut qu’on y aille, le Vieux. Ils vont régler ça en un rien de temps.

Ce n’étaient pas des monstres du premier étage, mais ils étaient plus vicieux que puissants. Un aventurier calme et expérimenté pouvait les vaincre sans peine. Nous nous éloignâmes du combat et retrouvâmes la route sécurisée. Ici, les pierres étaient fraîches, je ne craignais donc pas une attaque.

— M…merci, Matthew.

— N’en fais pas cas. On veille l’un sur l’autre.

— Je te dois des légumes, la prochaine fois. Tu as une préférence ?

— Des aubergines.

Elle me faisait vivre un enfer. J’allais lui en faire avaler une montagne.

Malgré l’attaque surprise, Rex et son équipe se ressaisirent vite et contre-attaquèrent. Les bonnets-rouges tombèrent les uns après les autres. Alors que tout semblait s’arranger, un cri retentit. Je me retournai et vis un aventurier avec plusieurs bonnets-rouges agrippés à sa tête. Son cou et sa poitrine étaient en sang.

— Calme-toi ! Ne bouge pas ! ordonna Rex, mais l’aventurier paniqué ne fit que se débattre davantage.

Il essayait de les arracher lui-même, mais ils s’étaient collés à ses mains aussi, et il ne parvenait plus à mouvoir ses doigts correctement.

— Merde !

Rex s’élança, bondit sur l’aventurier et se mit à arracher les bonnets-rouges. Les autres aventuriers achevèrent les créatures quand elles touchaient le sol. Il n’en restait plus que deux quand les jambes de l’aventurier cédèrent et qu’il s’effondra sur le dos. Le choc délogea les derniers bonnets-rouges.

— Ça va ? Tiens bon, Al !

Aucune réponse. Son visage n’était plus qu’une bouillie sanglante, avec des lambeaux de chair arrachés et mâchonnés çà et là. L’os blanc affleurait à sa joue, et son nez était écrasé. On voyait d’un coup d’œil qu’il était mort. Rex prit la main de son compagnon tombé et leva l’autre pour lui fermer les yeux.

Déjà un mort.

— J’arrive pas à croire qu’on perde quelqu’un de Chrysaor si tôt, marmonna le Vieux, partagé entre l’inquiétude et la déception.

— C’est un peu tard pour le dire, dis-je, — mais on est dans un donjon. Et c’est le Millénaire du Soleil de Minuit, le dernier donjon du monde. Tout peut arriver.

Bien que nous ayons essuyé dès le départ une lourde perte, l’équipe de secours poursuivit sa descente plus profondément dans le donjon. Les aventuriers pilonnaient les monstres, et les employés de la guilde posaient des pierres fraîches pour renforcer la voie sûre. Une fois les monstres nettoyés, les pierres étaient posées, et nous avancions. C’était un processus long et répétitif.

Comme j’étais grand, on me chargeait d’aider à placer les pierres et de surveiller l’approche des monstres. J’étais aussi là pour les encourager comme le ferait des escorts engagées pour soutenir le moral des troupes. Ils n’aimaient pas que je lance des baisers, pour une raison quelconque, alors j’offrais des encouragements de vive voix à la place.

— Dans l’ensemble, ça se passe bien, dit Beatrice avec optimisme.

Elle avait entendu dire que nous avions déjà perdu quelqu’un, mais semblait l’avoir oublié. Naturellement, Rex lui lança un regard venimeux, qui glissa sur elle sans effet.

— J’aimerais presque que nous puissions entrer à autant à chaque fois. Avec tout un ordre chevaleresque et tout.

— Pas question, dis-je.

— Je ne pense pas que ça arrivera de si tôt, dit Cecilia exactement au même moment.

— Pourquoi pas ? dit Beatrice, innocemment.

Je levai les yeux au ciel.

— Parce que le donjon est conçu pour tuer des forces armées expliquai-je.

Par le passé, il y avait eu des dizaines de tels donjons dans le monde. Lorsqu’un donjon apparaissait, il absorbait les nutriments du sol autour de lui, transformant la zone en coque desséchée. La terre s’appauvrissait, et les gens mouraient de faim. Les dirigeants du monde mirent tout ce qu’ils avaient dans la conquête des donjons, mais ce ne fut qu’une suite d’échecs.

