sentenced t1 - chapitre 1 partie 6

Châtiment : couvrir la retraite dans la forêt de Couveunge –
Rapport final

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Traduction : Calumi
Correction : Opale

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Un bref instant de silence suivit l’explosion massive.

Puis un rugissement monta de toutes parts.

Les féeries étaient désorientées. Le Roi-Démon était mort, et il ne restait plus personne pour les diriger. Bientôt, la horde se disloquerait. C’était le sort des féeries lorsque le cœur du Fléau Démoniaque était perdu.

Ce n’était pas la première fois.

J’avais déjà tué plusieurs rois-démons, même si c’était la première fois que la fin avait été aussi ridicule.

J’avais commis des erreurs, moi aussi.

Je n’étais pas si différent de ces abrutis trop sérieux comme la déesse et les chevaliers.

Regardez Dotta.

Il m’avait montré une manière bien plus inattendue de vaincre le Roi-Démon. J’avais envie de rire. Dotta, soit dit en passant, était inconscient sur le sol, les yeux révulsés. Il était dans cet état depuis que je lui avais brisé le nez d’un bon coup de poing et l’avais envoyé s’écraser dans la terre.

Je suis épuisé.

Je m’assis là où je me tenais et pris quelques profondes respirations.

Quelqu’un me regardait de haut. Quelqu’un qui brillait même dans l’obscurité de la nuit. Des étincelles jaillissaient de son corps, et ses yeux brûlaient tandis qu’elle se tenait là, fière.

— Mon chevalier ! s’exclama Teoritta en bombant le torse et en affichant un large sourire, bien que je perçoive de l’inquiétude dans sa voix. — Nous avons vaincu le Roi-Démon… Tu n’as sûrement aucune plainte à formuler concernant ma bénédiction divine, n’est-ce pas ?

— Aucune plainte.

Je n’avais vraiment rien d’autre à dire.

— Alors…

Elle s’éclaircit légèrement la gorge avant de s’agenouiller devant moi et d’ajuster sa posture. C’était comme si elle se préparait à une sorte de rituel important.

— Surtout n’hésite pas. Elle passa ses doigts dans ses cheveux dorés. — Il ne serait pas temps que tu me couvres de louanges ?

— Oh, c’est vrai.

— Dépêche-toi. Il n’y a aucune raison d’hésiter. Allez. Je suis prête.

— Ouais, ouais. J’ai compris…

J’étais mort de fatigue, alors ma main fut lente quand je tendis le bras pour lui frotter la tête. Les déesses ne voulaient qu’une seule chose en échange de leurs services. C’était extrêmement tordu et ça me remplissait de culpabilité, mais si c’était ce dont elles avaient besoin, qui étais-je pour me plaindre ?

Je serrai les dents et lui donnai ce qu’elle voulait.

— Bon travail.

Je frottai les cheveux dorés de Teoritta tandis que des étincelles me piquaient les doigts. Cette douleur n’était rien. Il suffisait de l’endurer. Elle était totalement insignifiante comparée à ce que Teoritta avait fait pour nous, et surtout comparée à ce que nous avions fait à Teoritta.

— Heh-heh.

Elle expira, satisfaite, pendant que je lui tapotais la tête.

— Utilise plus de force et n’oublie pas les louanges.

— T’as réussi à survivre.

— …Quel compliment étrange.

Elle leva vers moi un regard intrigué.

— Tu me félicites simplement parce que je suis en vie ?

— Être en vie, ça mérite d’être félicité. Crois-moi. Même si je sais qu’il y a un tas d’idiots qui disent le contraire.

Elle avait l’air de ne pas me croire. Elle ne me croyait probablement pas. C’était comme ça, les déesses.

— Serait-il acceptable qu’une telle déesse existe ? demanda-t-elle.

— Acceptable ? Écoute…

Elle avait l’air mal à l’aise. Ou peut-être perplexe. Qu’est-ce que c’est que cette tête ? me demandai-je.

— Non, attends. Ne me demande pas. C’est vraiment quelque chose que tu devrais laisser les autres décider pour toi ?

— …Je vois. Teoritta baissa les yeux. — Alors je…

J’eus l’impression que son visage s’assombrissait. Pensait-elle au passé ? Que se rappelait-elle ? Je perdis cependant l’occasion de demander, car lorsqu’elle releva la tête, l’ombre avait disparu.

— Alors, Xylo, si ce que tu dis est vrai… vaincre le roi-démon et revenir en vie me rend encore plus grande et impressionnante, oui ?!
Son sourire ressemblait davantage à celui d’une enfant qu’à celui d’une déesse. — Dans ce cas, je t’accorde la permission de me couvrir de louanges encore plus.

— J’apprécie. Tu es une grande déesse, et je suis honoré d’être seulement autorisé à te frotter la tête.

Je commençai à lui frotter la tête encore plus fort. Qu’est-ce que j’aurais pu faire d’autre ?

— Tu deviendras probablement un jour la sauveuse de l’humanité.

— Encore.

La bouche de Teoritta étaie mue par l’impatience. Elle ne s’arrêterait sans doute pas tant que je continuerais.

— …Tu es la plus grande déesse qui ait jamais existé. Ta grandeur est si éclatante qu’elle m’aveugle.

