THE INSIPID prince t2 - Chapitre 1

La querelle secrète au cœur de la capitale

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Traduction : Moonkissed
Harmonisation : Raitei

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1

 

Deux semaines s’étaient écoulées depuis le tumulte. En raison de la grande confusion qui régnait, aucun mouvement notable n’avait été observé dans la guerre de succession.

Pendant ce temps, Leo et moi nous rendions dans un endroit particulier. Cet endroit s’appelait le Palais Intérieur.

C’est là que vivent les concubines de l’Empereur.

Il est situé derrière le palais impérial, un palais réservé aux femmes où seuls l’empereur et les personnes qu’il a autorisées peuvent entrer.

Il n’y a qu’une seule raison pour laquelle nous venons dans un tel endroit. C’est pour rencontrer notre mère.

Combien de temps s’est-il écoulé depuis la dernière fois que je l’ai vue ? Probablement environ trois mois, je suppose. Mais cela ne vaut que pour moi.

Leo semble lui rendre visite dès qu’il a un moment de libre. C’est un fils très dévoué.

— Mère, Al et Leo sont venus te rendre visite.

— Bienvenue. J’ai préparé des gâteaux. Seriez-vous d’humeur à en manger ?

La seule personne qui puisse se montrer aussi franche avec son fils, même lorsqu’il ne lui rend pas visite depuis longtemps, c’est sans doute ma mère.

Elle s’appelle Mitsuba. Elle a de longs cheveux noirs et des yeux noirs. Elle est si jeune et si belle qu’on ne peut pas imaginer qu’elle ait deux fils adultes. Je devais éviter ce sujet en sa présence.

Elle était une danseuse originaire de l’est, une légende dont mon père était tombé amoureux de la beauté et à qui il avait demandé sa main sur-le-champ. Leur histoire était encore célèbre dans la capitale impériale aujourd’hui.

Bon, le côté légendaire vient de la rapidité avec laquelle il l’a demandée en mariage, mais elle n’a vraiment pas son mot à dire dans notre éducation. Elle est assez excentrique à ce sujet, mais bon, ça me ressemble bien.

En fait, elle n’avait pas dit un mot à l’Empereur à ce sujet.

Grâce à cela, quelqu’un comme moi a vu le jour, mais comme Leo a bien tourné, cela semble avoir fini.

Nous nous asseyons à la table préparée et tendions la main vers les sucreries. Puis.

— Ça fait longtemps, n’est-ce pas, Al ?

— Oui, ça fait longtemps, mère.

— C’est parce que tu t’amusais trop et que tu as oublié ta mère ? Ou est-ce que tu t’es trouvé une amante ?

— C’est la première option.

— Quelle réponse ennuyeuse. Tu as trop peu de connaissances féminines, tu sais. Partage de temps en temps quelques histoires d’amour avec ta mère.

Parfois, je pense que cette personne a oublié que ses fils sont des princes.

Moi mis à part, ce serait une grande nouvelle si Leo avait une amoureuse. Il faudrait enquêter pour savoir qui est sa partenaire et si elle vient d’une bonne famille.

Bon, nous avons été élevés comme des enfants normaux, sans nous soucier de ce genre de choses. On nous a enseigné le minimum en matière de bonnes manières, mais c’est tout.

Sa politique éducative consistait à laisser ses enfants faire tout ce qu’ils voulaient. Comme notre mère est comme ça, même si nous trouvions les cours ennuyeux et que nous nous échappions, elle ne se fâchait jamais contre nous. Cependant, elle nous disait toujours que « si nous pensions que cela serait nécessaire pour l’avenir alors assurez-vous de les étudier », et c’était tout.

En y repensant maintenant, c’était terrifiant. Que pensait-elle de l’éducation d’un prince ?

En raison de notre indépendance, l’aîné est devenu un bon à rien, tandis que le cadet a grandi pour devenir quelqu’un de remarquable. On pourrait dire que sa méthode a complètement révélé notre personnalité.

— Alors, pourquoi êtes-vous ici tous les deux cette fois-ci ?

— Maman. Cette fois-ci, j’ai été nommé ambassadeur plénipotentiaire et Mon frère a été désigné comme mon assistant. Nous devrons probablement quitter l’empire dans un avenir proche. C’est pourquoi nous voulions te le faire savoir avant.

— Ah bon ? C’est vrai ? Alors, je peux avoir quelque chose à manger en souvenir ? Si vous m’achetez un bijou, je ne saurais pas quoi en faire.

— Aah…

Même avec ce genre de personnalité, elle s’en sortait bien ici, dans le palais intérieur.

Actuellement, le palais intérieur était également en proie à une lutte de pouvoir. Apparemment, les mères qui veulent que leur enfant devienne empereur complotent quelque chose. En raison du regard vigilant de l’impératrice et de l’empereur sur le palais intérieur, elles ne peuvent pas faire de grands mouvements, mais il ne fait aucun doute que c’est un endroit où il faut être prudent.

— Mère, tu n’es pas inquiète ?

— Tu veux que je m’inquiète ? Tu es encore un enfant, Leo. Je n’ai pas l’intention de dire à mes fils de dix-huit ans ce qu’ils doivent faire, mais si Sa Majesté vous a confié une tâche, c’est qu’il a déjà jugé que vous en étiez capable, vous comprenez.

— Je vois… Alors je vais faire mon travail avec confiance.

— Il m’a enfin donné du travail, je vais donc faire de mon mieux.

— Fais comme tu veux. Tu ne mourras pas si tu échoues, après tout, dit ma mère en sirotant son thé.

Si c’était les autres, ils nous auraient certainement dit qu’il ne fallait surtout pas échouer ou que c’était l’occasion de faire bonne impression auprès de Sa Majesté.

Alors que je réfléchissais à cela, j’entendis frapper à la porte. Lorsque ma mère ouvrit, ce fut à ma grande surprise Christa qui apparut.

— Ah, Christa. Bienvenue.

— Mère !

Avec une expression inhabituellement radieuse, Christa courut vers ma mère et s’assit sur ses genoux.

La petite Christa s’installa confortablement sur les genoux de ma mère et fixa les friandises posées sur la table.

Elle semblait comprendre que ces friandises avaient été préparées pour nous.

— Tu peux les prendre, tu sais. Al et Leon n’en mangent pas beaucoup de toute façon.

— Vraiment ? Grands-frères Al et Leo..

— Oui, mange. Prends-en autant que tu veux.

— J’en ai déjà, alors on les mange ensemble, Christa. Ah !

Voir Christa tendre la main vers les bonbons me rassurait vraiment. On dirait vraiment une mère et son enfant.

La mère de Christa est décédée quand Christa était encore petite. À l’époque, c’est ma mère qui a dit qu’elle s’occuperait d’elle.

Depuis, Christa traite ma mère comme si c’était sa vraie mère. En les voyant ainsi, nous étions tous pris d’une grande nostalgie.

— À propos, Elna est passée l’autre jour. Elle s’est excusée pour Al, mais qu’as-tu fait ?

— Eh bien, elle a fait quelque chose d’inutile. À cause de ça, je me retrouve maintenant dans une situation délicate.

— C’est toi qui es délicat, Grand-Frère !

 

 

Christa utilisait le bras de sa poupée lapin pour me pointer du doigt.

Apparemment, je me fais gronder par la poupée. Quand je la regardai en fronçant les sourcils, tout le monde rit.

Le temps passa paisiblement jusqu’à ce que ma mère soulève soudainement une question alors que je m’apprêtais à rentrer.

— Ah, c’est vrai. J’ai oublié de vous demander ça.

— Quoi donc ?

— Lequel d’entre vous prendra Blau Mowe pour princesse ?

— Pfff !!

— Pfff !!

Leo et moi recrachions notre thé en même temps.

Nous nous étouffions avec le thé tout en nous essuyant la bouche avec la serviette que Christa nous tendait.

— Qu’est-ce que tu nous demandes tout d’un coup, mère ?

— Nous ne sommes pas dans ce genre de relation avec Finne, mère…

— Mais c’est inhabituel pour vous deux d’avoir une femme dans votre vie, n’est-ce pas ? Alors, est-elle celle de Leo après tout ?

— Eh bien, les gens disent qu’ils vont bien ensemble.

Passons la balle à Leo.

L’expression de Leo disait « Tu m’as trahi !? » ou quelque chose du genre, mais épargne-moi ce sujet délicat.

Alors que je pensais qu’il valait mieux partir tout de suite, une embuscade était venue d’une direction inattendue.

— Mère. Finne est l’amie de Grand Frère Al, tu sais.

— Oh mon Dieu ! Vraiment ?

— Oui. Finne est si belle et elle va très bien avec Grand Frère Al.

— Oh, oh.

— Non, non…

On dirait que je ne dois pas vous sous-estimer non plus, ou du moins c’est ce que me dit le regard perplexe de ma mère.

 

Comment oses-tu lui raconter une telle histoire, petite fille. Finne me va bien ? Si tu répands cette histoire dans la capitale, tu seras la risée de tous.

— Nous avons simplement passé plus de temps ensemble à cause de l’affaire avec le duc Kleinert. Il n’y a rien entre nous.

— Elle reste tout de même la plus belle femme de l’Empire, n’est-ce pas, Christa ?

— Euh… Mère est plus belle !

— Merci, Christa. Je trouve aussi que Christa est la plus belle.

En regardant les deux femmes qui s’étreignaient pour une raison que j’ignore, je poussai un soupir et me levai. Je m’inclinai et m’apprêtai à partir.

— Tu pars déjà ?

— Ça fait longtemps après tout. J’ai quelqu’un à voir aujourd’hui. Reste ici encore un peu.

— Grand Frère Al, à plus tard.

— Oui, à plus tard. Mère aussi.

— Oui, prends soin de toi. Tu te pousses toujours trop.

— Je ne me suis jamais poussé de ma vie, tu sais. J’ai toujours vécu ma vie comme il faut.

— Vraiment ? Bon, disons ça comme ça. Très bien, fais de ton mieux.

Après avoir été congédié par ma mère, je quittai le palais intérieur avec une motivation renouvelée. Je devais encore réfléchir à la suite.

Je devais protéger cet endroit. Je ne pouvais pas me permettre de me reposer.

— Sebas.

— Oui, monsieur.

— Découvre les faiblesses des nobles de la faction neutre. Je dois faire tout ce que je peux tant que je suis encore dans la capitale impériale.

— Certainement.

C’est ainsi que je poursuivis mes manœuvres secrètes.

 

2

 

— Bonjour, comte Baelz.

— Oh, mais c’est le prince Arnold. Que puis-je faire pour vous aujourd’hui ?

Le comte Baelz est un noble de la cour sans territoire qui vit dans la capitale impériale.

Depuis des générations, les comtes de Baelz occupent des fonctions importantes au sein de l’empire. L’actuel comte Baelz est également vice-ministre de l’Ingénierie, où il travaille dans le domaine du génie civil et de la lutte contre les inondations.

Le comte Baelz a toujours gardé ses distances avec la guerre de succession. Comme sa position n’a pas d’influence directe sur le cours de la guerre, les trois autres ne s’intéressaient pas particulièrement à lui.

Si je suis venu ici, à la résidence du comte Baelz, c’est parce que j’ai entendu une certaine rumeur.

— En fait, j’ai entendu une rumeur, voyez-vous.

Le comte Baelz est un homme dans la trentaine.

Son crâne chauve et son apparence timide font de lui un homme auquel aucune femme ne jette un regard.

Cependant, il s’était enfin installé quelques années auparavant. À l’origine, c’était un homme talentueux qui avait succédé à une famille célèbre et avait même occupé le poste de vice-ministre. S’il ne commettait pas d’erreur dans le choix de son épouse, il aurait dû avoir d’innombrables candidates potentielles.

Mais il avait commis une erreur.

— Une rumeur, dites-vous… ?

— Oui, ce n’est qu’une rumeur, mais il semblerait que votre femme s’amuse tous les soirs de manière extravagante. Elle se présente comme si elle était de la royauté et tout le monde se demande d’où vient tout cet argent. C’est une rumeur qui circule.

— Ce… ce n’est qu’une exagération. Certes, ma femme aime s’amuser, mais elle ne s’est jamais comportée ainsi, elle était, elle était…

 

Le comte Baelz essuya la sueur sur son front avec un mouchoir. Il semblait que les informations recueillies par Sebas étaient exactes.

D’après Sebas, apparemment, le comte se plaignait de sa femme à ses connaissances. Son mécontentement à son égard était extrême, il disait souvent qu’il voulait divorcer ou que s’il ne pouvait pas, il se suiciderait.

À en juger par ses réactions, je suppose qu’il trouve le comportement de sa femme déplaisant. La question est de savoir jusqu’où cet homme est prêt à aller pour elle.

— Comte Baelz.

— Oui, oui !

Il changea de ton, et quand je le regardais, je voyais clairement qu’il se redressait.

Est-ce parce qu’il a mauvaise conscience ? Ou est-ce peut-être son tempérament habituel ?

— Il y a aussi cette rumeur. On dit que vous utilisez l’argent détourné de l’empire pour votre femme.

— Je n’ai jamais fait une chose pareille ! J’ai toujours travaillé dur en tant que ministre loyal de l’empire ! Je vous en prie, croyez-moi !

 

 

— Même si vous dites cela. Cette fois-ci, je suis venu ici parce que la rumeur est déjà parvenue jusqu’au château. Ce serait grave si cela venait aux oreilles de mon père, vous comprenez ? Je veux clarifier les choses avant que cela n’arrive.

Le sang quitta le visage du comte.

C’est un homme facile à comprendre. C’est peut-être à cause de sa nature timide qu’il ne veuille qu’une telle rumeur parvienne jusqu’à l’empereur. Puis-je espérer quelque chose ?

— V-Votre Altesse ! Prêtez-moi votre pouvoir ! Aidez-moi, je vous en prie !

— Je n’ai pas l’intention d’aider un criminel. Leo non plus, bien sûr.

— Je n’ai vraiment pas touché aux fonds de l’empire !

— Alors d’où vient cet argent ? Votre femme ne pouvait pas se permettre de telles dépenses avec le salaire d’un comte.

— Ça venait de nos économies, donc ça allait au début… mais elles ont rapidement fondu, alors j’ai emprunté de l’argent à des connaissances et récemment, j’ai dû emprunter aussi à des marchands… Je me sens mal vis-à-vis de mes connaissances, mais la date limite approche, que dois-je faire…

Pourquoi avez-vous épousé une telle femme ?

Alors que j’avais cette pensée incroyablement grossière, la porte s’ouvrit violemment.

— Chéri ! Il n’y a pas assez d’argent ce mois-ci !?

— Be-Bethina !? Sors immédiatement ! J’ai une conversation importante avec le prince !

La personne qui entra était une beauté éclatante aux cheveux dorés. Elle devait avoir le même âge que moi, voire un peu plus. Une jeune femme quand on pense qu’elle a épousé un homme d’une trentaine d’années.

Tout ce qu’elle portait était tape-à-l’œil. Sa robe était celle que je voyais souvent porter aux femmes de la cour et les métaux précieux qui ornaient son corps semblaient également être authentiques.

Je comprends pourquoi il veut divorcer.

— Prince ? Lequel ?

— Hé, hé !?

— C’est Arnold Lakes Adler. Désolé de vous déranger, Madame Baelz.

— Arnold ? Ah ! Ce prince terne ? J’ai entendu parler de vous par le fils du duc Horsvath. Le prince misérable qui s’est fait prendre tout ce qu’il avait par son frère, c’est ça ? Qu’est-ce qu’un incompétent comme vous fait dans notre maison ?

— …

Le comte Baelz resta sans voix.

Eh bien, c’était pareil pour moi. La seule personne qui m’ait jamais ridiculisé en public comme ça, c’était Gied. Elle pensait probablement qu’elle pouvait se le permettre puisque Gied s’en tirait à bon compte. Mais Gied était à la fois mon ami d’enfance et le fils d’un duc. Leurs positions étaient complètement différentes.

Ah, cette femme, quelle idiote. En la voyant agir ainsi, je ressentis de la sympathie pour le comte.

— Sors d’ici immédiatement…

— Hein ? C’est un ordre ?

— Peu importe, sors d’ici !

C’était probablement la première fois que le comte était aussi en colère contre sa femme. Déconcertée, Bethina quitta la pièce avec une expression désagréable.

— Veuillez pardonner le manque de respect de ma femme, Votre Altesse !

— Je m’en fiche. J’y suis déjà habitué après tout. Mais c’est une femme assez absurde, n’est-ce pas ?