D’une part, qu’ils fussent d’infanterie ou de cavalerie, les soldats n’étaient pas faits pour combattre dans une grotte humide et sombre. Parfois, c’était trop étroit pour que plus d’une personne avance à la fois. Et il y avait des pièges partout. Sans coordination, une grande armée ne peut tirer parti de son avantage. On raconte qu’un grand pays, il y a des lustres, envoya dix mille soldats dans un donjon, et avant la moitié du jour, ils étaient tous morts. La pratique consistant à envoyer des effectifs massifs dans les donjons ne dura pas longtemps.

Ensuite, devint populaire la méthode dite de « l’expédition ». D’abord, on établissait une base à un niveau relativement peu profond, puis on descendait à partir de là, érigeant des barrières en cours de route et sécurisant du terrain jusqu’à atteindre finalement le niveau le plus profond. Cela prenait de l’argent, du temps et des efforts, mais c’était la méthode la plus sûre.

Celle-ci aussi tomba en défaveur, car elle coûtait trop cher. Les royaumes avaient des responsabilités au-delà de la conquête des donjons. Même un Cristal Astral ne pouvait exaucer les vœux que dans une certaine mesure. Il y eut au moins un cas où un royaume se concentra tant sur un donjon qu’il négligea de renforcer son territoire, pour être envahi et submergé par ses voisins, qui achevèrent promptement la besogne et s’approprièrent le Cristal Astral.

Une autre raison de l’abandon de la méthode de l’expédition fut que les donjons eux-mêmes développèrent une forme de résistance à la pratique. Le miasme qui emplissait les donjons transformait la route sécurisée en de territoires périlleux alentours.

Les monstres rebouchaient le supposé itinéraire de repli sécurisé, et l’arrivée inattendue de nouveaux ennemis entraînait la perte de provisions destinées à la ligne de front.

Le taux de réussite des conquêtes chuta. Des investissements massifs d’argent et de ressources ne produisirent aucun résultat, au point de conduire à des rébellions. Dès lors, les dirigeants furent forcés de choisir entre deux options : conquérir ou coexister.

Ignorés, les terres autour des donjons se desséchaient, et les plantes cessaient d’y pousser. Mais à l’intérieur du donjon, on trouvait des parties de monstres rares, des minerais et des plantes à récolter. On pouvait même s’enrichir en s’y prenant bien. C’était une calamité et une mine d’or en même temps. La gestion des donjons devint autrement plus complexe.

Qu’on choisisse de les conquérir ou de coexister avec eux, il fallait envoyer quelqu’un dans les donjons. Mais y envoyer leurs propres soldats ne ferait que répéter les erreurs du passé. La solution fut de former et d’employer des spécialistes.

De petits groupes capables de s’adapter à n’importe quelle situation dangereuse. Plus important encore, des gens dont la mort ne gênerait pas outre mesure la population. En d’autres termes, des mercenaires et des aventuriers. La Guilde des Aventuriers fut créée pour gérer et employer ces gens de manière utile. Ils accomplissent aujourd’hui une grande variété de tâches, mais à l’origine, ils furent établis uniquement pour s’attaquer aux donjons. À une époque, c’étaient des corps officiels, mais à présent chaque franchise de guilde est privée. L’histoire du monde est l’histoire du combat de l’humanité contre les donjons.

— Ooooh, vraiment ? fit Beatrice, fascinée, hochant la tête.

C’était le genre de sujet que les vétérans aimaient raconter et reraconter autour d’un verre.

— Tu es sûre d’être une aventurière cinq étoiles ?

— Tu veux me mettre à l’épreuve ?

Elle commença à tirer le grand bâton de son dos, mais il accrocha quelque chose et refusa de se dégager.

— Hein ? Attends ! Minute ! Qu’est-ce qui se passe ?

Je soupirai.

— Peut-être que tu devrais te calmer un peu. On n’est pas là pour s’a…mu…ser.

Mes mains se levèrent à mesure que mes mots ralentissaient jusqu’à s’arrêter. Derrière elle, je remarquai sa sœur qui pointait vers moi, de façon menaçante, un bâton magique.

— N’insulte pas Bea, gronda Cecilia. — Tu n’auras pas un deuxième avertissement.

— Entendu.

S’ils se mettaient à me canarder dans le donjon, je n’avais aucune chance.

— Ne panique pas. Quand tes mains tremblent comme Grand-père quand il n’a plus d’alcool, ça ne va que compliquer les choses.