— Encore.

— …Toujours pas suffisant ? Tu es incroyable. Il est difficile de croire qu’un être aussi grandiose existe dans ce monde…

— Xylo Forbartz.

Teoritta ne semblait toujours pas satisfaite, mais je fus forcé de m’arrêter là.

Quelqu’un avait prononcé mon nom. En réalité, j’entendais le martèlement des sabots depuis un moment déjà. Je l’ignorais simplement, parce que ça m’était égal.

— C’est ton œuvre ?

Je distinguai les armures blanches des chevaliers sacrés, accompagnées d’une série de visages terriblement sérieux. Kivia et une poignée de ses soldats me dominaient du haut de leurs chevaux.

— Ouais, répondis-je en l’admettant. — J’ai tué le Roi-Démon.

— Je devrais donc accepter simplement tout ce qui s’est produit ? C’est bien ce que tu veux dire ?

Le déplaisir dans sa voix était parfaitement clair. Elle pourrait me tuer selon ma réponse. Et cela n’aurait même rien d’étonnant. Éliminer un criminel comme l’un de nous, les héros, ne différait pas de casser une pièce d’équipement. Les héros comme l’équipement pouvaient être réparés, après tout, et une capitaine des chevaliers sacrés en avait le droit.

 

D’ailleurs, elle avait toutes les raisons d’être en colère.

Cette femme, Kivia, était probablement celle qui devait à l’origine former un pacte avec la déesse. Les pactes étaient toujours conclus en tête-à-tête entre une déesse et un chevalier, et il n’existait que deux moyens d’y mettre fin : soit les deux parties déclaraient rompre le pacte, soit la déesse mourait. Rien d’autre.

— Tu nous as volé la déesse. Tu as même volé un sceau de terre calciné, puis tu as pris seul la décision de l’utiliser pour tuer le Roi-Démon.

— Je ne l’ai pas volé, répondis-je aussitôt. Il n’y avait rien d’autre à dire.

— Excuse-moi, intervint Teoritta d’un ton ferme. — Je me pose la question depuis un moment, mais que veux-tu dire exactement par « il m’a volée » ?

— Déesse Teoritta, vous étiez censée à l’origine être… placée sous notre protection, dit Kivia avec une douleur évidente. — Sous la protection du Treizième Ordre des Chevaliers Sacrés.

Elle avait l’air au bord des larmes. Comme si ces mots lui coûtaient énormément. Ou bien mentait-elle ? Mais pourquoi ? En y repensant, pourquoi les chevaliers n’avaient-ils pas utilisé Teoritta, leur arme la plus puissante ? Pourquoi ne l’avaient-ils pas éveillée ? Entre cela et leur intention de se battre jusqu’à la mort, leur comportement me paraissait étrange.

— Mais ce héros condamné, ce Xylo Forbartz, est un criminel ! Et il vous a volée et a décidé par lui-même de conclure un pacte avec vous !

— Je vois.

La voix de Teoritta était d’un calme extrême, surtout comparée à celle de Kivia. La déesse faisait peut-être bonne figure, mais j’étais tout de même surpris par son ton détendu.

— Alors cela devait être le destin.

Elle souriait. Pourquoi ? Ça n’avait aucun sens pour moi. Elle ne devrait pas être un peu confuse ? Moi, je l’étais. Même Kivia semblait déconcertée. Sa bouche resta entrouverte.

— J’ai foi en mon chevalier, Xylo Forbartz, déclara Teoritta. — C’est lui qui vaincra tous les rois-démons. Il est digne de recevoir ma bénédiction.

Je crois que c’est à ce moment-là que je me mis à froncer les sourcils. Je ne méritais pas une telle confiance. Et c’était incontestable, parce que…

— Déesse, si vous me permettez…

Kivia me lança ce regard perçant, plus froid encore qu’auparavant.

— Savez-vous quel est le crime de cet homme ?

— De quoi est-il coupable ? demanda-t-elle.

— Un déicide.

Kivia cracha ces mots comme une malédiction.

— Cet homme, jadis chevalier sacré, a pactisé avec une déesse et l’a tuée de ses mains !

C’était un fait.

C’était pour ça que je ne disais rien. Je m’en souvenais trop bien. La sensation de percer son cœur avec une lame, les flammes dans ses yeux lorsqu’elle rendit son dernier souffle, les étincelles brûlantes qui me dévoraient la main, je me souvenais de tout.

Il m’était impossible d’oublier.

 

***

C’était tout ce qui s’était passé dans la forêt de Couveunge.

Après cela, notre unité de héros condamnés reçut presque immédiatement ses ordres suivants. C’était une mission vraiment pourrie, destinée à compenser les actions stupides de Dotta et les miennes.

Nous reçûmes l’ordre de continuer à soutenir le Treizième Ordre des Chevaliers Sacrés pendant qu’ils lançaient l’assaut contre une certaine structure souterraine contaminée par le Fléau Démoniaque. Autrement dit, nous allions servir de sacrifices humains pour les aider à nettoyer un donjon.

À titre d’information, Dotta Luzulas fut envoyé en réparation après avoir été victime d’un mystérieux accident qui lui brisa chaque os du corps.

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