sentenced t1 - chapitre 1 partie 3
Châtiment : couvrir la retraite dans la forêt de Couveunge (3)
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Traduction : Calumi
Correction : Opale
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Les déesses étaient des armes, des armes vivantes.
D’après les livres d’histoire, elles apparurent durant la Grande Ère Civilisée, à l’époque de la Première Guerre de Subjugation. Pendant des milliers d’années depuis lors, elles se réveillaient lorsque le Fléau Démoniaque surgissait, puis, leur devoir accompli, retournaient dormir dans leurs cercueils. Apparemment, sans que l’on sache pourquoi, elles perdaient l’essentiel de leurs souvenirs durant ce long sommeil.
Quoi qu’il en soit, elles étaient les gardiennes de ce monde et de ceux qui y vivaient.
Chaque déesse possédait la capacité d’appeler quelque chose depuis un lieu inconnu pour combattre le Fléau Démoniaque, en d’autres termes, elles avaient le pouvoir d’invocation. Selon les érudits du Temple, les déesses étaient une forme de portail.
La nature de leurs invocations différait d’une déesse à l’autre. Certaines faisaient venir des humains, d’autres matérialisaient des phénomènes naturels comme la foudre ou les tempêtes. Il existerait même une déesse capable d’invoquer des visions du futur.
Aucune instruction ni manuel n’était nécessaire pour les utiliser. Une fois qu’un Chevalier Sacré avait conclu un pacte avec une déesse, il savait instinctivement ce que sa déesse pouvait invoquer et de quoi elle était capable.
À cet instant précis, je compris tout.
— Teoritta ?
C’était le nom de la jeune fille aux cheveux d’or qui avait aspiré mon sang.
— Oui, mon chevalier. Elle repoussa ses cheveux en arrière, faisant jaillir des étincelles.
— Xylo.
Elle connaissait mon nom, elle aussi.
— Quel genre de bénédiction désires-tu ?
Je vis l’éclat de l’acier derrière les flammes de ses yeux. Des épées. D’innombrables lames d’acier, épées célèbres, épées maudites, épées précieuses, épées sacrées, attendant au loin, dans le vide, d’être invoquées.
— Vas-y. Prie pour ce que tu désires.
La déesse des épées, Teoritta. C’était tout ce que j’avais besoin de savoir. Je comprenais parfaitement ce qu’elle pouvait invoquer.
— Une palissade, répondis-je brièvement.
Teoritta et moi partagions une sensation fondamentale, indépendante de l’intention ou de la volonté. On pourrait appeler ça une image mentale. Elle nous permettait d’échanger des informations telles que nos capacités respectives ou notre prochain mouvement au combat. Je connaissais bien cette sensation. C’était ce qui faisait des déesses l’atout ultime de l’humanité.
Invoquer quelque chose de puissant ne suffisait pas. C’est le fait de partager ce pouvoir avec quelqu’un versé dans la guerre et la stratégie militaire, et de lui en confier le contrôle, qui rendait leurs capacités sans égales.
— Qu’est-ce que tu as fait… ?!
Le jeune soldat des chevaliers sacrés était fou de rage, ou peut-être vaudrait-il mieux dire qu’il était accablé. Son visage était déformé par le désespoir. S’il en avait eu la force, il se serait sans doute jeté sur moi.
— Qu’est-ce que tu as fait ?! Conclure un pacte avec la déesse…
— Tais-toi, répliquai-je sèchement. — Je n’avais pas le choix.
Moi, je ressusciterais si je mourais. Pas eux. Aucun des soldats encore en vie n’était en état de se battre. Ils étaient totalement à bout de forces. De toute façon, ce n’était pas le moment de s’interroger sur la moralité de mes actes.
— Xylo, l-la prochaine vague arrive ! cria Dotta, son bâton levé.
— Je sais.
Les fuathan étaient presque là. Leurs corps sombres et tremblotants déferlaient à travers la forêt comme une marée de boue.
— Je rêve ou ils ont l’air encore plus féroces que le groupe d’avant ? Qu’est-ce qu’on fait ?! On va mourir !