— … Ma femme est venue me voir quand elle avait dix-sept ans. Elle est la fille d’un noble local qui était célèbre pour sa beauté, je suis tombé amoureux d’elle dès notre première rencontre. Après cela, je lui ai donné tout ce qu’elle voulait parce que je ne voulais pas qu’elle me déteste, mais les choses ont dégénéré. À présent, elle se prend pour une sorte de princesse ou une noble de haut rang…

— Bien sûr, je pense que c’est la faute de votre femme, mais c’est aussi votre responsabilité en tant que mari de l’avoir encouragée. Si vous êtes son mari, vous devriez la réprimander pour son comportement, n’est-ce pas ?

— Oui… vous avez raison, Votre Altesse.

Peut-être que son cœur était déjà complètement brisé.

La silhouette du comte, la tête baissée, était vraiment tragique.

Bon, que faire maintenant ? Il semble que je vais devoir modifier mon plan à partir de maintenant.

Le plan initial était de gagner progressivement la confiance du comte, mais si je le laisse seul, cela pourrait le conduire au suicide.

Je n’ai pas le choix alors.

— Si vous n’avez pas encore divorcé, c’est parce que vous l’aimez toujours ?

— Oui, mais… quand j’ai annoncé à Sa Majesté que je l’avais épousée, il était très heureux… nous avons également reçu de nombreux cadeaux de félicitations.

— Je vois. Cela doit être difficile de divorcer.

Ce n’est pas seulement la faiblesse du comte Baelz envers sa femme qui a attiré mon attention. C’est aussi parce que mon père l’apprécie beaucoup.

Je suis probablement en train de regarder le prochain ministre de l’Ingénierie. Le comte Baelz, qui est loyal à son travail et ne s’amuse pas trop, est très facile à croire du point de vue d’un employeur.

S’il connaissait la situation du comte, l’empereur soutiendrait lui-même le divorce. Cependant, il est impossible qu’il connaisse aussi bien chacun de ses sujets.

Pour l’instant, il a besoin de quelqu’un pour servir d’intermédiaire.

— Comte Baelz. Je sais que vous n’êtes pas idiot. Vous devez savoir pourquoi je suis ici, n’est-ce pas ?

— O-oui… pour m’ajouter à la faction du prince Leonard, c’est bien ça ?

— Oui. Si possible, j’aimerais passer plus de temps avec vous pour gagner votre confiance, mais… il semble que nous n’ayons pas beaucoup de temps. Je vais demander à Leo de transmettre votre situation à mon père. Ensuite, si la réponse de mon père est favorable à votre divorce, alors faites-le immédiatement. Je m’occuperai de la lettre à envoyer à la maison parentale de votre femme, ne vous inquiétez pas.

— Vraiment ? C’est vrai ?

Le comte Baelz me regardait comme s’il regardait son sauveur. À quel point es-tu acculé ?

Bon, c’est un peu égoïste, mais c’est aussi pour la guerre de succession. Laissons la madame goûter un peu aux larmes, d’accord ? Il s’agit de subir les conséquences. La différence, c’est que le comte a son utilité, contrairement à sa femme.

Mais comment expliquer cela à Leo ? C’est lui après tout, parlons-lui face à face.

Mais je veux lui épargner la vue de cette femme si possible. Madame pourrait traumatiser Leo avec les femmes après tout.

— Comte Baelz. Excusez-moi, mais pourriez-vous écrire une lettre d’appel à Leo ?

— Une lettre ?

— Oui, immédiatement. Ce sera plus facile de le persuader ainsi.

— Persuader ?

— Leo est un bon garçon, vous voyez. Si je lui en parle moi-même, vous risquez de me prendre pour intermédiaire. Vous ne voulez pas cela, n’est-ce pas ?

— O-oui, je vais écrire la lettre tout de suite !

À ma demande, le comte commença à rédiger la lettre d’appel à Leo.

Même s’il était un membre de l’élite né dans une famille noble de la cour et qu’il avait succédé à la tête de sa maison, quelle femme avait bien pu le rendre si malheureux ?

Comme je le pensais, il faut choisir sa femme avec soin.

Pendant un instant, les femmes de mon entourage, telles que Finne et Elna, me traversèrent l’esprit.

Rien que de les imaginer comme ma femme me terrifiait. Quelle que soit celle qui deviendrait ma femme, cela semblait être source de nombreux problèmes. Arrêtons d’y penser.

Quoi qu’il en soit, j’aimerais que ma femme soit normale.

— V-Votre Altesse, est-ce que cela vous convient… ?

— Laissez-moi voir.

Mon visage se déforma lorsque je jetai un œil à sa lettre.

Ce qui était écrit là, c’était la déclaration du comte, se plaignant des fautes de sa femme. Tout le mécontentement qu’il éprouvait à son égard transparaissait dans chaque lettre.

Je soupirai devant le contenu de la lettre, qui pourrait déjà être qualifié de malédiction.

— Faites attention aux pièges tendus par des femmes après avoir commencé à coopérer avec nous, d’accord ?

— Oui, oui ! Je ne regarderai plus aucune femme ! Je servirai fidèlement le prince Leonard et le prince Arnold de toutes mes forces !

— Ne vous méprenez pas. Nous avons simplement besoin de votre aide. Votre seigneur est toujours Sa Majesté l’Empereur. Pas nous.

— Pardonnez mon impolitesse.

Je devais enfoncer le clou.

S’il traitait Leo comme son seigneur, nous ne ferions que nous créer un ennemi supplémentaire. Je voulais éliminer autant que possible ces possibilités.

 

— Très bien, j’ai bien reçu ta lettre. Vous connaîtrez le résultat dans quelques jours, alors attendez patiemment.

— Oui ! Merci beaucoup.

Après cela, je quittai le manoir du comte.

Lorsque je quittai le manoir, Madame fixait le comte Baelz dans son dos, mais bon, j’espère qu’il pourra être plus patient pendant quelques jours encore.

Finalement, lorsque je laissai Leo lire la lettre, « Pourquoi a-t-il épousé une telle personne ? », une question tout à fait naturelle fut posée par Leo. Eh bien, après avoir convaincu Leo et lui avoir demandé de transmettre le message à mon père, celui-ci avait pleinement soutenu le divorce du comte, et celui-ci avait été prononcé en un rien de temps.

Eh bien, pour mon père, cela devait être insupportable de voir l’avenir de son candidat au poste de ministre brisé par la fille d’un noble local.

Avec cela, le comte Baelz rejoignit la faction de Leo, et l’influence de ce dernier se renforça légèrement.

 

3

 

— Était-ce vraiment une bonne idée ?

Alors que je rangeais quelques papiers, Finne préparait du thé tout en posant cette question.

— De quoi parles-tu ?

— Le fait d’avoir ajouté le comte Baelz à nos alliés. J’ai certes ressenti de la sympathie pour lui, mais on ne peut nier qu’il subissait également les conséquences de ses actes. S’il a donné à sa jeune épouse tout ce qu’elle demandait, puis a divorcé parce qu’il finissait par perdre le contrôle sur elle… Je ne pense pas pouvoir accepter cela en tant que femme.

— Eh bien, si tu le vois sous cet angle, le comte doit passer pour le pire des hommes, n’est-ce pas ?

— Y a-t-il d’autres perspectives ?

Si elle me le dit aussi directement, c’est qu’elle doit être assez mécontente, hein. Eh bien, on parle d’amour après tout, on ne peut pas simplement le jeter quand ça ne nous arrange plus.

Du point de vue d’une femme, il est naturel qu’elles trouvent cela désagréable. Cependant, cette affaire ne concerne pas seulement ces deux-là.

Je commençais à lui expliquer tout en rassemblant les documents.

— Bethina, l’ex-femme du comte est issue d’une noble lignée du sud, la maison Daum. Ce comte Daum est un parent de l’un des nobles les plus puissants du sud, le duc Kruger. Ce nom te dit quelque chose ?

— Bien sûr. Je me souviens très bien que l’une des concubines de Sa Majesté était issue de la maison Kruger, n’est-ce pas ?

 

— Oui, la cinquième concubine est la sœur de l’actuel duc Kruger. En d’autres termes, c’est une maison ducale qui entretient des liens étroits avec la famille impériale. Maintenant, réponds-moi : qui est l’enfant de la cinquième concubine ?

Après avoir réfléchi à ma question pendant un moment, Finne frappa dans ses mains en se souvenant de la réponse.

Elle répondit alors immédiatement avec assurance.

— La princesse Zandra…

— Le neuvième prince aussi. Mais son petit frère n’a rien à voir avec cela pour l’instant. Le lien important est celui qui existe entre Zandra et Bethina.

— Un lien… ? Je ne pense pas que les parents du côté maternel soient si étroitement liés.

— Normalement, oui. Mais dans ce cas-ci, c’est un peu différent. Au fait, Finne, tu te souviens de la base du pouvoir de nos rivaux ?

— Ah, oui. Le prince Erik a le soutien des fonctionnaires civils, le prince Gordon était soutenu par l’armée, et la princesse Zandra a le soutien des mages, c’est ça ?

Elle s’en souvient donc.

Eh bien, si elle ne s’en souvenait pas, cela m’aurait posé problème.

Quand je lui dis qu’elle avait donné la bonne réponse, Finne se réjouit et dit

— J’ai réussi.

Je continuais la conversation tout en me demandant pourquoi elle avait placé la barre si bas.

— Alors, selon toi, qui sont les partisans les plus faibles au sein de la capitale impériale ?

— Au sein de la capitale ? Pas de cet empire ?

— Oui, de la capitale.

— Hum… Les plus forts devraient être ceux du prince Erik, donc il reste le prince Gordon et la princesse Zandra, mais… Ah, j’ai trouvé ! C’est le prince Gordon !

— Pourquoi ?

— Comme les officiers militaires sont au front, son influence devrait être plus faible dans la capitale.

— L’idée n’est pas fausse, mais c’est incorrect. Il y a aussi des officiers militaires qui ne sont pas au front. La bonne réponse est Zandra.

— Aïe, je me suis trompé… Mais pourquoi la princesse Zandra est-elle la moins soutenue ?

En réfléchissant à la manière de lui expliquer pour qu’elle comprenne facilement, je pris les bonbons qui se trouvaient sur mon bureau. C’est peut-être grâce à l’accueil de Christa, mais aujourd’hui, les bonbons étaient des biscuits en forme d’animaux.

J’ai pris les biscuits en forme de lion, d’oiseau et de loup. J’ai placé le lion et l’oiseau sur une assiette, puis j’ai écrasé le biscuit en forme de loup et l’ai dispersé autour d’eux.

— Aaah… et dire que j’avais réussi à bien les faire cette fois-ci…

— Bon, désolé pour ça. Maintenant, sur cette assiette, il y a le soutien d’Erik et de Gordon, d’accord, et celui de Zandra est éparpillé. Maintenant, tu comprends ce que j’essaie de dire ?

— ???

— Tu ne comprends pas, hein. Bon. Les fonctionnaires civils et militaires sont souvent présents dans la capitale impériale. Cependant, les mages n’ont pas de fonction officielle au sein de notre gouvernement. Bien sûr, certains fonctionnaires sont des mages, mais ils occupent des postes très variés, comme nobles à la cour, nobles locaux ou officiers militaires à la frontière. Ils sont trop dispersés.

— Je vois ! Il n’y a donc pas beaucoup de personnes qui peuvent soutenir la princesse Zandra à l’intérieur de la capitale, n’est-ce pas ?

— Eh bien, c’est le cas. Mais voici le point principal.

— Hein… ? Ce n’était pas le point principal… ?

Finne tremblait légèrement, craignant que la conversation ne devienne encore plus difficile. Lui adressant un sourire amer, j’essayai de lui donner une explication aussi simple que possible.

— En termes simples, Zandra a moins de partisans aux postes clés de l’empire en raison de la nature de sa base de pouvoir. Gordon a les militaires et Erik est en bons termes avec les fonctionnaires, ces personnes peuvent transmettre leur volonté à l’empereur. Zandra, en revanche, n’a aucun moyen de le faire. C’est gênant pour Zandra, n’est-ce pas ?

— Je vois. Je pense que cela ferait vraiment une différence si vos partisans avaient un siège au conseil privé.

— Exactement. C’est pourquoi Zandra a toujours essayé d’obtenir un siège de ministre pour ses partisans.

— Est-ce possible ? La nomination des ministres ne peut-elle pas être faite que par l’empereur lui-même ?

— Eh bien, il y a un moyen de contourner cela.

Sur ces mots, j’empilai les biscuits verticalement sur l’assiette.

Voyant cela, Finne pencha la tête. Si vous n’êtes pas familier avec ce genre de chose, vous pourriez avoir le cœur volé, car ce geste était tout à fait adorable. Je ne pouvais pas montrer ça au comte Baelz. Il pourrait soudainement demander sa main après tout.

Cependant, je ne me laissai pas distraire et continuai à écraser le biscuit en forme de lion que j’avais placé sur le dessus.

— AAh !? Encore !?

— Il allait être mangé de toute façon, non ? Eh bien, c’est comme ça qu’on installe la personne qu’on veut au poste de ministre.

— Comment ça ?

— Je vais te l’expliquer autrement. Le lion est l’actuel ministre. L’oiseau en dessous est candidat à ce poste. Si le lion en haut se casse, le poste reviendra à l’oiseau.

— Je vois ! Donc, vous préparez un candidat pour le prochain ministre tout en sapant l’actuel, c’est ça !

Elle a beaucoup d’imagination, hein. Normalement, elle n’est pas douée pour ce genre de complots sournois, mais ça ne veut pas dire qu’elle est stupide ou quoi que ce soit. Parfois, elle est trop simple, au point de me faire peur.

— C’est exactement ça. Si ton partisan est un vice-ministre ou occupe un poste similaire, tu peux renverser le dirigeant actuel et installer ton propre ministre.

— Je vois… Et quel est le rapport avec le comte Baelz ?

— Aah… Quel est le poste actuel du comte Baelz ?

— Vice-ministre de l’Ingénierie… Eh ?

Elle avait enfin compris, hein.

Eh bien, c’est assez compliqué, on n’y peut rien.

— Zandra manipulait Bethina par l’intermédiaire de ses parents, Bethina elle-même a dû recevoir l’ordre de jouer le jeu. Mais elle danse joyeusement au rythme de la musique. Et récemment, Zandra lui a donné un autre ordre.

— Il y a encore plus…

— C’est important après tout. Bethina a une liaison avec l’actuel ministre de l’Ingénierie. Il semble que ce soit le ministre lui-même qui ait initié la relation, mais c’est probablement Bethina qui l’a séduit en premier. De plus, la femme du ministre est la fille d’un ami proche de l’empereur. Apparemment, c’est l’empereur lui-même qui les a mis ensemble. S’il apprend cette liaison, il sera sûrement furieux.

— … Ne me dites pas, depuis le début ?

— C’est exact. C’est un scénario conçu par Zandra. Elle a envoyé une belle femme au comte Baelz, qui n’est pas doué avec les femmes, afin de le faire souffrir. En parallèle, elle s’occupe du ministre afin de se débarrasser de lui. Plus tard, elle aidera le comte en informant l’empereur de leur liaison au moment opportun. Et là, ô surprise, mon allié deviendra soudainement ministre.

— Attendez, attendez une minute ! Si, si c’est le cas, alors…

Je souris devant l’expression incrédule de Finne.

Elle avait très bien réussi à mettre en place ce plan pendant tant d’années. Elle avait peut-être commencé à le préparer au moment où le prince héritier était décédé. Elle n’était qu’à un pas de la réussite.

— Oui, j’ai complètement ruiné le plan de Zandra. Elle doit être furieuse en ce moment.

— Pas possible ! les seigneurs Al et Leo vont bientôt quitter l’empire, n’est-ce pas ? Pourquoi mettez-vous Sa Majesté Zandra en colère maintenant ?

— C’est justement parce que nous partons que nous devons perturber son plan. Tant que nous ne sommes pas dans la capitale, ils viendront inévitablement attaquer notre faction. Mais que se passera-t-il si nous perturbons l’équilibre de leur lutte à trois ? D’un seul coup, nous avons réussi à détruire le plan de Zandra. L’équilibre devrait être rompu à présent. Erik et Gordon ne manqueront pas cette occasion. Ils peuvent se débarrasser de nous à tout moment, mais ils n’ont que quelques instants pour attaquer Zandra affaiblie. Si j’étais à ta place, je profiterais de cette occasion pour affaiblir le pouvoir de Zandra.

— Vous avez pensé à tout ça… ?

— Tout ça, c’est grâce à Sebas. Il a réussi à soutirer des informations importantes aux assassins, c’est lui qui a enquêté sur le comte Baelz pour moi.

Zandra a aussi fait quelque chose de stupide.