Elle fit le tour du dos de sa sœur et désenchevêtra le bâton. Touchante sollicitude entre sœurs.

— D’abord la princesse chevalier, maintenant les belles jumelles, dit un homme d’une tête plus petit que moi.

Il était plus large d’épaules, mais le pauvre avait des atouts bien en deçà de la moitié des miens. Ce qui ne veut pas dire qu’il fût laid, loin de là. C’est juste que je suis très beau. J’avais déjà oublié son nom, mais il faisait partie d’Argo, si je me souvenais bien. Il ricana amèrement.

— Tu cherches déjà à conclure, hein ? On se croit irrésistible ?

— Tu devrais essayer aussi, mon ami. Ne sois pas timide, dis-je.

Si je devais m’offusquer de chaque remarque acerbe, je ne tiendrais pas une journée.

— Il y a plein de beautés pour un homme comme toi. Gobelins, orcs, zombies… le monde t’appartient.

Comme je m’y attendais, il me frappa.

— Tu ferais peut-être mieux de surveiller les alentours plutôt que de t’occuper de moi. Il y a des monstres dans le coin, le prévins-je en me frottant la joue.

Il n’y avait rien à l’endroit que je désignais. Rien que du vide.

— Qu’est-ce que c’est que… commença-t-il, mais à cet instant, la terre se souleva en une bosse.

C’était une bête comme un loup noir, camouflée contre le sol. La créature nous bondit dessus avant que quiconque puisse réagir. Des cris fusèrent.

Une boule de feu arriva de côté et carbonisa le monstre. C’était Beatrice Maretto. Une fois satisfaite que la bête fût morte, elle s’approcha de moi avec un vif intérêt.

— Tu avais senti sa présence.

— J’avais un pressentiment.

J’ai toujours été sensible aux présences, ce qui me rend doué pour repérer les gens qui se cachent. Je n’aimais pas qu’on me remarque pour ça, mais je ne voulais pas que nous perdions d’autres membres. Il avait beau être un sale type, sa mort ne ferait que nous compliquer la tâche.

— Bien, continue.

— Si je repère quelque chose… dis-je, au moment où une autre vision déplaisante me heurtait. — Regardez là-bas.

Je pointai une forme sombre derrière un pilier.

— C’est un corps.

Qui que ce fût, il avait péri à deux doigts d’atteindre la route sécurisée. Ses entrailles avaient été dévorées. Ce n’était pas Arwin, bien sûr.

J’en fus soulagé. La victime devait avoir vingt-deux ou vingt-trois ans, les cheveux noirs et un corps trapu. Un casque à cornes reposait à terre, non loin.

— C’est Sylvester, de Cornucopia.

Je l’avais vu à la Guilde des Aventuriers à quelques reprises. Il avait essayé de faire la cour à Arwin et, comme ça n’avait mené à rien, m’avait renversé un verre par dépit. À ce stade, il ne m’inspirait plus que de la pitié.

Ce n’était pas le seul corps. Il y en avait quatre en tout, la fin de Cornucopia. Ce n’était pas un si mauvais groupe, mais la chance ne leur avait pas souri. Nous n’allions pas remonter les corps. C’était trop de travail de les hisser jusqu’à la surface.

— Excusez l’entorse aux convenances.

À la place, j’ôtai la carte de la guilde du cadavre et me servis au passage dans ses objets de valeur. Cela irait à sa famille, pas dans ma poche. Je ne voulais pas qu’on vienne se plaindre que le total récupéré ne concordait pas, alors je les remis à un employé de la Guilde pour enregistrement des montants.

— Très bien, faites ce qu’il faut.

Nous retirâmes toutes leurs cartes de la Guilde, entassâmes les corps, puis les brûlâmes. Quand des aventuriers mouraient dans un donjon, il y avait de fortes chances qu’ils reviennent sous forme de morts-vivants. Si leur rancœur ou leur désir de vengeance était assez intense, ils revenaient en fantômes ou en spectres, même après crémation. Certains disaient que c’était parce que leurs âmes restaient piégées dans le donjon, mais nul ne le savait vraiment. Lorsque Al de Chrysaor était mort plus tôt, ses compagnons avaient fait la même chose pour lui.

