HOLE IN MY HEART T2 – CHAPITRE 3 PARTIE 1

Les Terres contaminées (1)

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Traduction : Calumi
Correction : Raitei

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Konoe rêva.

C’était un souvenir du passé. De son époque au Japon. Un rêve de son enfance.

Dans ce rêve, Konoe rentrait de l’école.

Il était encore à l’école primaire. Il parcourait seul le chemin du retour, déverrouillait la porte et entrait. Il traversait la maison vide et ouvrait la porte de sa chambre.

C’était une pièce de six tatamis avec une grande fenêtre.

Un bureau, une chaise et un lit. C’était tout ce qu’il y avait dans la pièce. … Il n’y avait rien d’autre.

Konoe entra dans la chambre et accrocha son sac sur le côté du bureau. Une touche de couleur apparut dans la pièce.

Il sortit ses manuels et ses cahiers de son sac et les étala. Il n’avait rien d’autre à faire qu’étudier, alors il étudiait. Jusqu’au dîner. Puis jusqu’à ce qu’il s’endorme. Il ne faisait qu’étudier encore et encore, et quand le moment venait, il réchauffait la nourriture dans le réfrigérateur et mangeait.

Tout se passait comme si c’était prédéterminé. Faire ce qu’on lui disait, comme on le lui disait.

…Non, ce n’était pas ça.

Il ne faisait simplement pas ce qu’on lui disait de ne pas faire. C’était tout. Le résultat se résumait à cela.

Finalement, ce fut l’heure du bain. Il nettoya soigneusement les copeaux de gomme et vérifia qu’il n’y avait aucun déchet sur le sol.

Il avait été décidé que la chambre, et toute la maison, devaient rester propres. S’il mettait du désordre, la femme de ménage qui s’occupait des lieux se mettait en colère. Elle le réprimandait sévèrement, lui disant de ne pas lui créer plus de travail.

Ses parents ne venaient que rarement à la maison pour sauver les apparences, ce que la femme de ménage redoutait.

À la fin de la journée, après son bain, Konoe s’allongea à plat ventre dans un coin de son lit.

Il ferma les yeux. Dans la légère lourdeur de l’air de la pièce, il s’endormit.

…Cet endroit avait autrefois été la maison de Konoe.

 

 

Konoe se réveilla dans un lit, dans un autre monde.

Un village frontalier, en Terre contaminée. Un coin d’un grand lit, dans une auberge de luxe. Konoe, qui dormait sur le ventre, se redressa et balaya les environs du regard à la recherche de la moindre présence.

Après avoir confirmé qu’il n’y avait rien à signaler, il laissa échapper son habituel léger soupir…

— …

…et s’attarda un instant sur ce rêve. C’était un rêve qu’il faisait de temps en temps depuis longtemps. Rien de particulièrement inhabituel. D’ordinaire, c’était le genre de rêve auquel il ne prêtait pas attention, un rêve qui s’effaçait rapidement de sa mémoire.

Mais s’il s’en souvenait aujourd’hui, c’était à cause de…

Oui, achète une maison, ça te détendra un peu plus.

Oui. Tu es toujours sur tes gardes.

Les paroles de Melmina, la veille au soir.

— …Un endroit… pour se détendre.

Konoe murmura ces mots pour lui-même.

 

 

— Bon, je retourne un peu à la Capitale.

— D’accord, assure-toi juste d’être de retour pour le travail après-demain, d’accord ?

Un peu de temps passa, et il était désormais avant midi. Konoe se tenait devant la Porte de Transfert du village frontalier. Il avait deux jours de pause pour le transport et le traitement des matériaux, et il avait décidé de retourner à la Capitale pendant ce temps.

Melmina restant au village, il fit un pas en avant tandis qu’elle lui faisait ses adieux à travers son dispositif.

Il aperçut un tas de documents sur le bord du flux vidéo, trouva cela étrange, puis franchit la porte.

 

 

Konoe retourna à la Capitale. Après s’être rendu au bureau de l’administration et s’être occupé de quelques formalités, il quitta l’académie.

Il descendit le long escalier et traversa la ville. Il entra dans l’auberge où il séjournait et s’arrêta devant la porte de sa chambre.

— …

Se sentant un peu nerveux, il tendit la main vers le dispositif magique en forme de cloche à côté de la porte.