— Comme si on allait crever, abruti, répondis-je avec assurance en pointant les fuathan qui approchaient. — Teoritta ! C’est l’heure de la riposte ! Donne-leur tout ce que tu as !
— Une contre-attaque ? Belle détermination. Elle afficha un large sourire et frotta l’air vide de la main. — Des paroles dignes de mon chevalier. Permets-moi de t’accorder une bénédiction.
Un bruit semblable à l’air qu’on déchire retentit. Aussitôt, une pluie d’argent s’abattit du ciel, une pluie de centaines d’épées. Même dans l’obscurité, les lames scintillaient avec assez d’éclat pour occulter tout le reste, imprimant leur image au fond de mes rétines.
Avec autant d’acier tombant d’un coup, il n’y avait aucun moyen d’esquiver. Les épées déchirèrent sans pitié les corps des fuathan en un instant. Le bruit de la chair lacérée et les cris stridents se mêlèrent en un chœur de mort avant que les lames ne se fichent dans le sol, érigeant une barricade entre les fuathan et nous. C’était exactement ce que j’avais ordonné. Nous avions désormais une barrière pour nous protéger, et plus de la moitié des fuathan étaient morts.
— Wah… Incroyable… ! Dotta grimaça en se pinçant le nez. Le liquide boueux provenant des corps des fuathan recouvrait maintenant le sol, dégageant une odeur immonde. — Alors c’est ça, la puissance d’une déesse… Elle est tellement forte… !
— Ouais. Mais ça ne veut pas dire qu’on peut se relâcher. Tire, Dotta ! criai-je en fonçant vers la barrière d’épées. — Ne les laisse pas approcher davantage. Extermine-les jusqu’au dernier.
J’attrapai une épée plantée dans le sol et la brandis de la main droite. Mon dernier boulot m’avait inculqué jusqu’à l’os les techniques correctes pour lancer des lances et des épées.
J’utilisai mon sceau sacré pour insuffler de la puissance à l’arme. À titre personnel, il m’était impossible de rater une cible à seulement vingt ou trente pas. Je fis pivoter mes hanches et, en coordonnant le mouvement du haut et du bas du corps, je projetai l’épée.
Un éclair jaillit au centre de la horde de fuathan, puis l’explosion suivit. Plusieurs autres furent pulvérisés, ce qui nous permit d’éliminer plusieurs groupes d’ennemis en un seul lancer. Des morceaux de chair de fuathan, du sang et de la terre se mêlèrent pour former un spectacle atroce.
— Beurk… J’ai encore envie de vomir, mais pour une tout autre raison, dit Dotta en libérant de nouveaux éclairs depuis son bâton.
Sa précision était catastrophique, et il ralentissait l’ennemi de façon pitoyable. Mais grâce à la barrière d’épées, nous parvenions malgré tout à éviter leurs assauts. Chaque fois qu’une féerie tentait de bondir par-dessus la barricade, je la taillais moi-même d’une seule main.
À ce moment-là, quelques fuathan commencèrent à fuir le combat. Même eux semblaient avoir compris l’ampleur de la puissance de feu désormais de notre côté.
— C-c’est fini ? On peut se détendre ?
— Ouais. Mais franchement, Dotta, t’as une visée lamentable. T’as touché aucun ennemi pendant toute la deuxième moitié.
— Hé hé… Ouais, euh… Pour dire la vérité, j’aime pas trop faire du mal aux gens.
— De quoi tu parles ? Tu cambrioles des maisons et tu voles les gens. Je sais que t’as déjà tué pendant des cambriolages.
— J’aime pas faire du mal, mais à l’époque je faisais quand même l’effort de le faire. Je pense que je mérite un peu de reconnaissance pour mon dur labeur…
Je ne pensais pas que le problème venait d’un manque d’efforts, mais discuter de spiritualité avec Dotta serait sans doute une perte de temps.
