I WISH – POSTFACE
Postface
—————————————-
Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
——————————————
Avant toute chose, permettez-moi de vous exprimer ma plus sincère gratitude pour avoir choisi mon humble ouvrage, parmi tous les romans du monde, et pour l’avoir lu jusqu’au bout.
Comme vous le savez peut-être, il s’agit de la toute dernière édition, revue et définitive, de mon premier roman, initialement publié au format poche au Japon en 2016. Même s’il ne s’agit peut-être que d’une simple histoire de passage à l’âge adulte, de vie et d’amour au cœur de l’adversité, c’est un livre qui me tient encore profondément à cœur. Je suis infiniment reconnaissante qu’il continue d’être lu et apprécié par tant de personnes à travers le monde, aujourd’hui encore, sept ans plus tard.
À l’origine, ce n’était censé être qu’un roman web amateur, quelque chose que je publiais discrètement, petit à petit, dans un coin reculé d’Internet, chaque fois que je trouvais le temps d’écrire quelques pages tard le soir après le travail. Jamais, même dans mes rêves les plus fous, je n’aurais imaginé qu’il toucherait autant de personnes différentes et trouverait un tel écho auprès d’elles. C’est un véritable témoignage du pouvoir du bouche-à-oreille, et il ne se passe pas un jour sans que je ne me sente incroyablement reconnaissante envers chaque personne qui l’a lu au fil des ans et qui a contribué à le faire connaître.
Je suis née dans la préfecture de Kagoshima, et aujourd’hui encore, je me souviens d’une sortie avec mon club parascolaire au musée de la Paix de Chiran. Dès que nous en avons franchi le seuil, un silence s’est abattu sur nous tous. Même les enfants les plus turbulents et cyniques de notre groupe n’ont pu s’empêcher de rester sans voix. Nous n’avons ni ri ni plaisanté de toute la journée. Il n’y avait que cette atmosphère de choc et de recueillement qui régnait sur les lieux.
Je me souviens avoir été profondément bouleversée à l’idée que des jeunes hommes à peine plus âgés que moi avaient vu toute leur vie leur être si injustement arrachée, simplement parce qu’ils étaient nés au mauvais endroit, au mauvais moment.
Puis j’ai commencé à envisager les choses dans l’autre sens : si moi, ma famille ou mes amis étions nés quelques décennies plus tôt, ou dans un autre pays, peut-être n’aurions-nous pas été épargnés nous non plus par les horreurs de la guerre. Ce fut un moment déterminant pour moi, une prise de conscience qui m’obligea à mesurer à quel point je tenais ma vie moderne pour acquise, et à quel point la vie elle-même était d’une valeur inestimable.
Un peu plus tard, je suis devenue professeure de japonais dans une autre préfecture, et il m’arrivait de faire étudier à mes élèves du secondaire des œuvres littéraires se déroulant pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce que j’ai alors réalisé, c’est que les élèves d’aujourd’hui considèrent déjà la guerre comme quelque chose de si éloigné de leur vie moderne qu’elle leur semble trop lointaine pour qu’ils puissent vraiment s’y identifier. Pour être claire, c’était quelque chose que je comprenais parfaitement : comment pourrait-il en être autrement, alors que même leurs grands-parents n’étaient pas nés avant la fin de la guerre ?
Je ne veux pas dire que j’étais beaucoup plus proche de cette période qu’eux. Les seuls témoignages directs que j’avais jamais entendus sur ce qu’était réellement la guerre provenaient de petites anecdotes fragmentaires que mon grand-père me racontait quand j’étais encore bien trop jeune pour les comprendre pleinement. Et pourtant, le simple fait d’entendre quelqu’un que je connaissais personnellement décrire ce qu’il avait vécu avec ses propres mots rendait la guerre beaucoup plus tangible à mes yeux. Comme si c’était quelque chose qui s’était réellement produit il n’y a pas si longtemps, à l’échelle de l’histoire, et dont les répercussions pouvaient encore être vues et ressenties aujourd’hui, à travers des survivants comme lui.
Mais tout finit par s’estomper avec le temps. C’est une simple réalité de la vie.
C’est pourquoi nous avons la responsabilité, non, l’impératif moral, de transmettre à l’avenir ce que les générations précédentes nous ont enseigné. Et pourtant, en même temps, il est également essentiel que ces leçons ne soient pas seulement « apprises » comme de simples dates et événements historiques inscrits dans un manuel, mais qu’elles soient réellement « ressenties » dans toute leur gravité et toute leur importance, d’une manière ou d’une autre, de façon tangible et en lien avec notre vie moderne.
C’est pour cette raison que j’ai initialement choisi de publier cette histoire sous forme de roman pour téléphone portable, un support qui s’adresse déjà naturellement à un public plus jeune, et de faire de la protagoniste une jeune fille de leur âge, renvoyée dans le passé et contrainte de vivre la guerre elle-même. J’espérais qu’en ayant un personnage principal auquel ils pourraient plus facilement s’identifier, les lecteurs seraient capables de se mettre à la place de Yuri et de ressentir vraiment à la fois combien les choses étaient différentes à l’époque et combien la vie est précieuse.
À tous les lecteurs qui ont lu et apprécié ce livre, et à toutes les librairies qui l’ont mis en avant sur leurs étagères : merci du fond du cœur.
J’aimerais pouvoir vous rencontrer tous, chacun d’entre vous, pour vous exprimer en personne toute ma gratitude. Mais comme cela m’est tout à fait impossible, j’espère que vous accepterez à la place cette courte postface inédite, en guise de remerciement pour votre soutien continu.
Ce n’est pas grand-chose, je le sais. Mais j’espère sincèrement que vous l’apprécierez.
NATSUE SHIOMI, JUIN 2023