Pourquoi est-ce que j’hésite autant à sonner pour ma propre chambre ? se demanda-t-il en l’activant.

De l’intérieur, il entendit le léger bruit de pas, et une présence apparut de l’autre côté de la porte.

— Oui, qui est-ce ?

— …Ah, euh… C’est moi. Konoe.

— Eh ? Maître Konoe ?!

Une voix surprise. La petite fenêtre de la porte s’ouvrit, et une paire d’yeux bleus apparut. Ses paupières s’écarquillèrent, et il entendit aussitôt le bruit de la serrure qu’on déverrouillait.

Puis la porte s’ouvrit d’un coup.

— Maître Konoe, bon retour !

— …Oui, je suis rentré.

Telnerica l’accueillit avec un sourire.

Comme tant de fois auparavant, Konoe ressentit une vague de gêne.

— Vous êtes revenu plus tôt que prévu. Le travail est déjà terminé ?

— …Non, nous sommes encore en plein milieu… mais j’ai environ deux jours de libre.

Konoe expliqua en lui tendant son petit sac, qu’elle reçut dans ses mains tendues. Lui et Telnerica passèrent la porte et firent quelques pas dans le couloir.

— Hm ?

— Maître Konoe ?

À cet instant, Konoe remarqua une odeur. Une odeur particulière… qui lui chatouillait les narines.

— …Une odeur de bois ?

— …Ah.

C’était une odeur de bois, ou peut-être de forêt, une senteur boisée, légèrement humide. Konoe se frotta sous le nez en avançant dans le couloir.

Telnerica le suivait.

— J…Je suis désolée, je m’entraînais un peu.

— …Tu t’entraînais ?

Il ouvrit la porte du salon. À l’intérieur, il y avait des arbres. Pas du bois coupé, mais des arbres noueux, tordus. Une grande toile était étalée dans un coin de la pièce, et dessus se trouvait ce qui ressemblait à une petite montagne de bois.

Konoe cligna plusieurs fois des yeux.

— Oui, je m’exerçais à ma magie de la forêt. Ne pas m’entraîner alors que j’ai reçu cette bénédiction divine serait irrespectueux.

— …Ah.

Je vois, pensa-t-il. Un entraînement magique.

En regardant de plus près, il vit que certains morceaux de bois laissaient circuler une faible trace de magie. Ces pièces, bien que déformées, avaient été façonnées en assiettes, en tasses… et même en épée et bouclier.

— Je me suis dit que cela pourrait être utile pour me défendre si j’arrivais à maîtriser cela.

— …Hein.

En y repensant, Konoe se souvint que l’attribut forêt était spécialisé dans la magie liée aux plantes, comme la croissance rapide et la manipulation des formes. C’était un type de magie davantage adapté à l’agriculture ou à l’artisanat qu’au combat.

Cependant, il avait entendu dire que certains se battaient en faisant pousser et en façonnant les graines qu’ils gardaient sur eux pour en faire des armes.

— Je viens à peine de commencer, donc je ne suis pas encore très douée, mais comme on dit, c’est en pratiquant qu’on progresse.

— …Oui.

Il hocha la tête. C’était vrai. Konoe, homme sans talent, le savait mieux que quiconque.

Il esquissa un léger sourire en voyant Telnerica un peu gênée, puis observa un à un les résultats de son entraînement.

Les épées et les lances posées au sol étaient tordues par endroits et semblaient inutilisables. En revanche, en regardant les tasses et les assiettes alignées sur la table, il pouvait voir une progression évidente. Celles du début étaient percées, mais elles devenaient progressivement mieux formées.

Ainsi, il n’y avait rien d’étrange à ce que l’assiette tout au bout de la table soit remplie de biscuits, et que la tasse à côté se tienne droite, contenant du thé fumant sans en renverser une goutte.

— Gah.

— …Telnerica ?

Telnerica laissa échapper un son qu’il ne lui avait jamais entendu.

Lorsqu’il se retourna, elle était complètement agitée.

— N…Non, euh, ce n’est pas ce que vous pensez !

— …?

— Je ne comptais pas tout manger en cachette toute seule ou quoi que ce soit. C’est, euh… aussi un entraînement !

— …??

Konoe inclina la tête, et Telnerica se mit à expliquer.