Elle a envoyé les assassins qu’elle avait utilisés pour manipuler le comte Baelz pour s’occuper de moi. Grâce à cela, son plan lui a été volé. Bon, je ne veux pas dire du mal d’elle, mais on dirait qu’elle nous méprise un peu, non ?

— Euh… Je me demande depuis un moment, mais qui est exactement Sebas ?

— Hein ? Je ne t’ai jamais dit ? Sebas était autrefois un assassin. Il était même assez célèbre pour être surnommé « la Mort » à travers tout le continent, tu sais.

— !? Qu’est-ce qu’une telle personne fait comme majordome du Seigneur Al !?

— Je t’en parlerai plus tard. C’est une longue histoire. Maintenant, après avoir entendu mes explications, as-tu toujours des objections à ce que j’aide le comte ?

— N-non…

— Exactement. La raison pour laquelle il est si faible face aux femmes est probablement aussi l’œuvre de Zandra. Après tout, il a été vice-ministre pendant trois ans. Normalement, ce serait plutôt les femmes qui courraient après lui.

— D’une certaine manière, il est assez pitoyable, n’est-ce pas…

— Oui, il a dû être à la merci de Zandra pendant des années après son mariage, et nous avons enfin réussi à aider un comte aussi pitoyable. Bon, il est toujours utilisé par nous, mais bon.

Sur ces mots, je continuai à parcourir les documents.

Il s’agissait d’un document sur l’affaire du ministre de l’Ingénierie. J’allais demander au comte Baelz de le soumettre à l’empereur.

Avec ça, Zandra serait impliquée dans une querelle secrète pendant un certain temps. Gordon ne manquerait pas cette occasion pour agir, et la guerre de succession s’intensifierait.

Mais ce n’est pas grave. Gordon se ferait sûrement un ennemi de Zandra, et Gordon était la seule personne que Zandra ne voulait pas voir tomber.

S’ils s’entre-détruisaient, nous en profiterions. De plus, dans une telle situation, Erik ne ferait pas non plus de geste agressif.

Laissons-les s’épuiser autant qu’ils le veulent pendant que nous sommes loin de la capitale.

C’est avec cette pensée en tête que je mis les biscuits cassés dans ma bouche.

 

4

 

— Est-ce vrai !?

L’empereur Johannes jeta les documents présentés par le comte Baelz devant le ministre de l’Ingénierie.

Une flamme de colère tourbillonnait dans ses yeux.

Le ministre dont la liaison avait été dévoilée s’agenouilla immédiatement et implora son pardon.

— Pardonnez-moi, Votre Majesté ! J’ai été induit en erreur !

— C’est un crime de s’intéresser à la femme d’un autre ! En tant que ministre, tu le sais bien, n’est-ce pas ? De plus, c’était la femme de ton subordonné, n’est-ce pas ? À quoi pensais-tu ?

— C’est, c’est… C’est Bethina qui m’a abordé ! Je vous supplie de me pardonner ! J’ai été séduit ! C’est sûrement l’œuvre de quelqu’un qui veut me nuire !

—Tu penses que c’est acceptable d’avoir une liaison avec la femme d’un de tes subordonnés si elle t’a séduit ? Alors si l’une de mes concubines te séduisait, tu aurais une liaison avec elle ?

— Ce n’est pas…

— C’est la même chose ! Comment oses-tu blâmer la femme pour ton infidélité ?

La colère de Johannes était incontrôlable.

Il confiait son travail au ministre depuis de nombreuses années. Il lui avait même présenté la fille de son ami pour qu’elle devienne sa femme, et le fait que le ministre lui rende la pareille ainsi le mettait dans une colère noire.

Mais ce n’était pas la seule raison. La femme avec laquelle il avait une liaison était l’épouse du comte Baelz, l’homme qu’il convoitait. L’homme qui avait fait souffrir sa femme.

C’est lui qui avait donné son feu vert à l’enquête sur la femme du comte. Il avait même dit au comte, qui était réticent, que s’il y avait des problèmes, c’est lui qui rendrait son jugement. C’est dire à quel point il appréciait le comte.

 

Le plan de Zandra reposait principalement sur la confiance que Johannes accordait au comte. Elle avait exploité le fait que l’empereur croyait que le comte Baelz ne ferait jamais rien qui puisse nuire à son supérieur, et qu’en réalité, le comte était lui-même quelqu’un de ce genre.

C’est pourquoi, aux yeux de Johannes, cette affaire semblait être une tentative du ministre de coincer son excellent subordonné en utilisant la femme de ce dernier pour protéger sa propre position.

À cet égard, tout s’était déroulé comme prévu par Zandra. Normalement, on aurait pu penser que le comte utilisait sa femme pour piéger son patron, mais grâce à la confiance que Johannes accordait à la personnalité du comte, cela n’avait pas été le cas.

De plus, Johannes, qui avait déjà entendu le comte lui raconter à quel point il souffrait à cause de sa femme, avait également de la sympathie pour le comte Baelz.

C’est pourquoi Johannes avait pris une décision rapide.

— Démissionne de ton poste ! Rentre chez toi et attends ta punition !

— Pitié, pardonnez-moi ! Pardonnez-moi, Votre Majesté !

— Que le comte Baelz avance !

Johannes déclara sans montrer le moindre signe d’apaisement. Le comte Baelz, qui semblait avoir un peu reculé, s’avança devant Johannes. Puis, il présenta ses excuses.

— Je vous présente mes excuses les plus sincères ! Tout cela est dû à mon manque de surveillance envers mon ex-femme !

— Baelz… Que dis-tu ? Tu n’as pas à t’en prendre à toi-même.

— Mais…

— Je te fais confiance. Tu as peut-être été trop naïf et t’es laissé piéger par une mauvaise femme, mais j’aime bien ça chez toi. J’apprécie le sérieux et l’enthousiasme dont tu fais preuve dans ton travail. Je voulais quelqu’un comme toi comme ministre. Qu’en dis-tu, tu veux bien devenir mon ministre de l’Ingénierie ?

— Je… je ne peux pas accepter un tel poste ! C’est ma femme qui a commis un péché ! Je vous prie de la punir, Votre Majesté !

— Elle n’est plus ta femme. De plus, le ministre a également sa part de responsabilité dans cette affaire. Il ne peut pas être pardonné, même s’il a été séduit. Je n’ai pas l’intention de te punir pour cette affaire et je punirai également quiconque te calomnie.

— V-Votre Majesté…

— Je vais répéter mon ordre. Je nomme le comte Baelz ministre de l’Ingénierie. Tu dois travailler plus dur que jamais pour l’Empire.

— … Je n’oublierai jamais votre gentillesse, Votre Majesté. Au nom de la maison Baelz, permettez-moi d’accepter cette responsabilité.

C’est ainsi que le comte accepta le poste de ministre de l’Ingénierie.

Johannes échangea quelques mots avec lui et congédia le comte pour la journée. Puis il s’enfonça profondément dans son trône et poussa un soupir.

— Ça commence enfin à devenir intense, n’est-ce pas Franz ?

L’homme qui apparut devant lui sans permission était un homme du même âge que Johannes.

Il avait les cheveux d’un argent pâle et était vêtu d’un habit blanc semblable à celui des fonctionnaires civils. Il n’y avait qu’un seul poste dans cet empire qui autorisait à porter cet habit.

Le chef de tous les fonctionnaires, le Premier ministre.

Cet homme s’appellait Franz Seebeck. Comme vous pouvez le deviner d’après l’absence de « von » dans son nom, cet homme n’était pas un noble. Grâce à sa seule sagesse, il était passé du statut de fils d’un aubergiste à celui de Premier ministre, le poste le plus important de l’empire.

Johannes commença à parler à Franz.

— La lutte pour un poste de ministre est toujours liée à la guerre de succession. Tous les ministres actuels devraient bien le savoir. C’est pourquoi ils doivent être prudents. Se laisser séduire par la femme d’un subordonné est hors de question. Il finira par nuire à l’empire. Si je ne le remplace pas maintenant, les dégâts pourraient s’étendre à moi aussi.

— Je n’ai rien à redire sur la façon dont Votre Majesté traite cette affaire. Cependant, à quoi pensiez-vous lorsque vous avez nommé le comte Baelz ministre ? Cette affaire sent le complot, après tout.

Aux yeux de Franz, qui était l’officier d’état-major de Johannes depuis qu’il était encore prince, l’entourage du comte semblait suspect.

S’il n’avait pas approfondi la question, c’était parce qu’il lui était interdit d’interférer dans la guerre de succession. Sinon, il aurait déjà mené une enquête approfondie sur cette affaire.

— Cela m’importe peu qu’il s’agisse d’un complot. Baelz a les capacités requises pour ce poste et ce n’est pas lui qui a imaginé ce complot. Dans ces conditions, je ne vois pas d’inconvénient à le laisser à son poste. De plus, s’ils ne sont pas capables d’orchestrer au moins un complot de cette envergure, ils ne sont de toute façon pas aptes à devenir empereurs.

— Votre Majesté dit des choses étranges. N’est-ce pas moi qui ai imaginé tous les complots lorsque Votre Majesté était prince ?

— C’est ainsi qu’est un empereur. Pour devenir empereur, il faut être capable de reconnaître les talents des autres et de les exploiter. J’ai su remarquer tes talents assez rapidement. C’est pourquoi je t’ai laissé t’occuper de tous les complots. Grâce à cela, c’est moi qui suis assis ici aujourd’hui.

— Ne plaisantez pas. Même si je n’avais pas été là, vous auriez quand même pris le trône. Vous étiez déjà très ingénieux, Votre Majesté.

En disant cela, Franz repensa brièvement au passé. Johannes aussi.

Les enfants essayaient de suivre le chemin qu’ils avaient emprunté autrefois. C’était un chemin imprégné de sang. Il le savait, mais Johannes ne pouvait pas les en empêcher. C’est à cause de cette lutte pour le trône qu’il y avait aujourd’hui Johannes. Quand il était devenu empereur avec cette expérience, il avait profité de la vie à fond.

L’Empire était certes un pays puissant, mais cela ne signifiait pas qu’il n’avait pas de rivaux. Il y avait des rivaux et il fallait se battre pour exister. C’est pourquoi il avait besoin d’un empereur fort et pouvant exceller. La guerre de succession était une épreuve à cette fin, un entraînement avant de devenir empereur.

S’ils ne parvenaient pas à surmonter cette épreuve, ils n’avaient pas le droit d’être empereur. C’était une sorte de tradition qui se transmettait de génération en génération.

— Votre Majesté s’est elle-même ridiculisée. Bien que vous soyez l’aîné, vous avez autrefois été surnommé le prince prodigue, n’est-ce pas ?

— Être en tête d’une guerre de succession est dangereux après tout. Il y a aussi le risque d’être assassiné. Mon fils était comme ça aussi…

 

— Nous n’avons pas trouvé de preuves que le prince héritier ait été assassiné. Votre Majesté et moi-même avons enquêté sur tout ce qui concernait cette affaire. Malgré cela, vous soupçonnez toujours qu’il a été assassiné ?

— Oui, j’en suis convaincu. Le prince héritier a été assassiné. Il était excellent, mais trop gentil pour son propre bien. Quelqu’un a dû profiter de cela. J’aimerais qu’il y ait au moins quelqu’un qui puisse le récompenser pour cela.

— C’est le destin. Mais à propos, ne trouvez-vous pas la quatrième faction intéressante ?

Johannes sourit aux paroles de Franz.

C’est parce qu’il était d’accord avec lui.

— Vous pensez aussi ? À première vue, cela semble être dû au charisme de Leonard, mais il y a certainement quelqu’un qui tire les ficelles en coulisses. Sinon, sa faction ne pourrait pas se développer aussi rapidement.

— Peut-être pensez-vous au prince Arnold ?

— Oui, il me ressemble beaucoup. J’ai l’impression qu’il se fait passer pour un incompétent.

— Je partage votre avis, mais contrairement à vous, je ne perçois aucune ambition de sa part pour le trône. De plus, il semble s’être efforcé de se discréditer. En fait, il ne riposte jamais, quoi qu’on lui fasse. Actuellement, il est complètement méprisé par les nobles.

— Je ne sais pas ce qu’il pense, mais lors D dernier incident, il a été le premier à agir et à envoyer Elna me chercher. De plus, il a cassé son bracelet afin qu’Elna et les chevaliers ne soient pas tenus pour responsables si quelque chose arrivait. Cela prouve qu’il a envisagé différentes issues possibles à Kiel. Au moins, il n’est pas aussi incompétent que le dit le public. Bien sûr, c’est peut-être une surestimation de ma part.

— C’est pour cela que vous l’avez nommé assistant de Son Altesse Leonard ? Ce n’est pas une bonne idée, n’est-ce pas ? Il n’y aura plus personne pour commander la faction du prince Leonard une fois qu’il sera parti.

— Eh bien, j’avoue que j’étais un peu ému à ce moment-là. Je n’aimais pas l’air insouciant d’Arnold. Il avait l’air de penser que tout se passait comme prévu, ça m’a un peu énervé…

Franz s’apprêtait à dire : « Vous étiez juste énervé parce qu’il vous ressemble ? » Mais il ravala ses mots.

Il aurait nié même s’il l’avait dit. Mais Franz savait.

Arnold ressemblait plus à Johannes qu’il ne le pensait.

La différence, c’est que Johannes avait la volonté. La volonté de devenir empereur. Cependant, il ne ressentait rien de tel chez Arnold.

Ceux qui n’ont ni volonté ni conviction forte ne font que semer le chaos sur le champ de bataille. Et encore plus s’ils ont du pouvoir.

Si Arnold possédait un désir aussi fort, il surmonterait cette crise avec tous les moyens à sa disposition.

C’est ce que Johannes voulait voir.

Alors, seulement lorsqu’ils auraient survécu à tout, Arnold et Leonard seraient reconnus par Johannes.

— Il semble que nous devrons attendre de voir ce que nos princes jumeaux maléfiques ont dans leur sac, n’est-ce pas ?

— Jumeaux maléfiques, hein… C’est un joli nom. Ces deux-là sont identiques. Leonard, qui est vertueux, a vraiment l’air d’un prince héritier. Si Arnold agit comme son ombre et l’aide dans l’ombre, ils pourraient vraiment monter sur le trône, hein ?

— Je me demande. Les autres princes et princesses qui ont suivi un tel chemin sont tous excellents. À une autre époque, il ne serait pas étonnant que l’un d’entre eux devienne empereur.

— C’est une bonne chose. Lorsque des personnes excellentes se disputent le trône, un empereur sage naît. L’Empire sera en sécurité ainsi, n’est-ce pas ?

Pour Johannes, qui avait toujours pensé à l’Empire, c’était certainement une bonne nouvelle. Mais au fond de son cœur, Johannes avait un autre sentiment.

Il souhaitait que ses enfants n’aient pas à verser autant de sang.

Sachant qu’il ne pouvait pas exprimer de tels sentiments en tant qu’empereur, Johannes partit pour sa prochaine réunion.

 

5

 

— Votre Altesse ! Nous avons appris que la princesse Zandra tente de rallier le vicomte Helmer à sa cause !

— Envoyez des émissaires pour le convaincre de rester de notre côté ! Ne la laissez pas nous arracher davantage d’influence !

— Votre Altesse ! Le commandant Roemer, de la garnison de la capitale, est passé du côté de la princesse Zandra !

— Quoi ?! Kuh ! Nous ne pouvons pas laisser un autre déserteur s’échapper ! Utilisez toutes les forces disponibles, nous devons protéger nos partisans ! Je pars aussi !

Dans la capitale impériale, une bataille faisait rage dans la nuit.

Depuis que j’avais repris le plan de Zandra, celle-ci avait commencé à priver Leo de ses partisans en guise de représailles.

Leo avait actuellement fort à faire pour gérer la situation.

— Ça doit être dur pour toi.

— Aide-nous aussi, Mon frère ! C’est toi qui as commencé, non ?

— Non, non, c’est moi qui ai suggéré d’aider le pauvre comte, mais c’est toi qui as accepté, non ? Je m’excuse que les choses en soient arrivées là, mais même si nous restons ici, l’autre camp finira par venir à nous. Ce n’est pas mieux ainsi ?

— Donne-moi un coup de main alors…

— Les bagarres, ce n’est pas mon truc. Je ne peux rien faire de toute façon.

— Si Mon frère ne peut rien faire, je ne peux rien faire non plus, n’est-ce pas ?

— Hé, hé, trop de modestie, ce n’est pas bon. Si tu y vas toi-même, tes partisans hésiteront à quitter ta faction, n’est-ce pas ? Au final, il ne restera que tes vrais partisans. Bon, accroche-toi.

— Tu parles comme si tu n’avais rien à voir avec ça. Sérieusement, je vais absolument te demander de m’aider avec le travail d’ambassadeur, d’accord ?