Les fuathan prenaient la fuite, et on pouvait dire sans trop de risques que nous survivrions à la seconde vague. Dotta s’effondra au sol, cherchant désespérément à reprendre son souffle. Au fond, c’était une vraie poule mouillée.
— Alors, qu’en as-tu pensé, mon chevalier ?
La déesse Teoritta se tenait devant moi, gonflée d’orgueil. En la regardant de plus près, je remarquai à quel point elle était petite. Sa tête n’arrivait qu’à hauteur de ma poitrine.
— Ma bénédiction t’a-t-elle ému ? As-tu été saisi d’admiration devant ma grande puissance, qui a annihilé les féeries et t’a protégé ? …Je t’accorde la permission de me louer et de m’adorer autant que tu le souhaites.
Elle parlait avec une arrogance extrême, mais elle avait presque l’air d’une enfant. Ses yeux couleur de feu étincelaient tandis qu’elle avançait la tête vers moi, dans l’attente.
— Xylo, je t’ai donné la permission.
Je savais ce qu’elle cherchait à dire. Je voyais l’image se former dans mon esprit.
— Frotte-moi la tête et chante mes louanges, poursuivit-elle.
Autrement dit, elle voulait que je lui tapote la tête et que je lui dise combien elle était une gentille fille.
Mais si je fais ça…
J’hésitai. Toute cette histoire me laissait un goût amer.
Les déesses accordaient plus de valeur que tout autre chose aux louanges des humains, et les humains le savaient et en profitaient. Mais cela n’avait aucune importance pour les déesses, elles avaient besoin de ces louanges. Sans elles, elles ne pouvaient pas survivre.
Était-ce vraiment acceptable que je joue ce jeu ? J’avais l’impression d’être un hypocrite.
— Oh. Xylo, Dotta, vous êtes encore en vie ?
Une voix désagréable me piqua les oreilles à l’instant même où je tendais la main pour la toucher. C’était notre commandant, Venetim.
— Pourquoi ça t’étonne ? demandai-je.
— Ouais, on dirait même que t’en as rien à foutre ! Pourquoi tu passerais pas un peu de temps sur le front, Venetim ?
Pour une fois, j’étais d’accord avec Dotta.
— O-oui, je comprends que vous travaillez extrêmement dur tous les deux. J’y réfléchirai.
Venetim avait l’air un peu intimidé.
— Tu racontes encore n’importe quoi, hein, lançai-je. — C’était censé être une blague ?
— Même moi, j’ai vu que c’était du pipeau, ajouta Dotta.
— Ha ha ha. Nous pourrons reprendre cette conversation une autre fois. Plus important encore…
Il força un rire et changea de sujet. Quelle ordure inutile.
— Pour revenir au sujet précédent… Qu’est-ce que vous faites maintenant ? Vous devez toujours sauver les Chevaliers Sacrés… S’ils sont anéantis, on aura de sérieux problèmes, non ?
Comment pouvait-il en parler avec autant de légèreté ? Il était tout aussi impliqué que nous.
— Ouais, hors de question, grogna Dotta. — On se tire d’ici. Si les chevaliers sacrés veulent se battre et crever, c’est leur problème.
— Je sais, je sais. Mais vous n’oublieriez pas quelque chose ? Si plus de la moitié d’entre eux meurent, vous mourez tous les deux aussi, et qui sait ce qu’ils feront après vous avoir ressuscités. Ils pourraient vous brûler vifs une fois de plus, pour ce que j’en sais. Et ça ferait vraiment mal… j’imagine.
— Ngh… Dotta se prit la tête entre les mains et me regarda. — Qu’est-ce qu’on fait, Xylo ?
— Efface cette expression pitoyable ! Il n’y a pas de quoi hésiter ?
Teoritta les réprimanda. Elle avait dû comprendre la situation à force d’entendre Dotta se lamenter. Elle le foudroya du regard et lui planta un doigt juste devant le visage.
— Il n’est pas question de fuir. Nous devons avancer directement vers notre prochain champ de bataille. N’est-ce pas, mon chevalier ?
— Très bien, j’ai entendu vos deux avis, alors pourriez-vous vous taire une seconde ?