Il fallait être scrupuleux, sinon cela menait plus tard à la tragédie. Après avoir traversé le meilleur et le pire avec des compagnons, les voir devenir des monstres et attaquer leurs alliés était une expérience à laquelle on ne s’habituait jamais, peu importe le nombre de fois.

— Allons-y.

Une fois les corps bien calcinés, nous reprîmes notre route. Nous descendîmes, encore et encore. Tous les monstres se montraient d’une hostilité farouche.  Même ceux qui d’ordinaire se contentaient de vous laisser tranquille si on les laissait en paix montraient les crocs et nous sautaient dessus. Et ils continuaient d’affluer, encore et encore. C’était clairement le prélude à une Ruée.

Jusqu’ici, nous avions trouvé sept survivants à secourir, neuf qui avaient regagné par eux-mêmes la route sécurisée, et cinq morts. Pour une Ruée, c’était peu. Une fois les survivants soignés jusqu’à ce qu’ils ne saignent plus, nous les laissions repartir seuls ou nous envoyions des employés de la Guilde les escorter jusqu’à la surface.

Je demandai à tous ceux que nous croisions, mais aucun ne savait si Arwin était vivante ou morte.

— Faisons une pause ici, annonça Cecilia lorsque nous eûmes descendu au septième niveau. — Le miasme est plus épais que je ne l’imaginais. Nous sommes tous fatigués maintenant, et il ne fera que devenir plus difficile d’installer un endroit sûr plus bas.

Pour une raison quelconque, elle se tourna vers moi pour me demander si c’était une bonne idée. J’acquiesçai. Je voulais trouver Arwin au plus vite, mais nous étirer trop ne ferait que rendre les choses plus dures ensuite. Si moi, qui n’étais même pas un aventurier, j’essayais de presser les gens, cela ne ferait que les rendre rancuniers.

Nous utilisâmes des herbes et des pierres répulsives pour établir une zone sûre, puis nous nous assîmes pour nous reposer. Pendant la pause, je distribuai des bonbons durs aux aventuriers. Le sucré, ça remonte. Et ceux-là étaient faciles à manger.

— Tiens.

Je lançai un bonbon emballé à Beatrice, qui se reposait adossée au mur.

— Mange ça. Un peu de sucré fait toujours du bien quand on est fatigué.

— Il n’y a rien de douteux là-dedans, j’espère.

— Du sucre et de l’eau.

D’ordinaire, les miens contenaient aussi la décoction de quelques herbes médicinales, mais dans le donjon, la version simple au sucre était la source de carburant la plus rapide et la plus facile. Beatrice plissa le nez devant le bonbon, mais le mit quand même en bouche. Elle fit une grimace.

— … C’est salé.

— Oups, désolé. C’était la version salée.

Quand on transpire, il faut refaire le sel. Je mélangeais donc une partie des bonbons avec du sel pour une absorption rapide. Je lui donnai un sucré à la place. Elle le fit rouler dans sa joue et se mit à inspecter son bâton.

La nature et l’état d’esprit d’un aventurier se révélaient véritablement durant une pause. Ce n’était pas qu’un moment pour manger et se reposer. Certains confirmaient leur position actuelle et leur itinéraire, inspectaient leur équipement et prenaient des notes. Il y avait beaucoup à faire. Un léger écart dans le degré de préparation pouvait signifier la différence entre la vie et la mort. Ce groupe convenait à une équipe de secours. Ils savaient tous ce qu’ils faisaient.

— T’aurais d’autres en-cas ? demanda Beatrice d’un ton suppliant en tirant sur ma manche.

Je n’essayais pas de l’amadouer avec de la nourriture ni quoi que ce soit du genre.

— Ne donne rien de douteux à Bea, me prévint Cecilia.

Puis elle tendit à sa sœur une pomme.

— Mange ça, et on se remet en route.

— D’aaaaccord, répondit Beatrice d’un air nonchalant, puis elle proposa le plat aux autres membres du groupe.

Chacun prit un quartier.

— Qu’est-ce que c’était que ça, un pique-nique ?

— Toi aussi, tu devrais manger quelque chose. Tu perdras probablement l’appétit au prochain étage, m’avertit Cecilia en grignotant un morceau de pomme.

— Pourquoi, c’est l’étage des morts-vivants ?

Un vrai fléau. Les coups mortels pour les êtres vivants ordinaires ne suffisaient pas à arrêter ces choses-là.

