sentenced t2 - CHAPITRE 2 PARTIE 2
Châtiment : Enquête sous couverture dans le district coquille de Sodrick (2)
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Traduction : Calumi
Correction : Opale
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L’histoire du quartier connu sous le nom de District coquille de Sodrick se confondait avec celle de la Guilde des Aventuriers elle-même. On pourrait même dire qu’il s’agissait de l’histoire de la violence de la ville. Et j’en connaissais un peu.
À l’époque où la piraterie maritime sévissait au large d’Ioff, dans la baie de Korio, le chef d’un certain groupe de pêcheurs forma une armée personnelle afin d’éliminer la menace. Cet homme était l’ancêtre de Sodrick.
Plus tard, Dayir Sodrick, le champion intrépide et Épée de la Mer, annonça qu’il fondait sa propre organisation afin de promouvoir l’indépendance de la ville… ou quelque chose dans ce genre. L’histoire avait très probablement été altérée et romancée au fil des années. En réalité, ce n’était sans doute rien de plus qu’un affrontement entre deux équipages pirates rivaux pour le contrôle d’un territoire.
Quoi qu’il en soit, la famille Sodrick tenait suffisamment à son image pour imposer sa version de l’histoire. Et elle possédait le pouvoir et l’influence nécessaires pour le faire. Cela, au moins, était vrai. L’actuel chef de famille s’appelait Lideo Sodrick. Il représentait la Guilde des Aventuriers et, en apparence, il était l’un des hommes les plus influents de la ville.
Le quartier appelé District coquille de Sodrick était la partie de la ville sur laquelle Lideo Sodrick exerçait le plus d’autorité. Les rues y serpentaient en cercles, comme les coquilles d’une carapace, toutes convergeant vers le centre, où se trouvait la Guilde des Aventuriers. Il n’y avait aucun panneau, mais une fois proche, il était impossible de la manquer.
Après avoir traversé l’arrière-ruelle brûlée et partiellement détruite, nous atteignîmes enfin le cœur du quartier. L’endroit était presque sans loi, et chaque pas que nous faisions vers la Guilde le rendait plus évident encore. Le chemin était encombré d’étals de rue proposant toutes sortes d’objets illégaux. Des outils gravés de sceaux sacrés, des carcasses de féeries, des biens volés, de l’alcool de contrebande, des êtres humains, et même les plantes interdites que Jayce avait cultivées puis répandues dans le monde. Kivia plissa fortement les yeux devant tout ce qu’elle voyait.
— Répugnant. Que fait donc le Temple ? Tout ce quartier devrait être éradiqué.
— Ce serait probablement une perte de temps. Supprime-le et un autre apparaîtra à sa place.
— En quoi cela peut-il être acceptable, Xylo ? répliqua Kivia. — Tout cela est une conséquence de la pauvreté, n’est-ce pas ? Une meilleure gestion et une aide économique mettraient fin à des endroits comme celui-ci.
— Je me le demande.
Quand les désirs humains entraient en jeu, ce n’était pas si simple. On pourrait sans doute faire quelque chose contre le trafic d’êtres humains, mais résoudre la pauvreté ne mettrait peut-être pas fin aux envies pour des choses comme les plantes illégales de Jayce.
— Xylo, tu esquives la question, dit Kivia. — Ne me dis pas que tu as déjà acheté quelque chose dans un endroit comme celui-ci.
— Bien sûr que non.
Pour être honnête, c’était surtout parce que je ne voulais pas causer d’ennuis au père de Frenci. Et puis Frenci elle-même détestait ce genre d’endroits.
Elle m’aurait tué si je m’en étais approché. Mais expliquer tout cela à Kivia serait trop long, alors je gardai le silence.
— Haah… Le Temple devrait consacrer ses ressources à des projets comme celui-ci… Quelle frustration.
— Oui, oui. Maintenant, tu pourrais arrêter de fusiller les gens du regard ? Et rapproche-toi aussi de moi. La Guilde nous observe probablement déjà.
— M…mn… !
Kivia grogna, comme si elle s’était étouffée.