Leo enfila sa veste et quitta la pièce. Voyant cela, je poussai un énorme soupir. Zandra avait lancé une attaque contre nous, mais la figure centrale de notre faction n’avait toujours pas bougé. Les seuls qui avaient été écartés étaient ceux qui n’étaient venus nous soutenir que récemment. Les perdre n’aurait pas d’incidence majeure sur l’influence de notre faction.

Le problème était de savoir comment garder ceux qui étaient au cœur de notre faction. Eh bien, c’était à Leo de s’en occuper.

Ce à quoi je dois réfléchir maintenant, c’était ce que nos ennemis préparaient dans l’ombre.

— Sebas.

— Monsieur, qu’y a-t-il ?

— Si tu étais Zandra, que ferais-tu ? Qui prendrais-tu pour cible ?

— Si c’était moi, je ne lancerais aucune attaque. Je peux évidemment utiliser d’autres stratagèmes pour obtenir le même résultat. De plus, si je prévoyais d’agir, j’attendrais un peu. Je pense que le plus important est avant tout de protéger mes propres partisans.

— Je sais, mais nous avons affaire à Zandra, qui a déjà le sang qui lui monte à la tête. Dans ce cas, que penses-tu qu’elle prépare ?

Après avoir réfléchi un instant à ma question, Sebas regarda le sac de bonbons posé sur le bureau et murmura. L’avait-il remarqué ? Bien sûr. N’importe qui l’aurait remarqué en y réfléchissant un peu.

— C’est Dame Finne, n’est-ce pas ? Si c’était moi, je m’en prendrais à Dame Finne.

— C’est vrai. Une fois que nous serons partis, il ne restera plus que Finne dans notre faction. C’est pourquoi, s’ils veulent s’en prendre à quelqu’un, ce sera Finne.

— Oui. Cependant, cela poserait un problème s’ils s’en prenaient simplement à Dame Finne, n’est-ce pas ?

— Oui, mon père ne resterait pas silencieux. Mais, par exemple, que se passerait-il si Finne était attaquée par des voyous alors qu’elle court partout pour protéger nos partisans ? La colère de mon père se retournerait contre nous, n’est-ce pas ?

— Alors, devrions-nous laisser Dame Finne dans le château ? Je ne vois pas comment cela pourrait se passer.

— Non, je l’ai déjà envoyée dans un endroit sûr. Je ne peux pas dire que cet endroit soit sûr non plus, je serais inquiet s’ils utilisaient quelqu’un du château pour la faire sortir.

La sécurité au château impérial était très stricte. Mais cela ne valait que pour les menaces extérieures. On ne pouvait pas en dire autant de l’intérieur. Certes, la sécurité autour des étages supérieurs où vit l’empereur était parfaite, mais ce n’est pas parce qu’il y a un danger que je peux envoyer Finne auprès de lui.

— Un endroit sûr ? À ma connaissance, l’endroit le plus sûr est à vos côtés, non ?

— Non, puisqu’ils savent que c’est moi qui ai convaincu le comte Baelz de se rallier à nous, la personne que Zandra veut tuer à tout prix en ce moment, c’est probablement moi. Je ne peux pas la mettre à mes côtés en sachant cela.

— Je vois. Alors, n’était-ce pas une erreur de rallier le comte Baelz à notre cause ? Il est possible que Son Altesse Zandra ait remarqué que vous cachez vos griffes après tout. Je ne pense pas que le comte vaille la peine de prendre ce risque.

— Ce fait ne pourra pas rester secret éternellement. Mon père s’en doute probablement déjà depuis que je lui ai envoyé Elna. De plus, il suffira d’un peu de recherche pour qu’ils découvrent que tu es à l’origine un assassin célèbre. Pour l’instant, je vais les laisser croire que tout est ton œuvre.

— Ce serait mal de mépriser trop vos frères et sœurs. L’optimisme est un tabou, vous savez ? Après tout, vos trois frères et sœurs ont aussi le sang de votre estimé père dans les veines.

— Je sais. Ne t’inquiète pas, je ne les sous-estime pas. Au contraire, je pense que personne ne reconnaît leurs capacités mieux que moi. C’est parce que j’ai pris la plus grande précaution que je la tiens éloignée de moi. Cette attaque de Zandra vise sans aucun doute Finne. Si elle ne parvient pas à l’éloigner de moi, elle continuera à nous priver de nos partisans. Bon, cela causera plus ou moins de dégâts à notre faction, mais c’est certainement mieux que de perdre Finne.

— On dirait que vous ne les prenez vraiment pas à la légère. Vous semblez beaucoup plus sérieux que d’habitude. Est-ce parce que Dame Finne est impliquée après tout ?

— Eh bien oui. Finne est la fille du duc Kleinert. Si elle est enlevée, tu peux considérer que nous sommes hors course.

— C’est vraiment le cas ? Si vous connaissez l’objectif de votre adversaire, le seigneur Arnold aurait immédiatement lancé une contre-attaque. Mais cette fois-ci, non seulement vous n’avez pas mis en place de contre-attaque, mais vous avez également élaboré un plan défensif parfait. N’est-ce pas parce que vous ne voulez pas voir Dame Finne en danger ?

— Que veux-tu dire ?

— Non, je pense que c’est une bonne chose. Dame Mitsuba sera heureuse aussi.

Lorsque j’ai essayé de me plaindre à Sebas, j’ai immédiatement fermé ma bouche en voyant son air suffisant.

Il est clair que quoi que je réponde à ce majordome, il aura toujours une réplique parfaite.

C’est pourquoi je me suis préparé à sortir sans rien dire.

— Vous sortez ?

— Oui, un certain majordome m’a dit de ne pas sous-estimer mon ennemi, alors je vais sortir pour vérifier un peu la sécurité.

— C’est super. Si vous lui dites que vous êtes inquiet quand vous la rencontrerez, ça serait parfait.

— Je ne le ferai pas.

— C’est dommage. Mais où avez-vous caché Dame Finne ?

— C’est un endroit que tu connais bien. L’endroit le plus sûr de la capitale impériale, où vivent les personnes les plus puissantes de l’Empire.

— Je vois. Le manoir Amsberg, c’est ça. En effet, personne ne pourrait lever le petit doigt dans cet endroit.

C’est exactement ça.

Laissant derrière moi Sebas convaincu, je me dirigeai vers le manoir Amsberg.

 

***

 

La résidence des Amsberg se trouvait près du château.

Lorsque je suis arrivé au manoir, j’ai immédiatement été autorisé à entrer. Parmi les princes, le seul à qui l’on permette d’entrer aussi facilement était probablement moi.

Elna, Leo et moi sommes amis d’enfance, mais depuis que nous sommes petits, c’est moi qui ai le plus fréquenté cette famille.

Je ne sais pas combien de fois Elna m’a fait pleurer en me traînant jusqu’à ce manoir.

Au bout d’un certain temps, les chevaliers à la porte ont commencé à me souhaiter la bienvenue chaque fois qu’ils me voyaient. Leur familiarité à cette époque était assez effrayante.

Même si c’était la première fois que je venais depuis plusieurs années, le gardien m’avait quand même dit « Bienvenue à la maison ». Pour les gens de cette maison, je suis l’ami de leur adorable petite princesse après tout.

— Quand on y pense, pourquoi disais-tu « Bienvenue à la maison » à un enfant qui pleurait ?

— Du point de vue des adultes, cela donne l’impression que les enfants s’entendent bien, non ?

— Et toi, qu’en penses-tu ?

— Je sais bien que le seigneur Arnold détestait ça, bien sûr.

— …

Les mots « Alors arrête de faire ça » me sont venus à la bouche, mais je les ai ravalés. Si je leur avais donné une réponse appropriée, ils auraient pris le dessus et je n’aurais plus pu m’en sortir. Tout cela appartient au passé, et c’est grâce à ce passé que j’ai pu confier Finne à eux si facilement.

C’est avec cette pensée en tête que je suis arrivé à l’entrée. Il y avait là une femme qui avait la même couleur de cheveux qu’Elna. Elle avait les yeux bleus. Elle semblait jeune et belle. Si personne ne disait rien, on aurait pu la prendre pour la sœur aînée d’Elna…

— Ça fait longtemps, Al.

— Désolé pour mon absence, Anna.

— Rien d’inhabituel pour toi non plus, Sebas ?

— Non. Madame Amsberg.

Cette personne était Anna von Amsberg. Elle était l’épouse du chef de la famille Amsberg et également la mère d’Elna.

Ma mère était presque identique, mais la jeunesse de cette personne était vraiment magique. Il semblait que le concept du temps ne s’appliquait pas du tout à elle. Grâce à cela, j’ai hésité à l’appeler Grand Mère et j’ai fini par ne pas le faire.

Anna me guida en souriant à l’intérieur du manoir.

— Malheureusement, mon mari est absent pour le moment. Ah, tu es déjà un prince à part entière, n’est-ce pas ? Je ne devrais peut-être pas te parler ainsi, cela pourrait être irrespectueux.

— Non, restez comme vous êtes. Je me sentirais mal à l’aise si Anna commençait à m’adresser la parole de manière si polie.

— Oooh, je vais suivre ton conseil. Elna et Finne sont dans le bain en ce moment. Tu peux les rejoindre si tu le souhaites.

— Je ne veux pas mourir, alors permettez-moi de décliner votre invitation.

— Tu es si difficile. Vous aviez l’habitude de prendre le bain ensemble autrefois, n’est-ce pas ?

— C’était quand j’étais enfant, et vous vous souvenez encore qu’Elna m’a presque noyé dans cette baignoire ?

— C’est vrai, n’est-ce pas ? Et tu te souviens quand vous avez pleuré ensemble ? Tu pleurais quand Elna t’apprenait à te défendre contre les brutes, et Elna a fini par pleurer aussi parce que tu ne t’améliorais pas, quoi qu’elle fasse, n’est-ce pas ?

— C’est déraisonnable de me demander ça maintenant.  Comme je le pensais, cette fille est mon ennemie jurée.

C’est étrange que je n’aie pas subi de traumatisme grave à cause de ça. Si j’avais un esprit fragile, ça pourrait me pousser au suicide, tu sais.

Cette personne était également assez dangereuse quand elle souriait.

— Pour l’instant, peux-tu attendre dans la chambre d’amis la plus à l’intérieur ?

— D’accord.

— Sebas, peux-tu m’aider à servir le thé ?

— Certainement.

Le fait que je vienne souvent ici signifiait que Sebas m’accompagnait également. Il suivit Anna comme s’il était son majordome.

Comme on me l’avait demandé, je me dirigeai vers la chambre d’amis la plus éloignée et tournai la poignée sans réfléchir.

Cependant, lorsque j’avais entrouvert la porte, j’avais senti une présence humaine à l’intérieur. De plus, j’avais également entendu une voix de femme.

Cependant, pensant que la femme de chambre était en train de faire le lit, j’ai décidé d’ouvrir la porte quand même.

Ce fut une erreur.

— …

— Cette robe vous va vraiment bien, Dame Elna. Et si vous essayiez cette robe blanche ensuite ?

— Fi-Finne… tu peux arrêter de me changer comme une poupée…

À l’intérieur de la pièce se trouvaient deux femmes en sous-vêtements. Finne portait une robe blanche immaculée, tandis que celle d’Elna était rose. Étonnamment, celle d’Elna était ornée de jolis volants.

Sa peau blanche, qu’elle ne montrait normalement à personne, était exposée. Peut-être pensaient-elles qu’il n’y avait que des filles ici, et qu’elles n’avaient donc pas besoin de cacher leur corps. Comme Finne portait généralement des vêtements amples, sa poitrine n’était pas très mise en valeur, mais elle était beaucoup plus séduisante que je ne le pensais. Elna n’avait pas beaucoup grandi depuis la dernière fois que je l’avais vue, mais beaucoup de gens aimaient les filles minces.

Alors que je réfléchissais à tout cela, elles m’avaient remarqué.

Elles avaient été déconcertées pendant un instant, mais leurs visages étaient immédiatement devenus rouges.

 

 

Puis Elna avait attrapé un oreiller à proximité et s’était mise en position de lancer.

Il était déjà inutile de résister, il ne me restait plus qu’à accepter ma punition.

J’avais oublié. La personne la plus embêtante ici, c’était Anna. Qui aurait cru qu’elle me guiderait pour que je jette un œil à sa fille célibataire. C’est déjà une méchante qui prend plaisir à voir les réactions des gens à ses crimes.

— Al !? Toi !

— Seigneur Al !?

Réalisant que j’étais tombé dans un piège, je me retrouvai avec un oreiller lancé à une vitesse ridicule sur le visage.

 

 

6

 

— Ghuhaa !?

Sous la force de son coussin, je fus projeté en arrière et me cognai la tête contre le mur.

— Ahg !? Ma tête !?

La douleur me traversa le visage et l’arrière de la tête. Je roulais sur le sol en me demandant ce que j’avais fait pour mériter ça. Pendant ce temps, Elna ferma la porte.

Au même moment, Anna et Sebas arrivèrent avec du thé et des friandises à la main.

— Que se passe-t-il ? Al ? Tu t’es souvenu d’un souvenir embarrassant ?

— Non, pas du tout ! Elna et Finne étaient en train de se changer dans la chambre, alors elles m’ont attaqué !

Je racontai cela à Anna, le cerveau de l’opération, mais elle continua à faire l’innocente. Cette personne est vraiment… !

Qu’est-ce que tu avais prévu de faire ?

— Je t’avais dit qu’elles prenaient un bain… Bon, peu importe. Mais plutôt, comment était Elna ? Tu as été charmé ?

— Ce n’était pas vraiment une expérience agréable, avant d’être charmé, j’ai cru que j’allais être tué…

Pourquoi êtes-vous juste « Bon, peu importe » et balayez-vous le problème ça comme ça ? Vous êtes idiote ou quoi ?

Si ce n’était pas un oreiller, je serais mort, vous savez.

Je caressai mon visage encore endolori. Même un oreiller moelleux pouvait faire autant de dégâts. Qu’est-ce qui se serait passé si c’était quelque chose de dur ?

Alors que je tremblais à cette pensée, la porte s’ouvrit brusquement. La personne qui sortit de la pièce est, bien sûr, Elna.

 

— Al~ ? Tu as bien fait de ne pas t’enfuir. Je vais te féliciter pour ça. C’est pourquoi je vais te donner une chance de t’expliquer. Allez, explique-toi, petit voyeur.

— O-Oi ! Ce n’est pas une épée d’entraînement, n’est-ce pas ? Calme-toi ! C’est Anna qui… !

— Ne mets pas ça sur le dos de ma mère ! C’est ta faute, tu n’as pas frappé à la porte !

— Toi non plus, tu ne frappes jamais quand tu entres dans ma chambre !

— C’est pas grave si c’est moi !

— C’est pas raisonnable !

Elna abattit son épée et je commençais à rouler pour l’éviter.

Comme je le pensais, elle ne faisait pas exagérément, mais même s’il s’agissait d’une épée d’entraînement sans tranchant, cela restait suffisamment menaçant. Je pense que je ne mourrai pas si je suis touché, mais il y a de fortes chances que je puisse dire adieu à ma mémoire.

— Elna. Ce n’est pas convenable, tu sais.

— Mais, mais Mère ! Al était… !

— Ce n’est pas grave d’être vu en sous-vêtements, n’est-ce pas ? Vous preniez vos bains ensemble quand vous étiez petits, non ?

— C’est une vieille histoire ! Nous sommes tous les deux adultes maintenant !

— Si vous êtes déjà adultes, comportez-vous comme tels.

Malgré tout, Elna continuait à me lancer des regards assassins.

Pourquoi moi…

Le mot « déraisonnable » me trottait dans la tête depuis un moment. C’était vrai. C’était déjà comme ça quand nous étions enfants. Chaque fois que j’étais avec Elna, le mot « déraisonnable » me venait à l’esprit.

— Pour l’instant, que diriez-vous d’un peu de thé ?

Sur ces mots, Anna entra dans la pièce avec un sourire aux lèvres.

Elna la suivit et claqua la porte derrière elle pour une raison que j’ignore. Cette femme… Il ne restait plus que Sebas et moi.

— Ça doit être dur.

— Hé, Sebas…

— Qu’y a-t-il ? Ah, laissez-moi d’abord vous dire que je n’étais pas au courant. Je n’aurais jamais pensé qu’elles se changeaient dans la chambre. Je me doutais seulement qu’elle mijotait quelque chose.

Si tu savais qu’elle mijotait quelque chose, dis-le-moi, ai-je ravalé la voix de mon cœur qui hurlait.

C’est exactement comme quand j’étais enfant. Sebas ne disait ou ne faisait jamais rien à moins qu’il y ait un danger.

