THE INSIPID PRINCE T1 – CHAPITRE 2 PARTIE 4

Festival de Chasse des Chevaliers

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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
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La nuit.

Je me dirigeai vers le sous-sol du château, où je posai la main sur un mur discret. Ce geste fit apparaître une ligne de lumière qui traversa la paroi, et celle-ci s’ouvrit.

Sans me laisser surprendre par ce phénomène, j’entrai dans le passage désormais ouvert.

À l’intérieur se trouvait un escalier qui descendait plus profondément. Je poursuivis ma route jusqu’à une porte en bois.

Derrière cette porte s’étendait une magnifique salle d’étude.

D’innombrables livres anciens y étaient soigneusement rangés, et des bougies restaient allumées en permanence, bien que personne ne s’en occupât jamais.

Comme la personne qui utilisait cette pièce était paresseuse, elle avait employé la magie pour maintenir les bougies allumées sans interruption.

— Tes recherches sur la magie sont toujours aussi impressionnantes, grand-père.

— Le mystère de la magie ne sera jamais résolu, peu importe le nombre d’années que cela prendra.

Celui qui me répondit était un petit vieillard. De plus, il était à moitié transparent. Il était assis sur une chaise et lisait joyeusement un livre. Lorsqu’il devait tourner une page, il utilisait habilement sa magie pour le faire.

On n’aurait jamais pu le deviner à son apparence, mais même ainsi, il avait autrefois été empereur.

— Tu es si insouciant, alors que tes recherches sur la magie t’ont conduit à être enfermé dans un livre. Les gens à l’extérieur t’appellent l’Empereur Fou, tu sais ?

— Ce n’était qu’une erreur. Quelle erreur stupide d’avoir laissé un démon s’emparer de mon corps, dit le vieil homme, Gustav Lakes Adler.

Mon arrière-grand-père, empereur il y a deux générations.

Un maniaque de la magie, comme vous pouvez le constater, au point d’avoir fait construire cette pièce secrète pour y mener ses recherches. C’est d’ailleurs ce qui causa sa perte : son corps fut un jour possédé par un démon scellé dans un livre, qui s’en servit pour ravager la capitale impériale. L’histoire officielle disait qu’il avait perdu la raison à force de s’adonner à la magie ancienne.

C’est ainsi qu’elle devint un tabou au sein de la famille impériale.

Pourtant, le temps passa. Après m’avoir rencontré, il m’enseigna la magie ancienne et devint mon maître.

Aujourd’hui, il ne subsistait plus de lui qu’un esprit, sans corps ni forme. Ce que j’avais devant moi n’était qu’une forme-pensée. Je l’avais libéré du livre scellé en l’ouvrant, mais il ne semblait nullement pressé de retrouver une enveloppe charnelle. Ses recherches sur la magie, menées enfin en toute tranquillité, paraissaient lui suffire amplement.

— Tu es vraiment insouciant, sérieusement. C’est à cause de toi que je dois cacher le fait que je peux aussi utiliser la magie ancienne.

— Vois les choses autrement. C’est grâce à moi que tu as pu apprendre à utiliser la magie ancienne, non ? Mon précieux masque en argent t’est également utile, n’est-ce pas ?

— Eh bien, modérément.

— Tu es vraiment un arrière-petit-fils ingrat.

Même en disant cela, ses yeux ne quittaient pas le livre. Il lisait des ouvrages sur la magie et, lorsqu’il imaginait une magie originale ou une nouvelle théorie, il se mettait aussitôt à la consigner. Il avait continué ainsi tout ce temps.

En réalité, il s’en satisfaisait tellement que je n’avais pas envie de le déranger. Mais j’étais venu ici pour une raison. Et il semblait l’avoir deviné.

— Tu as quelque chose à me demander, n’est-ce pas ? Dis-le-moi. Ne te gêne pas.

— …Mon petit frère s’est retrouvé impliqué dans la guerre de succession.

— S’il est excellent, il finira forcément par être impliqué. C’est la guerre de succession.

— Comme je le pensais… Je devrais voir si quelqu’un l’a délibérément entraîné là-dedans.

— C’est ce que je ferais. S’il s’avère que c’est un ennemi, je pourrai régler ça ouvertement.

Cela me trottait dans la tête.