Avec eux deux en train de me parler en même temps, je n’arrivais pas à réfléchir. Je pris une profonde inspiration et décidai de m’occuper d’abord de Venetim.
— Venetim, tu penses pouvoir nous négocier une sorte d’arrangement ? C’est bien la seule chose pour laquelle tu es doué, après tout.
— Très bien. Donne-moi un peu de temps, et je verrai ce que je peux faire.
— Hé ! Ne me mens pas. Tu n’accepterais jamais aussi facilement !
Je démasquai aussitôt son bluff.
Cet homme respirait le mensonge. Je savais comment il pensait, et je savais dans quelle position il se trouvait. En tant que notre commandant, il nous dirigeait depuis l’extérieur de la forêt, tout en étant placé sous la surveillance d’un agent pénitentiaire royal.
Cela faisait de lui le seul capable d’évaluer la situation en temps réel et de contrôler cette unité de Héros Condamnés remplie de criminels endurcis. Du moins, c’est ce dont il avait besoin que l’agent pénitentiaire royal croie, et jusqu’ici, il s’en acquittait plutôt bien.
Venetim était peu fiable et inutile la plupart du temps, mais il était aussi rusé et intelligent, et d’une manière ou d’une autre, il avait réussi à s’attirer l’affection des autres criminels malgré tout.
C’était l’image qu’il devait projeter, et il y parvenait grâce à son expérience d’escroc. Un jour, il avait dupé la famille royale elle-même, et il était en train de vendre leur château à un cirque lorsqu’il s’était fait attraper. Voilà à quel point il était doué.
Le véritable Venetim était effectivement peu fiable et inutile, et aucun de nous ne l’aimait, encore moins ne lui faisait confiance. Même en situation d’urgence, il n’était que paroles. Chaque fois qu’il disait qu’il allait aider ou se renseigner sur quelque chose, c’était du théâtre. Il n’avait jamais l’intention de faire quoi que ce soit.
Et maintenant que les chevaliers sacrés, d’une noblesse exaspérante, se ruaient tête baissée dans la bataille au nom d’un stupide sens de l’honneur, Venetim en était arrivé à la conclusion que nous allions tous mourir.
— Laisse-moi m’en charger, Xylo. Je suis ton commandant, après tout. Il faut bien que je fasse étalage de mon autorité de temps en temps.
— Tu dis ça uniquement parce que tu sais que l’agent pénitentiaire ne peut pas nous entendre !
— Maintenant, si tu veux bien m’excuser…
— Crois-moi, tu vas payer ça plus tard… Oh. Attends.
Je réalisai soudain qu’il existait un moyen pour que Venetim se rende à moitié utile.
— Où sont les chevaliers sacrés en ce moment ? Ont-ils déjà pris contact avec l’ennemi ?
— Euh…
Un long silence suivit. Il n’avait sans doute même pas pris la peine de vérifier jusqu’à maintenant. Ou alors il était en train de confirmer quelque chose avec l’agent pénitentiaire. Arrête de me faire perdre mon temps et aie ces informations déjà prêtes quand tu appelles, bordel.
— Ils semblent avoir établi un camp un peu plus au nord, au… euh… deuxième gué le long de la rivière Purcell. Ça fait loin, non ?
— Pas du tout.
Je levai les yeux au ciel, agacé à nouveau. Il ne savait même pas où nous nous trouvions. Au moins, il nous avait donné une information utile. On avait de la chance que les chevaliers sacrés soient si proches.
À cet instant, avais-je vraiment le choix ?
On aurait pu renoncer à les sauver et nous pendre. En tant que héros, c’était toujours une option. La résurrection serait sans doute atroce, mais avec un peu de chance…
…Non. Impossible.
C’était un mauvais penchant chez moi, une part de moi que je ne pouvais pas changer. Soupirant de résignation, je jetai un regard par-dessus mon épaule aux soldats en piteux état, dont la plupart étaient trop épuisés pour parler.
— Vous allez faire quoi ?