— O-oui, tu as raison. Nous sommes censés être des amants, après tout. J’admets qu’il est logique de marcher plus près de toi afin d’augmenter nos chances de réussite… Mais ne te fais pas d’idées ! Je fais ça uniquement pour la mission ! Pour la mission ! Compris ?!
Après ce monologue débité à toute vitesse, Kivia s’accrocha à mon bras, bien qu’avec une certaine réticence. Ce n’était pas vraiment une étreinte amoureuse, plutôt une prise ferme. Je ne lui avais pas demandé d’aller aussi loin, mais cela nous faisait effectivement passer pour une noble fortunée et son serviteur devenu amant. J’avais l’impression qu’elle serrait mon bras un peu trop fort, mais peut-être ne savait-elle pas doser sa force. Quoi qu’il en soit, je devrais simplement supporter.
— Mnnn… Je mourrais de honte si mon oncle me voyait comme ça, dit Kivia.
— Oh. À propos… Une chose me revient.
Je décidai de demander à Kivia quelque chose qui me trottait dans la tête.
— Pourquoi as-tu fini par rejoindre l’armée ?
— Comment ça ?
— Ton oncle est prêtre, non ? Le Grand Prêtre Kivia. Euh… Ça devient confus. Le Grand Prêtre Marlen Kivia est ton…
— Appelle-moi Patausche. Ce sera plus simple. Je t’autorise à utiliser mon prénom uniquement par commodité. Compris ? Par commodité.
Elle recommençait à parler trop vite.
— Même les gens qui ne me sont pas proches, mais qui connaissent mon oncle et moi, m’appellent par mon prénom. C’est logique, et parfois nécessaire pour éviter toute confusion, et c’est la seule raison.
— D’accord… Très bien, dis-je, un peu dépassé. — Alors… Patausche.
— …! …Quoi ? J’espère que c’est important.
— Je voulais juste savoir pourquoi tu as rejoint l’armée. Cela fait un moment que je me le demande. Ta famille est composée de prêtres avec un vaste domaine, non ? Alors pourquoi t’engager dans l’armée ?
— Je…
Patausche s’interrompit un instant, puis acquiesça.
— Au fond, je suppose que je voulais me rebeller contre mes parents.
— …Tu peux être un peu plus précise ?
— Ma mère et mon père sont des prêtres avec leurs propres devoirs au Temple. Et avec cela… viennent divers avantages. L’un de ces avantages est la possession de terres.
Les prêtres ne reçurent des terres qu’après la fondation du Royaume Fédéré. Ces individus étaient également appelés prêtres nobles et recevaient des rangs de cour de la famille royale. Les prêtres étaient toutefois différents des soldats de l’armée. Ils possédaient l’autorité et la foi, mais aucune compétence utile dans le monde réel.
Par conséquent, contrairement aux soldats ou aux fonctionnaires, ils ne recevaient pas de salaire. Beaucoup échangeaient donc leur autorité et leur foi contre de l’argent, et pas toujours par des moyens modestes comme les dons. Souvent, ils faisaient preuve d’imagination. Acheter et vendre des postes au sein du Temple par des pots-de-vin, ou obtenir des territoires sous prétexte d’y établir de futurs sites religieux.
Tout cela pour s’enrichir et assurer l’avenir de leur famille.
— C’est ce que je détestais chez mes parents, dit Kivia. — C’est pour cela que j’ai choisi une autre voie et que j’ai rejoint l’armée. Tout ce que j’obtiendrai dans la vie, je veux le gagner par mes propres efforts.
Une histoire vieille comme le monde. Ce fut la première pensée qui me vint à l’esprit. C’était un récit courant parmi les nobles, mais pour celui qui le vivait, ce n’était pas qu’une formule toute faite.
— Mon oncle était là pour moi et m’a soutenue après que j’ai plus ou moins fugué de chez moi.
— C’est…
— Je sais ce que tu veux dire. Avoir des proches dans l’armée peut être avantageux pour un grand prêtre. Mais il m’a quand même aidée, et je lui en suis redevable.
Kivia hocha la tête, l’expression dure.
— Mon oncle est un visionnaire, et il agit avec fermeté pour réparer les erreurs du passé. Il prévoit même de confisquer des territoires aux prêtres corrompus et de réinstaller ces terres avec ceux qui ont été contraints de quitter les régions en développement.