Avec l’assassinat de l’ancien général, nous avions été forcés de faire un choix. Cependant, même s’il avait favorisé Leo, il ne représentait pas une menace pour les trois autres candidats. Pourtant, quelqu’un avait choisi de l’éliminer à un stade aussi précoce.

Ils se méfiaient peut-être de Leo, mais leur véritable objectif était sans doute de le pousser à devenir officiellement leur ennemi, afin d’avoir une raison de l’éliminer.

— J’ai une autre question.

Devant moi se tenait l’ancien empereur. Autrement dit, le vainqueur d’une guerre de succession. S’il était mon ancêtre, celui qui avait survécu à tous les complots de son époque, alors il devait connaître la réponse.

J’allais ouvrir la bouche, mais mon grand-père parla avant moi.

— Si j’avais été le deuxième ou le troisième fils, j’aurais assassiné le prince héritier. Voilà ta réponse.

— … Mais je n’ai encore rien demandé.

— Je pensais que c’était la question que tu finirais par poser si tu parlais de la guerre de succession. J’étais l’aîné, j’ai donc été exposé à de nombreuses tentatives d’assassinat. De mon point de vue, c’est le prince héritier qui se fait assassiner qui est le véritable problème. Après l’assassinat du candidat le plus prometteur, il ne reste plus qu’une lutte sanglante.

— Le seul résultat de l’enquête de mon père a été la mention d’une mort au combat, tu sais ?

— Peut-être que cela a été habilement dissimulé, ou que les proches collaborateurs de l’empereur eux-mêmes étaient impliqués. Ou… peut-être que l’empereur lui-même était impliqué. Quoi qu’il en soit, il est étrange qu’un prince héritier, qui est le plus proche de remporter la guerre de succession, meure sur le champ de bataille. Si ton petit frère entrait en guerre, tu ferais de ton mieux pour le protéger, n’est-ce pas ?

— Bien sûr.

— Voilà ta réponse. Beaucoup de gens doivent penser la même chose. S’il avait été tué malgré tous leurs efforts pour le protéger, alors l’hypothèse d’un complot s’imposait d’elle-même. Compte tenu de l’histoire de la guerre de succession jusqu’à présent, ce genre de chose n’a rien d’inhabituel.

Grand-père venait de dire quelque chose de très déprimant. Cependant, il était convaincant. Et si toutes ses suppositions étaient exactes, alors tout ce qui allait se produire à partir de maintenant serait le fruit d’un complot. En d’autres termes, il y avait quelque chose derrière ce Festival de Chasse des Chevaliers.

— Grand-père. As-tu un sort qui permet de commander les monstres ?

— TU PARLES DE MAGIE ? SUPER ! JE VEUX EN SAVOIR PLUS !

Voyant grand-père se retourner brusquement vers moi, je poussai un soupir.

N’avait-il vraiment d’yeux que pour la magie ? Il suffisait qu’on en parle pour qu’il s’anime ainsi, au point de délaisser les préoccupations sérieuses de son propre disciple et arrière-petit-fils. Peut-être était-il vraiment fou, comme on le disait.

— Récemment, le nombre de monstres a augmenté dans l’Empire. Parmi eux, certains sont des monstres rares et puissants. Je me demande si quelqu’un les manipule dans l’ombre.

— Hum… S’il ne s’agit que de quelques monstres, il existe une magie qui permet de les commander, mais une magie capable d’en contrôler autant à la fois, ça, non… ça n’existe pas.

— Ah bon… Je me faisais donc des idées.

Je pensais que si cela avait un lien avec la magie, cela pouvait être l’œuvre de la deuxième princesse, Zandra. Mais si Grand-père disait qu’une telle magie n’existait pas, alors cela devait être le cas.

Si tel était le cas, alors l’apparition des monstres n’était qu’une coïncidence.

— Eh bien, il n’existe pas de magie de ce genre… mais s’il s’agit d’un outil magique, alors il en existe un.

— Un outil magique ?

— C’est un outil magique ancien. Il joue une mélodie que les monstres apprécient et peut être utilisé pour les attirer. Selon la puissance magique de l’utilisateur, on peut en appeler un grand nombre.

— Une telle chose existe vraiment ?