— Je suis moi-même surpris… de penser que je suis devenu si puritain.

— Puritain ? C’est une bonne blague.

— Osez le répéter.

 

J’entrai dans la pièce en jetant un regard furtif à Sebas. Cette fois, je n’avais pas oublié de frapper.

 

 

***

 

— Désolé, Al. Je ne pensais pas qu’elles essayaient des vêtements dans cette pièce.

— Non, je vous en prie, ça suffit…

— Je te présente aussi mes excuses les plus sincères… C’est de ma faute, j’ai fait quelque chose d’inutile.

— Ce n’est pas ta faute, Finne. C’est entièrement la faute d’Al.

Finne s’excusa tandis qu’Elna prit un air important. Leurs personnalités ressortaient vraiment, n’est-ce pas ?

Pour résumer l’histoire :

Comme il y avait beaucoup de vêtements pour les invités, Elna et Finne étaient passées pour en choisir avant le bain. Et pour une raison quelconque, elles avaient commencé un défilé de mode et le temps avait passé étonnamment vite pendant qu’elles faisaient cela.

Naturellement, Anna, qui pensait qu’elles étaient déjà entrées dans le bain, m’avait dirigé vers cette pièce.

D’où la tragédie.

Bon, il n’y a rien de suspect là-dedans, mais j’ai quand même l’impression que cette histoire est artificielle.

Pourquoi m’a-t-elle délibérément dirigé vers cette pièce ? Je ne peux m’empêcher de penser qu’elle voulait que cela arrive. Cependant, il est inutile de s’attarder là-dessus. Je ne peux pas battre Anna dans une conversation.

— Bon, puisque j’ai déjà payé pour mon péché, tout va bien entre nous, Elna.

— Tu crois que je vais te pardonner comme ça ? Tu as espionné deux femmes célibataires, tu sais ? En plus, nous sommes les filles de la maison Brave et du duc !

— Alors tu veux qu’il assume ses responsabilités ? D’accord, ça me va.

— Quoi ?!

— Euhhhhhhh !?

— Haa…

Elna tourna son visage rougi vers Anna qui venait de lancer calmement une bombe dans notre conversation alors que Finne était complètement prise au dépourvu et ne savait pas quoi faire.

Sérieusement, cette personne est…

— Si c’est Al, cette personne ne s’y opposera pas, tu sais ? Que veux-tu faire ?

— Qu’est-ce que je veux faire ?… C’est… Je suis chevalier, alors…

— Si tu ne peux pas lui pardonner de t’avoir vue en sous-vêtements, quoi qu’il arrive, alors bien sûr, ce serait le cas, n’est-ce pas ? Mais le problème serait de conclure un accord avec le duc Kleinert, hein. Tu es vraiment populaire, Al.

— Certainement, nous devons également contacter la maison de Dame Finne à ce sujet.

— Hawawawa !? C-contacter Père !? C-c’est…

— Ne décidez pas de ma vie de manière aussi amusante. Je m’excuse, mais je n’ai pas l’intention de me marier pour l’instant.

— Tu n’assumeras pas tes responsabilités ?

— Non.

— Ah, comme c’est dommage.

Après avoir dit cela, Anna porta une collation à sa bouche.

À ce moment-là, Elna réalisa qu’elle avait été taquinée tout ce temps, alors elle détourna son visage rougi de moi.

Finne avait dû remarquer qu’il s’agissait d’une blague, car son visage était également devenu complètement rouge.

— Eh bien, Al. N’est-il pas temps de passer au sujet principal ? Tu n’es pas venu ici juste pour jouer, n’est-ce pas ?

Comme prévu de la part de Madame Amsberg. Elle sait, hein.

Je me tournai vers Anna.

— Cela peut sembler indécent, mais puis-je vous confier Finne pendant quelque temps ? Et j’aimerais qu’elle reste autant que possible avec Elna.

— Cela a un rapport avec la guerre de succession, n’est-ce pas ? Alors c’est impossible. Nous sommes la maison Brave. Nous ne nous impliquerons pas dans la guerre de succession.

Bien sûr.

Je savais qu’elle me donnerait une réponse aussi évidente.

Que Finne reste ici quelques jours, c’est une chose, mais si je la laisse ici pendant un certain temps, les gens pourraient commencer à penser que la maison Brave soutient notre faction.

Ils ne peuvent pas laisser une telle chose se produire. Cependant.

— La Blau Mowe est la favorite de l’Empereur. Si quelque chose lui arrive, Sa Majesté sera furieuse. Je ne pense pas qu’il serait étrange que la maison Brave protège une telle personne.

— Oh ? Tu vas utiliser ce genre d’histoire ?

— Vous pouvez l’accueillir avec ça ?

— Même si tu ne le dis pas, si tu me demandes simplement de le faire pour toi, je l’accueillerais quand même. Comme toujours, tu es si mauvais pour faire appel aux émotions des autres. C’est dommage, tu sais ?

Anna répondit indifféremment.

En d’autres termes, elle acceptait ma demande.

Cela garantirait la sécurité de Finne jusqu’à ce que Zandra mette fin à son attaque. Tant que la maison Brave serait avec elle, rien ne pourrait lui arriver.

— Je m’en souviendrai. Et merci beaucoup pour votre aide. Je m’assurerai de vous rendre la pareille un jour.

— Oui, je t’y tiendrai. Mais… le temps passe vite. Dire qu’Al serait déjà impliqué dans la guerre de succession… Tu étais toujours un pleurnichard pour moi, mais ce n’est plus le cas maintenant, n’est-ce pas ?

— Je ne peux pas continuer à pleurer éternellement. Alors, Finne. Reste ici pendant un moment. Ne t’inquiète pas, tout sera terminé dans quelques jours.

— Oui… Euh, vous n’êtes pas en danger vous-même, Seigneur Al ?

— C’est justement parce que tu serais en danger à mes côtés que je veux que tu restes à la maison des Brave. Honnêtement, il est tout à fait possible que Zandra ignore toutes les raisons et vienne m’attaquer. En ce moment, elle veut vraiment me tuer.

Zandra a un caractère brutal. Elle a également un tempérament sauvage. Comme le suggère son attaque cette fois-ci, l’autre camp n’a personne qui puisse contrôler complètement Zandra. Du moins, une telle personne n’est pas avec elle pour le moment.

Dans ces conditions, je ne peux pas m’attendre à ce qu’elle agisse conformément à mes attentes.

Ces quelques jours sont terriblement dangereux. Pendant cette période, Gordon va sûrement attaquer la faction de Zandra. Cela affaiblira son offensive contre nous, mais quelle que soit la puissance de Gordon, nous n’avons pas d’autre choix que d’attendre encore quelques jours.

C’est un défi de tenir jusqu’à ce moment-là.

— Alors, ne vaudrait-il pas mieux que le seigneur Al se cache aussi…

— Si je me cache, Leo sera pris pour cible. Je ne peux pas me cacher, car je dois attirer l’attention de Zandra sur moi. Bon, elle enverra au moins quelques assassins pour m’attraper une fois, j’imagine.

— Mais c’est… !?

— Ne t’inquiète pas. J’ai Sebas avec moi, et il y a quelqu’un qui nous aidera si nous avons des ennuis.

En entendant cela, Finne se retira enfin.

Désolé de te faire tant d’inquiétude, mais je ne serai pas assassiné.

Ils pensent probablement qu’ils pourront m’avoir s’ils parviennent à passer Sebas, mais j’ai aussi mes propres moyens de défense.

À moins qu’ils ne réalisent que je suis Silver, personne ne peut m’assassiner.

 

7

 

Avec la maison Brave des Amsberg protégeant Finne, nous avons pu agir en toute tranquillité.

Cela faisait deux jours. Zandra continuait d’éloigner tous les partisans qui, selon nous, allaient changer de camp. Cependant, lors de la deuxième nuit, Zandra finit par tendre son piège.

— L’ennemi, hein.

— Ils sont enfin là, murmura Sebas alors que nous roulions en calèche.

Même si je m’y attendais, je ne pouvais m’empêcher de pousser un soupir. Elle avait vraiment perdu la tête. Dire qu’elle avait choisi cet endroit pour agir. C’est comme si elle ouvrait une brèche dans sa défense pour Erik et Gordon. J’ai Sebas à mes côtés, et même si elle m’assassinait, son pouvoir serait affaibli.

Malgré les attaques de deux factions différentes, elle devait vraiment vouloir faire de moi un exemple, hein.

— C’est une femme qui manque de vision, n’est-ce pas ?

— D’une certaine manière, on pourrait dire qu’elle est vraiment redoutable. Elle doit avoir l’œil pour vous prendre pour cible en premier.

— Merci. Mais son attaque est tout de même la bienvenue.

— Oui. Les partisans de Son Altesse Zandra doivent vraiment avoir envie de s’occuper, n’est-ce pas ?

L’influence de Zandra venait des mages qui la soutenaient.

Bien sûr, certains de ses partisans n’étaient pas des mages, mais tous les excellents fonctionnaires et militaires avaient déjà rejoint le camp d’Erik ou de Gordon. En conséquence, seuls quelques-uns des partisans de Zandra possédaient un sens politique aigu.

C’est pourquoi, malgré le nombre important de mages puissants à ses côtés, elle ne pouvait toujours pas vaincre Gordon et Erik.

Ce serait tout autre chose si Zandra avait un conseiller compétent à ses côtés.

— Je vais régler ça.

— D’accord. Je me rends au château.

— Faites attention. Il pourrait y avoir une embuscade qui vous attend en chemin.

— Je m’en occuperai le moment venu.

Après cette conversation, Sebas sauta du carrosse en marche.

Bon, il y a 8 ou 9 chances sur 10 pour que des soldats m’attendent en embuscade. D’un autre côté, je n’ai que le cocher avec moi. Du point de vue de l’ennemi, ils doivent penser qu’ils ont réussi à éloigner Sebas de moi. Si c’est le cas, il devrait y avoir à nouveau des assassins qui connaissent leurs informations internes avec eux cette fois-ci.

Profitons-en pour recueillir à nouveau quelques informations, d’accord ? Alors que je préparais mon plan diabolique, le cocher poussa un cri.

— Hiiii !!?? V-Votre Altesse ! Il y a quelqu’un devant nous !?

— Ne t’inquiète pas, continue à rouler.

— N-non ! Je ne veux pas mourir !

Comme prévu, les assassins nous attendaient déjà devant nous.

Le jeune cocher arrêta la calèche et s’enfuit immédiatement, me laissant derrière lui.

Je poussai un soupir à l’intérieur de la calèche. Je savais que cela allait arriver et il était certainement plus facile de s’occuper de l’assassin ainsi, mais je soupirai tout de même en pensant à ma faible popularité. Si la personne qui se trouvait dans cette calèche avait été Leo, le cocher ne se serait jamais enfui tout seul.

— Descends de là. Si tu ne le fais pas, je te traînerai moi-même.

— Tu veux juste voir mon visage, n’est-ce pas ?

Tout en marmonnant une réponse à l’assassin, je descendis docilement de la calèche.

Devant la calèche se tenait un homme d’âge moyen aux cheveux bruns relevés. Son visage empreint de dignité indiquait qu’il s’agissait d’un homme ayant longtemps servi dans l’armée. Apparemment, Zandra était très sérieuse cette fois-ci. Même parmi les hommes de Zandra, il figurait probablement parmi les cinq meilleurs.

À première vue, je pense qu’il devait avoir un pouvoir équivalent à celui d’un aventurier de rang A.

Le fait qu’il puisse mener une attaque surprise comme celle-ci signifie qu’il est un assassin assez habile. Même un aventurier de rang A pourrait facilement être tué si une personne de même niveau apparaissait soudainement derrière lui. Les assassins sont différents des aventuriers, car ils sont après tout des professionnels du meurtre.

 

— Ton serviteur s’est enfui tout seul, tu es bien pitoyable.

— Ce n’est pas comme si j’étais très populaire depuis le début.

— Je vois. Donc tu te fiches de ce genre de choses. Est-ce parce que tu fais autant confiance à ton majordome ?

— Oui. Sebas va de toute façon venir t’achever immédiatement.

— C’est une belle relation entre maître et serviteur, mais il ne pourra pas te sauver cette fois-ci. Peu importe ses compétences, il lui faudra du temps pour se précipiter ici tout en s’occupant de douze assassins.

— On verra bien.

Je ne changeai pas mon attitude insouciante.

Pensant peut-être que c’était du bluff, l’homme s’approcha de moi avec un sourire amer.

Puis il créa un poignard avec de la magie de feu dans sa main.

— J’ai reçu l’ordre de t’assassiner, mais je ne te tuerai pas. Je vais te rendre impuissant et te livrer à mon maître.

— Je n’ai pas vraiment envie de rendre visite à ma sœur qui adore la torture.

C’était un subordonné plutôt attentionné.

Dans ce cas, il vaut mieux m’enlever plutôt que de m’assassiner. Si je disparais, ils pourront faire ce qu’ils veulent de moi. Erik et Gordon ne se donneront pas beaucoup de mal pour me sauver et, dans le meilleur des cas, ils pourront même me remplacer en tant qu’aide de Leo.

Pour l’instant, ils peuvent simplement m’emmener hors de la capitale avant que les recherches ne commencent et me torturer là-bas. Si mon cœur se brise, Zandra pourra faire ce qu’elle veut de moi. Même si je suis sauvée, une personne brisée par les tortures de Zandra ne parlera jamais de son implication. Elle pourrait même me briser l’esprit et faire de moi un infirme. De cette façon, ils pourraient nous causer plus de tort et cela présenterait beaucoup moins de risques qu’un assassinat.

— C’est dommage. Si tu veux détester quelqu’un, tu peux détester ton excellent petit frère pour cela.

Sur ces mots, il me lança le poignard enflammé.

Mais j’avais érigé une barrière défensive autour de moi. Il ne pouvait pas la briser avec ce niveau de magie.

Je faisais semblant de ne pas m’inquiéter, mais le poignard enflammé fut soudainement dévié par une épée apparue sur le côté.

— !

— Qui es-tu ?

— Un aventurier de passage.

Surpris, je me tournai vers l’intrus.

Une fille aux cheveux bruns attachés en queue de cheval se tenait là. Cependant, le fait qu’elle porte un chapeau assorti à son apparence rude lui donnait l’air d’un garçon.

Je me souvenais avoir déjà vu cette fille.

Elle faisait partie des aventuriers de rang A venus vaincre la Mère Slime sur le territoire du duc Kleinert.

— Si tu es une aventurière, recule. Tu n’as pas reçu pour mission de le protéger, n’est-ce pas ?

— Oui, je n’ai pas reçu une telle mission. Bien sûr, je ne sais pas qui se cache derrière moi ni pourquoi il a été attaqué. Je n’ai ni le devoir ni l’obligation de l’aider.

— Alors…

— Mais voir une personne se faire tuer devant moi me laisserait un goût amer. De plus, il a également été abandonné par son serviteur. Si je ne l’aide pas maintenant, il serait trop pitoyable, n’est-ce pas ?

— Espèce de salope… être son allié signifie que tu es prête à faire d’une personne très puissante ton ennemie, tu comprends ? Es-tu prête à faire cela ?

— Plutôt que de regretter de l’avoir abandonné, je préfère commencer à le regretter après l’avoir sauvé.

En entendant sa réponse, l’homme considéra la jeune fille comme son ennemie.

Il sortit deux poignards et se mit à les lancer sur la jeune fille. Contrairement à auparavant, ses poignards n’étaient pas créés par magie.

La jeune fille les para avec son épée, mais d’autres poignards faits de glace suivirent immédiatement la première attaque. Si elle les esquivait, ces poignards me toucheraient, moi qui me tenais derrière elle.

 

Elle contra cette attaque inhabituelle par une autre encore plus inhabituelle. Elle transforma son épée en bouclier et bloqua les poignards de glace.

— Une épée magique qui peut changer de forme, hein ? Tu transportes vraiment des choses étranges…

— Je l’ai trouvée dans certaines ruines. Elle peut même faire ça, tu sais.

Sur ces mots, la jeune fille transforma son épée en lance. Elle la fit tournoyer un peu et s’approcha lentement de l’homme.

À première vue, cela ressemblait à une simple lance, mais il découvrit rapidement à quel point elle était particulière.

— Kuh… !?

— Comme je m’y attendais, tu ne t’es pas endormi tout de suite. Pourtant, le son émis par cette épée peut endormir même un monstre puissant.

— Un son, hein… !

Elle émettait donc un son qui endormait sa cible. Je ne savais pas comment cela sonnait d’où je me trouvais, mais il semblait que l’homme entende une sorte de berceuse.