— …Nous avons déjà décidé de nous battre et de mourir aux côtés du capitaine Kivia, dit le plus jeune soldat en se redressant tant bien que mal. — Nous devons rejoindre les autres.
— N’y pensez même pas. Vous ne feriez que gêner. Vos alliés mourront pendant qu’on protégera vos culs blessés, dis-je volontairement avec dureté. J’avais l’habitude d’être détesté. — Prenez la direction du sud.
Nous avions repoussé les féeries qui attaquaient ce détachement. Il ne me restait plus qu’à attirer l’ennemi ailleurs et à rejoindre la force principale.
— L’unité de surveillance chargée de nous garder à l’œil est postée à l’extrémité sud de la forêt. Une fois que vous les aurez rejoints, assurez-vous de coller un coup à un type nommé Venetim pour moi. Moi, je vais aller voir votre capitaine pour lui dire exactement ce que j’en pense.
— …Incroyable. Le jeune soldat semblait comprendre ce que j’entendais par « dire exactement ce que j’en pense ». Vous allez vraiment nous aider à battre en retraite ?
— Je n’ai pas vraiment le choix. J’ai conclu un pacte avec la déesse.
Les soldats avaient l’air partagés, comme s’ils ne savaient pas quoi ressentir face à tout ça. C’était compréhensible. Ils avaient été sauvés, mais leurs sauveurs étaient des héros condamnés. Et en plus, l’un d’eux avait scellé un pacte non autorisé avec une déesse. La confusion était la réaction la plus logique.
Dire que j’allais refaire ça.
Je poussai un nouveau soupir et me tournai vers Dotta.
— Rien n’a changé. On continue la mission comme prévu.
— Xylo… Dotta avait l’air extrêmement mal à l’aise. — Je te pose la question une dernière fois. Tu comptes vraiment vaincre le roi-émon ? T’es devenu fou ?
— Je sais ce que je fais. D’abord, on va rejoindre les chevaliers sacrés avant qu’ils ne se fassent balayer. C’est la seule chose possible.
— Oh ! s’exclama Teoritta la première, joignant les mains avec un bonheur pur. — Voilà mon chevalier ! On dirait que la chance est de mon côté. Tu es digne d’être mon disciple.
— Je vote contre, déclara Dotta en levant la main, manifestement peu motivé. — On a peut-être la puissance d’une déesse, mais vaincre un roi-démon, c’est autre chose. Xylo, tu n’as pas envie de mourir pour les chevaliers sacrés, si ? Ils se sont mis dans cette situation eux-mêmes. Après tout, toi…
— C’est précisément pour ça que je le fais.
Je savais ce qu’il allait dire. J’avais moi-même été Chevalier Sacré, autrefois, avant d’être expulsé et de me retrouver ici. Je les méprisais, mais je haïssais encore davantage les nobles stupides qui les soutenaient. C’étaient eux qui m’avaient piégé et envoyé ici. Et un jour, je comptais les tuer. Mais pour l’instant…
— T’as raison, je ne les aime pas. Mais tu sais ce qui m’insupporte le plus ? Les gens qui racontent de la merde sur moi, qui disent que c’est pour ça que j’ai fait ce que j’ai fait.
— J’ai plutôt l’impression que tu te soucies trop de ce que pensent les autres. S’ils veulent parler, qu’ils parlent.
— Je n’ai pas la patience pour ça.
Hors de question que je laisse ces raclures croire que j’étais un petit connard mesquin.
Au final, tout se résumait à mon vieux, mauvais travers. Je savais à quel point il était malsain. En clair, je détestais qu’on me sous-estime. Je n’allais laisser personne me regarder de haut, et c’était précisément comme ça que je m’étais retrouvé dans ce pétrin, au départ.
— Allez. On y va.
Après avoir donné un bon coup de pied à Dotta, j’attrapai une épée plantée dans le sol et l’en arrachai. La lame d’argent était nette, acérée, étincelante. À la hauteur de ce qu’on pouvait attendre d’une épée invoquée par une déesse.
— Si on ne sauve pas les chevaliers sacrés, on est finis.