— D’après les livres, oui. Je crois que c’était une flûte appelée « Hameln ». Si une personne dotée d’un grand pouvoir magique l’utilisait, elle pouvait faire apparaître des monstres dans tout l’Empire.

Les gens d’autrefois avaient vraiment inventé des choses à la fois utiles et dangereuses, hein. À une époque où la magie était plus avancée qu’aujourd’hui, les outils magiques devaient eux aussi être bien supérieurs à ceux que nous connaissons. Certains ont été découverts dans des ruines et sont devenus des trésors nationaux dans divers pays, mais il en existe aussi qui sont apparus soudainement.

— Il existe donc quelque chose comme ça… En fait, le Festival de Chasse des Chevaliers aura lieu bientôt. Celui où chaque membre de la famille impériale dirige un corps de chevaliers.

— Hein ? L’empereur actuel a lancé quelque chose d’intéressant, hein ? Quelle est la récompense ?

— Le poste d’ambassadeur plénipotentiaire. Vu notre situation, nous ne pouvons pas nous permettre de perdre ici non plus. Mais si l’adversaire a cette flûte entre les mains, nous n’avons aucune chance de gagner…

— C’est vrai. Après tout, ils peuvent invoquer les monstres où bon leur semble. S’ils ne l’utilisent pas à tort et à travers, leur victoire est assurée.
Mais si c’était moi, je ne choisirais jamais une méthode aussi stupide.

C’est ce que déclara Grand-père.

Je partageais entièrement son avis. À première vue, l’idée semblait séduisante, mais elle ne procurait qu’un avantage immédiat, sans rien d’autre.

Si l’un de mes trois frères aînés venait à utiliser cet outil magique, je n’hésiterais pas à m’allier aux deux autres contre lui. Même dans le cadre d’une guerre de succession, porter atteinte aux intérêts de l’Empire était une faute impardonnable. Une telle décision leur coûterait leur base de pouvoir, fatalement.

Je ne pensais pas qu’ils prendraient un risque pareil.

Ce qui voulait dire…

— La personne qui tire les ficelles en coulisses n’est pas l’un des principaux prétendants à cette guerre de succession, hein.

— C’est exact. Que cette personne soit liée ou non à un candidat majeur, pour attirer des monstres dans l’Empire et mettre le pays en danger, elle ne se contenterait pas du poste d’ambassadeur plénipotentiaire.

— … Une autre source d’ennuis est apparue, hein.

Je ne pouvais pas me contenter d’examiner la situation en surface. Il me fallait en sonder les fondements.

Il ne s’agissait plus simplement de gagner ou de perdre le festival. Si je ne découvrais pas qui se cachait derrière ces monstres, ce Festival de Chasse des Chevaliers dépasserait largement la simple bataille pour le poste d’ambassadeur plénipotentiaire.

— Existe-t-il un moyen de neutraliser les effets du sifflet Hameln ?

— Tu peux seulement le briser. Tant qu’il y a un son que seuls les monstres peuvent entendre, il sera difficile d’empêcher son effet.

— Je ne peux donc me concentrer que sur le Festival de Chasse des Chevaliers, hein.

— C’est exact. Mais c’est pareil pour eux. Ils ont jugé qu’ils ne pouvaient pas utiliser la flûte pendant le festival. En d’autres termes, ils devront l’utiliser avant le début du festival. Il se passera certainement quelque chose en coulisse. Fais attention.

Je pris son conseil à cœur et quittai la pièce.

Sur le chemin du retour vers ma chambre. Je sentis une présence derrière moi. J’étais sur le point de me retourner pour faire face à cette présence inconnue lorsque l’homme cria dans ma direction.

— Ne bouge pas.

— …Tu sais que je suis Arnold Lakes Adler, n’est-ce pas ?

— Bien sûr.

Sur ces mots, l’homme sortit un couteau.

Je ne m’attendais pas à ce qu’ils agissent aussi vite.

— Je ne te tuerai pas, mais je vais te faire dormir pendant un moment.

— Je ne peux pas vraiment accepter ça.

Je me retournai lentement. Pendant que j’étais vulnérable, l’homme n’avait pas bougé. Après m’être retourné, je me retrouvai face à un homme vêtu de noir. Il avait tout de l’assassin typique.