Quelle capacité gênante. Ce n’est pas drôle de s’endormir pendant un combat sérieux. Même si on pouvait supporter la somnolence, personne ne serait capable de bien se battre dans cet état.

L’homme devait bien le comprendre.

Il s’éloigna immédiatement de la fille. Il claqua la langue en me jetant un coup d’œil et battit en retraite.

Peu après, Sebas arriva sur les lieux.

— Alors, dans quoi me suis-je fourré ?

— Tu m’as sauvé d’une situation délicate. Merci, tu m’as sauvé la vie.

— Non, je ne peux pas rester les bras croisés quand je vois des gens se faire tuer. Au fait, à en juger par votre carrosse, vous devez être une personne importante, n’est-ce pas ?

— Oui, désolé. Je m’appelle Arnold Lakes Adler, je suis le septième prince de l’Empire.

— Le septième prince ? Je vois, c’est donc bien la guerre de succession dont on parle. J’ai juste essayé d’aider des gens, mais on dirait que je viens de faire un grand pas vers mon objectif, hein ?

 

La jeune fille enleva son chapeau et s’agenouilla sur le sol.

Je pouvais voir son visage légèrement androgyne et bien dessiné. Elle avait probablement le même âge que moi.

— Votre Altesse. Je m’appelle Lynfia. On pourrait dire que je viens vous rendre la dette de vous avoir sauvé la vie, mais pourriez-vous écouter ma requête ?

 

 

« Non, non, je ne me souviens pas t’avoir demandé ton aide. Et j’ai aussi raté l’occasion d’attraper l’assassin d’un ennemi. »

Même si c’est ce que je voulais dire, elle ne savait pas que j’étais Silver. Et en tant qu’Arnold, je ne pouvais pas refuser sa demande, car elle venait de me sauver la vie. Si je la refusais, personne ne serait prêt à nous aider, Leo et moi, à l’avenir.

Mais je le sais par expérience.

Cela va certainement nous causer des ennuis. Cependant,

— Continuons cette conversation au château. Monte dans la calèche. Je ne sais pas si je pourrai accéder à ta demande avec mes pouvoirs.

Après avoir pris cette dernière précaution, j’invitais Lynfia à monter dans la calèche. Sérieusement, les problèmes ne s’arrêtent vraiment pas de sitôt. En poussant un petit soupir, je ne pus que déplorer ma malchance.

 

 

8

 

Après notre retour au château, j’ai invité Lynfia dans ma chambre.

Je me suis assis sur le canapé en face d’elle et j’ai entamé la conversation.

— Je tiens à te remercier encore une fois, Lynfia. Si tu n’avais pas été là, je serais déjà mort.

— Je n’en suis pas si sûre. Cet assassin n’essayait pas de vous tuer. Dans ce cas, le majordome qui se tenait derrière toi aurait dû arriver à temps, non ?

— Même ainsi, j’ai survécu à cet incident sans une égratignure. Merci.

— Je l’ai fait pour moi. Et je ne veux pas que vous me remerciiez avec des mots, répondit Lynfia sans changer d’expression.

C’est une enfant posée. Son ton était neutre et son expression ne trahissait rien. En tant qu’aventurière solitaire, je trouvais qu’elle manquait un peu de charme. Mais elle devait avoir suffisamment de talent pour compenser cela.

— D’accord. Je t’écoute.

— Merci beaucoup. Je suis née dans un village au sud de la frontière de l’Empire. Si je te dis que je viens d’un village d’immigrants, vous voyez à peu près de quoi il s’agit, n’est-ce pas ?

Un village d’immigrants.

Je fronçai les sourcils en entendant ce mot. Je pensais que cela allait être compliqué, mais cela allait être plus problématique que je ne le pensais.

Ici, les immigrants désignaient les personnes qui avaient afflué dans l’empire avec tout leur village. Ils n’étaient pas originaires de l’Empire. C’étaient des personnes qui avaient été déplacées de leur foyer à cause de guerres ou d’épidémies de monstres.

 

— Bien sûr. C’est un sujet qui me dépasse, j’en ai bien peur. Eh bien, dis-m’en plus.

— Oui. Comme vous le savez, il existe différents groupes ethniques au sein du village d’immigrants, mais la plupart d’entre eux ne sont pas reconnus par l’empire. C’est tout à fait naturel. Ils sont entrés dans l’empire et ont fondé leur village comme ils l’entendaient. Je n’ai pas l’intention de m’en plaindre. Je suis l’une d’entre eux, après tout. Mais… en ce moment, nous avons besoin de l’aide de l’empire.

— Il s’est passé quelque chose ?

— Oui. Notre village est devenu la cible d’un trafic d’êtres humains. Des jeunes femmes et des enfants sont kidnappés. La raison pour laquelle nous avons été pris pour cible est que notre village est composé de plusieurs races. Comme moi, beaucoup de gens dans mon village sont métissés.

Les métis ne sont pas si rares.

Si on parle de ça, j’en suis un aussi.

Les cheveux noirs ne sont pas rares dans l’Empire, mais il est inhabituel de voir des gens aux yeux noirs par ici. C’est tellement rare que les gens pensent que vous venez de l’est.

En d’autres termes, ce n’est pas la raison pour laquelle son peuple est enlevé.

— Qu’est-ce qui ne va pas avec les personnes métisses de ton village ?

— … Ils ont des yeux étranges.

Dès que j’ai entendu cela, les mots « c’est donc ça » me sont venus à l’esprit. La seule raison pour laquelle les métis sont kidnappés, c’est cela, ou bien ils ont le sang d’autres races demi-humaines.

Je claquai involontairement la langue et croisai les jambes.

C’est un sujet dégoûtant. Les yeux bizarres sont un phénomène où une personne a un iris de couleur différente dans chaque œil.

Le problème ici est qu’ils peuvent être vendus à des prix élevés. La raison en est qu’ils sont rares et que la plupart d’entre eux possèdent souvent un pouvoir magique élevé.

— Je ne peux pas fermer les yeux sur la traite des êtres humains, mais la frontière sud est un endroit bien contrôlé. Ne serait-il pas préférable que vous contactiez les seigneurs locaux dans les grandes villes voisines ou le personnel militaire de cette région plutôt que de demander délibérément l’aide de la capitale impériale ?

— Je l’ai fait. Mais personne n’a voulu agir. Ils m’ont dit qu’il n’y avait aucune preuve ou qu’il n’existait aucun village de ce genre dans l’Empire… C’est pourquoi j’ai quitté le village pour obtenir l’aide de personnes influentes dans la capitale. Heureusement, je n’ai pas moi-même les yeux étranges. Puis, lorsque j’ai accepté la mission de soumettre les monstres de la région occidentale, j’ai pu entrer en contact avec Silver là-bas. Comme il y a une rumeur selon laquelle Silver serait lié à la famille impériale, je suis venue dans la capitale impériale dans l’espoir d’entrer en contact avec lui. Mais finalement, avant de pouvoir le rencontrer, je vous ai rencontré vous.

— C’est une rencontre étrange. Mais ils ne bougeront pas, hein…

Le pire scénario me vint à l’esprit. Le pire dénouement possible pour cet incident.

Ce scénario est que les seigneurs locaux et l’armée de la région sont de mèche avec l’organisation de trafic d’êtres humains. Si tel est le cas, cela ne concerne plus seulement le village d’immigrants.

Cela deviendra un problème de corruption des nobles et de l’armée.

Et si tel est vraiment le cas, je n’aurai pas assez de temps pour résoudre l’incident à moi seul.

— Seigneur Arnold, même si c’est le souhait de celui qui vous a sauvé la vie, vous devez admettre que cette affaire est impossible pour vous.

— Sebas…

— Pourquoi ?

— Le seigneur Arnold et son petit frère, le seigneur Leonard, seront bientôt envoyés dans un autre pays en tant qu’ambassadeur et assistant. Il ne pourra pas revenir dans l’empire avant au moins quinze jours, voire plusieurs mois. Même s’il veut aider, il n’aura pas assez de temps pour le faire.

— C’est… vrai… alors pouvez-vous au moins nous fournir des fonds ? J’ai engagé des aventuriers en qui j’ai confiance pour protéger le village. Le village sera en sécurité pour le moment, mais bientôt, nous n’aurons plus assez d’argent pour payer les aventuriers. Je leur ai donné mes gains à titre d’avance, mais cela ne suffira pas pour les garder au village pour toujours…

Je vois. C’est donc pour ça qu’elle est devenue aventurière.

Gagner de l’argent tout en recherchant des aventuriers en qui elle pouvait avoir confiance. Pour cela, le mieux était de partir ensemble en mission.

Elle y avait bien réfléchi. Bon, que faire ?

Ce serait plus simple de l’abandonner. Je n’ai pas besoin d’un problème supplémentaire en cette période chargée.

Même si elle dit qu’elle m’a sauvé la vie, ce n’est qu’une apparence. Ce n’est pas comme si je lui avais demandé de me sauver. De plus, il y a des souhaits que l’on peut demander aux autres de réaliser et d’autres que l’on ne peut pas.

Peu importe comment on voit les choses, c’est clairement le cas ici.

Cependant, certaines personnes se plaindraient si je l’abandonnais ici. Je me fiche qu’elles se plaignent, mais cela pourrait devenir problématique si elles décidaient d’agir de leur propre chef.

Je n’ai pas le choix, hein.

— Lynfia. Je comprends ta situation. Serais-tu d’accord pour accepter un compromis ?

— Un compromis ?

— Oui, Leo et moi partirons pour un autre pays. C’est inévitable. Cependant, je ferai de mon mieux pour t’aider quand je reviendrai. Je veux que tu m’attendes jusque-là. Bien sûr, je demanderai aux aventuriers en qui j’ai confiance de garantir la sécurité du village pour le moment. Nous avons assez d’argent pour cela. Qu’en dis-tu ?

— Est-ce vraiment possible… ?

— Seigneur Arnold… c’est trop dangereux. Nous sommes en pleine guerre de succession, vous savez ? Si vous vous impliquez dans un autre problème maintenant, vous créerez une nouvelle brèche. Ce qui s’est passé aujourd’hui se reproduira certainement à l’avenir.

— Si tel est le cas, je vous offrirai également mon aide. Êtes-vous d’accord ?

Sur ces mots, Lynfia posa son épée sur le bureau. Elle semblait fine à première vue, mais comme démontré précédemment, il s’agissait d’une épée magique. Elle pouvait changer de forme pour devenir une lance ou un bouclier. À en juger par ce que j’avais vu avec la lance, chacune de ses formes avait sa propre capacité. Lynfia nous la montre sans changer d’expression.

— Si vous protégez le village pour moi, je vous offrirai ma protection. Je protégerai également ce que vous souhaitez protéger. Pouvons-nous conclure cet accord ? Je n’ai pas beaucoup confiance en moi, mais je suis douée pour protéger les personnes importantes.

— Je te remercie pour ta proposition, mais cela ne te dérange-t-il pas de quitter ton village ?

— Il n’y aura aucun problème tant que vous enverrez des aventuriers pour les protéger. L’organisation de traite des êtres humains ne dispose d’aucun membre qualifié. Quand j’étais au village, je suffisais à moi seule pour les repousser. S’il y a un aventurier de classe A au village, la sécurité devrait être pratiquement garantie.

Pour dire cela délibérément, elle devait être une enfant prudente avec un sens aigu du devoir, hein.

Consciente que je pourrais ne pas tenir parole, Lynfia disait qu’elle voulait rester à mes côtés pour garantir que je respecte ma part du marché.

En fait, selon la situation, je pourrais bien faire exactement cela. C’est pourquoi j’ai utilisé l’expression « dans la mesure de mes capacités » dans ma proposition.

C’est une belle trouvaille, n’est-ce pas ?

Essayons de la tester un peu plus.

— Lynfia. Dans ce cas, que ferais-tu si je ne tenais pas ma promesse ?

— Je m’enfuirais dans un autre camp avec quelque chose qui pourrait vous désavantager. Je leur demanderais d’aider mon village en échange.

Sebas et moi nous regardons en même temps.

Une aventurière de rang A avec des capacités de combat qui lui permettent de gérer diverses situations et de conclure un tel marché. Comme elle vit également en tant qu’aventurière solitaire, elle doit également posséder d’autres types de connaissances.

Je ne peux pas laisser Finne aux soins d’Elna pour toujours. Après tout, Elna a aussi ses propres missions. Si tel est le cas, Lynfia est une excellente ressource pour combler ce vide.

Franchement, sa personnalité et ses capacités sont bien plus adaptées que celles d’Elna.

— Alors, que se passerait-il si je me retirais de l’accord maintenant ?

— Ça ne me dérange pas. Je présenterai cette proposition à d’autres candidats à la succession de l’empereur. Si je leur dis que vous avez refusé de m’aider, ils m’accepteront probablement.

— Fumu…

Elle avait donc aussi la capacité de voir les choses dans leur ensemble.

Dans cette situation, même le calme qu’elle affichait en ne bougeant pas un muscle de son visage ajoutait un point à son évaluation. Après tout, Lynfia marchait actuellement sur une corde raide.

Si je la refusais ici, Lynfia se retrouverait certainement dans une situation difficile.

Je ne pouvais pas imaginer que les autres candidats lui fassent la même offre que moi. Elle avait dit qu’elle rejoindrait une autre faction si je refusais de l’aider, mais ce n’était qu’une ruse pour se donner l’air plus forte, un bluff.

Pourtant, Lynfia elle-même ne semble pas agitée et n’essayait pas de s’attirer mes faveurs. C’est parce qu’elle savait. Elle savait qu’elle était mise à l’épreuve.

— Sebas. Qu’en penses-tu ?

— Je n’ai aucune objection. Elle deviendra certainement une alliée de poids si vous choisissez de coopérer avec elle. Cependant, vous devrez résoudre le problème de son village.

— Je pèse le pour et le contre… Eh bien, je n’ai pas le choix. Lynfia, j’accepte ta proposition. Donne-moi ta coopération et je te donnerai la mienne. Ça te va ?

— Ça ne me dérange pas, mais… pourquoi avez-vous dit que vous n’aviez pas le choix ?

— Mon petit frère est un bon garçon, tu sais. La fille du duc, qui est notre plus grand collaborateur, est également une fille. Si je t’abandonne maintenant, ils seront en colère contre moi et essaieront de t’aider de leur propre chef. Dans ce cas, il vaut mieux que j’accepte de t’aider dès le début.

— … Honnêtement, je suis surprise. Votre réputation n’avait rien de flatteur, après tout. Incompétent et léthargique. Le prince prodigue qui ne fait que s’amuser sans rien faire. Le prince qui s’est fait voler toutes ses qualités par son propre petit frère, le prince terne. C’est ainsi que beaucoup de gens vous décrivaient. Mais l’impression que j’ai eue en discutant avec vous est tout le contraire. Vous n’êtes ni incompétent ni apathique. N’êtes-vous pas en réalité le prince Leonard déguisé ?

Lynfia me regarde avec un air légèrement méfiant. Je lui répondis par un sourire amer.

À bien y réfléchir, le problème était trop compliqué et j’ai oublié de jouer les incompétents. À ce stade, ça ne sert plus à rien de recommencer avec Lynfia.

— Rassure-toi. Je suis bien Arnold. Bon, nous sommes d’accord pour le moment. Je te laisse, Lynfia.

— … Merci, je vous en prie.

Sur ces mots, Lynfia et moi nous nous serrâmes fermement la main.

 

 

9

 

Quelques jours plus tard, alors que les préparatifs pour notre départ avançaient à grands pas, je me rendis au manoir de l’archiduc suprême. Je voulais le remercier personnellement d’avoir caché et protégé Finne.

— Que se passe-t-il, Al ? Tu n’es pas très occupé ces jours-ci ?

— Je ne suis pas très occupé. Je laisse Leo s’occuper de tout.

Elna m’accueillit à l’entrée du manoir. À ma réponse, elle posa les mains sur ses hanches et poussa un soupir exaspéré.

— Tu recommences… Leo va être débordé si tu lui refiles tout.

— Je sais très bien quelle quantité de travail je peux lui confier. Et puis, ce n’est pas grave. C’est le genre de personne qui cherche toujours à s’occuper quand il n’a rien à faire.

Après des années d’expérience, j’étais arrivé à la conclusion que partager ma charge de travail avec Leo était la solution optimale.

Elna avait toutefois l’air contrariée. Ce n’était probablement pas tant le fait que je dérange Leo qui la dérangeait, mais plutôt mon manque de motivation.

— C’est une explication astucieuse, mais je sais que ta principale motivation est simplement de te faciliter la vie.

— Le but dans la vie d’un petit frère est de faciliter la vie de son grand frère, répondis-je effrontément, et Elna soupira à nouveau.