— Certains vomissent rien qu’en voyant des zombies. Alors tu fais peut-être bien de ne pas manger.

— On a de l’eau bénite ?

On pouvait venir à bout des zombies et des squelettes en les réduisant jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus revenir, mais le moyen le plus simple de se débarrasser des fantômes était d’employer la puissance sacrée. Sinon, on infusait son arme d’une magie conférant temporairement un pouvoir de purification.

— On a un prêtre, dit Cecilia en jetant un coup d’œil à son groupe, — mais c’est difficile à coordonner quand on a une file de gens aussi longue. Et on ne peut pas non plus avancer en un seul gros bloc.

— D’ordinaire, on les écarterait avec un sort ou autre, puis on se faufilerait en vitesse, mais ce n’est pas une option ici.

Rien que pour commencer, on risquerait de blesser ceux qu’il faut secourir.

— Au-delà, je suppose qu’on s’y prend à la manière d’une expédition.

Cela signifiait progresser par groupes de quatre ou cinq. Le prêtre lançait un enchantement sacré sur le premier groupe, qui avançait. Après une certaine distance, le prêtre conférait cette protection magique au groupe suivant et le faisait partir, et ainsi de suite. Pour le dernier groupe, le prêtre les accompagnait.

— On connaît déjà le chemin, donc on devrait suivre l’itinéraire le plus court possible.

— Une information utile, dit-elle en frappant un poing dans sa paume.

Je plissai les yeux et la regardai d’un air froid.

— Tu sais, je me demandais, dis-je à Cecilia, — pourquoi tu continues à me poser toutes ces questions. J’apprécie que tu prennes mon avis en compte, mais tu ne devrais pas en demander aux autres aussi ?

Ses compagnons de Medusa, et leurs alliés de Chrysaor et d’Argo, étaient tous avec nous dans le donjon. C’étaient des aventuriers chevronnés. Pas des bleus comme Ralph.

— Parce que tu sembles être le plus expérimenté.

— Je n’ai été aventurier qu’il y a des années. Je ne suis pas aussi affûté que ceux qui sont en activité.

— Inutile de cacher. Je sais que tu es le vrai chef d’Aegis, ricana Cecilia avec assurance. — Je l’ai su après le combat qu’on a eu. La petite… Noelle, c’est ça ? Tu as jailli pour la sauver, et quand le tremblement de terre a eu lieu, tu as été le premier à donner des ordres.

— J’ai paniqué, et j’ai agi avant de réfléchir. Les ordres, c’étaient juste les premières idées qui me sont passées par la tête.

— J’ai entendu les histoires qui courent sur toi.

Elle me poussa du doigt dans la poitrine.

— Une vraie chiffe molle. Un gringalet qui vit aux crochets de sa femme… j’y crois pas. L’image que j’ai de toi n’a rien à voir.

— Tu te fais des idées.

Je ne voulais vraiment pas qu’elle en apprenne trop sur mon passé. Ce genre d’ennuis avait tendance à tout vous retomber dessus d’un coup.

— Je te dirai une chose : Arwin est la chef d’Aegis. Sois certaine.

Je n’allais pas agir comme Lutwidge en tentant de le remplacer.

— Alors nous pourrons le lui demander en personne pour en être sûrs, dit-elle, et elle donna l’ordre de repartir.

Les aventuriers se relevèrent. S’ils prenaient trop de temps, cela ne ferait qu’accroître leur fatigue. Mieux valait reprendre l’activité avant que leurs muscles ne refroidissent. Nous reprîmes les recherches. D’autres difficultés surgirent après notre pause, comme auparavant. Il y eut d’autres monstres, bien sûr, et ils étaient plus puissants qu’à l’ordinaire. Les minotaures étaient plus grands que jamais, les golems plus coriaces, et les griffons plus rapides.

L’équipe de recherche subissait elle aussi des pertes. En plus d’Al, deux employés de la guilde et un membre d’Argo périrent. C’était mauvais. Une baisse de préparation au combat due à la fatigue était une chose, mais l’impact émotionnel était plus lourd. Les aventuriers souffraient d’un moral en berne. « Est-ce que la perte de nos compagnons vaut le sauvetage de ces gens ? » disaient leurs expressions, même si leurs lèvres ne le formulaient pas. Qu’est-ce que nous importent les autres groupes ?