Mais puisqu’il avait dit qu’il ne me tuerait pas…

— Q…Qu’est-ce que tu as fait !?

— J’ai bloqué tes mouvements avec une barrière. C’était mal de dire que tu ne me tuerais pas, n’est-ce pas ?

Il ne faisait aucun doute qu’il s’agissait d’un assassin expérimenté.

Il avait réussi à s’infiltrer dans le château malgré la sécurité renforcée. Mais même un assassin aussi habile ne pouvait garantir qu’il serait capable d’infliger une blessure non létale sans mettre la vie de sa cible en danger.

C’est pourquoi il m’avait appelé pour que je m’arrête. Cela m’avait donné le temps de construire cette barrière.

De toute façon, même s’il ne l’avait pas fait, j’avais toujours une barrière de détection déployée autour de moi. Personne ne pouvait s’approcher de moi sans que je m’en rende compte. Ce serait suicidaire de sortir au milieu de la nuit sans prendre de précautions.

— Tss… ! Tu n’es pas seulement un prince incompétent, hein ?

— Bon, calme-toi et réponds à mes questions. Quand tu t’es infiltré dans le château, quelqu’un t’a guidé, n’est-ce pas ? Qui est-ce ?

— Fuh ! Je ne dirai rien ! Si je donne le nom de mon client, je suis mort !

— Tu ne le nies pas. D’accord, je comprends l’essentiel.

— !?

Seuls ces trois-là pouvaient interférer avec la sécurité du château. Si quelqu’un d’autre voulait faire entrer un assassin ici, cela demanderait une préparation colossale. C’était impensable. Après tout, la raison pour laquelle on tenterait de m’éliminer, ce serait à cause d’Elna.

— Envoyer des assassins pour m’attaquer afin d’empêcher Elna de participer au Festival de Chasse des Chevaliers, c’est assez sournois, hein. Il est tout à fait naturel que je me sois préparé à ça.

— Fu… c’est pareil de notre côté ! Attrapez-le !

Au même moment, quelqu’un apparut derrière moi sans que je le remarque.
L’homme qui surgit n’était autre que Sebas.

— On dirait qu’ils sont quatre. J’ai déjà neutralisé les trois autres, Seigneur Arnold.

— Bon travail, Sebas.

— Qu…quoi ?

— Tu penses vraiment que je laisserais le seigneur Arnold se promener seul au milieu de la nuit ? Tu nous sous-estimes, hein.

— Argh !

— Maintenant… crache le morceau. Pour qui travailles-tu ?

J’érigeai une barrière insonorisée et commençai à lancer un sort d’illusion.

Un sort conçu pour montrer à la cible ce qu’elle redoute le plus. Je ne pouvais pas voir ce qu’il voyait, mais l’image devait être terrifiante à ses yeux.

Étonnamment, cela suffit pour que le nom de son commanditaire m’échappe.

— HIIII !!?? PARDONNEZ-MOI !? PARDONNEZ-MOI !!!! DAME ZANDRA ! Je n’ai rien dit ! Je n’ai pas dit un mot !

— Hé… alors tu es aux ordres de Zandra, hein. On dirait qu’elle t’a soumis à un entraînement sévère.

— Lier ses subordonnés par la peur… voilà bien une méthode digne d’elle. Que devons-nous faire de lui ?

— Même si nous nous débarrassons d’eux, cela ne nuira pas à Zandra. Mais si nous les tuons, le nettoyage sera fastidieux. Trouve-leur simplement un endroit où les mettre, ils pourraient nous être utiles plus tard.

— Comme vous voudrez.

Je jetai un regard en coin à l’homme qui voyait toujours l’illusion de Zandra, puis me détournai de lui. Si elle avait envoyé un assassin à ce moment précis, cela signifiait que Zandra n’avait rien à voir avec l’apparition des monstres.

Elle essayait simplement de se débarrasser de moi pour s’assurer le poste d’ambassadrice plénipotentiaire lors du Festival de Chasse des Chevaliers.
Si elle était prête à aller aussi loin, alors elle n’était certainement pas celle qui tirait les ficelles derrière l’apparition des monstres.

— Maintenant, je me demande qui a fait ça.

Laissant ces mots derrière moi, je retournai dans ma chambre.

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