Beaucoup de gens avaient été déplacés par le Fléau Démoniaque, et c’était particulièrement vrai pour les colonies des régions en développement. Ces gens n’avaient eu d’autre choix que d’abandonner leurs foyers, et leur venir en aide serait certainement bénéfique pour l’ensemble de la société.
— Je souhaite être le bouclier qui protège sa vision.
Cela devait être une autre raison pour laquelle Kivia avait été prête à se battre jusqu’au bout dans la forêt de Couveunge. Ce n’était pas seulement pour Teoritta. Kivia avait une image de ce que devait être un véritable guerrier, et elle risquait sa vie pour la réaliser.
Bon sang… Je ne voulais pas critiquer Patausche, mais j’étais fatigué de tous ces idiots qui se précipitaient pour jeter leur vie.
Néanmoins, à ce stade, je n’étais pas en position de critiquer.
— Au fait, Xylo…
Patausche me lança un regard perçant, comme si elle s’apprêtait à me provoquer en duel.
— …Je veux aussi te poser une question. Toi, euh… Tu as dit que tu avais une fiancée ?
— Oui.
— Alors… cette femme, Frenci. Est-ce qu’elle…
— Xylo.
Une voix m’appela soudain sur le côté, et je sentis une légère traction sur mon épaule. C’était Dotta. Nous nous étions séparés plus tôt, et Dotta était parti en reconnaissance. Je savais qu’il finirait par voler quelque chose. À cela, je m’y attendais. Mais il excellait pour s’infiltrer, et nous avions besoin de ce talent. D’ailleurs, il semblait déjà avoir fait son travail.
— J’ai inspecté la guilde.
— C’était rapide.
— …Un peu trop rapide, je trouve, intervint Patausche.
J’étais impressionné par le travail de Dotta, mais elle ne semblait pas aussi satisfaite.
Elle voulait sûrement encore me poser des questions sur Frenci. À tous les coups, elle cherchait simplement une nouvelle occasion de se moquer de moi. Mais je n’allais pas lui laisser l’avantage si facilement.
— La sécurité est serrée, mais c’est la Guilde des Aventuriers, dit Dotta.
Il s’était introduit dans le bâtiment et avait observé les lieux. Nous voulions au moins savoir à quoi nous allions être confrontés.
— C’est un bâtiment de trois étages avec des pièges à sceaux sacrés partout. J’ai déjà mémorisé la disposition, donc de ce côté-là, ça va. Mais j’ai vu… une vingtaine de gardes à l’intérieur. D’anciens militaires, je dirais.
— C’est étonnamment peu.
— Il y avait aussi une bande de gamins étranges, ajouta Dotta en mordant dans quelque chose qui ressemblait à un serpent embroché.
Dans son autre main, il tenait une petite bouteille d’alcool. Pour Dotta, il n’y avait visiblement pas grande différence entre le célèbre marché noir du District coquille de Sodrick et la rue principale remplie de touristes. Pour lui, tout était un buffet.
— Ils gardaient l’endroit mieux que les soldats. Je pense que ce sont des assassins d’un genre ou d’un autre, et je parierais qu’il y en a encore plus cachés au troisième étage. Je n’ai pas de nombre exact, par contre.
— Ils utilisent des enfants ?
La voix de Patausche fut empreinte de dégoût.
— C’est impardonnable… !
J’avais déjà entendu parler de gens qui élevaient des orphelins pour en faire des soldats loyaux et puissants. Avec suffisamment d’entraînement, ils se sacrifiaient sans la moindre hésitation. Cela n’allait pas être simple.
— …Dotta, as-tu trouvé une voie de fuite si les choses tournent mal ? demandai-je.
— Moi, je pourrais probablement m’en sortir… seul, en tout cas.
— Bien. À partir de maintenant, nous travaillerons séparément.
Je commençai à marcher vers la Guilde.
— Génial, merci… Et vous deux ? demanda Dotta. — Vous allez vraiment vous en sortir ? Vous n’allez pas faire une bourde et me mettre en danger aussi, hein ?