L’aventure est un métier où l’on risque sa vie. Ils n’ont pas le temps de s’inquiéter pour des inconnus. Qu’ils vivent ou qu’ils meurent, c’est leur problème. Sans la réquisition de la guilde, ils ne seraient jamais descendus ici. Chacun a déjà fort à faire avec ses propres problèmes. Ceux qui connaissent la douleur ne sont pas tous capables de bonté.

Je comprends ce que c’est, mais il y a un autre facteur important qu’ils oublient : ceux qui attendent d’être secourus ont, eux aussi, de la famille et des amis qui tiennent à eux. C’était ma raison d’être là.

Nous avions atteint le treizième étage, mais Arwin elle-même restait introuvable. Les seules personnes encore manquantes étaient les membres d’Aegis et deux autres. Ils avaient probablement remarqué l’anomalie et avaient fait demi-tour vers la surface. Nous devrions les croiser d’un moment à l’autre, désormais. L’épuisement était gravé sur le visage des aventuriers. « Continuer d’avancer ou faire demi-tour ? ».

— Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

— Je réfléchis, répondit Beatrice à sa sœur.

Tout le monde le sentait. Si nous remontions maintenant, ils ne redescendraient pas ici avant la fin de la Ruée. Ils auraient peu de chances de récupérer ne serait-ce que des effets personnels, et encore moins de sauver des survivants. C’était notre première et unique chance.

— On ne devrait pas remonter, là ? marmonna l’imbécile d’Argo. — À ce stade, on ne va trouver que des cadavres. Elle a probablement déjà fini zombie, avec un minotaure comme jouet au lieu de ce plouc.

— C’était la plaisanterie la plus stupide de tous les temps, dis-je en portant une main à mon visage. — Considère ceci comme un avertissement : tu n’as aucun sens de l’humour. N’essaie plus jamais la comédie, l’esprit ou le sarcasme. Tu ne fais que dévoiler ton ignorance crasse et ton inutilité. Ton meilleur ouvrage, tu le feras à vomir tes tripes dans une taverne, en chouinant sur la pisse et la merde.

— C’est moi que tu traites d’inutile là ?

Il me fusilla du regard en me saisissant par l’épaule. J’éclatai de rire.

— Allons donc. Tu ne t’attends pas à ce que j’aie peur d’un minus pareil, si ? Tu veux que je réagisse comment ? Que j’éclate en sanglots ? Ouinnn, le méchant monsieur m’embête !

— Si vous voulez faire tout un numéro comique, vous pouvez attendre qu’on soit de retour à la surface ? dit Cecilia avec une irritation non dissimulée.

À cet instant précis, je remarquai quelque chose de blanc qui flottait silencieusement sous nos pieds. Avant que quiconque puisse le remarquer et s’écrier, cela nous avait entourés et continuait de se répandre.

— C’est quoi, de la fumée ?

— Non, c’est de la brume.

— De la brume dans un donjon ? C’est délirant, discutaient les aventuriers.

Pendant ce temps, elle s’épaississait de plus en plus. Bientôt, la brume blanche avait englouti notre position, obstruant complètement notre vision.

— Qu’est-ce que c’est… ? Qu’est-ce qui se passe ?

— Calme-toi, Bea, dit sa sœur.

Les Marettos étaient descendus au treizième étage à maintes reprises, mais même elles ignoraient ce que c’était. Il existait bien des monstres qui émettaient de la brume ou de la fumée, mais cela ne semblait pas correspondre. On sentait que quelque chose approchait. Des griffes éraflèrent la pierre, et des rugissements jaillirent de la brume.

— Attention !

Un long cri traînant s’éteignit dans un grognement. Ça devait avoir écrasé la gorge de quelqu’un. Ce fut le début d’une mêlée sauvage et frénétique. Des heurts d’acier et des hurlements perçaient la brume. Les imbéciles paniquaient.

— Ne brandissez pas vos armes au hasard ! Vous allez toucher vos alliés ! Maintenez le dialogue et repérez-vous mutuellement pendant le combat. Si ça paraît dangereux, décrochez !

Et voilà que je donnais encore des ordres, contre ma nature. Mais cela semblait porter : j’entendis des voix appeler des noms, et moins de cris. J’aurais même pu être impressionné par leur habileté et leur endurance, si j’avais été assez à l’aise pour penser à ce genre de choses.