C’était une conversation légère typique entre nous. Une fois les banalités d’usage terminées, je regardai Elna dans les yeux et abordai la véritable raison de ma présence.

— Tu es libre plus tard ?

— Pourquoi ? Tu vas m’inviter à sortir ? Si c’est le cas, tu devrais peaufiner un peu ta technique.

— Oui, quelque chose comme ça.

Après m’avoir fièrement taquiné comme à son habitude, Elna s’est figée à ma réponse.

Elle est restée immobile, le visage de plus en plus rouge. Elle était beaucoup trop expressive.

— Je pensais t’inviter à manger pour te remercier d’avoir pris soin de Finne. Qu’en dis-tu ?

— Oh, d’accord ! C’est pour me remercier, alors ! C’est tout à fait logique !

— Bon sang, qu’est-ce que tu croyais que je voulais dire ? Alors, tu es libre ou pas ?

— Euh… oui, je suis libre. Je crois qu’un comte va passer, mais je n’ai pas besoin d’être là.

Pauvre comte, se faire poser un lapin juste au moment où il pensait enfin avoir une chance de rencontrer la fille de l’archiduc suprême. Ça devait être l’enfer.

— C’est juste pour déjeuner. Tu pourrais au moins voir le comte plus tard dans la soirée.

— C’est moi qui décide qui je vois et avec qui je passe mon temps, merci beaucoup. En fait, j’avais justement envie d’aller me promener dans la capitale. Viens avec moi.

— Non, vraiment, restons pour le déjeuner…

— C’est toi qui devrais me remercier, tu te souviens ? Je vais me préparer. Attends-moi ici.

Sans prendre la peine de m’écouter, Elna retourna à l’intérieur avec un large sourire. Je tendis la main sans conviction pour essayer de la retenir, mais ne rencontrant que du vide, je poussai un long soupir. J’avais prévu de simplement déjeuner, mais cela allait probablement se transformer en une sortie qui durerait toute la journée.

Je l’ai attendue pendant une bonne demi-heure. Je me suis dit que la plupart des femmes mettaient du temps à se préparer pour sortir, et ce n’était pas particulièrement pénible d’attendre. Cependant, ce n’était pas habituel pour Elna. D’habitude, elle était prête assez rapidement.

— Bon, je suis prête.

Finalement, Elna est arrivée en courant vers moi.

Elle portait un chemisier blanc et une minijupe rouge, ainsi qu’un petit chapeau noir. Ce style lui allait bien, et je la trouvais magnifique, mais elle allait certainement se faire remarquer.

Alors que je réfléchissais à l’impression qu’elle me faisait, je réalisai quelque chose. Le chapeau d’Elna était un outil magique.

— Tu as prévu quelque chose pour ne pas attirer l’attention sur toi ?

— Ce chapeau est imprégné d’un sortilège qui empêchait de reconnaître les gens. Personne ne saura que je suis une Amsberg.

Bien. Il semblait que l’archiduc suprême avait sa part d’outils magiques.

Bien sûr, même avec de la magie pour empêcher quiconque de reconnaître Elna, cela ne l’empêcherait pas de se démarquer dans la foule. Elle ne pouvait rien faire contre sa beauté. C’était tout à fait Elna de ne même pas s’en rendre compte. Tant pis, me dis-je.

— Bon, allons-y. Où veux-tu aller ?

— Je veux visiter tous les endroits qui ont une signification pour moi. Je n’ai pas eu l’occasion de me détendre et de me promener dans la capitale ces derniers temps.

— Je doute que quelque chose ait vraiment changé, mais d’accord.

Après avoir discuté de nos plans, nous nous sommes mis en route vers la capitale.

 

***

 

— Cet endroit n’a pas changé du tout, remarqua Elna en se tenant devant une petite ruelle qui partait de la rue principale.

Pour moi, cet endroit n’évoquait pas de très bons souvenirs, mais Elna y entra joyeusement.

— Tu te souviens ? C’est ici que tu t’es fait intimider une fois.

— Comment pourrais-je oublier ?

Je devais avoir sept ou huit ans. J’avais sauvé un chat que des enfants torturaient, puis je n’avais pas pu me défendre lorsque quatre ou cinq des brutes m’avaient encerclé et avaient commencé à me donner des coups de pied. J’étais recroquevillé sur le sol, essayant de me protéger comme une tortue, quand Elna était apparue de nulle part. Et puis…

— J’ai eu beaucoup de mal à t’empêcher de tabasser ces enfants.

— Ils le méritaient bien, ils s’en prenaient à un pauvre petit. Et un prince, en plus.

— Oui. Je ne leur ai jamais dit que j’étais prince.

Tout le monde se moquait peut-être de moi parce que j’étais le prince terne, mais même ainsi, aucun roturier n’osait me frapper. Au pire, ils se regroupaient pour me railler. Si j’avais révélé à ces enfants que j’étais prince, ils auraient probablement cessé de m’attaquer.

Mais ils auraient aussi pu penser que je mentais, et Elna était arrivée avant que j’aie eu le temps d’envisager cette option.

— Mais je ne pouvais pas les laisser s’en tirer comme ça. Tu pleurais.

Elna serra les poings en se remémorant sa colère, mais je l’interrompis rapidement.

— Hé, attends un peu. Ne change pas l’histoire. Je ne pleurais pas.

— Quoi ? Mais si, tu pleurais.

— Je ne pleurais pas à ce moment-là. J’ai pleuré après, quand tu as commencé à me maltraiter sous prétexte de m’apprendre le maniement de l’épée.

— Je t’ai maltraité ? Tu plaisantes. Et pourquoi aurais-tu pleuré pendant que je t’entraînais ?

— Ton « entraînement » était pire que toutes les brimades que j’ai subies. Je m’en souviens encore. Sans même que je te le demande, tu m’as mis une épée dans les mains et tu m’as battu jusqu’à ce que je tombe à terre. Quand je tombais, tu me disais de me relever, puis tu me frappais à nouveau. Oui, c’était clairement de l’intimidation.

— Ce n’était pas le cas ! Je voulais seulement que tu deviennes un prince fort et compétent ! C’était ta faute, de te mettre toujours dans le pétrin alors que tu étais si impuissant et faible ! J’étais inquiète et je pensais que je pouvais au moins t’apprendre à te défendre !

— C’était ça, m’apprendre à me défendre ? Ah, je comprends maintenant. Tu m’entraînais à me protéger de toi… Aïe !

— Ce n’est pas vrai !

Ma remarque m’avait valu un coup de poing violent dans les côtes. Dans son élan, elle avait évité mes côtes et m’avait frappé dans le ventre, me laissant à bout de souffle et dans une douleur atroce pendant plusieurs secondes.

— Bon sang, pourquoi tu gâches ce moment ? Je savourais un bon souvenir.

— Un bon souvenir pour toi, peut-être.

Une fois que j’eus enfin repris mon souffle, je répondis aux affirmations ridicules d’Elna avec ma propre frustration. Venir à mon secours ne lui suffisait pas ; non, il fallait qu’elle essaie de « m’entraîner » pour que je puisse les battre la prochaine fois. Mon enfance était remplie d’épisodes comme celui-ci.

Chaque fois que je sortais, Sebas me suivait probablement pour me protéger, mais je ne l’avais jamais aperçu. C’était sans doute parce qu’il savait qu’Elna pouvait débarquer à tout moment.

Quand j’étais encore enfant, je ne savais pas utiliser la magie ancienne, et j’étais vraiment stupide et faible.

— Quoi ? Tu veux dire que tu n’as pas de bons souvenirs avec moi ? demanda Elna en faisant la moue.

Elle n’était pas du genre à bouder, mais cela ne signifiait pas pour autant qu’il fallait mentir pour l’apaiser.

— Non, pas vraiment.

— Pardon ? Je crois que tu m’as mal entendu.

— Tes menaces ne marchent pas avec moi. Même toi, tu ne peux pas avoir autant de bons souvenirs, n’est-ce pas ?

— J’en ai plein ! C’était sympa pour moi de sortir jouer avec toi entre mes séances d’entraînement. Je suis vraiment triste maintenant. Tu étais si gentil et facile à vivre à l’époque…

— Arrête d’idéaliser le passé. J’ai toujours été comme ça.

L’insistance d’Elna à se souvenir de moi comme d’une personne facile à vivre était exaspérante. J’étais peut-être un peu plus calme et obéissant à l’époque, mais ma nature n’avait pas changé. Je savais que je me disputais avec elle quand il le fallait. Si elle se souvenait de moi comme d’une personne gentille et facile à vivre, c’était probablement parce qu’elle n’avait jamais pris la peine de m’écouter.

Je me rendais compte à quel point elle pouvait être absurde. Cependant, il y avait une chose qui n’avait pas de sens.

— Hé, Elna. Comment se fait-il que tu étais toujours là chaque fois que je sortais ?

— Parce que Sebas me l’avait dit.

— Sebas ? Tu plaisantes… Oh mon Dieu. Il en avait juste marre de toujours devoir me protéger ?

Après toutes ces années, j’avais enfin résolu l’énigme. Je m’étais demandé comment Elna faisait pour être toujours là chaque fois que je quittais le château sur un coup de tête. Je n’avais aucune idée que quelqu’un s’y employait délibérément.

Depuis son plus jeune âge, Elna avait toujours été incroyablement coriace. Je n’aurais pas eu besoin d’un garde du corps tant qu’elle était là.

Peut-être que Sebas pensait que je me sentirais plus à l’aise avec quelqu’un de mon âge pour me protéger ? Mais avec son incroyable capacité à rester invisible, je n’aurais de toute façon pas ressenti sa présence comme un fardeau. L’hypothèse selon laquelle il avait fait cela uniquement pour se débarrasser de ses fonctions de garde du corps était donc beaucoup plus plausible.

— Mon père me laissait aussi partir en plein entraînement si je lui disais que j’allais jouer avec toi.

— Oui, par respect pour la famille impériale.

— C’est vrai. Mais ce n’est pas la seule raison.

Une réponse aussi ambiguë et suggestive était inhabituelle de la part d’Elna, qui était d’ordinaire très franche. Je réfléchissais à sa signification lorsqu’elle me tendit la main.

— Je te le dirai un jour. Maintenant, passons à la prochaine étape !

— La prochaine étape ? On va faire le tour de toute la capitale comme ça ?

— Bien sûr !

Elna me tira joyeusement par la main.

Après être devenu chevalier de la Garde impériale à l’âge de onze ans, Elna avait voyagé dans tout l’empire pour accomplir des missions. À l’époque, mon père voyageait également beaucoup, et lorsqu’il ne pouvait pas le faire, c’était aux chevaliers impériaux qu’il incombait d’agir en tant qu’yeux de l’empereur et de veiller sur l’empire. Elna était également la prodige d’Amsberg, capable d’invoquer l’épée sacrée depuis l’âge de douze ans. Le simple fait qu’elle se trouve près de la frontière de l’empire était un avantage pour la diplomatie étrangère. Au final, cela signifiait qu’Elna ne revenait dans la capitale qu’une fois par an ou tous les deux ans.

Après que l’empereur eut frôlé la mort lors du Festival de la chasse des chevaliers, la majorité de la garde impériale était actuellement stationnée dans la capitale, mais elle serait bientôt divisée et envoyée à nouveau en mission. Pour Elna, c’était donc une occasion rare de passer du temps dans la capitale.

Au fond, je voulais juste déjeuner et en finir… Mais bon. J’étais censé faire ça pour la remercier. J’ai décidé de suivre ses plans.

— Où allons-nous ensuite ?

— Hum. Décidons en marchant !

— … D’accord.

Avec un autre soupir, nous avons poursuivi notre visite des lieux mémorables.

 

***

 

Après avoir parcouru la capitale et évoqué des souvenirs, Elna et moi avons trouvé un restaurant au hasard et avons déjeuné. J’avais initialement prévu de l’inviter dans un restaurant plus chic, mais elle avait refusé, prétextant que cela prendrait trop de temps.

Pour elle, découvrir la capitale était plus important.

— Continuons !

— Tu es vraiment pleine d’énergie aujourd’hui, murmurai-je en la suivant.

Après cela, Elna se dirigea vers la périphérie de la capitale et nous entraîna dans une folle aventure au cours de laquelle elle se fit traiter de « plate » par des gamins insolents, qu’elle punit sous prétexte de jouer, avant de s’emparer du terrain où ils jouaient, se mettant en rage après avoir entendu les enfants mentionner qu’ils m’avaient déjà vu marcher avec une fille aux gros seins, se lamentant et se plaignant ouvertement que certains de ses anciens magasins préférés avaient disparu, et bien d’autres choses encore.

Finalement, alors que je commençais à me lasser d’essayer de la suivre, une goutte d’eau est tombée sur ma joue.

— Oh oh , ai-je murmuré en levant les yeux.

Le ciel bleu s’était soudainement couvert de nuages. J’entendais le tonnerre au loin et une pluie légère avait commencé à tomber.

Je savais qu’il serait sage de trouver un abri quelque part.

Elna semblait s’en rendre compte aussi et accéléra le pas. Je la suivis en silence pendant un moment, puis je commençai à avoir un mauvais pressentiment et lui demandai où nous allions.

— Hé, Elna ?

— Oui ?

— Où allons-nous ?

— À l’auberge. On y allait tout le temps, tu te souviens ?

Je m’en souvenais. C’était une auberge où nous nous arrêtions parfois sur le chemin du retour. Nous aimions y aller parce que, contrairement à la plupart des auberges, il y avait une baignoire dans chaque chambre. Bien sûr, c’était un établissement chic et cher. La plupart des gens du peuple ne pouvaient pas y séjourner une seule fois dans leur vie. Le fait d’avoir une baignoire dans chaque chambre signifiait que chacune d’entre elles était équipée d’un outil magique permettant de chauffer l’eau. Ces outils étaient coûteux et consommaient du mana à chaque utilisation. C’était une opération onéreuse.

Malgré tout cela, Elna avait toujours utilisé cette auberge de luxe pour se laver. Heureusement pour elle, le prédécesseur de l’archiduc suprême, le grand-père d’Elna, avait fourni de nombreux outils magiques à l’auberge lors de son ouverture. Elna pouvait donc les utiliser gratuitement par association.

Elle s’y rendait probablement maintenant dans le même but, mais ce serait une grave erreur.

— Attends, Elna. Fais-moi confiance, c’est une mauvaise idée.

— Hein ? Quel est le problème ?

— Rien. Ce n’est juste pas une bonne idée.

— Hum, maintenant je me méfie. Ne me dis pas que tu es allé là-bas avec cette fille dont parlaient ces enfants ?

Elna me lança un regard interrogateur. Malgré toute son intelligence, elle était parfois vraiment lente à comprendre.

En soupirant, je me dis que je ferais mieux de lui dire la vérité. Mais avant que je puisse le faire, Elna m’interrompit.

— Eh bien, le fait est que…

— Si je dis qu’on y va, on y va ! Un chevalier ne revient jamais sur sa parole !

— … Oh, bon sang.

Je poussai un soupir de frustration. Pourquoi fallait-il toujours qu’elle ramène le fait qu’elle était un chevalier dans tout ?

— Et maintenant ?

— D’accord, peu importe. Tu comprendras peut-être quand tu verras par toi-même.

Cette fois, je pris les devants. Nous arrivâmes rapidement à destination. C’était toujours l’auberge dont Elna gardait de bons souvenirs, mais son apparence avait beaucoup changé. Le changement le plus flagrant était l’enseigne à l’entrée. Dès qu’Elna la vit, elle rougit et poussa un cri étouffé.

— … Euh… ?

— Tu comprends maintenant ?

Sur l’enseigne était inscrit « Love Hotel ». L’auberge était devenue un hôtel haut de gamme où les couples pouvaient passer la nuit ensemble. Il n’existait que quelques établissements de ce type dans l’empire, et la plupart des gens n’en avaient même jamais entendu parler.

La deuxième génération de gérants avait changé de stratégie quelques années auparavant et avait rénové l’auberge pour lui donner son aspect actuel. Toutes les commodités nécessaires étaient déjà présentes, ce qui en faisait un endroit idéal pour les nobles souhaitant y emmener leurs partenaires ou leurs amants. L’hôtel était rapidement devenu une destination très prisée et les affaires avaient prospéré.

— Cet endroit est désormais réservé aux couples. Ce serait problématique si tu y entrais et que tu étais reconnue, tu ne crois pas ?

Les propriétaires et le personnel de l’hôtel comprenaient le besoin d’intimité, mais les autres clients, eux, ne le comprenaient pas. Si quelqu’un voyait Elna entrer là-dedans, cela ferait un scandale. Elle était l’héritière de l’archiduc suprême. Son mariage serait un événement important au sein de l’empire. Son père serait probablement impliqué dans les retombées.