— En fait, tu ne m’as toujours pas expliqué les détails de notre plan, dit Patausche, comme si elle venait seulement de s’en rendre compte. — Que ferons-nous après nous être infiltrés dans la guilde ?
— Plan A, commençai-je. — Nous leur apportons une mission lucrative afin de rencontrer Lideo Sodrick sans éveiller de soupçons. Si cela fonctionne, alors Dotta n’aura rien à faire et nous capturerons simplement notre cible.
— Intéressant. Il y a un plan B ?
— Oui. Les choses pourraient se compliquer si Lideo possède un sosie. Dans ce cas, Dotta devra le trouver et l’enlever. Je t’épargne les détails. Il faut simplement que tu me fasses confiance. Quoi qu’il en soit…
Je donnai un coup de coude dans le flanc de Dotta.
— Tu dois trouver Lideo Sodrick et le voler. C’est tout ce sur quoi tu dois te concentrer.
— Enlever des gens ne m’a jamais vraiment réussi, dit Dotta.
Et pourtant je savais qu’il le ferait quand même. Il ne retenait jamais la leçon. Et c’était exactement ce dont nous avions besoin.
— Bon, on commence, dis-je. — Patausche, tu es une noble fortunée, et moi, ton amant. Compris ?
— …J-je sais. Tu peux compter sur moi !
En échangeant un regard, elle resserra sa prise sur mon bras… ça faisait vraiment mal.
Mais à quel point cette femme était-elle forte ?
Lideo Sodrick se trouvait de nouveau dans son bureau lorsqu’il reçut un autre rapport troublant. La tension commençait à lui donner un léger mal de tête.
— J’ai vérifié, frère, l’assura Iri. — C’était un héros condamné. Il couvrait son cou, mais il correspondait parfaitement à la description. Et la femme qui l’accompagnait était très certainement un chevalier sacré.
— …Je vois.
Lideo voulut soupirer, mais se retint. Il ne pouvait pas inquiéter sa sœur.
— Je ne m’attendais pas à ce qu’ils viennent vraiment. Un geste audacieux. Imprudent, mais audacieux.
Ce genre de manœuvre n’était pas typique des chevaliers sacrés, ce qui éveillait la curiosité de Lideo quant aux intentions de ces intrus. Allaient-ils provoquer un incident afin de recueillir une quelconque preuve ou information ?
— Que veux-tu faire, mon frère ? Devons-nous les capturer ?
— Cela dépendra de la suite, mais… cela vaut probablement la peine d’essayer. Nous pourrions peut-être les utiliser comme appât pour attirer la déesse. Si cela ne fonctionne pas, nous pourrions simplement les garder enfermés…
Il aurait préféré éviter une mesure aussi radicale, mais il en était parfaitement capable. Il était en contact avec les coexistants, et ce lien lui donnait un avantage même sur l’armée. Le seul problème, pour l’instant, était que Shiji Bau et Boojum étaient absents, il devrait donc compenser leur absence par le nombre.
Oui… Puisque nous sommes déjà ici…
L’influence de Lideo ne se limitait pas à la Guilde des Aventuriers. Tout le District coquille de Sodrick constituait son royaume. Ici, il pouvait installer des pièges à grande échelle et rendre toute fuite impossible.
— Très bien, dit Iri. — Sim et moi garderons un œil sur l’ennemi et attendrons notre occasion.
— D’accord. Alors—… Attends.
Lideo secoua la tête. Sa plus grande force était sa lâcheté.
— Utilisons notre arme secrète. Réveille Duhrsami. On n’est jamais trop prudent.
C’était l’un des trésors de la guilde, non, de Lideo, ainsi qu’une de ses armes secrètes. Quelque chose qu’il avait hérité de son prédécesseur, peut-être transmis depuis des générations. Duhrsami était un ancien humain transformé en féerie. Même Lideo n’en savait pas davantage.
— Et contacte Shiji Bau. Qu’elle et Boojum reviennent immédiatement.
Cela lui permettrait de se mettre les Coexistants dans la poche et de prouver sa valeur. Il devait se protéger, lui et sa famille, quel qu’en soit le prix.