Apparemment, en allant acheter des matériaux pour son entraînement, elle avait senti une odeur sucrée. Elle avait suivi cette odeur jusqu’à une boutique aux inscriptions venues d’un autre monde, où l’on vendait du chocolat récemment devenu populaire.

Elle avait commencé à discuter avec le propriétaire, qui lui avait proposé de lui donner une recette si elle achetait un sachet. Elle en avait donc acheté.

— Je me suis dit que le goût de votre pays vous manquait peut-être, Maître Konoe, alors j’ai décidé d’essayer de préparer des cookies aux pépites de chocolat à partir de la recette. Je m’entraînais, et j’avais l’intention de vous les servir une fois que je les aurais réussis !

— …Je vois.

À ses mots, Konoe jeta un regard aux biscuits sur la table et constata qu’ils contenaient bien du chocolat.

En y repensant, je n’ai pas vu de chocolat ici, songea-t-il.

— Mais ils sont vraiment bien réussis, et je me suis dit qu’ils étaient assez bons pour vous être servis, Maître Konoe, mais vous n’étiez pas censé revenir avant quinze jours…

— …Je vois.

Malgré cela, Konoe se demanda pourquoi Telnerica était si agitée.

Elle pouvait préparer et manger les sucreries qu’elle voulait, non ? Il lui avait donné de l’argent et lui avait dit de l’utiliser comme bon lui semblait.

— …

…Ah, mais dans ce monde, les sucreries et autres produits de luxe coûtaient assez cher. Était-ce cela ? Se sentait-elle coupable de s’être offert seule quelque chose de luxueux ?

— …Ça ne me dérange pas si tu les manges toute seule.

— Euh, eh bien… ugh…

La tentative de Konoe pour la rassurer ne fit que la rendre encore plus abattue.

Voyant ce côté de Telnerica pour la première fois, Konoe se gratta la joue, ne sachant pas quoi faire.

— …

Et pourtant, étrangement…

Même s’il était confus et ne comprenait pas, pour une raison quelconque, cela ne lui déplaisait pas du tout.

— …Bon, dans ce cas, je vais en prendre aussi. Ça fait longtemps que je n’ai pas mangé de chocolat.

— … ! Oui ! S’il vous plaît !

Après un instant de réflexion, il dit cela à Telnerica, et cette fois elle afficha un sourire radieux.

Konoe ressentit un certain soulagement d’avoir, cette fois-ci, dit la bonne chose, et ses propres lèvres se courbèrent en un sourire naturel.

Ainsi, tous deux grignotèrent des biscuits en buvant le thé frais que Telnerica avait préparé.

 

 

— …

Mais en mangeant, Konoe se souvint.

Des paroles de Melmina, la veille au soir. De ses mots d’adieu.

Tu sais, si tu es toujours aussi tendu, il se peut que les gens autour de toi n’arrivent pas non plus à se détendre.

Par exemple… cette fille aux cheveux dorés. … Peut-être qu’elle n’arrive pas non plus à se détendre ?

Bien sûr, Konoe ne voulait pas fatiguer Telnerica. Il voulait qu’elle soit heureuse.

…Mais.

…Comment est-ce qu’on se « détend » ?

Même en y réfléchissant, il restait sur ses gardes, ses sens scrutant les environs.

C’était nécessaire pour protéger Telnerica, et c’était la manière d’un Adepte. Ce n’était pas quelque chose qu’on pouvait activer ou désactiver. C’était là la voie de l’Adepte.

…?

Melmina lui avait dit d’acheter une maison et de créer un endroit où se détendre. Mais ce n’était pas pour cette raison qu’il avait pensé à acheter une maison.

Konoe jeta un regard vers le catalogue de maisons que l’instructrice lui avait envoyé un jour.

Pour lui, c’était simplement l’idée que vivre éternellement dans une auberge était… un peu excessif.

…Une maison… pour se détendre ?

Konoe ne comprenait pas vraiment.

 


Konoe passa la nuit à la Capitale.

Vers midi le lendemain, il se rendit à l’académie pour retourner en Terre contaminée. Après être arrivé, il confirma sa demande préalablement approuvée d’utiliser le portail et s’apprêtait à se diriger vers la salle pour les téléportations quand…

— Ah, Konoe, tu as une minute ?

— …Professeur ?

Il se retourna à cette voix. L’instructrice se tenait là, souriante.

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