MAKEINE T1 – INTERLUDE 2
Une leçon pratique de passion
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Traduction : Nekos
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‹« NON MAIS, VOUS AVEZ VU COMMENT ILS SE REGARDAIENT. »›
Seule la lumière crue des néons éclairait l’infirmerie sombre. Konuki Sayo prit une note, des voix résonnant dans ses écouteurs.
‹« Je me sens proche de toi, Lemon-chan. D’une façon que je n’arrive pas vraiment à expliquer. Je suis de tout cœur avec toi. »›
‹« Ça me touche tellement, Yanami-san ! J’ai l’impression que je pourrais affronter le monde entier ! »›
Elle entoura le nom de Nukumizu au centre de la page, puis traça une ligne reliant ceux de Yanami et de Yakishio.
— Un sacré triangle.
L’enregistrement vidéo avait été un échec, mais son matériel audio était passé inaperçu. Elle réfléchit à la conversation. Les filles semblaient bien s’entendre, malgré ce que laissait supposer leur relation compliquée. Certains passages la déconcertaient, mais une chose était claire : il n’y avait aucune agressivité entre les rivales.
Deux possibilités en découlaient, que Konuki nota : soit Nukumizu et Yakishio prenaient plaisir à agir dans le dos de Yanami, soit celle-ci était au courant et leur relation était libre.
Konuki fit tourner son stylo et ajouta une troisième possibilité : Yanami connaissait l’infidélité, mais y trouvait justement son compte.
Elle frissonna.
Mon Dieu, c’est trop, même pour moi !
Pour un garçon à l’apparence aussi banale, ce Nukumizu avait mis en place un système bien rodé. À l’époque de Konuki, sortir avec deux personnes à la fois (parfois même trois), finissait le plus souvent dans un bain de sang métaphorique. Le lycée, c’était bien tôt pour apprendre des notions aussi avancées.
— Je me fais vieille.
La climatisation se mit en marche dans un ronronnement. Konuki s’adossa à sa chaise et leva les yeux, repensant à des jours révolus.
Un crissement se fit entendre dehors, comme des pieds frappant la terre. À toute autre heure, elle n’y aurait pas prêté attention, mais il était tard. Konuki se leva, passant mentalement en mode enseignante. Aucun élève n’avait de raison d’être là à cette heure-ci.
Elle plissa les yeux pour scruter le terrain de sport dans l’obscurité. Une fille était accroupie sur la piste, prête à s’élancer. Puis elle partit si vite qu’elle sembla presque se fondre dans la nuit.
Konuki faillit oublier de la réprimander. Elle enfila des chaussures et se hâta de sortir.
— Hé, toi. Qu’est-ce que tu fais ici à une heure pareille ?
C’est alors qu’elle mesura l’étrangeté de cette coïncidence.
— Toi. Je me souviens de toi.
— Ah, Sensei. Vous êtes encore là ?
La fille ne cacha pas sa surprise.
— Un vendredi soir ?
— Les adultes sont occupés.
En général, pas à écouter des enregistrements obtenus de façon douteuse, mais elle garda cette précision pour elle.
— Et je pourrais te retourner la question. Il est plus de vingt et une heures, jeune fille.
— J’avais juste envie de courir. On n’avait pas entraînement aujourd’hui, alors je n’en ai pas eu l’occasion.
Elle sortit une boisson pour sportifs de son sac et en but de grandes gorgées.
— Bon, il faut rentrer. Tu devrais être chez toi. Tu veux que je t’accompagne ?
— Je peux juste faire un dernier sprint ? Un petit cent mètres. C’est tout.
Konuki eut un sourire en coin.
— Tu n’en as pas eu assez ?
La fille lui sourit à son tour.
— Cette fois, je le sens.
Elle fixa la ligne d’arrivée, de l’autre côté de la piste plongée dans le noir. La sueur coulait sur son visage.
— Cette fois, c’est la bonne. Je le sens.
Konuki se surprit à imaginer une autre jeunesse. Peut-être que, si elle avait un peu plus ressemblé à cette fille, les choses auraient été différentes.
— D’accord, dit l’infirmière. Vas-y. Cours.
Pas qu’elle regrette quoi que ce soit.
— Et ne te retourne pas.
Cette jeune fille à la peau bronzée avait décidément quelque chose de particulier.
— Jamais !