Un monstre s’approcha de moi. Je ne pouvais que le sentir et l’entendre, sans le voir. Néanmoins, ces informations suffisaient à formuler une hypothèse éclairée. Je supposai que c’était un Nemea Leo, un lion à la peau dure comme la roche. Ils étaient très résistants et se moquaient à peu près de tout coup physique. Leurs points faibles étaient le cou et le flanc, mais, dans mon état actuel, je n’étais que de la viande pour eux. Je détalai dans la brume, fuyant pour sauver ma peau. Je n’allais être qu’un poids mort ici, aussi tentai-je de me replier vers l’étage supérieur, mais je me retrouvai coupé.

Comme je m’y attendais, c’était un Nemea Leo qui fendit la brume. Son corps, tel un grès brun, me barrait la route. Ses yeux violets luisaient d’avidité, sa crinière se hérissa, et il grogna en s’avançant à pas feutrés. Apparemment, j’étais au menu du dîner. En plus, la brume était encore plus épaisse à présent. Je distinguais à peine le bout de mon nez.

Désolé, Chef. C’est ta peau qu’on va récupérer, aujourd’hui.

Je tournai le dos aux aventuriers et activai mon soleil temporaire. La lumière se déversa dans mes muscles au moment où le Nemea Leo me bondit dessus. J’évitai ses crocs, l’empoignai à la gorge et, d’une simple pression, lui brisai la nuque à travers l’épaisse musculature. Combat terminé. Le corps s’effondra. Je désactivai le soleil, me retournai par précaution, la brume était trop dense pour que quelqu’un m’ait vu. Soulagé, je repris ma route vers le douzième étage… puis je m’arrêtai. J’avais entendu une voix. Celle d’Arwin, peut-être.

— Arwin, tu es là ? Redis quelque chose !

Mais il n’y eut pas de réponse, ni le moindre son de quelque chose qui approchait. Il me faudrait aller vers elle, à la place. Je posai la main au mur et avançai, cherchant en vain le moindre signe d’une présence humaine.

— Hé, où es-tu ? Ton bien-aimé Matthew est venu te sauver ! criai-je.

Cela pouvait m’attirer d’autres monstres, mais j’étais prêt à courir ce risque. Ma sécurité personnelle n’était pas la priorité absolue à cette seconde.

— Vous êtes là ? Dites quelque chose ! N’importe qui ! Virgil, Clifford, Seraphina, Noelle, Ralph ! Ralph l’andouille !

Pas de réponse. Le combat continuait, ce qui n’aidait pas à tendre l’oreille pour percevoir des signes d’eux. Avais-je rêvé ?

— Hmm ?

Alors que je commençais à perdre confiance, je me cognai le bout du pied contre quelque chose. Je bondis en arrière par réflexe et, en voyant sur quoi j’avais failli marcher, je poussai un cri. Un mage aux cheveux noirs gisait au sol, les yeux ouverts. Clifford le mage, membre d’Aegis. Un trou béant dévastait sa poitrine. Il avait été tué d’un seul coup porté dans le dos.

— …Espèce d’abruti.

Comment était-il censé aider Arwin s’il était mort ? Je fermai les yeux de Clifford et lui retirai sa carte de guilde. Cela confirmait toutefois une chose : Arwin se trouvait sur cet étage. Et elle était en danger. Connaissant son caractère, elle n’abandonnerait pas le corps d’un camarade. Cela signifiait qu’elle était dans une situation qui l’empêchait de le récupérer.

Le bruit des combats me parvenait à travers la brume, un peu plus loin devant, l’air qu’on tranchait, des pas affolés, et les cris de la princesse chevalier en personne. La brume s’épaississait de nouveau.  Je risquais de tomber dans une embuscade, mais il n’y avait plus de temps pour hésiter. Je me ruai vers la source des sons, tournant à gauche ou à droite quand il le fallait, m’enfonçant toujours plus dans le donjon.

J’aboutis dans un espace dégagé. Cela devait être près du centre du treizième étage. Deux silhouettes jaillissaient à toute vitesse dans la brume, se croisant avec violence. L’une était Arwin. Mais qui était l’autre ? Une explosion retentit tout près, sans doute un sort. Elle ne toucha personne, mais la déflagration souffla assez pour dégager un pan de brume.

Avec la visibilité qui se dégageait, je pus enfin distinguer Arwin et un monstre étrange.

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