Compte tenu de tout cela, je suggérai de changer de destination, mais la réponse d’Elna me surprit.

— Allez, allons ailleurs.

Je n’étais pas ravi à l’idée de me mouiller, mais je n’avais pas le choix. Je trouvais déplacé d’entrer dans un love hotel juste pour éviter un peu de pluie, d’autant plus que j’étais avec Elna. Je pensais qu’elle serait du même avis et j’ai commencé à faire demi-tour.

— Non… Entrons.

— Quoi ?!

Cette situation inattendue avait dû la troubler. Bien que rougissante, Elna se dirigeait vers l’hôtel. Je m’empressai de lui expliquer à nouveau en la retenant.

— Elna, c’est un love hotel.

— Je m’en fiche. Un chevalier ne revient jamais sur sa parole.

— Je ferai comme si je n’avais pas entendu ta suggestion. Allez, viens.

— N-non ! Maintenant que j’ai donné ma parole de chevalier, je dois entrer ! Ça ira ! Je n’ai qu’à m’assurer que personne ne me remarque !

Elle avait raison. Tant que personne ne reconnaissait Elna, il n’y aurait pas de problème. Que l’on me voie ici, ou n’importe où d’ailleurs, cela ne ferait pas les choux gras de la presse people.

Mais Elna avait vraiment un caractère bien trempé. Elle ne transigeait jamais sur ses décisions, aussi insignifiantes soient-elles. Apparemment, elle pensait que si elle revenait une fois sur une décision, elle le ferait à nouveau, et que revenir sur sa parole, ne serait-ce qu’une seule fois, rendrait toutes ses années de dévouement inutiles.

Personnellement, je ne voyais pas les choses ainsi, mais je ne pouvais rien faire contre sa conviction.

— On y va ! On cherche juste un abri pour se protéger de la pluie, et on prendra des chambres séparées, de toute façon !

— T’es stupide ou quoi ? Aucun couple qui vient ici ne prend de chambres séparées.

— Hein ?!

Elna semblait soudainement très timide. Entrer dans ce genre de chambre avec un homme était un obstacle énorme pour elle. Bien sûr, j’étais pratiquement de la famille, ce qui était bien mieux que d’y entrer avec n’importe quel autre homme. Et je suis sûr qu’elle savait qu’il ne se passerait rien. Mais il était normal qu’elle hésite encore.

Cependant, pour Elna, ce qu’elle avait dit plus tôt était pratiquement un serment sur son honneur de chevalier. Elle n’allait pas revenir dessus de sitôt.

La pluie tombait de plus en plus fort. Nos vêtements étaient déjà trempés.

Continuer à chercher un abri ailleurs à ce stade serait mauvais pour notre santé ; nous pourrions même attraper un rhume. Ou plutôt, je pourrais.

Avec un léger soupir de résignation, je suis entré dans l’hôtel. J’ai rapidement pris une chambre, puis j’ai pris Elna par la main et je suis monté au deuxième étage.

— Je suppose qu’on va devoir rester ici jusqu’à ce que la pluie cesse.

Tout en parlant, j’ai baissé les yeux vers mes vêtements. Ils étaient complètement trempés depuis qu’on était restés devant l’hôtel. Je savais que je devrais probablement les enlever pour les faire sécher.

— Hé, Elna…

— Ne me regarde pas ! cria Elna en essayant de se cacher avec ses bras.

Du coin de l’œil, je remarquai que la pluie avait rendu ses vêtements pratiquement transparents. L’image de son tissu humide plaqué contre sa poitrine déjà menue resta gravée dans mon esprit. Je détournai rapidement le regard et partis à la recherche de la salle de bain pour essayer de me distraire. Cependant, dès que je la trouvai, je le regrettai immédiatement.

— Tu te moques de moi.

Ce que je voyais était une baignoire blanche entièrement entourée de parois en verre. C’était une salle de bain conçue explicitement pour le voyeurisme.

Pouvait-on même appeler cela une salle de bain ? J’avais du mal à comprendre pourquoi quelqu’un avait pu créer une telle chose.

— Bon, eh bien… Elna, je vais sortir, tu peux te laver en premier.

Sur ce, je commençai à quitter la pièce. Je pensais à quel point j’allais avoir froid et me consolais en me disant qu’au moins, nous n’attraperions pas froid tous les deux, quand une main m’agrippa soudainement par les vêtements.

 

 

— Non, ça va… Je vais sortir en premier. Je suis un chevalier, après tout.

— Tu crois que je vais laisser une femme sortir et attendre dans le couloir ? Les autres invités vont te voir attendre dehors. Qui sait quelles moqueries tu vas devoir endurer ?

Elle aurait l’air d’une femme qui s’était fait enfermer dehors par son compagnon. Ce serait une humiliation intolérable pour Elna.

— Je pourrais te dire la même chose. Personne ne me reconnaîtra, mais toi, ils te reconnaîtront. Tu seras encore ridiculisée.

— Ça, je connais.

— Mais je ne veux pas être la raison pour laquelle on se moque de toi.

— Oh mon Dieu. Quoi, on devrait tous les deux attraper un rhume alors ?

— Eh bien… on peut rester dans la chambre tous les deux. L’un de nous n’aura qu’à ne pas regarder pendant que l’autre est dans la baignoire. D’accord ?

Elna rougit en faisant cette suggestion inattendue.

— Euh… Tu es sérieuse ?

— Bien sûr que je suis sérieuse ! Allez, vas-y en premier. Dépêche-toi !

Elle se dirigea vers le coin de la pièce en soufflant et s’assit sur une chaise.

Je restai figé sur place pendant un moment, mais je compris rapidement qu’Elna n’irait pas dans la salle de bain si je ne suivais pas son plan, et cela signifierait qu’elle tomberait malade.

N’ayant pas le choix, je pris une serviette et me rendis dans la salle de bain.

 

***

 

— J’ai fini.

— Ça a été rapide.

— Je ne pouvais pas vraiment me détendre, n’est-ce pas ?

Je réajustai mon peignoir blanc pendant que nous discutions. J’avais suspendu mes vêtements mouillés, je n’avais donc rien d’autre à me mettre. Je me sentais bizarre et extrêmement mal à l’aise de porter un peignoir devant Elna. Je m’assis sur la chaise qu’elle occupait auparavant.

Bientôt, j’entendis le bruit de vêtements qui froissaient. Elna se déshabillait. Je n’y avais pas prêté attention pendant que je me déshabillais moi-même, mais le fait d’écouter ajoutait à la tension.

Je regardais autour de moi pour me distraire quand je remarquai le miroir au bord du lit… et je remarquai aussi autre chose.

— … ?!

J’avais une vue imprenable sur Elna qui se déshabillait.

Elle avait déjà retiré son chemisier blanc, et je la regardai enlever sa jupe rouge et la faire glisser le long de ses jambes. La conception féminine de sa lingerie rose à froufrous aurait surpris quiconque la connaissait.

Mouillée par la pluie, sa lingerie collait à sa peau, et elle fronça les sourcils, mal à l’aise, alors qu’elle commençait à l’enlever.

Mon instinct masculin pervers qui me poussait à continuer à regarder luttait contre la conscience que je ne devais vraiment pas le faire, car si je me faisais prendre, ma tête serait coupée à jamais.

Pendant ce temps, Elna finit d’enlever son soutien-gorge, exposant sa poitrine relativement peu développée. Puis ses mains se posèrent sur sa culotte.

C’est à ce moment-là que je tournai enfin la tête dans l’autre direction.

Je l’avais échappé belle. J’avais failli perdre la bataille contre ma libido, ainsi que ma vie.

Alors que j’étais assis, figé sur mon siège, j’entendis le bruit de l’eau qui coulait. Je pouvais également entendre Elna se laver, et les images du corps que je venais de voir se bousculèrent dans ma tête, alimentant mon imagination avec des détails sur ce qui se passait.

Tu n’es pas un petit enfant stupide. Arrête de fantasmer !

Je me suis réprimandé et j’ai chassé ces images inappropriées de mon esprit. Enfin, après quelques minutes paradisiaques, mais tortueuses, Elna est sortie du bain.

— Bon, tu peux regarder maintenant.

Elle m’a donné sa permission à voix basse.

Quand j’ai regardé, elle était également enveloppée dans un peignoir. Cependant, son visage était rouge vif. Elle essaya de faire comme si de rien n’était, mais abandonna rapidement et se glissa sous les couvertures avec un gémissement embarrassé lorsque le poids de mon regard devint insupportable.

— Si tu es si gênée, on n’aurait pas dû entrer.

— Je sais, mais… mais…

Elle semblait au bord des larmes, et sa voix était étonnamment fragile.

Apparemment, la situation avait été assez traumatisante après tout.

— Si je romps ma parole de chevalier, ne serait-ce qu’une seule fois… cela dévalorisera tout ce que j’ai dit jusqu’à présent… tous mes vœux et toutes mes déclarations…

— Ce ne sera pas le cas. Du moins, je ne le pense pas.

— Eh bien, moi si… Alors je ne romps pas ma parole.

— Et à la place, tu vas pleurer ?

— Je ne pleure pas…

Même en disant cela, je pouvais entendre les larmes dans sa voix. Frustré, je soupirai, ce qui, pour une raison quelconque, mit Elna en colère.

— C’est ta faute, c’est toi qui m’as dit des choses qui m’ont bouleversée !

— Maintenant, c’est ma faute ?

— Et comment savais-tu que cet endroit était un love hotel, d’ailleurs ? Avec qui es-tu venu ici ? La fille aux seins énormes dont parlaient ces gamins ? !

Je soupirai à nouveau.

— Tu ne dois pas être trop bouleversée si tu as encore l’énergie de t’en prendre à moi.

— Ne change pas de sujet !

Elna ne lâchait pas le morceau. Je pris un moment avant de répondre. Malheureusement, lorsqu’elle avait réprimandé le groupe d’enfants turbulents un peu plus tôt, ils lui avaient raconté qu’ils m’avaient vu marcher avec cette autre fille. Maintenant qu’Elna était au courant, il était inutile de garder le secret.

J’ai donc décidé de lui dire la vérité.

— Dans les maisons closes où je vais de temps en temps, il y a des tonnes de filles qui ont été vendues par leurs parents quand elles étaient enfants et qui n’ont d’autre choix que de se prostituer.

— Et alors ? Où veux-tu en venir ?

— Je les paie et je fais semblant de les emmener dans un love hotel pour leur permettre de sortir et de s’amuser pendant une journée. C’était probablement l’une de ces filles que les enfants ont vues avec moi. Elles peuvent entrer dans des endroits où elles sont normalement interdites si elles sont avec moi, et personne ne s’attendrait à voir un prince se promener en public avec une prostituée.

— Vraiment ? Tu as fait ça ?

— Même du point de vue des maisons closes, le seul travail qu’elles peuvent obtenir est celui de prostituées. C’est une réalité de leur vie. C’est probablement mieux que d’être sans abri et de mourir de faim. Mais même les prostituées veulent avoir la possibilité de se promener en ville, de faire du shopping et de s’amuser de temps en temps. Alors je leur donne cette opportunité. Je sais bien que cela ne change pas grand-chose, mais je pense qu’il faut faire le bien autour de soi, même si c’est peu.

Les prostituées que j’emmenais dans les love hotel me proposaient généralement de coucher avec moi, mais je n’avais jamais accepté. Si je l’avais fait, cela aurait donné l’impression que c’était mon véritable objectif.

Si je devais prétendre être une bonne personne, autant aller jusqu’au bout. C’était ma logique.

— Pourquoi ne pas dire plus clairement aux gens ce que tu fais ?

— S’ils savaient la vérité, on m’arrêterait. Le simple fait qu’un prince impérial se rendait dans un bordel quelconque serait déjà assez grave. Ce serait ennuyeux que les gens commencent à me dire de fréquenter des prostituées plus chères.

— Mais… tu ne fais que nuire à ta réputation si tout le monde pense que tu sors avec beaucoup de femmes.

— Ça m’est égal. C’est plus ou moins ce que je fais, et ce n’est pas comme si je n’avais jamais été un coureur, de toute façon.

Ce n’était pas comme si j’avais une réputation à gâcher. La mienne était déjà assez mauvaise, alors je me fichais qu’elle soit encore plus salie.

— Ce n’est pas douloureux pour toi ?

— Ça le serait peut-être si j’étais tout seul. Mais je ne le suis pas. J’ai des gens qui m’aiment et me respectent. Toi aussi, n’est-ce pas ?

— Ce n’est pas juste… quand tu le dis comme ça…

Je crus percevoir une légère bouderie dans sa voix qui s’évanouissait en un murmure.

Après cela, notre conversation dériva vers des sujets plus légers pendant que nous attendions que nos vêtements sèchent. Cela faisait longtemps qu’Elna et moi n’avions pas passé un moment ensemble à discuter comme ça, et c’était étonnamment agréable.

 

10

Le jour du départ d’Arnold et Leo de la capitale arriva.

Comme ils partaient en mission officielle, l’empereur leur adressa quelques mots avant qu’ils ne se rendent au port sous bonne escorte.

Ils n’avaient qu’une seule inquiétude : savoir si les personnes qu’ils laissaient derrière eux survivraient à la situation périlleuse dans leur pays.

— Bon, nous y allons. Tiens-le fort ici, Marie.

— Bien sûr, Maître Leo.

En prévision de leur départ, Arnold avait trouvé une nouvelle aide en la personne de Lynphia et l’avait envoyée avec Sebas, son homme de confiance, pour assister Finne. De même, Leo avait décidé de confier à Marie, sa fidèle servante et assistante, la responsabilité de préserver son influence.

— Les autres factions influentes vont lancer des attaques pendant notre absence. Je veux que tu travailles avec Finne pour les repousser.

— Nous nous en sortirons très bien. Tous vos serviteurs seront toujours là, et Dame Finne est un symbole fort de votre influence. C’est pour vous que je m’inquiète.

Leo sourit d’un air sombre aux paroles inquiètes de Marie. Il savait à quoi elle faisait allusion.

— Tu insinues que je vais manquer de personnel ?

— Pour être honnête, oui. Votre sécurité n’est pas un problème tant que Dame Elna est avec vous. Mais je crains que vous manquiez d’aide dans… d’autres domaines.

— Ne t’inquiète pas. J’aurai mon frère.

— C’est justement ce qui m’inquiète le plus.

Cette fois, Marie ne mâcha pas ses mots, et Leo grimaça devant son impitoyable franchise. Elle disait les vérités les plus dures sans jamais changer de ton ni sourciller. La plupart des gens se seraient mis en colère dans une telle situation. Mais cela ne faisait jamais réagir Arnold, ce qui irritait d’autant plus Marie.

Son jeune frère était en lice pour le trône impérial. Et quand les gens se moquaient de lui, c’était comme s’ils manquaient de respect à Leo lui-même.

Compte tenu de tout cela, il aurait au moins pu se soucier suffisamment de la situation pour se mettre en colère. C’était en tout cas ce que pensait Marie.

Mais au lieu de cela, Leo se contenta de la réprimander.

— Écoute, Marie. Tu ne comprends probablement pas, mais mon frère est une personne incroyable.

— Vous êtes trop généreux dans votre jugement. Peu importe les souvenirs d’enfance que vous partagez, cela n’a aucune incidence sur le présent.

— Ce n’est pas vrai. Tu comprendras un jour. Tout le monde l’appelle le prince terne… mais ce n’est pas vrai. Je ne veux pas me vanter, mais je peux accomplir presque tout ce que je veux si je m’y mets vraiment. Mon frère est différent. Il peut faire à peu près tout ce qu’il veut sans aucun effort. Donc, tant qu’il est là, tu n’as pas à t’inquiéter pour moi.

L’expression de Marie s’assombrit tandis qu’elle écoutait la conviction inébranlable de Leo. Si ce qu’il disait était vrai, et que son frère était vraiment aussi talentueux qu’il le prétendait, cela pourrait un jour nuire à Leo. Sans compter que le fait de placer une confiance et une dépendance excessives en Arnold pouvait devenir une faiblesse que d’autres pourraient exploiter.

Mais Marie garda ses opinions pour elle. Lorsqu’elle était entrée au service de Leo, elle s’était juré de le soutenir. Quelle que soit la voie que Leo choisirait, elle serait là pour l’aider, sans poser de questions.

— Si vous êtes sûr, je n’en dirai pas plus. Je vous souhaite bonne chance et bon voyage.

— Merci. Je suis désolé de te laisser tant de choses à gérer. Je promets de remplir mon devoir.

Après leur conversation, Leo monta dans la calèche.

Ainsi, l’envoyé impérial quitta la capitale. Leur destination : la région sud du continent Vogel. C’était une région instable, disputée par deux nations.

 

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